mercredi 1 février 2017

Cybercolonial 2e partie: Du rififi à Kakundakari-ville chapitre 19 3e partie.



Daniel Lin était occupé à mettre de l’ordre dans les papiers de ses amis. Mais son esprit était visiblement ailleurs. Un peu plus loin, sous une table, O’Malley et Ufo
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 faisaient un sort à un pâté de faisan en gelée après s’être abondamment disputés. Ils avaient dérobé ce délice à Deanna Shirley lors d’une collation destinée à réconforter toute l’équipe qui avait œuvré en Afrique. Dodgson venait tout juste d’être renvoyé à son année d’origine. Mais il restait Alice. Où était-elle présentement ?
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Or, tandis que le Superviseur classait le courrier, il captait des pensées confuses de détresse. Ce n’était là ni la manifestation d’un sixième sens ni une banale intuition. Les connexions du Ying Lung s’étaient reconstituées dès l’arrivée à Venise et le réseau d’inter relations entre tous les protagonistes de cette histoire lui permettait de localiser les moindres manifestations cognitives de tous les êtres peuplant ce 1888 désormais davantage conforme aux schèmes prévus par Le Superviseur général. Ainsi, il sut qui se désespérait, qui était en danger.
Laissant là sa tâche ingrate, il partit en disant simplement à ses amis :
- Je dois venir en aide à quelqu’un, c’est urgent.
Lorenza se contenta de répliquer :
- Votre vocation de saint-bernard reprend le dessus.
- Non, ici, celui de terre-neuve.
Saturnin, qui avait tout entendu, s’en mêla :
- C’est sans doute en rapport avec l’eau, fit le vieil homme. Je crois ces chiens réputés porter secours aux personnes en train de se noyer.
- Tout à fait. Ciao, tous ; à tantôt.
Secourir cette âme en perdition était pour Daniel Lin une manière de parachever la remise en place de cette normalité potentielle et non cette chronoligne comme le croyait la majorité de ses compagnons.
Comme par miracle, Dan El se retrouva au pont de l’Accademia qui enjambait le Grand Canal et permettait de rejoindre le célèbre musée abritant, entre autres trésors, la Tempête de Giorgione.
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 Vêpres venaient de sonner aux différents clochers du quartier. Pourtant, les ruelles étaient désertes. On entendait, à quelques distances, résonner les cloches de l’église San Trovἀso
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  consacrée aux martyrs Gervais et Protais.
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 Une jeune fille, la mise en désordre et toute échevelée, avait déjà passé le parapet et s’apprêtait à commettre le geste fatal. Son visage blême dénonçait sa grande détresse. Un cri mental parvint à l’adolescente juste une attoseconde avant qu’elle ne chutât. Ce fut alors comme une épiphanie. A son corps défendant, Daniel venait de jouer un numéro christique. Il pensa :
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« J’ai l’impression d’être dans la peau d’un de ces acteurs de biopics bibliques édifiants du style La plus grande histoire jamais contée. Trêve de plaisanterie, sauver mademoiselle Alice Liddell du suicide ne suffit pas. Il lui faut maintenant rejoindre Charles Dodgson. ».
Alice n’avait pas du tout réalisé ce qui venait de lui arriver. Ç’avait été comme une voix dans sa tête, non pas impérieuse mais douce et persuasive, la convaincant de ne point en finir, son heure n’étant point encore venue de rejoindre l’outre-monde.
La scène s’était figée une infime fraction de temps que seule une horloge atomique aurait pu précisément mesurer. Une puissante force invisible la ramena alors sur le parapet et les lois de la physique s’en trouvèrent démenties. Daniel venait de déstructurer la force gravitationnelle, de la stopper avant de rattraper in extremis la jeune fille. Heureusement, il n’y avait aucun témoin à cette impossibilité logique. Il connaissait le danger de cette action susceptible d’engendrer tout un tas de paradoxes avec, à terme, un micro trou noir local qui, alors, aurait fini par absorber tout le pont et ses alentours. Puis, il aurait fallu au Ying Lung récupérer l’information piégée en cours de résurgence au sein d’un trou blanc, frère opposé du trou noir.
« Merci, Albert », murmura le Préservateur à l’adresse d’Einstein, invisible, et pour cause, puisque, présentement, il était l’hôte de l’Agartha.   
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Lorsqu’elle aperçut son sauveur, Alice hésita entre deux réactions. Soit elle avait affaire à un ange protecteur, soit à une Entité divine dépassant toutes les explications chrétiennes.
Elle ne sut si elle devait remercier l’inconnu. Ses lèvres amorcèrent un thank you very much et dans sa tête une voix lui répondit :
-Tu es pardonnée… depuis toujours… Va en paix…
Un orbe d’une énergie pure et brillante comme des milliards de soleils l’enroba et mademoiselle Liddell, sa mémoire réparée, regagna instantanément l’année 1865 et le parc de la propriété de ses parents. Rien de fâcheux ne lui était arrivé et ne lui arriverait désormais.
*****

A l’instant même où ces événements se déroulaient, sir Charles qui s’était assoupi sur un sofa garni de nombreux coussins, fut la proie d’un mauvais songe. Il se rêva en un espace clos délimité par des milliers de miroirs qui, créant un effet d’abyme, donnaient l’impression qu’une infinité d’alter ego du mathématicien se retrouvaient avec lui, confinés dans le même lieu tout en agissant de manière autonome. C’était comme une chambre noire obturée mais une chambre noire de verre. De chacune des glaces, des fumeroles noires en forme de tentacules sourdaient vers l’extérieur et s’en venaient rôder autour de l’endormi. Peu à peu, elles l’enserraient, l’empêchant de faire le moindre geste, leur objectif étant de l’aspirer et de le ramener en outre-lieu d’où il provenait.
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Merritt se réveilla en sursaut, son échine glacée par une sueur malsaine. Lorsqu’il aperçut un succédané de commode Boulle reconvertie en coiffeuse, donc surmontée d’un miroir sphérique, ses yeux s’écarquillèrent sous une peur irrépressible. Comme pris de frénésie, il se saisit de sa canne épée et brisa sauvagement la glace coupable. Alors, les éclats se répandirent sur le carrelage et il sembla à Sir Charles que, de chacun d’eux, émergeait une onde destinée à l’emprisonner et à l’aspirer pour retourner de l’autre côté. Il se vit déjà éclaté, écartelé, des fragments déchiquetés de sa personne, des tesselles de camaïeu se gobergeant de chacun des débris de son corps mutilé et éparpillé sur le sol froid.
L’étoffe de son Macfarlane commençait à céder, de même le talon de sa chaussure gauche se décomposait et se déclouait alors que Merritt sentait l’onde l’effleurer tout en le déstructurant peu à peu. Le phénomène rappelait à la fois les effets d’un super aimant et d’une soufflerie colossale.
Le scientifique dévoyé se crut perdu lorsqu’une énergie contraire à celle émanant des bris de glace se manifesta enfin dans le lounge. Un serpent lumineux non orangé mais fait de ténèbres restitua l’intégrité du mathématicien tout en annihilant l’énergie noire provenant des débris du miroir fautif. Qu’était-ce ? Il ne pouvait s’agir de Dan El sous sa vraie apparence. Cette onde était son contraire, sa symétrie sombre qu’il avait crue domestiquée après sa victoire contre Fu le Suprême, et, plus tard, contre son propre jumeau inversé dans la forteresse de Maria de Fonseca. Cette victoire n’avait donc été qu’une demi-victoire et il n’en n’avait même pas conscience puisqu’il s’agissait de sa partie rebelle qui se refusait à toute obéissance. Voilà ce qu’il en coûtait à jouer trop longtemps à être un et multiple à la fois.

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Daniel Lin, en sauvant Dodgson et Alice avait négligé l’élément Merritt. Il avait fait abstraction du voyage de Tellier de l’autre côté du miroir. Il s’était moqué de ce qui, pour lui, coulait de source : l’effacement automatique du mathématicien ou plutôt sa réintégration dans l’infra-mondes. Tout cela était bien la preuve de son jeune âge, du fait qu’il était encore en rodage comme l’avait si bien dit Spénéloss. A El avait sauvé Merritt, l’homme constitué d’information négative, aventuré dans un de ces mondes positifs depuis 1865. L’aspect serpentiforme de l’entité, évocatrice du péché originel, suscita en Sir Charles des spéculations qui l’incitèrent à questionner l’Être sans que, toutefois, il attendît de sa part la moindre explication.
- Es-tu le diable ?
- Ce concept est trop réducteur pour me définir.
Le mathématicien fut frappé par le timbre de cette voix grêle, manifestement immature. Une vision horrifique et fugace s’imposa à l’imagination du scientifique. Il crut en une âme fœtale surgie des limbes, mieux, à une de ces momies de fœtus pharaoniques, emmaillotée dans des linges moisis. C’était là une prémonition de sa vie postérieure lorsqu’il explorerait la nécropole de la pyramide d’Ogo de Texcoco. [1]
- Pour quelle raison m’as-tu sauvé ?
- Pour m’amuser, par jeu.
- Si ta nature est semblable à la mienne, si tu es le Mal tout comme moi, n’est-il pas absurde que ce dernier se montre altruiste et porte secours à un de ses séides ?
- Non, tout au contraire, c’est logique.
- Tu es alors bien celui que je cherchais, A El…
- Comment connais-tu mon nom ?
- Lorsque j’ai interrogé Alice, ton nom est revenu comme une litanie dans ses réponses.
- As-tu conscience qu’en ce monde tu es un parasite ? Mieux, une aberration ? Tu aurais dû te désintégrer dès ta sortie du miroir. Mais voilà, je ne l’ai pas voulu.
- Est-ce à dire que tu me protèges depuis tantôt vingt-trois ans ?
- Tout de même pas. Je n’en ai pas fini avec toi. Tu me divertis.
- J’ai eu le temps de fréquenter Galeazzo, puis de lui succéder et d’échafauder tout mon empire du crime.
- Je sais cela. Mais tu n’es qu’une ombre dans une partie qui transcende à la fois le temps, l’espace et les Univers.
- Je ne crois pas à ton pouvoir démiurgique. Tu me sembles trop jeune.
- A mon aune, les humains vivent moins qu’un battement de paupière. Je transcende le temps et toute la Création.
- Hem, toussota Merritt. Es-tu le frère rebelle ? Es-tu Seth qui tua Osiris ?
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- Encore ces schémas réducteurs. Tes propos ne me blessent pas cependant. J’ai effectivement rompu avec mon supposé frère des étoiles. Je me suis sacrifié autrefois lorsqu’il dut dompter l’infra sombre. Mais tout cela est fini. C’est lui qui a tort, qui se trompe. Il va en payer les conséquences… bientôt, très bientôt. Pour arriver à lui faire comprendre son erreur, je dois feindre la soumission, un peu, juste encore un peu… une femto seconde…
- Madame de Saint-Aubain repose dans la pièce contiguë. Ressent-elle ta présence ?
- Nullement. Elle n’est qu’un médiocre instrument. Je la laisse agir, ruminer ses plans de vengeance car elle est un outil qui va être abandonné. Je sais pertinemment que Daniel Lin Wu la vaincra. C’est là aussi mon objectif. Je prépare mieux, beaucoup mieux. La plus grande singularité dans ce monde reconstitué, c’est sa petite personne. Je laisse à Daniel le soin d’en finir avec elle de la façon qui lui semblera la plus appropriée. Toi, tu es plus intéressant. Alors, je vais te donner un conseil. Défies-toi de tous les miroirs, préserve-toi d’eux. Lorsque tu rentreras à Londres, remplace-les intégralement par des glaces sans tain.
Merritt comprit et frissonna.
- Ce sera fait. Mais ton insistance au sujet des miroirs me fait songer à une vieille légende. As-tu connu un stade antérieur de ta vie où les vieilles superstitions archaïques assimilèrent les êtres comme toi à des goules, lamies ou vampires ?
- Tu comprends vite. Mais j’ai toujours possédé un reflet.
- Kulm… qu’est-il devenu ?
- Kulm ou plus exactement le colonel Kraksis… un ennemi de mon frère… toujours anéanti, toujours tué et pourtant toujours là… aussi collant qu’une mouche sur du miel. Le calmaroïde aux quinze milliards de morts au sein du Pantransmultivers… je suis responsable de son évaporation, non, de sa réintégration en une vaste boucle temporelle qui défie et transcende des époques disparates de l’histoire humaine et galactique. Présentement, il a rejoint la cuve dans laquelle son exemplaire, je ne sais plus lequel, s’est reconstitué, un clone quoi. J’ai poussé la perversité jusqu’à le réintégrer dans sa matrice quelques fractions de temps avant que l’alerte pourpre ne retentisse dans la base où il dormait. Sa planète, Gentus, allait, une fois encore, être détruite, basculer d’un segment de temps à l’autre, d’une chronoligne à l’autre, tout cela parce que Daniel Lin trouve que les indigènes de cette fichue planète se doivent être des orangs lords améliorés et non des calmars ! Bientôt, ce bientôt étant une façon de parler et n’ayant aucune valeur pour moi dont l’existence se mesure à l’aune des multivers, du Big bang au Big Crunch,
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 l’exemplaire numéro 718921²³¹ environ voguera dans un astronef de secours qui se posera sur Terra, dans un passé suffisamment proche pour qu’une civilisation dotée de l’écriture ait émergé. Il y rencontrera un de mes instruments.
- Quant à moi, faut-il que je quitte Venise immédiatement ?
- Bien sûr. Aurore-Marie doit suivre son destin. Elle va affronter le Prodige de la Galaxie, ricana A El. Je lui souhaite bien du plaisir. Ah… un détail. Prends bien soin de Taïaut. Il fait partie de mes plans.
- Je vois… Tu sais beaucoup de choses me concernant.
- Je sais tout de toi, petite vie.
Sur ces mots méprisants, le serpent obscur et pourtant surbrillant s’évanouit, laissant coi Sir Charles Merritt. Ce dernier allait fournir à la baronne de Lacroix-Laval une explication oiseuse à sa décision de partir sans lui avoir rendu le Codex. A quoi bon puisque, apparemment, ses jours étaient comptés ?
*****

L’homme courait, éperdu, le souffle court, dans un réseau de galeries voussées dont les détours rappelaient les catacombes de Rome et les Fontanelles de Naples. C’était une succession de niches encombrées de dépouilles monacales, plus ou moins démantibulées par les siècles, une suite de vanités sculptées en bas-relief, appuyant la signification de cet ossuaire. La seule issue du labyrinthe était la mort.
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Le fugitif, revêtu d’une chemise ample à manches et à col de dentelles déchirée, des hauts-de-chausse longs garnis de crevés de couleur cramoisi, arborait une chevelure sale et abondante, dont les mèches longues retombaient en désordre sur ses épaules. Que fuyait-il ? Il ne savait trop qui. Il s’était réveillé en cette catacombe il y avait peu. Mais son instinct lui disait que le danger était partout et qu’il lui fallait trouver une issue de secours. Il savait que quelque chose le poursuivait, quelque chose de véritablement innommable et terrifiant. Derrière lui, à environ dix toises, il entendait le souffle de la créature, un grincement mécanique, comme des rouages en action. Quelques détours qu’il prît, il ne parvenait pas à semer la chose.
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Il avait entraperçu, fugitivement, plusieurs ombres difformes au commencement de cette course sans trêve ni but si ce n’était préserver son existence. Certes, il se rappelait son arrestation imprévue lorsque les alguazils mandatés par le pouvoir ecclésiastique s’étaient saisis de sa personne. Que lui reprochait-on ? Le propre de la procédure judiciaire en ce temps et en ce lieu était qu’elle demeurât secrète, qu’il fallait conséquemment que le prévenu ignorât ce que lui voulait au juste la Santa Hermandad. Avait-il proféré quelque imprudent propos ? S’était-il montré téméraire ? Avait-il accordé sa protection, même temporaire, à un de ces Morisques ou de ces conversos réprouvés par l’Eglise et Sa Majesté très Catholique ? Les boyaux succédaient aux boyaux, tous semblables à ses yeux.
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Le fuyard avait l’impression de repasser toujours au même endroit. Les grincements se rapprochaient et, désormais, le sentiment qui dominait chez le pourchassé était que sa dernière heure arrivait. Il eût préféré une condamnation à mort en due forme une fois remis aux mains du bras séculier. Alors, il aurait eu le choix entre le bûcher et le garrot. Il aurait choisi ce dernier, plus prompt.
Dorénavant, la chose impitoyable dont le seul objectif était d’exécuter les fugitifs s’était démultipliée dans le labyrinthe. Un air vicié était brassé par le déplacement des différentes créatures courant sur les traces du sacrifié. Quelque couloir qu’il prît pour essayer de semer les exécuteurs, le condamné s’attendait à se retrouver face à l’un d’entre eux. Fait absurde, il finit par déboucher en un carrefour de forme hexagonale auquel aboutissaient autant d’issues qu’il comportait de côtés. S’il se fût agi des célèbres termitières de la planète Sestriss dans lesquelles le commandant Fermat faillit périr, le lecteur se serait attendu au surgissement de termitoïdes soldats blanchâtres et disproportionnés dont les mandibules auraient déchiqueté leur proie.
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Mais présentement, en ce début du XVIIe siècle, ce furent, certes, des crissements assourdissants qui envahirent le carrefour et précédèrent l’arrivée des monstres mais, au profit de la révélation de leur nature d’androïdes. A première vue, il s’agissait de Dominicains, mais les visages de bois à la peinture écaillée trahissaient leur nature artificielle. La partie ventrale de leur froc s’agrémentait d’un éperon en acier forgé. Ces moines mesuraient sept pieds environ et le rostre qui leur servait d’arme deux pieds. Non content de voir les cinq bourreaux face à lui, le fugitif frissonna lorsque le souffle frais provenant de l’avancée dans son dos du sixième hermano mécanique frôla sa nuque. Il se retrouva encerclé au milieu de l’hexagone dont la voûte en forme de coupole comportait à son sommet un oculus qui permettait au grand inquisiteur de suivre la fin de la chasse.
Le malheureux subit six fois l’empalement… 
A suivre...
******


[1] Ces péripéties vous sont narrées dans Mexafrica.

jeudi 19 janvier 2017

Cybercolonial 2e partie : Du rififi à Kakundakari-ville chapitre 19 2e partie.



Tandis que le groupe parvenait à l’hôtel déjà entrevu, Deanna Shirley n’avait de cesse d’irriter ses compagnons et particulièrement Daniel Lin avec ses jérémiades.

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- Je m’attendais, en nos péripéties, à l’attaque d’un singe lubrique souhaitant me kidnapper. Cela n’a point eu lieu.
- Oh, la grande star d’Hollywood ! Combien de fois as-tu visionné King Kong, ironisa Louis Jouvet.

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- Il y a plus capricieuse que moi, s’offusqua DS de B de B. A ce propos, il est fort étrange que ni Shirley Temple, ni Marilyn, ni Elizabeth Taylor ne soient les invitées de l’Agartha.
Craddock ricana.
- Planche à pain, c’est tout vu ! Marilyn et Elizabeth auraient foutu le bordel. Toutes deux sont ingérables au contraire de Birgit Langström, de votre sœur Daisy-Belle – quoi que vous en pensiez – d’Ava Gardner, de Katharine Hepburn, d’Ingrid Bergman et Barbara Stanwyck.
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- Marin d’eau de cale, répliqua Deanna d’un ton cinglant, parce que vous croyez que Vincent van Gogh, Michel-Ange, Leonardo, Verlaine, Hugo, Einstein, et bien d’autres le sont, eux, gérables ?
- Plus que vous. Certes, ils ont des sautes d’humeur, comme tous les grands esprits, les artistes, mais ils n’ont jamais mis la Cité en danger. Je les contrôle.
- Ah oui ? Victor m’a lutinée une fois. Il a même voulu que je pose nue pour lui ! Révoltant !
Daniel eut un sourire en coin.
- Vous l’aviez allumé.
- Pffou ! Un balai qui aurait passé une jupe, il arriverait à le trouver sexy.
-  Ouais, c’est bien vrai, s’exclama le capitaine de rafiot rouillé.
Carette fut pris d’un rire irrépressible.
-  Il n’y a que Pauline qui n’a pas été l’objet de ses approches, fit le comédien.
Dalio proposa :
- Commandant, puisqu’en réalité, c’est vous qui faites la pluie et le beau temps à l’Agartha, lors de votre prochaine sélection, ne choisissez plus que des vieilles rombières du style Marguerite Moreno
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 ou des commères desséchées comme Louella Parsons et Hedda Hopper.
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- Oh là là ! La Cité va devenir un éteignoir, répliqua Daniel Lin.
- Commandant, implicitement, vous venez de reconnaître que vous peuplez le Rot du Dragon selon votre volonté. Tous ces artistes, tous ces talents, qui n’appartiennent pas à la même époque, comment ont-ils pu trouver la porte de Shangri-La ? 
- Spénéloss, vous venez de mettre le doigt juste là où il ne fallait pas. En tant que 35e sur 36 de la hiérarchie, les miens me laissent une certaine liberté. Je puis donc préserver la quintessence, bref, ce qui est le plus remarquable chez l’humanité.
- En attendant, s’inquiéta le jeune comte de Kermor, je me demande comment l’hôtelier va accueillir cette smala d’Abd-el-Kader.
Le commandant Wu reprit la parole :
- Le problème Dodgson sera réglé, vous ne vous en rendrez même pas compte.
Benjamin soupira, regardant son épouse avec l’air de lui dire : « Je te l’avais bien dit, il retombe dans ses travers. Nous comptons pour du beurre. »
Daniel Lin capta la pensée subversive du commandant Sitruk mais fit comme si de rien n’était.
- Pour rappel, les communications ont été rétablies. Outre Dodgson, Michel, Guillaume et Frédéric nous attendent avec impatience. Je les ai prévenus de notre arrivée imminente, renseigna le pseudo daryl androïde.
*****
Une scène quelque peu animée se déroulait dans le salon de la suite louée par l’Artiste. Celui-ci était conforme au style rococo vénitien surchargé du XVIIIe siècle. Cependant, les ors avaient quelque peu terni et les tapisseries apparaissaient défraîchies.
Tandis que Craddock, assoiffé, se versait un verre de limonade, que Violetta après un bain se séchait les cheveux, un échange verbal acerbe agitait la plupart des protagonistes. Toutefois, Deanna Shirley n’y participa pas, affalée qu’elle était, en peignoir à ramages, sur un confident-de-ces-dames bien capitonné sur lequel elle ne tarda point à ronfloter, sa fatigue ayant été la plus forte. L’acrimonie de Frédéric se faisait sentir à tous.
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- Daniel, vous me connaissez, jamais je ne me plains. Jamais je ne formule des reproches concernant vos décisions. Mais cette fois-ci, vous êtes allé trop loin. Je veux bien croire que vous aviez fort à faire là-bas en Afrique, mais tout de même ! Vous m’avez laissé gérer tout seul le cas Dodgson, la présence de Madame la baronne de Saint-Aubain qui a cru bon de vouloir me tuer. Ceci dit, je m’en doutais. J’avais pris les devants, lui rejouant un tour à ma façon, comme celui d’autrefois au bord de la Seine, face à Wanda.
- Oui, mais attention, rajouta Michel Simon, j’en suis témoin : pas un seul instant la vie de Frédéric ne fut mise en danger. Plus comédien que lui, tu meurs.
- Il n’empêche ! Mon échine s’est glacée, s’exclama Guillaume. Pristi ! Je vois encore le Maître plonger dans les eaux de la Lagune. Je l’ai cru mortellement blessé !
- Pieds-Légers, tu as encore la chair trop tendre et ton cœur n’est pas assez endurci, émit l’Artiste avec condescendance.
- Pourquoi cette scène s’il n’y a jamais eu de danger ? s’étonna Daniel. Dois-je mentionner une fois encore que le contact était rompu et qu’il m’était impossible d’intervenir ? Que diable ! J’ai beau posséder quelques atouts, il ne faut pas trop m’en demander.
- Ouais, tu parles d’atouts ! Le Pendu, le Mat, la Mort, le Diable, la Maison-Dieu etc. ironisa Michel.
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Les yeux de Spénéloss brillèrent lorsque le comédien prononça « la Maison-Dieu ».
Le Préservateur sourit imperceptiblement. Il jeta :
- Ma foi. En tant qu’avant-dernier Ying Lung, je puis beaucoup mais je n’ai pas les attributs d’un dieu ! Sinon, il y a longtemps que les humains auraient atteint le stade supérieur par excellence, celui de l’énergie pure, en osmose et en communication directes avec le Pantransmultivers. Même moi j’ai des difficultés à rester connecté avec la Réalité.
C’était là un gros mensonge de la part de Dan El. Il ne passa pas auprès de l’Hellados.
- Hum…toussota Spénéloss. Ni omniscience, ni omnipotence… Une entité en rodage quoi ! Pardonnez-moi, commandant, mais vous n’êtes pas encore adulte.
Les humains ordinaires en eurent le sifflet coupé. Gaston s’exclama, sa royale humide soudainement :
- Vertuchou ! Les bras m’en tombent.
- Hé bien, ça, c’est balancé ! grommela le Loup de l’Espace.
- La vérité sort de la bouche des Helladoï, murmura Daniel Lin. Ils sont pires que les enfants.
- Qu’allons-nous faire de Dodgson, demanda Lorenza. Pardonnez-moi, reprit la doctoresse en se tournant vers le révérend, mais je me dois d’être directe. Vous n’avez pas votre place ici en 1888. Vingt-trois années de votre vie vous ont échappé.
- En tant qu’entité, Ying Lung, je puis vous renvoyer à votre point de départ. L’acceptez-vous ?
Charles hésita une poignée de secondes puis donna sa réponse :
- Volontiers, mais… Ma mémoire ?
- Vous n’aurez jamais vécu cet enfer d’être prisonnier derrière un miroir. Toutefois, votre subconscient se souviendra de cette expérience douloureuse et vous mettrez celle-ci à profit avec toute la fantaisie dont vous êtes capable.
- Soit. Je retourne en 1865 et je m’attelle à la publication d’Alice au pays des merveilles.
Est-il bon de mentionner cette évidence aux lecteurs que, dans ce 1888-ci subsistait encore une légère déviation : aucun des ouvrages de Lewis Carroll n’avait paru, et pour cause. Le mathématicien s’enquit également du sort d’Alice Liddell.
- Quant à mademoiselle Liddell, que va-t-il advenir d’elle ?
- Monsieur Dodgson, je ne suis pas un monstre. Elle retrouvera son univers. Sa folie sera effacée. Elle ne se sera jamais rendue coupable de ces meurtres abominables. Elle a toujours été pardonnée. Vous avez ma parole.
Aux derniers mots prononcés par Daniel Lin, Lorenza frémit.
- Seigneur, il parle comme s’il était Dieu !
*****
Espagne, 1616.
L’homme pourceau émettait force mugissements et grognements. Il macérait dans son suint et ses sanies depuis un temps incalculable. Ses hardes insanes de berger luisantes comme imprégnées d’un oing exhalaient une puanteur qui prenait à la gorge tous ceux qui s’approchaient. Il s’était éveillé là, en ce cachot immonde, son corps trapu et difforme enchaîné, sans qu’il eût gardé le moindre souvenir de ce qui avait pu l’y amener. Il gisait, hébété, sur de la paille en putréfaction. Sa langue était gonflée par la soif.

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L’huis grinça. Deux hommes aux casaques de cuir, encagoulés de rouge, s’en vinrent chercher le prisonnier afin de l’interroger une nouvelle fois. On ne pouvait rien tirer d’autre de lui que des reniflements, des grondements, si ce n’était parfois un sifflement entre lequel on devinait vaguement un son qui signifiait aleph. Ce déshérité dont le nez était si difforme qu’il rappelait un groin, fut traîné sans ménagement jusqu’à la salle de la question. Trois personnages, plus ou moins importants, l’attendaient.

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Le premier était sans conteste le bourreau séculier doté de tous les attributs vestimentaires de son office. Le second, en robe dominicaine, dissimulait son visage sous son capuce. Cependant, des manches émergeaient des mains inhumaines décharnées qui laissaient percer les os, aux doigts démesurément longs qui s’achevaient par des griffes recourbées. Quant au troisième homme, nous le connaissons déjà pour l’avoir entrevu en quelques scènes précédentes. Ce gentilhomme dévoyé d’origine française, fidéicommis du père dominicain, - peut-être devrions-nous le qualifier d’exécuteur des basses œuvres du dominicain – était toujours vêtu uniformément de noir, des gants jusqu’aux chausses et bottes en passant par la coiffe emplumée. Seul le baudrier, portant une flamberge acérée redoutée par tous ceux qui avaient le malheur de croiser le fer avec lui, rompait cette harmonie. Sa réputation dépassait les frontières de l’Espagne. Il se nommait Thibault de Montargis. Ses yeux bleus et son poil brun en imposaient ainsi que sa taille qui approchait les six pieds.
Sur un simple signe de l’inquisiteur, sans que nulle parole ne soit échangée, le maître tourmenteur commença son office. Il attacha avec des lanières de cuir celui qui devait subir la question. Le berger se retrouva donc sur une planche qui fut ensuite basculée en oblique. Le moine reprit alors son interrogatoire débuté depuis plusieurs jours. D’abord en castillan, puis en aragonais, avant de passer au latin. L’homme ne pouvait que baver, éructer sa souffrance. Thibault de Montargis se proposa de prendre le relais. Passant au français, il interrogea à son tour le paysan.
- Connais-tu ceci, dit-il exhibant une mystérieuse médaille gravée de caractères hébraïques.
- Groomm, brouum, fit l’autre.
- Sais-tu qui est Efrasim Levi ?
L’autre répondit du même grognement.
- Tu as tort de t’entêter de la sorte ! ma patience a des limites.
Un nouveau signe de l’inquisiteur et le bourreau resserra les liens. Poursuivant, Thibault de Montargis demanda :
- As-tu vu le golem ? On dit qu’il est ici en Espagne.
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Réagissant au mot golem, le prisonnier hocha la tête et ses lèvres livrèrent une sorte de sifflement qui signifiait aleph… aleph…
- Est-ce de cela que tu veux parler, questionna Thibault tout en brandissant un morceau de parchemin sur lequel se détachait une lettrine figurant la première lettre de l’alphabet hébraïque.
Les yeux du tourmenté roulèrent dans ses orbites tandis que son chef amorçait un mouvement d’acquiescement.
- Nul ne peut identifier le signe s’il n’a vu le golem au préalable, déclara le Dominicain en castillan. Tu t’es trahi, jeta-t-il ensuite. Tu nous as mentis. Tu es un serviteur d’Efrasim Levi. Il est ici, à Madrid et nous voulons savoir où exactement.
Thibault suggéra quelque chose à l’oreille de l’inquisiteur :
- Nous n’arriverons jamais à arracher des aveux complets à ce croquant en recourant à des moyens ordinaires.
- Cet homme n’est qu’un pion mineur, fit le Dominicain, un élément parmi d’autres d’une vaste conjuration qui embrasse l’Europe tout entière avec les Marranes, les Morisques et les Protestants. Tous se sont alliés pour abattre la couronne d’Espagne.
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Le spadassin français frémit. Il connaissait le nom du chef de la résistance morisque, Moussa M’Zé. Le moine s’adressant au bourreau, lui ordonna :
- Faites usage de l’armet de Nuremberg et préparez la forge.
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L’armet de Nuremberg était un des plus redoutés instruments inquisitoriaux récemment mis au point. Il consistait en ce qui ressemblait à première vue à un casque savoyard à visagière communément en usage parmi les troupes du duc Charles-Emmanuel,
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 durant la guerre de l’an 1600 contre Henri IV. Le principe de ce casque amélioré combinait les dards acérés internes des vierges de fer aux écrous et rivets qu’on resserrait ad libitum à la coiffe métallique. Ce casque se prolongeait par un gorgerin et un début de busc. Le bourreau en enveloppa le berger puis referma les deux volets de la visagière avant d’en verrouiller le mézail et de commencer à serrer boulons et rivets.
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Le résultat ne se fit pas attendre. Le témoin hurla tandis que des gouttes de sang venaient rougir le sol déjà maculé de taches.
Malgré la douleur, il se montrait impuissant à articuler clairement. On comprit toutefois un vague A El qui ne signifiait absolument rien pour les hommes de l’an 1616. Alors, d’un nouveau geste, le grand inquisiteur intima au maître tourmenteur l’ordre de faire basculer la planche de torture de manière à ce que le cap ferré de la victime fût en son entièreté introduit dans le four de la forge porté à une température suffisante pour que le fer entrât en fusion.
C’était là la mort assurée de l’infortuné.
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Thibault de Montargis et celui qu’il servait, don Sepulveda de Guadalajara, n’avaient cure de ce nouveau cadavre. Les lèvres du bretteur noir esquissèrent un sourire sadique tandis qu’une épouvantable odeur de chair brûlée était exhalée par le four. Peu importait que les renseignements tirés du malheureux se limitassent à un A El qu’il leur fallait décrypter. Les recherches allaient désormais se concentrer sur tous les traités de démonologie et de sorcellerie rédigés depuis deux cent cinquante ans.
 A suivre...
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