samedi 3 octobre 2026

La Conjuration de Madame Royale : chapitre 12 2e partie.

 Fichier:Johann Heinrich Füssli 035.jpg — Wikipédia

La même nuit, de semblables scènes se répétèrent à Bedlam et Newgate. Danton et Fréron avaient voulu frapper un grand coup à l’insu de leur roi. Leur objectif était clair, simplissime : s’assurer la rébellion de tous les exclus d’Albion.

Commençons par Bedlam,

 Le Libertin à Bedlam — Wikipédia

 asile aussi renommé en son temps que Charenton

 

 en France, décor horrifiant de multiples films et romans imprégnés de gothique. Les fous plus ou moins affirmés s’y entassaient sans distinguo précis de la nature et du degré de leur démence. Cette taule reflétait les balbutiements de la science psychiatrique en 1800 et quelques. Peu importât qu’y fussent enfermées arbitrairement des personnes dont leur famille avait voulu se débarrasser sous de fallacieux prétextes, telle l’inconduite notoire. Bedlam était leur Bastille emblématique d’outre-Manche et les marquis de Sade d’Angleterre et d’ailleurs y croupissaient. Aucun des geôliers, des infirmiers, ne ressemblait cependant au grand Boris Karloff.

 Boris Karloff — Wikipédia

Une part intéressante et emblématique des patients de Bedlam était constituée par les idiots congénitaux ou prétendus tels. Ils étaient livrés à eux-mêmes, macérant dans leurs purulences, dans les épanchements humoraux de leurs apostèmes, demeurant souvent nus et encroûtés par leurs sanies. De tels infortunés appréhenderaient-ils les signes de John Ludd, eux qui, d’évidence, ne possédaient même pas la capacité de signer un document d’une croix ? Pourtant, certains parmi ces fols conservaient une once de bon sens, suffisamment de fragments de raison et de bribes de connaissances lettrées – lorsqu’ils étaient issus des élites, des milieux sociaux éduqués, privilégiés, car appartenant à cette minorité qui, tel notre marquis de Sade, avait été punie par cette réclusion abusive faisant office de mort sociale.

C’est pour cela que Fréron misait sur eux, seuls à même de déchiffrer les caractères d’imprimerie tracés sur le dessin grossier du mythique chef rebelle, message s’adressant à eux afin qu’ils se rebellassent contre leur condition subie. Pour ce faire, notre séide de Danton avait infiltré Bedlam. De faux infirmiers se mêlaient aux vrais, calquant leurs faces de brutes, leurs expressions patibulaires, adoptant leurs mœurs, leurs us, coutumes et pratiques « médicales » déshumanisantes, comme autant de mauvais traitements infligés aux aliénés, hommes et femmes. Car aucune éthique, aucune considération morale ne traversaient ces esprits frustes, abusant de leur pouvoir sur les corps de ladies à la cafetière fissurée. Le viol et l’abus étaient chose courante, sur les simplettes comme sur les filles de l’aristocratie qui souffraient d’hystérie.

Une personne singulière était recluse dans le quartier des folles, secteur caractérisé par la sordidité glauque de ses couloirs. Surnommée tout simplement La Chatte (She-cat dans la langue de Shakespeare), son excentricité en faisait une figure renommée de Bedlam,

 Bethlem Royal Hospital - Wikipedia

 une sorte d’attraction que les dames de qualité aventureuses n’hésitaient pas à visiter après qu’elle eurent réclamé qu’on l’exhibât pour l’occasion mondaine. Afin que tout se déroulât sans anicroche, que ces visites de « charité » se conclussent sans incident, il était nécessaire que les infirmiers lui rognassent et coupassent les griffes, ongles démesurés à la chinoise que la belle aliénée aimait à laisser pousser hors de proportion pour préserver sa réputation. Cela faisait des années qu’elle ne s’exprimait plus par la parole humaine, ayant non seulement adopté du félin son langage, mais le pratiquant exclusivement, en miaulements et feulements anglais car n’en sachant point d’autres. De plus, elle avait pour habitude de marquer son territoire, soit en le labourant de griffures, soit en l’imprégnant de ce malodorant liquide dont on se débarrasse lorsque la vessie est pleine. Non seulement le coin de salle commune où on la reléguait d’ordinaire présentait ces longues marques murales qui lacéraient la pellicule de crasse courante en tout le lieu, mais une odeur excrémentielle ammoniaquée, digne de ces litières pour matou qu’on omet de changer régulièrement, pis que celle du voisinage immédiat de la folle, additionnait sa sordidité spécifique à celle de tout Bedlam. Adonc, la muraille et le sol souillés s’agrégeaient au fil du temps de couches supplémentaires, jamais nettoyées. Cela formait comme un épithélium,

 

 tout en rappelant ces thalles indifférenciés des champignons et des lichens. On pouvait en dire de même à propos de l’épiderme de La Chatte, à laquelle ne manquait même pas la panse pendante typique des lions et de tout leur cousinage.

Ce jour-là, aucune visite charitable n’était prévue ; aussi vaquait-elle à ses occupations instinctives, son toilettage courant et salivaire, adonisée telle une demi-sauvage. Un des infirmiers infiltrés par Fréron vint lui apporter sa pitance à l’heure accoutumée du dîner. Infect dîner, en vérité, bien accommodé et adapté aux goûts spécifiques de La Chatte !  Telle cette improbable caricature d’un vampire pustuleux aux crocs jaunis et cariés et aux chicots noirs transsudant du pus de ses phlegmons, Nosferatu 

 Nosferatu le vampire — Wikipédia

 se gobergeant en son assiette d’un rat crevé ou pressé, la viande de la dame consistait en souris mortes plus ou moins assaisonnées et apprêtées.  Tout comme ses congénères authentiques, elle trouvait en ces proies tous les nutriments nécessaires offerts à sa dégustation.

Sitôt qu’elle se jeta sur ces cadavres avec une convoitise gourmande proche de la goinfrerie, elle voulut comme à l’ordinaire jouer avec avant d’y mordre à pleines dents. Après s’être emparée par la queue du mets de premier choix – la souris qui se présentait à droite de l’assiette - quelle ne fut pas sa surprise de remarquer que la dépouille du rongeur roide et crue dissimulait un papier plié avec soin. Lors, Madame se souvint qu’elle savait lire et, la curiosité faisant le reste, elle déplia le feuillet. Croyant au premier abord à quelque message ou billet doux à son intention, la femme-chatte exprima sa déception à la révélation du contenu. Quelque impulsion inexprimable la poussa cependant à attarder son regard. 

 Persan (chat) — Wikipédia

Peu à peu, au déchiffrement des sentences grossières, à l’accommodation de ses pupilles au sommaire dessin qui montrait un soudard débraillé, ses yeux s’illuminèrent d’une satisfaction extatique, telle une Révélation divine. Alors, un miaulement éloquent, colossal, presque d’œstrus, retentit, accaparant l’attention de ses voisins préoccupés par l’ingestion vomitive de leur rata ou brouet de fous. Ce fut un mraooow tonitruant, qui fi trembler les murs de Bedlam ! Ce n’était plus une simple folle qui s’exprimait ainsi, mais l’authentique réincarnation de la déesse égyptienne Bastet, pour laquelle les anciens habitants de Kemi avaient sacrifié des milliers de chats dont les momies goudronnées, emmaillotées, s’entassaient en des sanctuaires particuliers en un désordre indescriptible. Leurs bandelettes, plus ou moins durcies et putréfiées, exhalaient de nauséeux relents de charogne qui se mélangeaient aux efflorescences entêtantes des déjections toxiques des chauves-souris. 

 Chiroptera — Wikipédia

Cette manifestation divine provoqua l’agitation générale des aliénés, ce qui était l’objectif des machinations de Fréron. Le chaos submergea tout Bedlam. De son assiette aux exhalaisons infectes, chaque hôte avait extirpé le même papier éloquent provocateur que seules les mouches pouvaient disputer aux déshérités par la raison.

Certains, indifférents, se repurent goulûment du tract dantoniste, tandis que d’autres s’en couvraient les yeux, comme pour en absorber le message afin de le mémoriser. Hystérique, une pensionnaire monta sur la table, renversa son plat et, après avoir lacéré et arraché ses affreux vêtements, brandit, nue, la feuille incriminée en hululant comme une chouette. La femme-chat paraissait orchestrer tout ce tohu-bohu, dont les clameurs attirèrent les infirmiers – du moins ceux qui n’étaient pas complices. C’en était fait pour une bastonnade bien administrée, que suivraient le supplice de la baignoire et l’enfermement en camisole dans les cachots prévus à cet effet. Certains usaient du fouet, au risque d’animaliser davantage celles et ceux qu’on nommait pudiquement des patients. De concert, les nerfs de bœuf cinglèrent les corps et les consciences élémentaires des fous.

Aux dires d’un marquis de Sade de l’avenir, spécialisé dans les horreurs gothiques, il était regrettable que, dès ce commencement d’un XIXe siècle pourtant dévié, les infirmiers ne disposassent pas de ce que l’on nommerait le « taser ». En ses périples mirobolants à travers d’innombrables univers parallèles qu’il tenait à garder sous son contrôle, quitte à les annihiler, notre Commandeur suprême, présentement incarné dans le prince-régent, avait rencontré un insolite gorille des montagnes albinos, qui, pour se défendre contre les braconniers, avait conçu une sorte de bâton électrifié à son extrémité, capable de foudroyer sur place les trafiquants sans scrupule irrespectueux de la biodiversité. Lectrices et lecteurs, n’y voyez pas quelque clin d’œil malicieux à un de ces films du cycle de La Planète des singes !  

 La Planète des singes (franchise) — Wikipédia

Les mathelins – ainsi désignait-on parfois les fous en France à l’époque moderne – résistèrent dextrement au premier assaut répressif.

Fête des Fous — Wikipédia 

 L’union faisant la force, bien que certains fussent meurtris, l’échine brisée par les coups de bâton, ils l’emportèrent à la surprise générale grâce à leur supériorité numérique. Ce pingre de prince-régent avait mal pourvu en personnels les asiles comme Bedlam, recrutant chichement les infirmiers qualifiés, les premières brutes baraquées comme des champions de catch faisant souvent l’affaire, sans compter le noyautage des agents de Fréron participant à la neutralisation de leurs confrères. Ebahis, que dis-je, ébaudis par ce premier succès, sans toutefois qu’ils comprissent l’aide apportée par les agents français qui les avaient épaulés en poignardant dans le dos ou au sein gauche les mauvais lutteurs de foire incompétents qui servaient à Bedlam, ou encore en usant contre eux d’armes de poing à barillet, les prenant ainsi entre deux feux, les fous hésitèrent quelques instants sur ce qu’ils devaient faire. Le réfectoire s’encombrait désormais de corps, dont certains, massifs, respiraient encore et gémissaient, un sang rosâtre s’épreignant de leur bouche, leurs adversaires ayant usé de belles lames aiguës de chourineurs et de Colts discrets plantés en plein poumon ou appuyés contre les poitrines des infirmiers. Du canon à la chair, il n’y avait pas eu deux millimètres pour la balle… Comme pour achever ces misérables, électrisée, la Chatte, en poussant des feulements triomphaux, s’amusa à labourer de ses griffes les visages des « gladiateurs » déchus. Afin de parachever leur aide aux rebelles, rompant leurs atermoiements, errements et louvoiements, les agents de Fréron désignèrent par des gestes éloquents des bras, en grognant des mmm compréhensibles par le premier idiot microcéphale, l’itinéraire que les fols devaient suivre pour suite à donner, comme on dit dans l’administration. Quant au directeur de l’asile, est-il utile de préciser qu’il avait eu discrètement son compte, égorgé depuis une heure par un des « dantonistes » dans le bureau où il s’estimait à l’abri ?

Forts de leur première victoire, ils s’en furent donc dans un enchevêtrement de corridors gothiques fantasmés, guidés par leurs complices, s’aventurant dans les tréfonds cachés du lunatic asylum.

 Lunatic asylum - Wikipedia

 De longues artères voûtées se présentèrent à eux, descendant par degrés, éclairées chichement par des lanternes au suif suspendues aux plafonds ou par des fanaux rougeoyants, couloirs flanqués de portes épaisses à judas, derrière lesquelles demeuraient à vie les plus dangereux des fous. L’épaisseur du bois utilisé pour l’huisserie de ces cachots à fous permettait d’assourdir les gémissements et cris gutturaux jetés par ces misérables rebuts. Les mutins s’empressèrent de délivrer leurs coreligionnaires en usant des clefs imposantes dont ils s’étaient emparés lors de leur lutte fructueuse, aidés en cela par les infirmiers infiltrés par Fréron.

D’authentiques bêtes humaines

 Fichier:The Lunatic Asylum.png — Wikipédia

 s’extrayaient en rugissant des huis de leurs cachots infâmes et paillés d’excréments, haillonneuses, puantes, goûtant à la lumière des quinquets des couloirs, dont le style n’était pas sans évoquer le système d’éclairage envisagé par Napoléon le Grand pour son projet de tunnel – invasif – sous la Manche. C’était la première fois depuis des mois, peut-être des années, que ces ensauvagés sans rime ni raison profitaient d’une quelconque lueur, même sommaire. Leurs yeux étaient rougis, aveugles ; leurs cheveux broussailleux, leurs barbes patriarcales impressionnantes de hoboes et de tramps auxquels il ne manquait que le bowie-knife pour parfaire la semblance, évoquaient ces attributs pileux exagérés du temps des Tudor, lorsque les Seymour les avaient mis à la mode. Quant aux femmes, leur état d’encrassement et de dénutrition les rendait indescriptibles. Admettons qu’elles revêtaient l’aspect d’une Marie-Madeleine expressionniste sculptée par Donatello ou d’une sorcière décharnée de Francisco Goya. Il ne leur manquait que l’attribut du balai ! 

Lunatic asylum - Wikipedia 

Ces déchets ne s’exprimaient plus que par des grognements, car leur folie accentuée par l’enfermement leur avait fait perdre tout usage du langage articulé. Certains arboraient des lambeaux de camisole de force, d’autres non. A leurs cris de joie inarticulés, à leurs onomatopées d’heureuse surprise entrechoquées et obscènes s’additionnèrent les slogans proférés par leurs libérateurs menés par la chatte : « Ludd ! John Ludd ! General Ludd ! »

 

Après ces délivrances, les rebelles n’étaient pas au bout de leurs découvertes. Escortés désormais par ces déchets sociaux, ils poursuivirent leur exploration divagante, s’enfonçant toujours plus avant dans les profondeurs insoupçonnées de Bedlam. Ainsi parvinrent-ils en quelque saint des saints occulte.

Peu connaissaient l’existence en les sous-sols de Bedlam d’une crypte lugubre, voûtée, croisée d’ogives nervurées, maniérées, à la manière de l’architecture des Tudor. Accessoirement, cette cave ouvragée servait de dépositoire, de morgue. Par places, le long du suint des murailles, on remarquait de fort antiques bas-reliefs qui témoignaient qu’avant l’asile avait existé autre chose. Ainsi, caractérisée par une facture encore celtique, proche des évangéliaires irlandais, mais aussi des sanctuaires contemporains de Saint Colomban,

 

 une sculpture grossière, témoin de l’Antiquité tardive, représentait, sommairement tracée, la crucifixion non point de Jésus, mais des deux larrons, silhouettes cultuelles naïves et schématiques. Ladite crypte dissimulait les secrets les moins avouables de Bedlam, recelant des collections cachées, macabres, dignes de figurer dans un cabinet de curiosités d’un prince souffrant de tous les vices. Sans doute les directeurs successifs de l’institution y avaient-ils entreposé les objets compromettants de leurs propres tares telles que Donatien marquis de Sade – ou le clone du Commandeur suprême - eussent pu les concevoir. Ainsi dans ledit local avaient été aménagés force casiers et tiroirs renfermant un authentique musée des horreurs.

Une unique défunte avait été pour l’heure déposée tout au fond de cette morgue, en un recoin à peine éclairé de torchères primitives ; roide et glacée, elle n’avait pour visiteur que son seul frère. Curieusement endimanché comme pour une noce paysanne, ce jeune homme tout en noir, une fleur des champs épinglée au revers de sa lourde veste, se livrait à une cérémonie démonstrative de son deuil. Une robe à l’antique, digne des vestales, d’un blanc presque nuptial, drapait toute cette jeune folle, cette Ophélie ou Kate[1] dont les longs cheveux dépigmentés d’Yseult retombaient en volutes fourchées le long de la table de pierre sur laquelle elle reposait depuis déjà deux jours. L’humidité et le froid de la crypte ne suffisaient pas à contenir l’inéluctable progression de la dégradation organique. Le cadavre de la suicidée – ainsi concluait-on des causes de sa mort – par ailleurs consomptive, s’altérait déjà, l’épiderme pellucide du visage blême et des bras ivoirins se marbrant de traînées suspectes.

 

Le jeune homme, habité par une passion obituaire ambiguë, presque incestueuse, pleurant toutes les larmes de son corps, voulut étreindre une dernière fois la juvénile statue marmoréenne dont la bière, posée juste à côté d’elle, attendait qu’on l’y allongeât et qu’on la scellât pour toujours.

« Ô ma sœur ! Ô mon adorée sœur ! » s’exclama le jeune homme, incontrôlable, se pensant seul avec le cadavre, jurant d’encor l’embrasser, sans qu’il se rendît compte d’une clameur croissante qui déferlait jusqu’en la crypte. C’était la horde des aliénés déchaînés qui déboulait, menée par la femme-chat feulant d’une rage décuplée par l’attraction que l’image de John Ludd exerçait sur son esprit malade. Certains surgirent à quatre pattes, tel un « récitant de la loi » de l’Île du Docteur Moreau retournant à l’animalité première. Ils se livrèrent à une fête furieuse. En un instant, la morgue devint l’épicentre du tohu-bohu général. Aliénés, idiots congénitaux et internés malgré eux se déchaînaient en tous sens, en des mouvements incohérents, désordonnés et capricants, comme frappés d’ivresse. Bousculant le jeune homme, frappé par un besoin furieux, irrépressible, un des fous s’empara du cadavre de la jeune fille et, l’enlaçant, entama avec lui une danse sépulcrale, une valse de la Vie et de la Mort, digne d’inspirer quelque Lied d’un Schubert de l’avenir.

 Franz Schubert — Wikipédia

 Il finit par disputer sa prise de guerre à des rivaux tout autant déterminés que lui. Le résultat ne tarda point : le corps de l’innocente fut promptement mutilé, mis en pièces, et ses restes pantelants négligemment projetés contre un mur comme une poupée de chiffon en lambeaux. Jouissant de ce spectacle, certains hôtes de l’asile émirent des cris de singes.

D’autres se mirent, toujours trépignants, mus par la rage, à fouiller partout, à tout saccager, forçant les serrures des tiroirs, imprégnés d’une force inouïe, décuplée par leurs instincts limbiques, révélant au public tout ce qu’on avait voulu y cacher. Ces horreurs multiples furent jetées au sol sans autre forme de procès, tous les réceptacles occultes vidés de leur contenu turpide. Il y eut d’abord toute une théorie de forceps, dégorgés sans façon. Combien de crânes encore fœtaux et couverts de mucus ces instruments de torture obstétricale avaient-ils tourmentés, déformés voire broyés lors des accouchements périlleux de certaines parmi toutes ces folles ? Les mutins ne s’interrogèrent guère, se contentant de dévoiler l’indicible avant de le détruire en des piétinements de forcenés ivres. En cette occupation, les femmes se montraient aussi violentes que les hommes, exprimant ainsi la vengeance posthume de leurs consœurs succombées en gésine.

A suivre... 



[1] Allusion au tableau de Füssli, La folie de Kate.