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Les ENFANTS des SABLES par Christian Schmidt.
Ils sont assis sur des bidons,
avec seul lieu pour horizon,
Le bout de la route des sables,
Ou le sentier des misérables,
Tordu dans l’opaque fournaise
Que la turbulence apaise,
Est pris dans l’étau d’un Orient
Où ils vivent tels des mendiants.
Les silences résonnent, simple rituel
Aux claquements sourds dans les Djébels,
Echos sortis des murs d’une cité
Qui a perdu toute dignité.
De là vient l’instigateur des tumultes,
Le fossoyeur des libertés que l’on insulte ;
L’hommes en couleur sur du papier écran
Que l’on brûle pour faire semblant ;
Parce que l’oncle Sam est venu,
Pour débusquer toutes les vertus,
Asseoir son régime de féodalité
Sur les fondations de l’opprimé,
Au droit et au nom de qui
Sans que Dieu en fut averti ?
Avant, ils se faufilaient, l’âme damnée,
Pour surprendre la ville enterrée
Dans les gravas de l’histoire,
Vielles pierres sans mémoire.
Avant, ils tapaient sur des bidons
Pour faire du bruit, pour les sons,
Plus entêtants qu’un hymne au désert,
Et ça, ils savaient bien le faire.
Avant, ils couraient dans la casbah
Pour fuir l’ombre de leurs pas,
aux senteurs d’orange et de narghileh
altérant tous leurs sens en apnée
Avant, ils se moquaient à se faire peur,
Sous l’effigie de l’oppresseur,
Celui pour qui, il fallait se taire,
Baisser les yeux, rentrer sous terre.
Avant leurs jeux étaient très simples,
Quelques cailloux, l’osselet des humbles
Qu’ils s’amusaient à lancer très haut,
Lorgnant d’emblée un ciel si beau.
Avant, les nuages étaient des rêves
Qui s’en allaient le temps d’une trêve,
A l’orée des sables du Coran,
Pour qu’ils restent des enfants.
Avant, leur vie s’arrêtaient là,
A une maison, une rue plus bas,
Eteignant les étoiles pour s’endormir
Leurs songes amers au creux de la nuit,
Traversaient des déserts sans faire de bruit
Et le sable, couverture rabattue par le vent
Faisait sur leur peau, des colliers de diamants.
Dans les clameurs du soir, à l’appel du muezzin,
Ils savaient déjà, malgré leur allure de gamin,
Se tourner vers l’Orient pour dire des versets
Et psalmodier pour leur chemin d’éternité.
Mais c’était avant, et aujourd’hui,
Dans la cohue, les songes enfouis,
Ils pleurent, ils ne savent plus,
Leurs rires se sont perdus,
dans les plis de l’âme, de l’effroi,
Juste parce qu’ils ont froid ;
Muets de ne plus pouvoir crier
Contre l’envahisseur guerrier.
Au matin, des chars ont avancé,
Dans la tempête de sable, ils ont tiré !
De la mitraille encore confuse ;
Un déchirement ! terreur ou simple ruse ?
Un claquement sec et puis, plus rien,
Des hurlements, encore combien ?
Que des enfants, les bras en moins,
Gisants en seuls témoins
Sur des bidons, pulvérisés.
C’est bête !, ils ne pourront plus jouer.
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Christian Schmidt