samedi 20 juin 2026

Etude en vert et jaune première partie : intermède n° 2.

 Carreaux hispano-mauresques alicatado de l'Alhambra, vers 1350, Grenade (Espagne).

Intermède numéro 2

La conversation entre le sultan Radouane et le jeune homme étrange battait son plein, tout aussi intéressante et inhabituelle. Cela faisait un drôle d’effet à l’humain de pouvoir discuter librement avec celui qu’il savait être à l’origine de tout. Néanmoins, il tentait de ne rien en laisser paraître. 

 

- Sais-tu que, longtemps, j’ai cru que tu nous avais favorisés, mon peuple et moi?

- Je ne favorise personne. Si, en fait… l’humanité… sur la Terre et dans le Cosmos, lorsqu’elle parvient à y voyager… aucune religion n’est privilégiée à mes yeux…

- Pourquoi cela?

- Pourquoi? Parce que, tout simplement, aucune n’est à même de me cerner véritablement. Aucune n’est capable de concevoir ce que je suis…

- Pas même la mienne?

- Pas même la tienne, assena Dan El.

- Pourtant, Mohammed a dit que tu étais immatériel, au-delà de la matière… 

 

- Au-delà du discernable…

- Alors, pourquoi es-tu venu? Parce que je t’ai appelé?

- Il y a longtemps que je voulais me manifester à toi. J’ai saisi l’occasion.

- Tu as choisi cette image… qui est sans doute fausse.

- Oui, c’est vrai, elle est trompeuse. Toutefois, elle révèle une partie de ce que je pense être.

- Comment? Tu ne sais pas ce que tu es?

- Oh! Je ne le sais que trop bien! Non, ce que je voulais dire c’est que je suis encore jeune…

- Le Créateur n’a pas d’âge!

- Oui et non.

- Le Créateur ne peut être un humain ou du moins en avoir l’apparence.

- Pourtant, il fallait bien que je me montre à toi. Cet aspect me convient et te convient. Tu peux au moins me voir.

- A quoi ressembles-tu dans la Réalité?

- A rien et à tout! Je suis le Tout et le Néant; je suis l’eau, le vent, le Soleil, le sable, le loup et la souris, l’homme et la femme, la rose et la fontaine, la molécule et l’atome… comprends-tu?

- Non.

- Je suis partout et nulle part. Je suis la Création et je ne suis pas elle. Je suis en elle et par-dessus elle. Je l’entoure, l’englobe et m’y confonds à la fois. Elle est en dehors de moi et ne peut pas être sans moi. Elle pense et je pense avec elle. Elle ressent ce que je ressens. Elle me transmet ce qu’elle apprend et j’apprends avec elle. Mais je sais plus de choses qu’elle n’en saura jamais. Elle est limitée dans le temps, or, c’est moi qui pose ces limites, qui définis ce temps et la matière qui la compose… je suis l’énergie, le souffle créateur, la Volonté… 

 

- Cela me suffit.

- Tantôt tu as dit que tu avais pensé que je vous avais favorisés, ton peuple et toi. Mais ce n’est plus le cas, n’est-ce pas?

- En effet. J’ai changé d’avis. Pour moi, Allah était le Très Miséricordieux… or, tu ne t’es pas montré si miséricordieux, en fait… vois à quoi nous en sommes réduits, nous qui te sommes restés fidèles… nous ne disposons plus du savoir de nos ancêtres. Nous ne vivons plus dans le confort de ceux qui nous opprimaient autrefois. La Terre a retourné sa colère maintes et maintes fois contre nous. Le sol est devenu stérile en de nombreux endroits.

- Je ne suis pas immédiatement responsable de cet état de fait. Je vous ai laissés libres, vous les humains. Vous avez choisi de vous faire la guerre.

- Pour que la véritable foi triomphe.

- Pour avoir le pouvoir à la place des dirigeants précédents. Pour satisfaire une soif de vengeance et de puissance. Le reste n’est que mensonge et poésie. Sois honnête et envers toi-même et envers moi.

- Hem… Tu as laissé faire…

- Je n’interviens pas dans l’histoire des hommes… au contraire de ce qu’ont pu supposer les autres religions du Livre…

- Merci pour cet aveu. 

 Image illustrative de l’article Grande Mosquée de Sousse

- Tu es là pour me questionner. Mais je suis là pour satisfaire également ma curiosité.

- Tu veux savoir, toi aussi.

- C’est pour cela que j’existe, que j’ai permis ton existence, Radouane… alors… raconte-moi…

- Quoi?

- La Genèse de ton Monde…

- La Genèse de mon Monde se nomme La Lune des Cimeterres.

- Un bien beau titre pour un récit sanglant.

- Ce n’est pas moi qui l’ai appelé ainsi. N’as-tu pas vu les prémices de ce qui allait advenir?

- Oh oui, bien sûr! Mais je veux entendre ce qui s’est passé par ta bouche… conte-moi donc l’odyssée des derniers Superbes… Ensuite, je te donnerai mon point de vue… car, vois-tu, j’y étais, non pas en tant que dieu mais bien en tant que témoin humain, incarné dans mon avatar dont tu as un aperçu…

- Dans ce cas, voici… pour te satisfaire, Effendi… La Lune des Cimeterres… 

 Image illustrative de l'article Cimeterre

A suivre...

 

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samedi 6 juin 2026

Café littéraire : De pierre et d'os, de Bérengère Cournut : glossaire.


 

GLOSSAIRE

                « DE PIERRES ET D’OS » de Bérengère Cournut

Image illustrative de l’article De pierre et d'os
Portrait de l'Inuite Magito (vers 1905)

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La lecture de ce roman nous entraîne dans un monde qui nous est très étrange et étranger ; l’auteur utilise les mots en langue inuit.

Pour une facilité de lecture je vous propose un glossaire (ci-dessous)

INUIT :
Sens 1 - Le terme inuit signifie « gens », « humains » ou « personnes » en inuktitut et en groenlandais, et est l'autonyme par lequel ce peuple se désigne aujourd'hui. Puisque ce sont les deux langues inuites les plus parlées, c'est le terme qui a été retenu. Il s'agit en fait d'un nom pluriel dont la forme singulière est inuk et la forme duelle est inuuk (un inuk, deux inuuk, plusieurs inuit).
Sens 1 - Le
terme inuit permet de décrire la langue parlée par les Inuits, le peuple présent en Sibérie, au Groenland et dans les parties les plus au nord de l'Amérique. L'inuit ne possède que peu de documents écrits.

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ALEQ  : l’âme
AMAUTI :
Manteau – Parka des femmes Inuit
ANGAKOK :
chaman (e)- figure intellectuelle, celui qui sait  - homme-médecin -
EIDER :
Canard
HARFANG : Le Harfang des neiges  est une espèce d'oiseaux de la famille des strigidés. Il est aussi appelé ukpik par les inuit. Il est l'emblème aviaire du Québec depuis 1987.
Dans le chamanisme sibérien, le harfang des neiges est vu comme un  animal totem, capable de guider les chamans dans leurs voyages  spirituels.
Dans certaines traditions amérindiennes, cet oiseau est associé à la sagesse ancestrale et à la protection des esprits. Dans la mythologie nordique, le harfang des neiges est parfois  associé à Odin, le dieu de la sagesse et de la guerre, symbolisant la  connaissance et la stratégie.

Description de cette image, également commentée ci-après

HUMMOCKS
 :  Formation résultant de l’accumulation et du chevauchement de plaques de glace sur une banquise, caractérisée par un ensemble d’aspérités, de sillons et de vides formés par la collision et la superposition des glaçons sous l’effet des courants, des vents et des variations thermiques.  Sous l'influence des courants, des vents, et des variations de température, de formidables pressions se produisent ; le soulèvement et le chevauchement de la glace donnent naissance à des monticules ou « hummocks » qui se présentent en lignes perpendiculaires au sens de pression.  — Jean-Baptiste Charcot, Dans la mer du Groenland

INLANDIS : glacier continental

NUKSHUK : Empilement de pierres personnifié - Image de l’Esprit de l’homme -   Traces de passages humains les Inuit marquaient leur passage en déposant des pierres – Les Nukshuk Indiquent  l’itinéraire à suivre, repèrent un élément du décor, identifient un site funéraire. En Chine, Mongolie, Népal, ils marquent un  support de pratiques religieuses.

 

 KAMIK : Bottes en peau de bêtes fabriquées par les femmes, après mastication des peaux.

 

MATTAK : Mattak est le nom utilisé dans certaines langues « inuit » et groenlandaises  pour décrire la peau de baleine associée à son gras. Ce mélange  peau-gras est consommé cru, mariné ou légèrement gelé selon les  traditions locales. Le terme proche Muktuk est fréquemment employé dans  les régions où l’Inuktitut et les dialectes voisins dominent, désignant  exactement le même type de préparation. Dans le monde culinaire, on  retrouve souvent ces deux noms comme deux variantes régionales d’une même pratique alimentaire.

NEQQAJAAQ : vent
PILARNGAQ : vent-femme qui souffle depuis les grandes glaces.
SEDNA : Sedna est connue sous le nom d'Arnakuagsak ou d'Arnaqquassaaq dans certaines parties du Groenland – c’est la déesse  liée à la chasse en mer.
Elle est encore aujourd'hui une légende très connue des Inuit, dont il existe autant de versions que de villages. Certaines légendes la présentent comme la fille d'une déesse nommée Isarrataitsoq, tandis que d'autres ne mentionnent que son père. Une jeune fille vivait solitaire avec son père, veuf.
Une légende raconte qu'elle a fait le vœu de rester célibataire afin de s'occuper de son pauvre vieux père. Tous les prétendants étaient repoussés et les offres de mariage refusées. Par ruse, elle fut séduite et se maria avec un
chaman ou, selon d'autres versions, avec un fulmar, un homme-oiseau ou avec un chien.

TARNIK ou TARNEK : l’âme, la composante immortelle qui se reflète dans toutes les parties du corps – Image miniature de la personne placée dans une poche à côté de l’aine.

TONGARSUK : Être/ Esprit maléfique

TUPILAK : (prononciation tupilêt) – Statuette,  être maléfique dans la mythologie inuit, fabriquée par les chamans.
“Tupilaks ! » un mot qui claque comme un cri joyeux et mystérieux.
 Un mystère qui vient d’un pays immense, le Groenland, où la sculpture de tupilaks est l’art principal.  Le tupilak est un objet chamanique à l’air méchant ou farceur destiné à nuire à quelqu’un, fabriqué, soit en ivoire, soit avec des déchets naturels rejetés  par la mer ou trouvés au sol ; il est  fait un lien  entre cette pratique et son procédé de création.  Carl Norac vit depuis longtemps avec une belle collection de tupilaks  tous issus de sculpteurs ou chamans connus pour leur art. Il les observe  et, en retour, ils le font rire ou frémir mais, le plus souvent, ils  lui racontent des légendes incroyables.

ULU : Couteau traditionnel de forme semi-circulaire, employé principalement  par les femmes inuites pour diverses tâches domestiques.    

 
UMIAK :  Un oumiak (ou umiak ou umiaq ou umiac ou angyak) est un type d'embarcation traditionnelle des populations arctiques, féringiennes et groenlandaises (inuit, yupik d'Amérique du nord et de Sibérie). L’umiak est un bateau ouvert pouvant accueillir un équipage d'environ 8 à 10 personnes. Il est propulsé grâce à des pagaies. Sa fabrication traditionnelle repose sur une armature en os de baleine ou en bois qui est recouverte de peau.   

Jean Malaurie à côté du bateau hydrographique soviétique, au large d'Ouélen, durant son expédition en Tchoukotka, août 1990.