mardi 6 décembre 2016

Cybercolonial 2e partie : Du rififi à Kakundakari-ville chapitre 18 3e partie.



An 1941 de l’Hégire.
Le Sultan Radouane, souverain de Mossoul, une chicha dont l’eau chaude était aromatisée au jasmin et à la fleur d’oranger à la bouche, embaumant l’immense aula, s’accrochait avec son hôte non désiré. Stoïque, ce dernier ne cédait pas un pouce de terrain à l’humain.
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Le prince marquait son mécontentement devant l’apparence de son interlocuteur. Il était offusqué.
- Pourquoi t’obstines-tu à revêtir cet aspect qui me fait songer aux éphèbes promis au paradis ?
-Tu vois le mal là où il ne se trouve pas. Ton esprit est marqué par la déviance. Cela vient sans doute de tous les interdits que tu as subis dans tes jeunes années. C’est toi qui me vois ainsi, c’est toi qui m’appelles pour que je vienne sous cet aspect.
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- Je me trahis… selon les sacrés préceptes du saint Livre, il m’est interdit de te représenter et de t’imaginer. Cependant, mon entendement est incapable de te donner une autre forme que celle humaine. Une boule de feu, une langue enflammée, un éclair, cela a été déjà fait.
- Sors-moi le buisson ardent tant que tu y es, ricana Dan El. Sache, ô seigneur, que le dieu iconique barbu et vénérable est mort à jamais, victime d’une anthropomorphisation excessive et naïve. Si j’avais voulu t’épouvanter, je serais venu à toi sous l’aspect d’un embryon humain disproportionné, une simple virgule de chair en formation, pourvue d’un cœur sommaire, un simple tube, battant déjà.
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- Une telle description ? Je n’en vois pas la raison, répliqua Radouane.
- Pourtant, je ne le fais pas innocemment. Tout d’abord, j’ai souvenir de ce stade-là de mon existence.
- Comment ? N’es-tu pas éternel ? On ne peut t’avoir créé. Il n’y a de Dieu que Dieu…
- Epargne-moi les versets et la profession de foi de tout bon musulman.
- Ceci est notre premier commandement. Tu es bien unique, non ?
- Oui, bien sûr. Mais pour en revenir à ce que je te disais tout à l’heure, la deuxième raison est inscrite dans ta foi. Tes semblables croient en effet que l’être humain est déjà préformé dans la semence. L’homuncule spermatique loge dans la tête du spermatozoïde. Risible et tragique à la fois. Tu comprends, seigneur Radouane que je ne puis approuver une religion qui considère que la femme est un simple réceptacle de la semence mâle. Tes théologiens se trompent grandement. Ce n’est pas moi qui me suis arrangé pour qu’il y ait deux sexes. La Nature a compris que c’était la seule façon de permettre à la complexité de se perpétuer. Je me suis contenté d’impulser l’énergie primordiale. Après, j’ai laissé faire…
- Mais, bégaya le prince. Le hasard ? cela ne se peut. Tu profères une hérésie.
- Quoi ? Tu m’accuses, moi, le Créateur de la Source de la Vie ?
- Comment peux-tu te souvenir de ton état embryonnaire ? Dieu est de toute éternité. Il n’a ni commencement ni fin.
- Il a pourtant existé un instant où je n’étais pas encore assemblé, où mon intelligence était dispersée… ce n’est que par ma volonté que je suis parvenu à regrouper ce qui me constitue. Je réprouve la courte vue des laudateurs des trois religions monothéistes qui, à l’esprit, privilégient la lettre. Ce défaut est à l’origine de trop nombreux conflits, pogroms, persécutions et assassinats de masse. Comment ta religion qui encouragea l’instruction et les sciences, qui fit qu’autrefois de grands philosophes, de grands médecins et de grands astronomes brillèrent au firmament de l’intelligence et firent que ta civilisation devança celle des Roumis ainsi que tu les nommes, comment régressa-t-elle à ce point ? Parce que les tiens se sentaient menacés ? Parce que tes ancêtres se sont enfermés dans la haine et le rejet de l’autre ? Parce qu’ils ne partagèrent pas leurs connaissances avec la masse qu’ils confinèrent dans l’ignorance ? Pour conserver le Pouvoir ?
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- Il y a de tout cela, sans nul doute. Il est exact que la science arabe fut à un cheveu de mettre à bas le Système de Ptolémée et de découvrir le mécanisme de la circulation sanguine. Mais ton procès, Seigneur, est un mauvais procès. Je suis, moi aussi, une victime, un descendant de ces survivants obligés de dissimuler leur savoir. Toutefois, je me dois de te rappeler que d’autres civilisations se sont sclérosées. Rome négligea la technique et la science grecque à force de déconsidérer le travail manuel. A quoi bon inventer des machines dans un monde où les esclaves abondent et suffisent à la tâche ?
- De même la Chine, compléta Dan El. Elle s’enferra dans le confucianisme, vivant dans un splendide isolement philosophique. Elle se retrouva mise hors-jeu par un Occident qui laïcisa la Science.
- La phrase du Franc Laplace à l’Empereur Napoléon, ce dernier l’avait questionné sur l’hypothèse de Dieu dans les découvertes astronomiques, l’astronome lui avait alors répliqué à peu près ceci : cette hypothèse n’est pas recevable ; je l’ai évacuée de mon raisonnement. 
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- Cela fait des lustres que la science a divorcé de la divinité. Heureusement d’ailleurs… oui, cela t’étonne d’entendre de tels propos dans ma bouche… mais j’existe parce que je suis justement cette science sublimée, aboutie, qui, aux yeux des êtres non achevés, peut apparaître comme de la magie. Je me suis mis à la portée, au niveau de langage de l’humanité… or, il y a un problème dans ta foi. Un calife a refusé que l’on débatte du Coran ainsi que des Hadiths du Prophète. C’était inscrit une fois pour toute. Il a fermé la porte à l’exégèse. La civilisation arabo-musulmane a jeté tout son éclat sous Haroun-al-Rachid puis ce fut tout… ou presque. Les mauvaises langues prétendent – je sous-entends par là les théoriciens économiques du défunt ultralibéralisme - que la floraison du commerce abbasside à la fin du VIIIe siècle jusqu’en Inde, en Chine et en Indonésie (en témoignent les voyages de Sinbad le marin) résulta d’un trend favorable.
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- La plus grande sclérose, fulmina Radouane, ta partialité ne l’a toujours pas abordée, fut celle des ultralibéraux du XVe siècle de l’Hégire qui, après leur triomphe contre le démon rouge, l’Azazel communiste, crurent que l’Histoire était terminée et qu’une idéologie unique, ultra matérialiste, la leur, devait régner pour les siècles des siècles. Mais Seul Allah est éternel ! Il était donc logique que leur système injuste engendrât exclusions et frustrations chez tous les laissés pour compte qui se comptèrent, au fil du temps, par millions et milliards.
- Je connais la chanson, ils étaient devenus des cyberdépendants, des geeks, des drogués à l’obsolescence programmée, à la nouveauté futile à tout prix. Aucun des partis politiques traditionnels ne pouvait répondre à leurs attentes d’enfants gâtés en train de descendre l’ascenseur social. Alors, une fraction d’entre eux se réfugia dans le vote protestataire qui fit des ravages, dans l’adhésion à des idéologies démagogiques populistes et xénophobes qui prônaient l’exclusion de tous par tous. Une deuxième fraction délaissa la politique, s’abstenant à jamais sauf lorsqu’il s’avéra qu’il était trop tard. Inutile de te parler de la troisième fraction. Dangereuse, fascinée par Thanatos…
- Avait-elle le choix ? mais le Djihad n’est-il pas romantique ?
- Pour qui ? Pour celui qui ordonne et trompe bien à l’abri ? Ou pour celui qui se fait sauter bourré d’explosifs ou meurt kalachnikov en main ?
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- Le contexte les excusait, s’obstina le Sultan. Une crise économique entretenue ad vitam aeternam, par la fraction des riches qui continuait son enrichissement obscène, un réchauffement climatique dont toutes les solutions, les moyens technologiques pour lutter contre étaient connus mais que les lobbies contrôlés par ces mêmes ploutocrates retardaient, il y avait de quoi péter les plombs.
- N’innocente pas les Etats pétroliers ultraconservateurs… ce qui advint par la suite leur retomba sur les épaules. Ils étaient aussi coupables que les tiens, que les financiers, les industriels et les spéculateurs de tout poil.
- Pourtant, les moudjahidin leur doivent beaucoup, émit Radouane avec un sourire qui en disait long.
- Ils appuyaient l’expansion du salafisme et finançaient le djihad en sous-main, répliqua Dan El. Toutes les formes révolutionnaires, de 1789 à Che Guevara
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 ayant échoué, les djihadistes recrutèrent alors les convertis de la 24ème heure ou presque. Ces derniers n’avaient-ils pas à prouver plus que tous les autres ? Leur zèle devait servir d’exemple aux prochains recrutés. Le djihad qui se répandit fut une forme de révolte antérieure, antérieure à l’ère des révolutions de l’Occident, non point une jacquerie, une émotion d’Ancien Régime des Européens, pastoureaux, croquants, va-nu-pieds, etc. mais la resucée de l’expansion de l’Islam aux dépens de Byzance. A une échelle plus vaste, bien sûr.
- Ce que tu vas reprocher à ces rebelles, c’est, d’une part, qu’ils œuvraient à l’établissement d’un nouveau califat mondial, et, d’autre part, qu’il fallait qu’ils fissent table rase de tout ce qui n’était pas islam sur terre.
- Toute la Terre est islam. Du passé faisons table rase. Même les tombeaux des marabouts sont une hérésie et doivent donc être détruits en tant que manifestations idolâtriques. Je connais ces vieilles chansons, ces rengaines. Ce que je me refuse à accepter, ce sont les destructions patrimoniales, les massacres au nom de Dieu. Je n’ai jamais commandé cela. En mon nom, la mort, le sang et la souffrance ? Tu m’as réduit à l’état de démiurge fou et coléreux.   
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- Ce n’est pas ce que je voulais. Si je t’ai offensé, je t’en demande humblement pardon.
- Laissons. Passons aux révoltes antérieures. Les penseurs occidentaux de la modernité avaient perdu toute grille de lecture, toute aptitude à déchiffrer le sens historique de ces formes de rébellion qui ont marqué le déroulement des incidents humains. A leur décharge, ils subissaient un dénigrement général de l’histoire, du moins de l’histoire antérieure à cette modernité qui se croyait et se voulait triomphante et éternelle. Au-delà de quelques bribes concernant les deux conflits mondiaux de la première moitié du XXe siècle, ils étaient dans l’incapacité totale de se projeter dans les mentalités, les modes de pensée des êtres humains qui avaient vécu et souffert antérieurement à l’ère du consumérisme branché. Ils s’en fichaient non seulement de ce qui avait fondé la mythologie des luttes sociales et ouvrières des XIXe et XXe siècle en sa première moitié, luttes qui avaient permis l’émergence de ce même monde consumériste, et a fortiori de toutes les rébellions anciennes médiévales et antiques, qu’elles eussent été millénaristes ou non. Toute une grande école historique occidentale s’était éteinte ou encore avait été réduite au silence par la pensée unique ultralibérale. D’ailleurs cette dernière avait imposé la doxa de la fin de l’histoire. Alors, oubliés la première abolition de l’esclavage par la Convention montagnarde,
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 les décrets de Ventôse, la Conjuration des Egaux,
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 Saint-Simon et les philosophes utopiques, les journées de Juin 1848, Lamartine
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 – que l’on n’étudiait plus du tout- préférant le drapeau tricolore au drapeau rouge, La Ricamarie, la Commune et la Semaine Sanglante,
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 Fourmies, etc. On avait abandonné tout cela, tous ces mythes fondateurs parce qu’ils correspondaient à un communisme archaïque et criminel qui avait sombré en 1989 de l’ère chrétienne. Ainsi, il était interdit désormais d’étudier et d’évoquer cette histoire-là, les ultralibéraux contrôlant tous les leviers de l’université et bouchant la carrière de tous ceux qui auraient eu la velléité de se pencher sur ces vieilles lunes. De toute manière à quoi bon attirer l’attention sur les perdants de l’histoire, ceux dont l’existence ne comptait plus ? Ces abandonnés des pseudo-élites se retrouvèrent à céder aux sirènes d’un extrémisme nationaliste et revanchard. Pour le bobo bien-pensant du côté du marteau, le monde débutait avec le pop’art, les Beatles, Jimi Hendricks,
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 Abba, Woodstock et ainsi de suite… Ce bourgeois bohème n’en avait rien à foutre des Gracques, de Spartacus, des Circoncellions,
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 des Bagaudes, de Nika, des Sourcils rouges de Chine, de Joachim de Flore, des Hussites,
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 des Cathares, des Anabaptistes et des Lollards, sans omettre la guerre des Paysans que Luther fustigea. Pour le bobo, la seule acception du mot « révolution » sous-entendait celle des années 60-70 du XXe siècle. Révolution des mœurs, privée et non pas collective, égocentrique, nombriliste, libérale-libertaire, non plus sociale mais sociétale, qui ravit les possédants avides de revanche parce que celle-ci sapait les fondements du monde keynésien issu de la Seconde Guerre mondiale, « révolution » que vous et les néo-fascistes nostalgiques considérâtes comme un syndrome de décadence de l’Occident. Un signe attendu par tes coreligionnaires avec la plus grande impatience.

- Il en est toujours allé ainsi, Seigneur… même moi, je trouve cela normal. Les miséreux n’ont pas d’histoire. Ils ne m’intéressent pas. Qu’ils demeurent dans leur ignorance. Ainsi, je règne et gouverne sans partage.
- Certes, mais à force d’ignorer le substrat des sociétés… tout finit par disparaître. Le soulèvement des oubliés est parfaitement logique. Surtout lorsque la seule forme d’opposition au système dominateur devient la théocratie obscurantiste. Penseurs et milieux culturels étaient grandement coupables d’avoir abandonné des pans entiers de la culture qu’ils jugeaient dépassés aux nouveaux fascistes et aux hérauts de la fin du monde qui avaient leur propre vision déformée de la fin de l’histoire. Un peu comme une niche écologique délaissée par une espèce qu’une autre, opportuniste, finit par occuper à sa place…
- Je suis parfaitement ton discours.
- Tu m’en vois satisfait. Pour en revenir au modernisme branché à tout crin, il muta en présentisme éternel. Hier n’existait pas, demain non plus. Il n’y avait donc qu’un aujourd’hui, un aujourd’hui pour toujours. C’était là les signes avant-coureurs d’une régression dans la psyché des Homo Sapiens. Paresseux et passifs sur le plan intellectuel, prisonniers de schémas mentaux déstructurés ou, au contraire trop structurés, ils perdirent la faculté de se projeter dans l’avenir, de rêver et de créer des œuvres pérennes. La mode de déshistoriciser toutes les créations du passé, de les transposer dans un univers contemporain compréhensible et déchiffrable par un public qui avait perdu toutes les références fit des ravages parmi ceux qui auraient pu renverser la vapeur de la machine.
- Ah oui… Je me souviens de ces vieilles archives numériques avant qu’elles ne puissent plus être lues. Des spectacles impies que l’on nommait opéras ou pièces de théâtre, transposés systématiquement aux XIVe et XVe siècles de l’Hégire, pour faire sens. Pour endormir aussi les esprits, les empêcher d’exercer leur talent critique. Cela nous convint à nous, les guerriers du Prophète. Cela servit notre cause au-delà de notre espérance.
- Les termes d’anachronisme et de contre-sens avaient été bannis du langage. La vieille Europe et une partie de l’Amérique du Nord n’étaient plus peuplées que par des Elois tandis que les Orientaux s’assimilaient aux Morlochs. Lorsque les Djihadistes entreprirent la destruction systématique des trésors patrimoniaux babyloniens, sassanides,
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 gréco-bouddhiques, gréco-romains, etc., seuls quelques archéologues de l’ancienne culture réagirent mais il était trop tard. De fait, les pièces les plus spectaculaires subirent les ires des zélotes alors que les œuvres de taille raisonnable alimentaient parallèlement un fructueux trafic d’antiquités pourvoyant ainsi au financement de la guerre sainte mondiale. Et tout ceci sous les yeux des Occidentaux sidérés se croyant à l’abri de ce conflit dans leur nid douillet. La réalité les rattrapa bien vite lorsque les lieux de sociabilité impies, les lieux de brassage culturel et social devinrent inévitablement la principale cible des terroristes. La guerre n’était plus loin, seulement visible par écran interposé. Elle était au coin de la rue et pouvait frapper à n’importe quelle heure du jour. Ne dis pas, seigneur Radouane que tu ne ressens aucune compassion pour les victimes innombrables…
- Si, mais pour celles qui se faisaient exploser. Le paradis les attendait, mais…
- Ah oui ? Je ne les ai jamais vues arriver. Je les attends encore !
- Seigneur, ne m’assimile pas à l’inhumanité. A t’entendre, je suis déjà dans les griffes d’Ebliss.
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- Pour l’heure, nieras-tu que les tiens se sont sacrifiés inutilement lorsqu’ils tentèrent d’anéantir la pyramide de Khéops ? Ils se sont cassé les dents des années durant à essayer de la faire sauter. Ils n’ont réussi à devenir que de la chair éparpillée, déchiquetée, dévorée par les chacals.
- Tu es bien dur !
- Mais je ne dis que la vérité, seigneur. Je l’ai vu de mes propres yeux. Certains, parmi ces « promis au paradis » n’avaient que dix ou douze ans. Je ne compte plus les jeunes filles parmi ces fous d’Allah. Je n’ai pu les accueillir. Elles me débectaient trop.   
- Si cela te dégoûtait, pourquoi n’es-tu pas intervenu directement ?
- Le libre-arbitre, tout simplement. Je ne m’en dédirai pas. 
Une pause dans cet échange sans concession entre les deux parties puis le dialogue reprit, toujours plus âpre.
- Sais-tu quel châtiment je réserve aux impies et mécréants, souffla le Sultan.
- J’y ai assisté incognito. La croix, la décapitation, mais aussi, nouveauté, l’ébouillantement, la cuisson à l’étouffé. Bref, des homards humains, et ce n’est pas une métaphore. Cependant, tu n’as rien à envier au camp d’en face, celui-ci pratiquant le cannibalisme. J’étais sur Cythère 2, cette prétendue arche des nantis, qui se mua en véritable pandémonium. Je me serais cru dans ce vieux film bidimensionnel de Pasolini, son ultime opus qui fit scandale avant son assassinat, Salό ou les cent vingt journées de Sodome.
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- Bien fait pour cet homo, lança Radouane avec tout son venin.
- Ecoute, Pasolini avait été une des dernières personnalités lucides de cette planète si chère à mon cœur avant qu’elle ne sombrât. Après lui, la pseudo élite dirigeant le monde devint l’idiot utile des fondamentalistes de tout bord. Qu’ils fussent économiques ou religieux. On entretint délibérément la confusion entre Connaissance, Savoir et Information. L’essor du Net permit cela. Ainsi, on fit accroire aux nouvelles générations que l’âge de l’accès serait la panacée. Du moment que les jeunes savaient surfer et trouver ladite information, ils pouvaient avoir leur diplôme de fin d’études. Les enseignants devenaient inutiles et obsolètes et, avec eux, l’idée de transmission de la Connaissance avec l’effort intellectuel pour l’acquérir s’avéra désuète et risible. Le statut social du professeur passeur du savoir fut dévalorisé et moqué. Je puis parler d’aspergérisation de la connaissance même la plus banale quelques décennies auparavant. Désormais, les derniers détenteurs de ce qui avait fait la particularité de l’humanité furent ravalés au rang de fous, d’idiots du village, d’autistes savants et j’en passe. Ainsi passe et trépasse la civilisation. Des monstres noyés dans un océan de banalité, aux ailes arrachées. Des clowns montrés du doigt. Les best-sellers ultra formatés s’enchaînaient année après année, autofictions nombrilistes comptant cinq cents pages creuses, du vide mal orchestré, s’apitoyaient sur l’écrivaine violée par son père (une invention, un mensonge du diable) alors que la science-fiction, décriée plus que jamais et dévalorisée, mettait en garde par métaphores ou allégories sur les dérives d’un monde qui courait à sa perte. La lecture s’effondra, reposant sur les seuls enfants de moins de dix ans et les seules femmes – certainement pas des ménagères de moins de cinquante ans qui elles, passaient leur temps de cerveau disponible à avaler les spots publicitaires décérébrant par kilomètre- ce qui fit que le pourcentage de lisants tomba à 10%, c’est-à-dire à celui du XVIe siècle de l’ère chrétienne. Et encore, je suis généreux. Le langage des slogans publicitaires, à propos, était élémentaire, primal, et faisait appel au cerveau limbique, pas même reptilien. Il se résumait à quelques mots mal articulés, à une novlangue orwélienne rudimentaire facile à mémoriser.
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 Ce qui m’irrite dans tout cela, c’est l’apparentement de cette langue sommaire avec celle des totalitarismes nazi et stalinien mais aussi avec la langue de tes moudjahidin.  
- Admets, Seigneur, que tout cela facilita notre tâche. Un langage simple qui ne prend pas la tête est nécessaire aux soldats voués au sacrifice.
- Le langage du fanatisme qui ravale l’homme à un des éléments aveugles d’une machine que rien ne peut arrêter.
- Les livres que tu regrettes tant étaient sacrilèges et donc voués à la destruction. Ils n’enseignaient pas la Charia, les Hadiths du Prophète.
- Les autodafés de tes ancêtres s’apparentent à ceux de l’Inquisition et des nazis. Il est regrettable que, parmi les ouvrages que vous brûlâtes, figuraient nombre d’œuvres des philosophes des Lumières, Voltaire notamment. A ce sujet justement, les classiques de cette littérature fondamentale ne connaissaient des flambées de vente qu’après chaque sidération sanglante. Ce que je pardonne encore moins à ta religion, seigneur Radouane, c’est le mimétisme entre tes zélotes et Savonarole lorsque l’art figuratif sous toutes ses formes rejoignit les bûchers islamiques. Tout y passa, y compris les planches originales de Franquin, les inestimables et cultissimes dessins des aventures de Gaston Lagaffe, de QRN sur Bretzelburg, etc.  
- Et la musique ? qu’en fais-tu ? Le Coran interdit celle-ci. C’est avec juste raison que nous nous en prîmes à tous les supports possibles de diffusion de la musique. Elle distrait le fidèle et l’attire dans les rets du démon.
- Les instruments, les enregistrements et les partitions furent perdus mais moi, je les possédais et je pourrai les rendre à l’humanité. Dérision ! Tous ces efforts pour ravaler l’humanité au stade de la bête ou de la machine à tuer et à procréer.
- De toute manière, les matrices que nous détruisîmes ne pouvaient plus être lues et déchiffrées à cause de l’obsolescence programmée des supports technologiques. Une obsolescence qui allait en s’accélérant et tant pis pour la planète et ses ressources.
- Ah ! Radouane ! Ne joue pas au philosophe cynique avec moi.
- Seigneur, tu as évoqué tantôt la science arabe. Nous l’avons épargnée mais les rares fragments manuscrits que nous possédons encore sont si gâtés que plus personne ne peut les déchiffrer.
- Tu veux dire que plus personne ne sait lire dans ton monde, sauf toi, et encore, pas couramment… tu ânonnes le livre saint.
- J’ai pourtant étudié dans la dernière madrasa avant qu’elle soit détruite par mes opposants. Bien sûr, ceux-ci furent punis par moi lorsque j’accédais à la fonction suprême.
- L’ébouillantement, l’empalement ou la crucifixion…
- Les trois… quant à l’autre science, elle mérita ce qui lui advint. Tous les ouvrages de l’Occident étaient en anglais ou presque, la langue haïe du colonisateur. Ils brûlèrent durant des jours et des jours, plongeant mes ancêtres dans une joie immense.
- Des ancêtres qui croyaient que la Terre était plate, que le monde fut créé en quelques jours, et autres billevesées. Sache que je suis toujours à l’ouvrage. C’est là un travail jamais achevé. L’Univers ne se réduit pas au Système solaire, ni à la Voie Lactée. Des potentialités sans fins s’offrent à moi… des options se présentent que je choisis ou efface… mais elles peuvent toujours revenir et voir le jour.
- Nous avons le droit de croire en toi, Seigneur, d’être créationnistes, n’est-ce pas ?
- Ah ? Le Dessein intelligent ? Il me revient en mémoire, j’ai assisté incognito à de multiples débats sur ce sujet… Bien évidemment je ne m’en suis pas mêlé. Outre la mise à sac des musées d’art, la destruction des bibliothèques et des universités, j’ai été aussi témoin de la mise à bas des grandes institutions scientifiques.
- As-tu donc vu les grands bûchers des collections sacrilèges du Musée de l’Homme à Paris de l’an 1500 de l’Hégire ? Ce fut grandiose, inoubliable…
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- Oui, hélas ! J’ai pleuré à la consumation des cires anatomiques, des masques africains, je l’avoue. Mais j’aurais pu empêcher cela. En quelque sorte, c’est ce que je fis puisque, dans une des potentialités, cela n’arriva pas et que ces merveilles existent toujours quelque part. L’Information n’est jamais entièrement perdue. La Sauvegarde…
- Le Musée de l’Homme témoignait de la perversion ultime de l’Occident, autant par ce qu’il exposait que par ce qu’il dissimulait dans ses réserves. Les lâchetés ordinaires qui permirent notre triomphe quelques décennies plus tard se révélèrent dans toute leur splendeur. Comment ! Des centaines de dépouilles humaines, de squelettes, de fœtus, de momies vénérables que ces pervers de décadents cachaient dans les sous-sols, justifiant leur camouflage par un prétendu politiquement-correct, une éthique biologique, médicale, que sais-je encore ! Une pudibonderie hypocrite, oui !
- Je pense que tu fais allusion à la découverte du moulage de la Vénus hottentote ?
- C’était une idole obscène, tout comme vos Vénus préhistoriques que brisèrent les valeureux combattants de la Foi ! Ils crachèrent sur ce nu difforme que les Occidentaux n’avaient plus le courage d’exhiber pour témoigner de leurs crimes passés. Ils lui firent subir les pires outrages avant de la jeter aux flammes où déjà se consumaient les dépouilles naturalisées de singes, le crâne du soi-disant homme de la Chapelle aux Saints et autres vestiges impies.
- Seigneur, nous ne serons jamais d’accord. Ce crime, je ne puis le pardonner aux tiens qui ont profané les restes authentiques d’un K’Tou.
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- Oui, tu perçois cela comme un péché.
- Tu souhaiterais me déboulonner de mon piédestal. Je ne corresponds pas à tes attentes. Un musulman ne peut pas tuer Dieu, il n’a pas lu Nietzsche.
- Sans doute. Je t’ai servi toute ma vie et je suis voué à Azazel.
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- Je suis les deux, le Juge par excellence. Tu ne viendras pas dans ma Cité.   
A ce niveau de l’échange, on pouvait légitimement se demander qui, de Radouane ou de Daniel Lin faisait preuve de plus de cynisme. Le sultan avait pour excuse de n’être qu’un humain à l’intelligence bornée et d’être prisonnier des schémas de pensées de son « époque ». Au contraire, Dan El n’était pas enfermé par un savoir dépendant d’un contexte spatio-temporel déterminé. Il lui suffisait que l’Information lui parvînt dans son intégralité malgré les aléas pour le satisfaire pleinement. En réalité, les humains ne lui importaient que dans la mesure où ils étaient les vecteurs des émotions. Il ne pouvait dévoiler au sultan de Mossoul que son existence ne dépendait que de cette seule et unique chronoligne 1833. Nulle part ailleurs, le Superviseur n’avait envisagé la potentialité d’un autre Radouane. Cruauté gratuite ? Contingence minimale assurément. Certes, l’intrication quantique permettait la coexistence simultanée de toutes les données dans une multiplicité d’emplacements potentiels divergents du Pan transmultivers. Certaines de ces données intriquées constituaient des doublons, des triplons, que la volonté du Ying Lung choisissait non aléatoirement. C’était la raison pour laquelle le problème Aurore-Marie de Saint-Aubain avait acquis plus d’acuité que celui de Radouane parce que sa potentialité quantique n’apparaissait nulle part. Elle avait surgi du RIEN, et cela expliquait le vide sidéral auquel Dan El avait été confronté lorsqu’il avait tenté de sonder son esprit dans les sous-sols du Trocadéro. Elle n’était constituée ni de matière ni d’antimatière ni de quoi que ce fût de connu ou d’inconnu. La jeune poétesse n’aurait jamais dû exister.
- Le plus redoutable parmi tes ancêtres actuels, fit Daniel Lin, c’est la coexistence entre des schémas de pensées du VIIe siècle et la technologie du XXIe siècle. Ne m’objecte surtout pas « qu’auraient fait Louis XIV, Napoléon, Hitler et d’autres despotes du passé s’ils avaient bénéficié des armes et des moyens informatiques sophistiqués du dernier siècle de la domination occidentale » ?
- Je me demande pourquoi cette conversation se prolonge. Quoi qu’il en soit, tu auras toujours raison. Tu es Dieu, je ne suis rien.
- Demande à un K’Tou armé d’un hachereau de passer directement à la cyber guerre. La sauvagerie la plus abominable s’exprimera alors. Pourtant, les K’Tous tiennent une place privilégiée dans mon cœur.
- Sauvagerie ? Répliqua Radouane sarcastique. Les infidèles décadents avaient banni ce mot trop connoté par leur mauvaise conscience.
- Je le sais, émit Dan El. Ils lui avaient préféré celui de « barbarie » jusqu’à en abuser et à le vider de toute signification, le métamorphosant en une tautologie alors que, dans le même temps, les historiens avaient mis en lumière, a contrario, le niveau de civilisation atteint par les Barbares de l’Antiquité. Huns, Celtes, Goths, Sarmates,
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 Daces, Scythes et j’en passe… si j’avais avec moi ce vieux livre papier De peur que les ténèbres, je te le recommanderais…
Alors, Dan El disparut dans une débauche de lumière effrayante. Des spirales de particules et d’antiparticules étincelantes se succédèrent dans la pièce, l’aula, avec, à la fin, une explosion photonique pouvant aveugler un humain tout à fait ordinaire. Ce spectacle donna la nausée à Radouane. Comme sonné, le prince mit du temps à recouvrer tous ses sens.
A suivre...
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jeudi 24 novembre 2016

Cybercolonial 2e partie : Du rififi à Kakundakari-ville chapitre 18 2e partie.



Aurore-Marie se mouvait dans un enténèbrement urbain. Elle ne cessait de ressasser son crime, marmottant sans que nul interlocuteur ne fût présent pour ouïr ses paroles démentes :
- J’ai tué l’Artiste ! j’ai tué l’Artiste. Aurore-Marie de Saint-Aubain a occis l’Artiste. Les macules sanglantes de mon crime jaspent de pourpre les eaux de la Lagune.

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Elle fuyait de Ca’ en Ca’ les lieux de son forfait, se hâtant, soulevant ses jupes tandis que le claquement des talons de ses bottines résonnait sur les pavés irréguliers. Çà et là, elle dérangea quelques chats vagabonds qui, en un feulement de colère, manifestaient leur vindicte de manière outrancière.
Le front de la baronne brûlait d’une fièvre malsaine. Les efflorescences putrides du canal montaient jusqu’à elle, la cernant en d’étranges volutes. A l’instant, elle crut qu’on la suivait. En son délire, elle percevait des pas, des halètements. Elle pensa que les esprits malfaisants ne la lâcheraient plus jamais, s’accrochant à ses basques. Les entités réfugiées dans les tréfonds abyssaux de la cité des Doges s’étaient réveillées afin de clamer vengeance, du moins le supposait-elle. En sa déraison, Aurore-Marie de Lacroix-Laval songeait à quelque intervention surnaturelle d’outre-tombe comme si les esprits de la Cour des Miracles
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 étaient accourus à Venise afin de rendre justice après qu’elle eut homicidé un de leurs hoirs. Mais « l’esprit » qui la suivait revêtait une quintessence féminine. Etait-ce un phénomène de dédoublement, de bilocation ? se poursuivait-elle elle-même ? La sensation d’une main glacée se posant sur son épaule manqua la faire tomber en pâmoison.
Elle balbutia :
- Betsy O’Fallain, est-ce vous ?
Elle se retourna. Rien. Pas même une ombre… or, l’âme morte poursuivait son tourment.
- Mademoiselle Alice ? se surprit-elle à marmonner.
Elle avait usurpé injustement une identité innocente et l’opprobre du crime se refusait à la lâcher. Son cœur se faisait lourd.
Aurore-Marie s’hallucina plus encore. Une Autre marchait à ses côtés. Elle entendait distinctement son souffle. D’outre-terre ou d’outre-lieu, la gardienne vengeresse de la probité d’Alice Liddell s’était extirpée de la Nuit afin qu’elle expiât non seulement son crime d’aujourd’hui mais aussi les meurtres de 1865. Ne l’oublions pas. Aurore-Marie arborait encore les attributs d’Alice. L’être qu’elle crut entrevoir présentait une vêture datée, empesée d’une crinoline. Mais la toilette paraissait défraîchie, maculée de terre comme si l’inconnue eût surgi de la tombe, se fût extraite de la bière.
La poétesse se souvint d’innombrables attractions macabres, celles qu’elle avait visitées, celles dont on lui avait conté l’existence turbide. C’étaient les momies de la Tour Saint-Michel de Bordeaux,
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 en ces pages exaltées de Victor Hugo ; c’étaient les Fontanelles de Naples,
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 ces bien particulières catacombes où s’amoncelaient les vanités obscures et immémoriales ; c’était enfin la crypte des Capucins de Palerme.
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2e/Incorpora,_Giuseppe_(1834-1914)_-_Catacombe_dei_Cappuccini_a_Palermo_2.jpg
 Celle qui l’accompagnait de conserve était à la semblance d’une de ces dépouilles palermitaines, une notabilité civile, l’épouse de quelque bourgeois dont le nom était oublié depuis des décennies, moitié fidèle expirée au milieu de ce siècle comme en témoignait la toilette fanée, désormais d’un sépia de veuve. La tête de la défunte empesée de voiles rappelait cette allégorie des fins dernières. Mais les mains dégantées à la fois chlorotiques et flavescentes évoquaient une statue de cire.
Aurore-Marie perdit conscience, plongeant dans les abîmes de ses remords accumulés.   
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   Malgré lui, Spénéloss avait entendu les pensées, la prière de Serge. Il choisit de se taire, car il avait compris la nature réelle de Daniel. Il en allait de même pour Serge mais l’humain était beaucoup plus démonstratif que l’Hellados.
Le pseudo-daryl poursuivit :
« Pardon, mais je ne vous dérange pas ? Peut-être a-t-on besoin de moi.
Cramoisi de rage, Hubert de Mirecourt éructa :
- D’où sort cet histrion ?
Erich von Stroheim souffla bruyamment, regrettant de ne pouvoir s’éponger le front.
- Himmelgott ! Nous sommes sortis d’affaire, je crois.
Alban de Kermor approuva alors que Michel Pèbre d’Ail hochait la tête pour montrer son accord.
- Je n’avais plus un poil sec.
S’amusant de la situation, sortant différents foulards bariolés d’on ne sait où, Daniel Lin lança à la cantonade :
- Madame ma reine, messieurs, je suis le prestidigitateur de service. Je suis Daniel Lin. Voyez mes beaux chiffons rouges. Qui veut faire office de taureau ? Allez, un peu de courage.
Certains soldats du peloton d’exécution s’étaient retournés et, par réflexe, mettaient le commandant Wu en joue. Il aurait suffi d’un geste mal interprété pour que la mitraille partît. Intérieurement, de Boieldieu pensait que le Superviseur général en faisait un peu trop. Il sur jouait et Pierre Fresnay détestait cela. Par contre, Louis Jouvet se frottait les mains. Il se réjouissait de se trouver aux premières loges.
- Quel culot ! Capitaine Craddock, que vous en semble ? Ce type a raté sa vocation de comédien.
Trifouillant dans sa barbe, Symphorien Nestorius marmonna :
- Tout à fait, Louis. Si j’étais directeur de casting en train de l’auditionner – tiens, pour le rôle du treizième ou quatorzième Docteur de ce vieux feuilleton bidimensionnel britannique déjanté – un must incontournable ! – je lui donnerais le rôle sans hésitation.
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- Bai…baissez vos armes, s’écria en bégayant Gontran de Séverac.
- Bonne idée ! Applaudit Daniel Lin. Il n’est pas bon que les armes parlent. Si on libérait les condamnés ?
- Mais enfin, monsieur, s’offusqua le général Boulanger. Qui êtes-vous d’abord ? Votre nom ne nous dit rien. Et comment avez-vous fait pour apparaître fort à propos ?
- Ah, Général, que vous avez la mémoire courte ! Qui a dit cela déjà ? Je suis en train de le paraphraser. Vous m’avez croisé, à Bonnelles. Votre bonne amie, la baronne de Saint-Aubain se souvient de moi, d’une manière peu agréable. Quant à ma présence ici, eh bien ! je le reconnais, je suis un peu magicien. Ce n’est qu’une question de timing ! D’ajustement du Pan Chronos…
Spénéloss leva un sourcil devant ce quart d’aveu.
- Ma reine, permettez… Nous devrions tous discuter autour d’une bonne tasse de café.
A ces mots, les ex futurs caporaux fusillés se retrouvèrent libérés de leurs entraves tandis que le peloton d’exécution voyait ses fusils transformés en lys, en coquelicots et en roses. Jean Gabin se pinça pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.
- Mon zig, nous tournons pour quel genre de fantasmagorie ? Grommela Dalio.
- J’en sais rien, siffla Carette. J’ai besoin d’un verre, mais pas d’un café.
Jacques Santerre demanda :
- Le kawa, le kawa ! Un mazagran ! Personne n’a ça dans sa besace ?
- Mais si, ironisa Violetta qui avait compris de quoi il retournait.
- Un café à cette heure-ci, essaya de minauder DS de B de B.
Il y eut comme un hiatus, une ellipse, dans le déroulement de la scène, même pas un fondu enchaîné. Les principaux protagonistes, Français, Allemands et Africains étaient désormais confortablement installés sur des coussins, des tapis sous leurs pieds, alors que six cafetières chauffaient au feu.
- Après la multiplication des pains, nous assistons à celle du moka, dit Craddock pince sans rire.
Cependant, le Loup de l’Espace sut apprécier l’arôme de sa boisson. Une pointe d’amertume achevait le goût subtil de noisette et s’attardait en bouche. Naturellement, ce café n’était pas sucré. Toutefois, aucun des convives ne savourait le même breuvage. Spénéloss dégustait un thé poivré particulièrement relevé, DS de B de B évitait de se pourlécher les babines devant son café crème, Pierre Fresnay en était à son deuxième expresso tandis que Maria de Fonseca humait la fumée de son arabica éthiopien.
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Barbenzingue trempait dans son café un bâton de réglisse. Louis Jouvet s’aperçut de ce tic. Il lança un coup de coude à Gabin.
- Cela me débecte mon vieux, lui répondit Jean.
L’Austro-américain ne disait mot, préférant boire à toutes petites gorgées son café au cognac. Saturnin se gargarisait d’un thé au jasmin dans lequel il avait versé cinq cuillers à soupe de sucre en poudre, excusez du peu ! Violetta, qui préférait le lapsang souchong sans une seule pierre à sucre sourcilla à cette hérésie. Le baron Gaston de la Renardière eut droit à une reconstitution archéologique scrupuleuse du café tel qu’on le servait au Procope au mitan du règne de Louis XVI.

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Benjamin et Lorenza observaient leurs collègues et amis. Sitruk avait opté pour une chicorée et son épouse pour un chocolat viennois. Quant à Azzo, il se goinfrait de grains de café à peine torréfiés, bien que le docteur di Fabbrini essayât de l’en dissuader. Hormis Daniel Lin, seul l’Hellados savait que personne ne buvait la même chose. Bien sûr, il n’en pipa mot.
Après cet intermède digressif, la conversation reprit comme si elle ne s’était jamais interrompue. Le Brav’Général discutait avec le commandant Wu. Il avait admis sa présence en ce lieu et ne se posait plus aucune question quant aux raisons de sa venue soudaine. Les deux hommes abordaient le fond du problème. L’exceptionnalité du Prodige de la Galaxie n’interpellait plus Boulanger. C’était comme si un réajustement se fût produit dans les relais synaptiques du personnage historique. Hubert de Mirecourt était aussi victime de ce tour.
- Oui, il me fallait venir en Afrique pour récolter la pechblende. Mais mon équipée ne s’est pas déroulée aussi bien que je l’espérais. J’ai affronté une nature folle, des fantômes tibétains, des hommes de pierre, de roches, des fauves anthropomorphes, des créatures disparues depuis des lustres en sus de la faune et de la flore habituelles.
- C’est vrai ! opina Saturnin. Et encore, vous n’avez pas eu droit aux pantins vivants et à l’emmental géant. Ni aux souterrains ! J’oubliais les masques possédés par le mana !
- Intéressante observation ethnographique. Monsieur de Beauséjour, vous m’étonnez ! murmura l’Hellados. Cependant, il faudrait mettre à jour votre logiciel mental saugrenu et dépassé.
- Quoi ! j’ai lu Tylor, Frazer (Le Rameau d’Or)
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 et Lévy-Bruhl ! s’offusqua l’ancien chef de bureau. Bien que le capitaine Craddock ait fait courir le bruit que je perdais mon temps à lire des inepties telles que les aventures de Tarzan, je me suis instruit, moi ! Je doute que Symphorien ait préparé ce voyage avec autant d’application.
- Mon général, oui, cette Afrique était devenue folle, mais peu à peu, tout rentre dans l’ordre.
- Demi mensonge !
Cette pensée fulgura dans le cerveau de Spénéloss.
- Je m’y emploie mais sans fatigue.
- Que me dites-vous là, commandant Wu ? Ce n’est pas possible. Vous ne ressemblez point à un démiurge tel que les décrivent les affidés de Madame de Saint-Aubain.
- Ah, vous voulez parler des Tétra Epiphanes, ces imposteurs ! Que de ravages n’ont-ils pas commis au cours des siècles.
- Mais comme Madame la baronne finance mon mouvement, je me garde bien de lui dire que sa secte est d’un ridicule achevé. Savez-vous qu’elle porte à son annulaire une chevalière antique qu’elle qualifie de chevalière du Pouvoir ?
- Assurément ! fit le pseudo-daryl androïde. C’est parce qu’elle croit dur comme fer que ce bijou est capable de condenser l’énergie du cosmos que cela fonctionne. A propos, général, je constate que vous portez l’uniforme.
Barbenzingue rétorqua durement :
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- Oui, et alors ? En quoi cela vous gêne-t-il ?
- Justement. La République vous a interdit d’arborer l’uniforme car elle vous a rayé des cadres actifs.
- Cette gueuse ! Ses jours sont comptés !
Spénéloss osa se mêler à la conversation.
- Commandant, fit le lieutenant en reprenant le fil de ce qui avait été dit précédemment, vous êtes persuadé qu’il ne s’agit là que d’un placebo. Toutefois, ce bijou, aussi antique soit-il, devrait être étudié par nos senseurs, nos scanners et nos ordinateurs. Démontée, il serait bon que la chevalière fût analysée atome après atome, particule après particule.
- Fausse relique mais véritable nanotechnologie, jeta Daniel Lin avec désinvolture. Ce bijou entre vos mains ferait beaucoup plus de ravages.
- Alors donc, cette chevalière n’est pas un attrape-nigaud, s’étonna le général.
- Pas du tout, mais cela dépend du porteur de la bague. Moi, je me garderais bien de glisser la chevalière à un de mes doigts.
- Monsieur, vous me stupéfiez ! Cela signifie-t-il que Talleyrand, Vidocq, Monsieur Thiers,
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 ses anciens possesseurs, connaissant les facultés de l’anneau, n’en usèrent qu’avec modération ?
- Tout à fait !
- Ils eussent pu pulvériser tous nos ennemis… La Prusse et ses souverains en premier.
- Cela n’aurait pas été souhaitable et, croyez-moi, je serais intervenu.
- Houlà ! Alors que j’aspire à la marche suprême du pouvoir en France, si je comprends bien vos propos, je n’aurais été qu’une marionnette entre les mains de Madame la baronne et de la duchesse d’Uzès !
- Vous me gênez, mon général.
- Le Pouvoir, ce pouvoir que je convoite tant depuis des années, qui me fascine, qui fait que je suis celui que je suis actuellement, ce Pouvoir ne serait qu’un leurre ? Je croyais le posséder ou sur le point de le posséder. Un jouet, entre les mains de deux femmes ! Seule Marguerite me reste !
- Mais le Pouvoir, monsieur Boulanger, n’est qu’une chimère, du moins, à l’aune des hommes.
- L’aune des hommes… Mais vous-même ? Que mettez-vous derrière ce terme ? Pas simplement la domination sur l’Europe, l’hégémonie mondiale, je suppose.
- Exactement, tout passe, tout casse.
Von Dehner, qui s’était tu jusqu’à maintenant, ne put se retenir de lancer :
- Vanité des vanités, tout est vanité ! Vous avez lu L’Ecclésiaste.
- Qui n’a pas lu L’Ecclésiaste.
- Monsieur Wu, ce Pouvoir, que vous ne décrivez pas, vous fait-il peur ?
- Oui…
- Il ne vous intéresse pas ?
- Non, mais je l’ai déjà. Il m’est tombé sur les épaules. Depuis, je fais avec.
O’Malley ne pipait mot de cette conversation qui dépassait son langage canin. Il n’éprouvait même pas le besoin d’aboyer. Il se contentait de mordiller un os venu de nulle part, une de ces friandises que les humains de la chronoligne 1721 du début du XXIe siècle avaient l’habitude d’offrir à leurs compagnons à poils et à pattes afin qu’ils les rongent pour exercer leurs dents. Ce bon nonos, comme on disait alors, avait la particularité d’être parfumé à la vanille. Quant à Ufo, il croquait les grains d’une grappe de raisin comme si c’eût été des bonbons.
Les Africains avaient compris quelques mots des paroles échangées entre Boulanger et Daniel Lin. Les multiples tours qu’il avait accomplis l’assimilaient à un dieu. Ce fut la raison pour laquelle pygmées de Kwangsoon et guerriers aux casques pyriformes de Maria de Fonseca vinrent à se prosterner devant le démiurge au grand étonnement des principaux protagonistes.
- Mais… pourquoi une telle vénération, monsieur Wu ? je pensais que vous n’étiez qu’un modeste…
Le vieil homme fut interrompu par Craddock qui envoyait une bourrade dans les replis graisseux de Saturnin.
- Alors, monsieur de Beauséjour, toujours pas appris à vous taire ? s’exclama le capitaine d’écumoire.
Spénéloss, à qui rien n’échappait, ne celait rien.   
« Que de salamalecs ! » pensait Benjamin.
Devant les agenouillements des autochtones, Daniel Lin marqua sa désapprobation.
- Mes amis, je ne comprends pas les raisons de cette adoration. Les signes d’obséquiosité démonstrative me désappointent fortement. Autrefois, il y a longtemps, lorsque Sarton m’avait permis de mettre la main sur des disques d’information, il avait pris soin de rappeler au capitaine que j’étais encore, que nous, humains, n’étions pas des dieux.
A ces mots, Lorenza hocha la tête. Sa mémoire multiple lui permettait de se remémorer cette scène. Les Africains, à l’écoute de ce discours, se figèrent. Ils hésitèrent quelques instants, comme statufiés. Les Pygmées ressemblaient à d’irréelles effigies de cire, à des créatures fabuleuses chthoniennes, paralysées par le regard de Méduse. Les soldats de la vraie « She » ne valaient guère mieux.
Après quelques secondes, ils palabrèrent, parlementèrent, essayant de trouver l’attitude adéquate face à cette divinité réticente qui se refusait à eux. Un silence inhabituel envahit alors la forteresse. Seul retentissait le Verbe ancestral africain tandis que toute la jungle extérieure s’était tue alentour. Il n’y avait plus ni singe, ni oiseau ni panthère, ni aucune de ces créatures inaccoutumées qui avaient donné du fil à retordre à nos protagonistes. C’était comme si la citadelle se fût retrouvée Ailleurs, isolée dans un outre espace, un outre temps, enfermée dans un Univers bulle voulu par le Ying Lung. C’était là le signe que la remise en place progressait.
Cependant, çà et là, des détails inquiétants démontraient qu’une force rechignait à se soumettre à la loi de Dan El. Un ciel de plomb irréaliste s’était désormais substitué à celui de l’azur austral tandis qu’une pluie tropicale s’abattait sans prévenir trempant peau nue, uniformes et toilettes défraîchies. De même, les affleurements de pechblende saillant du sol meuble phosphoraient, émettant des fulgurances, des scintillements et des jaillissements d’une énergie primordiale qui se refusait à ce qu’on la domestiquât.
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« A El se refuse à céder du terrain. Ou plutôt Antor ? Ah décidément, il ne veut pas grandir… cela me chagrine au possible… ».
Un coup de trompe retentit dans la semi pénombre. Des gardes de la reine venaient de capturer un étranger. Bien escorté par les soldats en armure de bronze et de peau de buffle ou de rhinocéros, un vieillard au type sémite fut conduit devant la souveraine et le commandant Wu, hôte privilégié de la forteresse. L’homme paraissait tanné par des années de fréquentation d’un reg de feu. Il était si ridé, si ratatiné, qu’on l’eût pensé momifié naturellement. Sa vêture ascétique si usée, si élimée, en devenait transparente. Alban reconnut le triste sire. Il s’exclama :
- Cheikh Walid ! Mais comme il a vieilli ! Sous quel rapport-temps nous mouvons nous donc ?
- Théoriquement, fit Erich von Stroheim, nous avions accosté à Zanzibar il y a quelques mois, guère davantage.
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- Trois, quatre ? Interrogea Alban. Je ne me souviens plus. Je serais bien incapable de vous affirmer que nous avons débarqué à une date précise de l’an 1888. De même, voyez ma montre, elle ne fonctionne plus.
- Tiens, vous dites vrai. La mienne itou. C’est le lot commun de ces chronomètres dans cet environnement magique.
Demeurant - pour l’heure ? - la souveraine avérée de la contrée, Maria de Fonseca voulut imposer au prisonnier le cérémoniel cruel habituel. Les guerriers de la reine avaient beau réitérer leurs coups de lances, aboyer leurs ordres alternativement en swahili et en dialecte bantou, Cheikh Walid se refusa obstinément à plier le genou. Il ricana, exhibant une bouche édentée. Mieux ! En signe de rébellion, il commença à défaire le turban souillé qui le coiffait. Bientôt, ses gestes s’apparentèrent à ceux de Claude Rains dans L’Homme invisible de 1933.
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Tandis que l’absence de crâne ébahissait l’assistance, le corps lui-même n’apparut pas. Les vêtements se démaillotèrent telles des bandelettes, mais sur le Rien. L’étonnement se mua en terreur pure. D’autant plus que du Cheikh ne demeura que le ricanement qui se répercuta aux quatre points cardinaux, rebondissant de muraille cyclopéenne en muraille de roc.
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« C’est bien plus que de la rébellion. C’est une révolte… Antor me déçoit… », murmura Daniel Lin.
Inutile d’écrire que Cheikh Walid n’avait été qu’un avatar d’A El.     
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« Je ne puis laisser passer cela. Je suis aux commandes, n’est-ce pas ? Alors, montrons-le ».
Opiniâtre, Dan El enclencha l’attaque. Ses proches, ses amis, mais également les quatre caporaux, les Pygmées, les Sénégalais et les animaux familiers furent retirés de l’arène. Le Ying Lung devait les protéger des coups qu’il allait porter contre son frère. Mais aussi les mettre à l’abri des répliques de son autre lui-même, moins assagi, et pas aussi attaché aux représentants de l’humanité. Tant pis pour les Allemands rescapés, Maria de Fonseca et ses gardes et, surtout pour Barbenzingue et ses séides. Après tout, Hubert de Mirecourt n’était pas un personnage reluisant.
 A suivre...
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