samedi 4 mai 2013

Le Couquiou épisode 6.



Les gendarmes étaient venus interroger Jean-Paul Consac à l’hôpital, lorsque le médecin avait jugé qu’il était en état de parler. Ses propos allaient être rapportés par tous les quotidiens locaux et par Le Figaro. Ils s’avérèrent incohérents, bourrés de surnaturel et de superstition ancestrale paysanne.  

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Le blessé demeurait en observation, séjournant dans la seule structure hospitalière correcte de la région, à Limoges même. Le gouvernement gaulliste planchait sur une réforme indispensable de modernisation des hôpitaux français, qui accusaient un retard conséquent par rapport à ceux de nos voisins britanniques et ouest-allemands. Les indignes salles communes où, il n’y avait pas encore si longtemps, des bonnes sœurs infirmières s’affairaient, ces vestiges d’un passé révolu synonymes de mouroir infect, à l’odeur prégnante de désinfectant, où les germes nosocomiaux se propageaient avec une facilité déconcertante et inacceptable pour une France moderne, cèderaient enfin la place à une structuration plus alvéolaire, plus individualiste, plus hygiénique et sûre, en chambres pour seulement deux-trois patients, isolant mieux les malades de la contagion infectieuse que ces ridicules rideaux de lits insuffisants pour assurer l’intimité des parfois moribonds. Cela lorsqu’on ne s’en débarrassait pas purement et simplement, lorsqu’on ne les jetait pas inhumainement dehors pour désencombrer la place, afin qu’ils aillent mourir ailleurs, chez eux, en toute tranquillité
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Ce n’était pas le cas de Jean-Paul Consac. Il était certes sur la bonne voie, mais avait besoin d’un soutien psychologique. Il fallait qu’il se fît à l’atroce mort de sa femme, dont ces satanés officiers de police judiciaire, lui imposaient, pour les besoins de l’enquête, de ressasser les circonstances. L’ordre faisait son travail, et on manquait bien sûr de psychologues dans les hôpitaux, mais aussi à l’école, où les camarades de classe de Marc et Aglaé Consac s’acharnaient à les accabler, sans aucune compassion. Méchanceté de l’enfance innocente… Jean-Paul était atterré, anéanti par la perte de Jeannine. Il pleurait aussi celle du troupeau, de Julienne, de toutes les autres vaches. Accompagné de deux gendarmes auxiliaires, dont un chargé de la sténo, le brigadier Dullin, qui le questionnait, s’imposait l’obligation de faire preuve de tact ; on ne guérit pas comme ça d’une plaie psychique. Les gendarmes devaient éviter un sacré écueil, empêcher que l’atmosphère de cet interrogatoire d’un témoin sur un lit d’hôpital tourne à une mauvaise dramatique policière télévisée avec Raymond Souplex
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 ou au roman noir américain de gare mal traduit en argot. L’homme allongé devant eux arborait encore tous les stigmates de son épreuve. Les corvidés fous lui avaient occasionné des blessures profondes au cuir chevelu, au front, au menton et aux bras. C’était miracle que les yeux eussent été épargnés, qu’ils aient échappé à l’acharnement des becs. Le crâne, le visage, les membre de la victime émergeant des draps blancs, étaient couverts de bandages de gaze, de pansements épais, renouvelés avec constance. Tel quel, le blessé rappelait cette photo de Léon Blum alité, la tête bandée et tuméfiée, après son odieuse agression par les camelots du roi en 1936, lors des obsèques de Jacques Bainville.
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 Essayant de surmonter sa peine irrémissible, monsieur Consac, balbutiant avec difficulté plus qu’il ne parlait, en mêlant son français d’expressions patoisantes, appuya sur l’aspect surnaturel de l’attaque, comme le père Martin, en témoin indirect, avant lui.  

« Vous nous dites que les nuées d’oiseaux semblaient agir de manière coordonnée, délibérée.
- Ben… C’est…comme s’ils étaient télé…télé…
- Téléguidés, n’est-ce pas ?  compléta le brigadier Dullin.
- Co…comme s’ils obéissaient à que’que chose ! Ou à que’qu’un ! Un matagot, peut-êt’ ben ! C’est un sorcier, un chat sorcier, un garou ou j’sais pas quoi ! J’ai cru bien voir des bois de cerf dressés dans un fourré, qui dépassaient.
- Attendez, vous parlez de garou, de chat… Vous allez au cinéma ?
- Jamais, m’sieur le brigadier !
- Parce qu’on croirait, à vous entendre, qu’un loup-garou ou un homme métamorphosé en chat-sorcier aurait tout fait, aurait commandé aux oiseaux, comme dans un mauvais film d’horreur anglais ou américain. Or, vous vous contredisez : vous avez déclaré : bois de cerf.  
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- J’ai pas causé d’un homme transformé en chat ou en loup. Que’ques minutes avant qu’j’aille à la rescousse de ma pauv’Jeannine, alors que j’travaillais là-bas, aux emblavures,  à surveiller si les semailles elles étaient bonnes, ben enfoncées dans les labours, si l’épouvantail il tenait ben et faisait son office d’effrayeur à oiseaux, j’ai entendu comme une espèce d’brame !
- Cet été, vous avez été négligent. Vous n’avez pas procédé au débroussaillage des entours du champ comme l’ordonnent les arrêtés municipaux. Le garde champêtre aurait dû vous verbaliser. Ce qui fait que n’importe qui pouvait se dissimuler dans les taillis, homme déguisé en cerf ou autre.
- Pas n’importe qui ! Une chose, ou ben…un êt’ maléfique ! Il veut la mort du grain, que les oiseaux le bouffent ! Qu’ils nous bouffent tous ! C’est un nécromant, pour sûr ! Il a jeté un sort sur toute la contrée ! Il veut not’ruine ! Not’ malédiction ! Il va encore frapper !
- Vous vous exaltez trop, monsieur Consac. Conservez votre calme, ménagez-vous. » 
L’infirmière préposée aux soins du blessé s’approcha, inquiétée par son agitation. La santé du témoin importait autant que la résolution de l’affaire. Dullin allait devoir mettre encore plus de gants s’il voulait éviter le blâme de sa hiérarchie au cas où Consac craquerait. Il savait ces cul-terreux, ces métayers et fermiers, habités par un caractère un peu prolétaire et séditieux, tout comme les ouvriers porcelainiers proches. Ils pouvaient fourbir leurs fourches, leurs faux et leurs fléaux à la moindre rumeur parisienne lésant leurs intérêts séculaires. Sans oublier qu’il leur arrivait de braconner de temps à autre, comme des Raboliot, pour enrichir leur souper. Ils s’arcboutaient au droit de chasse, privilège égalitaire acquis de haute lutte depuis 1789, ce qui leur permettait la possession légitime de fusils. De plus, ils voyaient d’un mauvais œil la perspective du Marché commun, qui leur imposerait productivisme et modernisation forcée. Ils alliaient le conservatisme, le traditionalisme et la superstition la plus obtuse à un esprit vindicatif, solidaire, communautaire et coopératif certain, à une conscience aiguë de l’injustice. Une fois le problème des événements d’Algérie réglé, le pouvoir du Général saurait y mettre bon ordre. Le vote paysan était crucial. On le savait depuis 1848.
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Et on devrait malgré tout rédiger le rapport, dresser procès-verbal, transmettre au parquet  toutes ces assertions, ces accusations irrationnelles, toutes les calembredaines de ce Consac ! Le choc traumatique n’expliquait pas tout. Qui était l’accusé, ce « monsieur X », ce « sorcier » aux andouillers de cerf ? Un être impalpable, surnaturel, capable de se transmuter en animal, une créature de film d’horreur bon marché et risible ? Ou, plus raisonnablement, si les oiseaux agissaient de leur propre gré, cela voulait dire que quelque chose avait déréglé leur instinct. Avec toutes ces bombes atomiques… Peut-être bien que l’explosion du Sahara, l’hiver dernier, y était pour beaucoup…
Dullin ne put tirer davantage du blessé. L’infirmière pria les gendarmes d’en rester là. Il y aurait des fuites dans la presse, à la radio, à la télévision peut-être, malgré le secret de l’instruction. Ça serait tout bénef’ pour les plumitifs de messieurs Lazaref, Amaury, Beuve-Méry et consort, qui joueraient le rôle de la caisse de résonance, médiatiseraient ce fait divers à outrance, menaçant à terme l’ordre public et la crédibilité de la France. Le brigadier Dullin imaginait déjà dans La Montagne la parution d’un billet railleur, d’une chronique satirique signée Alexandre Vialatte, qui, sur un ton voltairien, ironique, conclurait immanquablement par la formule habituelle : Et c’est ainsi qu’Allah est grand. Pourquoi pas, après, une manchette du Canard enchaîné avec ses calembours douteux, dénonçant l’impuissance des autorités à prendre la main dans le sac ce dresseur d’oiseaux nécromancien ?  
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Le brigadier Dullin était las. Sorti de l’hôpital, il vint s’adosser à la portière passager de la fourgonnette 203 noire de service et, la visière du képi négligemment relevée, alluma une Gitane. Notre gendarme prit le temps de fumer, décompressant enfin. Il semblait contempler les volutes de fumée blanche s’élevant, puis s’effilochant dans l’air rafraîchi de l’automne. Ceux qui prenaient ses ordres, expectatifs, le laissèrent se délasser. Le mégot consumé, il l’écrasa sur l’asphalte du talon de sa botte droite. Ayant repris du poil de la bête grâce à ce stimulant tabagique, il dit à ses hommes :
« On y va, les gars. On va dresser ce f…tu procès-verbal d’enquête.
- Chef, on reprend telles quelles les paroles de ce fou ? J’ai tout sténographié mot pour mot.
- Négatif Bréjoux ! On édulcore, on atténue le trait, et on envoie le tout, bien ficelé, au procureur ! »  

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Il triomphait, une fois de plus. Empli d’allégresse, il en riait. La Nature, à laquelle il commandait, venait de tailler des croupières à cette fausse civilisation usurpatrice des pouvoirs divins de la Terre ancestrale des chasseurs-cueilleurs. Ces descendantes d’aurochs dénaturées, dégénérées, cette femme aussi, avaient payé. Justement, légitimement. Maintenant, il était en quête de sa prochaine victime, afin d’assouvir, de parachever sa vengeance. Jamais rassasié, jamais satisfait. Il luttait, seul contre tous. Il voulait que se restaurât le Règne divin de l’Ancien Monde symbiotique, quand l’Homme-simien-redressé-érigé aux peaux de bêtes appartenait à la Terre, quand il s’excusait auprès du gibier sacré d’avoir dû le tuer pour vivre, pour s’approprier son Pouvoir. Ici, les proies différaient : il ne pouvait les consommer rituellement. Au contraire, il devait se prémunir du sang et de la chair des autres, impurs, souillés par les engrais imposés à la Terre, par la consommation illégitime de ses fruits, empêcher qu’ils le contaminent. Obvier par conséquent à tout contact direct avec l’impureté des corps des soi-disant civilisés et de leurs esclaves avilis qu’ils appelaient bétail… 
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C’était pourquoi il châtiait toujours ses ennemis par l’intermédiaire des représentants fauniques de la Nature. Il maîtrisait trois des quatre éléments : feu, eau, terre. Ses alliés détenaient le Pouvoir sur le quatrième, l’air.
Clairvoyant, il eut une révélation, une illumination. Ses yeux médiumniques luisirent dans les ténèbres. Il sut qui frapper la prochaine fois. La Terre-Mère le lui ordonnait. Il lui obéissait, en bon serviteur de la Déesse originelle. Il ferait ce que devait...afin de La satisfaire. Il repartit de sa tanière, de sa bauge, par-delà de nouveaux monts, de nouveaux vaux, réincarné en l’Esprit animal adéquat, transmuté, vif, surpuissant. Afin de frapper et vaincre encore, de sacrifier les victimes expiatoires à la Mère de toute chose. Leurs chairs viles et traîtresses seraient rachetées, rédimées, sanctifiées par la propitiation, par l’Offrande nouvelle. Il était, s’était décrété Vie et Mort…

 A suivre...
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jeudi 11 avril 2013

Le Couquiou épisode 5.



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Intéressée (pour ne pas écrire passionnée) par ce qui se passait ces temps derniers, voulant sans doute jouer à la mademoiselle détective amatrice, comme la fameuse Alice de Caroline Quine, qu’on traduisait en français, Lucille d’Arthémond venait d’emprunter Le Figaro de son père, à son nez et à sa barbe (il piquait un somme en ronflotant sur le fauteuil). Même à Paris, on parlait, on causait, de ce qui se passait ici, dans notre trou perdu ! Une princesse de contes de fées pouvait-elle se transformer en enquêtrice, sans déroger à son statut ? Elle voulut attirer l’attention du petit frère, de Paul, occupé à apprendre une fable de La Fontaine, à réciter en chantonnant le Renard et le Bouc, comme il le faisait aussi pour les tables de multiplication et de division. Il voulait être parfait pour le répétiteur, demain. Enrubannée de grenat, coiffée de couettes châtaignes se mordorant à la lampe de quelques reflets bienvenus, Lucille, n’hésitant pas à interrompre son frérot chéri en plein labeur scolaire, lui fourra le quotidien ouvert et froissé devant la figure, pointant un index droit marqué d’encre bleue sur un entrefilet très important.
« Lis ça, Popaul ! C’est très intéressant !
- Mais, Lulu, tu vois pas que j’apprends mes leçons ! »
Ainsi se désignaient-ils familièrement entre eux, comme toute fratrie qui se respecte... et se taquine parfois (pour fâcher sa frangine, Paul lui demandait chaque jour la couleur de sa culotte, seule manifestation d’intérêt pour l’autre sexe chez lui). A cinq-six ans, lorsque Lucille l’embêtait, Paul répondait :
« J’aime pas que tu m’empêches de jouer. J’obéis pas à toi, parce que t’as pas de kiki. »
Puis, il soulevait la robe de la sœurette enquiquinante, riait que son dessous de coton blanc n’eût pas de poche comme les slips des garçons, puis recevait une gifle méritée.
« Je te jure, insista la fillette, le journal de Paris parle de la mort de la fermière Consac, avec les témoignages du mari et des gosses ! 
- Lulu, qu’est-ce que tu veux que ça me fiche ? M’embête pas ! Tu fais trop les intéressantes ! T’es qu’une fille, après tout !
-  Zut ! Tu es le premier à rouspéter, à te plaindre de la monotonie de notre vie. Tu aimes bien que je te lise des récits d’aventures, Jules Verne, les explorateurs, les esquimaux, les pirates ! Alors, arrête ! Pour une fois qu’il y a du grain à moudre et qu’on ne va pas s’ennuyer !
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- Mais qu’est-ce qui te prend ?
- J’ai décidé de jouer à la policière ! Tous les deux, on va aider les gendarmes à résoudre ce qui se passe ! »
Les yeux pervenche de Lucille brillaient d’excitation. Elle souriait, de tout son entregent de petite fille déterminée. Cela faisait ressortir ses taches de rousseur. Réticent, Paul ne se laissa pas impressionner.
« Tu es folle ! Attends que je le rapporte à Dominique. On peut pas agir en douce, sans lui ! Il va rentrer du lycée. Maman est allée le chercher. C’est cinq heures du soir ! »
Le lycée était à vingt kilomètres, à Limoges, et Madame avait appris à conduire, le père se désintéressant de la corvée de voiture quotidienne de notre demi-pensionnaire, qu’il eût préféré en internat.
« Au fait, ma petite culotte est rose aujourd’hui, tu es content ? » ajouta-t-elle effrontément.


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Dominique rentré, Lucille l’aborda. Elle voulut le pousser à un conciliabule secret, prenant ainsi en compte les objections et observations judicieuses du benjamin. On ne pouvait laisser l’aîné de côté dans cette affaire mystérieuse digne d’Arsène Lupin. On jouait toujours ensemble, à trois, aux Disparus de Saint-Agil.
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« C’est important ! Tu te rends compte ! Les événements prennent une telle tournure qu’ils se mettent à captiver les journaux de Paris…
- Des trucs de journalistes ! Ecoute, Lucille, je suis fatigué. La seule chose que je saisis, c’est que tu as encore emprunté Le Figaro de Père sans autorisation. Et tu sais bien que ce n’est pas pour les faits divers que nous sommes abonnés. »
La fillette crut que Dominique, par homonymie, avait prononcé faits d’hiver, bien que nous ne fussions encore qu’au début de novembre. Il jouait aux harassés de la journée de lycée, feignant se désintéresser des propos de cette sœur pénible et hyperactive. Il dit :
« Il fait un peu frisquet ici. Mère, a-t-on allumé le feu ?
- Demande à Père s’il a ordonné de mettre la chaufferie en route. En tout cas, la cheminée fonctionne. Il y a des bûches qui s’y consument. » Répondit Julie d’Arthémond en ôtant son manteau en panthère dont Lucille espérait qu’elle fût fausse. 

Dans le salon, on percevait un crépitement caractéristique. Dominique alla se réchauffer à l’âtre. Alors qu’il étendait les mains à proximité du foyer qui ardait et rougeoyait, en cette bouche moulurée rustique garnie de deux lourds chenets de cuivre, Lucille revint à la charge. Elle parla à son aîné, mezza-voce, de manière à ce que les géniteurs n’entendissent rien de leurs propos.
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« Paul est dans la confidence.
- Dis que tu lui as forcé la main. Tu as trop lu – en cachette – Enid Blyton et Le Club des Cinq.
- Il a parcouru l’article sur les Consac, et ça l’a convaincu, riposta-t-elle, piquée. Comme moi, il est persuadé que les oiseaux ont été dressés par quelqu’un. Leur agressivité n’est pas naturelle.
- On ne dispose pas de fin limier, de Dagobert, pour flairer une piste. Si un criminel se cache derrière tout ça, il n’est pas ordinaire. Que connaissons-nous de la nature, de ses secrets ? De plus, la première victime n’a pas encore été identifiée.
- Certes, on n’a pas de Médor à notre disposition. Mais Brisquet, notre braque, a un sacré flair. Il fera tout à fait l’affaire.
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- Un chien de chasse, plus dressé pour rapporter les faisans et les lièvres que pour attraper les hors la loi ! Allons, Lulu, un peu de réalisme ! C’est toi qui as imposé Brisquet. Père aurait préféré acheter à l’éleveur un setter noir et blanc.
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- Je suis allergique aux poils longs ! Demain, c’est la fin de la semaine. Tu seras de retour plus tôt, puis, Mère recevra ses copines pour le bridge, Père ira inspecter les métayers, les Berland et les Mouillot, et je n’aurai la préceptrice que le matin, Popaul itou. Nous serons tous trois libres. Je m’habillerai par conséquent de manière adéquate et…
- Mince ! Mademoiselle détective va porter la culotte !
- Ce sont mes jodhpurs, quand je fais du cheval ! Avec les bottes de caoutchouc, un bon pull-over et le ciré, pour la pluie, ça ira ! Je vais pas gâcher une de mes robes !
- Enlève tes nœuds-nœuds, pour une fois…Je sais, c’est mignon dans tes cheveux. Et… que comptes-tu faire ?
- Aller questionner le père Martin, le premier témoin, et le rebouteux, le père Népomucène. Il en connaît un rayon en secrets des plantes et des bêtes.
- Le père Martin n’acceptera jamais. Il ne donne aucune interview. Et les Consac ?
- Trop tôt ! Ils sont encore sous le choc. 
- Soit ! Tu ordonnes, j’obéis. C’est toi, Lulu, l’homme de la famille, comme Napoléon le disait à propos de la duchesse d’Angoulême. 
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- Au fait, demain je garderai mes rubans, même si je les déteste. Je ne veux pas trop faire garçon manqué ! »

A suivre...
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samedi 30 mars 2013

Le Couquiou épisode 4.

A Richard Millet, romancier au style désormais incompris.



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La ferme des Consac était sise à huit kilomètres du champ où l’on avait découvert le premier mort. L’activité des travaux et des jours y ralentissait, s’acheminait vers le repos de la morne saison. Avant que fût venu le moment de la reviviscence de la nature, les Consac préparaient la terre et le bétail à la stase hivernale. Après le temps de l’estivage était arrivé celui de l’hivernage, de la stabulation. Habituée depuis sa plus tendre enfance au rude labeur ancestral, Jeannine Consac s’était chargée du fourrage des bêtes, un superbe troupeau de belles limousines à la robe couleur de froment. Ainsi, assurées de leur provende, les vaches pourraient sans encombre supporter un hiver qui s’annonçait tout aussi rude que de coutume. Madame Consac maniait la fourche avec maestria. Elle assemblait les fenaisons sèches, pourvoyait les mangeoires de l’aliment vital, veillait qu’en l’étable rustique, il ne fît point trop froid.
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 Elle rentra le troupeau, respectant la hiérarchie sociale, débutant par la reine, la jolie Julienne, prenant soin de celles dont le veau était sous la mère, de celles qui allaient vêler tôt, finissant par les génisses, clôturant par le bœuf, enfermant à part le taureau fécondateur, dans une stalle conçue pour lui, jusqu’au réveil de la prochaine saison de la saillie. Fourbue, sa tâche achevée, elle s’épongea, avant d’aller rejoindre l’époux, le Jean-Paul, qui vérifiait la bonne tenue des semailles, là-bas. Elle ne craignait pas de s’empoicrer toute. Son tablier à carreaux usagé, passé par-dessus une méchante jupe et un chandail de laine d’un vert délavé, ses jambes gainées de bas de laine, ses pieds encore chaussés d’antiques sabots salis par la bouse dans laquelle ils pataugeaient sans cesse et sans façon, bien qu’il lui arrivât de mettre aussi des bottes en caoutchouc, ses cheveux bruns dissimulés par un foulard qui la vieillissait tout autant que les ardeurs du soleil que sa peau subissait depuis qu’elle était née, Jeannine savait qu’elle n’était pas belle, tavelée, ravinée avant l’heure. Elle avait quarante ans, n’était jamais coquette. Elle se moquait bien du paraître, bon pour Madame la baronne. Elle s’inquiétait aussi pour l’avenir de son fils de seize ans, Léon, l’aîné, tenté par la ville, réticent à reprendre un jour l’exploitation. Trop d’ardeur, trop de labeur, trop de responsabilités…
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Le soir approchait. Le soleil achevait son couchant, plus tôt, parce que c’était l’automne et bientôt la Saint-Martin, temps des premières semailles, du repos des terrains, d’avant germination. Puis, la glandée viendrait. On préparerait tout cela, ces glands, et les châtaignes aussi, qu’on aurait ramassées à la châtaigneraie proche. On préparerait des bouillies, des conserves, avec la mère Muron, du village voisin. On récolterait truffes et champignons aussi. Enfin, on égorgerait Zéphyrin, le cochon, son rôle terminé, son successeur encore dans la matrice de la truie, pour le lard, pour la couenne savoureuse, pour la soupe, pour enrichir l’ordinaire chiche, dépourvu des nouvelles denrées superflues venues d’Outre-Atlantique, pour les longues veillées loin de toutes ces stupidités de la ville, cinéma, radio ou télévision. On se replierait sur soi, entre soi, jusqu’au prochain printemps. Le cycle se poursuivrait, immuable, toujours recommencé, tant que le monde serait monde, tant que vivrait la terre, tant que le grain existerait ; Jeannine en verrait bien encore vingt, trente, de ces cycles. Elle s’éloigna de l’entrée de l’étable après qu’elle en eut refermé les battants. Elle devait se hâter, avant qu’il fît trop sombre, avant que s’aventurent dans les territoires de l’homme les créatures sylvaines, renard, belette et sanglier en quête de bonne fortune, de nourritures faciles. Poulailler et clapier étaient fermés en suffisance ; le Jean-Paul venait d’en contrôler grillages, serrures et verrous.
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Elle remarqua un nuage d’étourneaux sansonnets dans le ciel grisâtre et bis comme un vieux pain et ne s’en inquiéta nullement. C’était normal ; c’était la saison. Il fallait bien que les oiseaux quêtassent leur abri pour la nuit, leur arbre grégaire dont le dénuement des feuilles s’achevait presque à cette date après qu’il eut été diapré d’écarlate ou de cuivre. Elle sentit un souffle frais, plus proche de celui qu’aurait produit le déplacement d’un gros animal que d’une quelconque brise du soir. Ses oreilles perçurent une espèce de clapotement, en provenance du ru proche, comme si des pieds ou pattes s’étaient aventurés à traverser ce ruisselet, ou à le dévaler depuis le coteau qui surmontait le domaine. Elle entendit quelque chose d’autre ; ça lui rappela le bramement du cerf. Le grand bois des Bonnemares était trop loin. Un cerf n’avait pas pu aller jusqu’ici.
« Qui…qui est là ? » se surprit-elle à prononcer.
Un autre bruit, comme un piaillement isolé, solitaire, venu du même endroit, à proximité du ru, retentit, mais ténu. Un sansonnet perdu ? Ça ressemblait à une sorte d’appel du mâle à la femelle de l’oiseau, mais non point d’un oisillon en détresse. L’époque des nidifuges et nidicoles s’était enfuie en l’après beaux jours. La fermière scruta l’horizon, dans la direction de cette présence inconnue. Il y avait des broussailles, par trop entremêlées pour qu’elle distinguât grand-chose. Jean-Paul aurait dû débroussailler les abords cet été ; il avait été négligent. Elle crut percevoir comme des andouillers, mais point la tête du cerf. C’était une forme trop vague, trop imprécise. Alors, le piaillement reprit, plus intense, pépiement auquel succédèrent une sorte de croassement, puis un autre cri, d’un seul oiseau, qui rappelait celui du vanneau ou du geai. Elle n’était ni ornithologue, ni chasseur. Pour Jeannine Consac, les oiseaux n’étaient que picoreurs et chapardeurs de graines ; des nuisibles, et rien d’autre. L’épouvantail les effraierait en suffisance. Ce fut alors que le nuage d’étourneaux parut se mettre en mouvement vers la source des bruits étranges. Il s’y attarda, attendant quelque chose.
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Au-delà d’où portait le regard de Jeannine, au Nord-Ouest, s’étendaient les restes de l’ancienne peupleraie abandonnée, à deux kilomètres de l’étable. L’arrière-grand-père de l’actuel baron avait tenté vers 1860 d’acclimater les peupliers dans cette zone trop rude, suivant en cela la politique de reboisement tous azimuts de Napoléon III. Un siècle après, un tiers seulement des plants d’arbres avait survécu ; la plupart n’avaient pas résisté aux hivers, d’autres avaient succombé à des parasitoses diverses, chancres, champignons, tumeurs ou autres, ou du fait de l’intromission sournoise de larves d’espèces d’insectes variées et friandes de bois dans les tissus ligneux. Fragilisés, les derniers survivants épuisés ployaient à les rompre leurs troncs élancés, presque écorcés et creux, bien peu majestueux, leur feuillage noir fripé réduit avant terme. De là, de cette ruine sylvestre, accourut une seconde volée, harde de corneilles croassantes, qui parut rejoindre les étourneaux en un conciliabule planant à l’emplacement des andouillers mystérieux. Puis, tout s’envola, en direction de l’étable.
Alors, madame Consac prit peur. Elle courut, voulut s’en retourner, comme pour précéder les oiseaux en leur course. Elle avait compris : elle devait protéger ses bêtes. Ç’avait été d’abord une menace sourde, sournoise, latente, étale, semblable à celle d’une eau qui dort ; puis, cette eau de marais s’était réveillée, s’était muée en quelque tempétueux torrent dévastant tout, ravinant tout, en crue imprévisible. Les oiseaux, en un bruit immense, témoignant de leur nombre, attaquèrent le bâtiment. Apeurées, ressentant la menace dont elles étaient l’objet, les limousines émirent force meuglements de détresse.

C’était à croire que les becs de tous ces volatiles acharnés et haineux, devenus aussi acérés, coupants et pénétrants qu’une lame affûtée et aiguisée, s’étaient vus doter d’une faculté de perforation surnaturelle des murs de l’étable. Leur quantité faisait leur force. Ils pénétraient le bois, rompaient les planches, disloquaient les tenons, les éclisses, démantibulaient tout le bâti avec une facilité déconcertante. Les assaillants entraient par les interstices ainsi engendrés, élargissaient les brèches, se ruaient à toute volée afin d’attaquer les bovins.
 Les oiseaux étaient bien plusieurs centaines et Jeannine put constater que le pullulement appelait le pullulement : d’autres volées arrivaient des bois, des autres champs, appelées par leurs congénères à participer à cet assaut inédit de mémoire d’être humain. Ces nuées effectuaient leur fusion l’une après l’autre ; elles parurent bientôt emplir toute la voûte céleste. Les cris, les battements de tous ces corvidés ou étourneaux devenaient si intenses qu’ils retentissaient continûment, se métamorphosaient en un crépitement sans trêve. Les plumages noirs ou mouchetés semblaient luire d’une rosée argentée, comme irisés et diaprés de gouttelettes de mercure. Les ailes diaboliques se comptèrent bientôt par milliers, arrivées de toute la contrée, avides de participer à la curée générale.
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Comment protéger le bétail ? Comment contrer cette horde grouillante ? Jeannine pensa au feu. Elle eut conscience d’affronter des nuées atteintes d’instincts carnivores inédits, dévorateurs. Les vaches, dans l’étable dévastée, étaient percées de coups de becs et leurs robes de froment se tachetaient d’écarlate. Elles meuglaient de douleur, d’incompréhension, piquées d’aiguillons multiples, percées, picorées par des prédateurs imprévisibles, incroyables, qu’elles n’avaient jamais connus de mémoire de ruminants. C’était une abomination, un hallali aviaire, le pire cauchemar qu’on pût imaginer.  Jeannine s’enquit d’un luminaire ; là-bas, la vieille lampe à pétrole. Elle ferait bien l’affaire. Il suffirait d’allumer quelques monceaux de paille et les oiseaux, affolés, fuiraient…
« Mes bêtes, mes pauv’bêtes ! Tenez bon ! J’vas vous tirer de là ! » leur dit-elle avec une affliction navrée, comme si elles avaient été dotées d’une conscience humaine. Par-devant l’étable en voie de dévastation, à son porche, c’était un grouillement noir. Les diables volants formaient comme un barrage. La lutte promettait d’être inexpiable entre cette volée presque surnaturelle et la paysanne plongée dans cet enfer prometteur de folie.

Elle vida la lampe sur toute la paille qu’elle put trouver, qu’elle parvint à tasser, à amonceler près du bâti bien que les corvidés l’assaillissent à son tour ; mais, de ce liquide inflammable, il n’y en avait pas en suffisance. Elle alla chercher un jerrican dans la remise qui servait de garage, remise où était entreposée la motocyclette de l’époux. Il lui fallait aussi un briquet pour l’ignition de tout cela. Jean-Paul, le Jean-Paul devait venir l’épauler. Des frondaisons là-bas, d’autres nuées belliqueuses affluaient. Jeannine, avec effroi, en vit certaines se diriger, sciemment, vers le champ où l’époux inspectait les semailles. Désormais, tous étaient en danger. Alors, elle cria au secours, voulant le prévenir un peu tard, espérant que sa voix porterait. Dans le même temps, le briquet demeurant introuvable, elle ne put que se résoudre à allumer le feu avec de simples allumettes. Les becs se faisaient plus insistants que jamais, la tourmentaient. Ils piquaient ses cheveux, ses mains, et la douleur fusait. Jeannine était en sang. Les monstres voulaient qu’elle lâche sa boîte d’allumettes ; ils s’acharnaient, la lacéraient, la griffaient de leurs serres. Elle titubait, renouvelait ses cris d’alarme. Pénétrer en l’étable était devenu impossible ; en chasser les bêtes, proies de ces horreurs aussi. Le barrage et le pullulement d’ailes tout autour du bâti éventré par les becs était devenu tel qu’on n’en appréhendait même plus la forme.

Elle vit enfin une silhouette accourir, salvatrice. Reprenant courage, bien qu’on la tourmentât, elle parvint à jeter une allumette enflammée dans la paille. Une fumée s’éleva ; cela prit, timidement. Elle recommença, insistant, jetant d’autres bâtonnets brûlants, déversant le mieux qu’elle pouvait le contenu du jerrican afin que s’accélérât l’incendie. Ses blessures s’aggravaient. Les oiseaux du démon visaient ses yeux.

Jeannine aperçut le mari ; elle l’entendit crier : « J’arrive, courage ! » tandis que les créatures aux ailes de suie, renouvelant leur tactique, se divisaient en fronts multiples, multipliés avec constance, en escadrilles létales, qui contre le troupeau, qui la piquant, crevant et écorchant sa propre chair, qui assaillant et meurtrissant Jean-Paul.

« Oiseaux de Satan ! Oiseaux de Satan ! » hurla-t-elle alors que des filets de sang coulaient de sa chevelure défaite. La volonté des corvidés n’était même plus de contrer l’homme ; elle était de tuer, de dévorer les importuns étrangers à leur race volante. Le sang excitait leurs sens, leur avidité. Aveuglée, ruisselante d’écarlate, Jeannine réalisa que, loin de provoquer la panique des attaquants, le feu les encourageait, au contraire, à aller jusqu’au bout. Le sinistre embrasa alors toute l’étable. Des vaches parvinrent à s’échapper, d’autres se trouvèrent piégées. Les limousines en fuite, meuglant, défonçaient ce qui restait des parois et des stalles. Elles couraient, éperdues, suivies par des essaims croassant, la robe perforée, cramoisie d’hémorragies, à demi dévorées. On entendait le martellement des sabots, de celles qui fuyaient, de celles qui se trouvaient coincées dans le brasier, l’expression vocale de leur détresse animale, l’effondrement des poutres incandescentes s’écrasant sur les corps rongés de meurtrissures becquées. On sentait l’odeur de la corne brûlant, du cuir et des chairs vives s’enflammant. Du bâtiment ardent s’extirpaient les bruits des agonies bovines dont certains finissaient par s’éteindre. L’une après l’autre, les limousines succombaient dans la bataille.

« Jeannine ! Jeannine ! Miséricorde ! »
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Elle s’affaissa, énucléée, tombant, poisseuse de sang, dans l’incendie purificateur. Les flammes œuvrèrent à sa dévoration. Il eût semblé à un observateur que l’horizon, le ciel, indépendamment du crépuscule, rougeoyaient d’eux-mêmes du liquide de la vie s’en allant, tachetés toutefois, maculés çà et là de brins, de points fuligineux, cendrés ou noirs. Lueurs de l’incendie, embrasement pourpré et rosâtre de la nuit approchant, jais et encre mouchetés des plumages, particules voletant, virevoltant, de la consumation du bois, charbonneuses, outrancières de par leur souillure retombant sur la terre. Fragrance immonde et carnée, cornée aussi, évocatrice d’événements encore récents dans la mémoire des hommes, de ces camps où l’ogre nazi exterminait, offrait à l’holocauste le Peuple de l’Ancienne Alliance. Interdit séculaire de la crémation bravé ; sacrifice antique des descendantes de l’aurochs. Sacrifice humain aussi. Jeannine était morte, le troupeau de même, presque entier,  Jean-Paul grièvement blessé. Léon Consac, ses frères et sœurs absents, loin d’ici, aidant ailleurs, en ville, en village, en d’autres métairies, avant le sommeil de l’hivernage, revenant à pied de l’école aussi, comme autrefois, qu’il plût ou brumât. Aglaé Consac, dix ans, bras dessus bras dessous avec son frère Marc, huit ans, cartable en bandoulière, de retour de chez les Frères (six kilomètres à pieds !) découvrirent le drame. Jean-Paul, le papa, gémissant dit : « Les gendarmes ! Avertissez les gendarmes ! »

A suivre...

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