dimanche 16 décembre 2012

Aurore-Marie ou Une Etoffe Nazca : épisode 10 et fin.



Château de Fontainebleau, deux ans plus tard.

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Je séjournais avec Henri en ces lieux chargés d'Histoire. Depuis que son tableau La famille Dubourg, avait fait sensation au dernier salon, les spéculations allaient bon train sur la nature exacte de mes relations avec mon beau-frère, tant cette toile trahissait, par ma mise en avant malgré une toilette sévère, une préférence cachée d'Henri pour ma blonde personne. Pour les glossateurs es-secrets d'alcôve, j'étais son Amante Adorée et la pauvre Victoria se faisait allègrement cocufier ! Je laissais s'exprimer cette rumeur, cette glose purement spéculative, comme d'autres laissent s’épreindre un liquide.
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Toujours est-il qu'en ce superbe après-midi de printemps, la cour du château, cette fameuse cour des adieux de 1814,
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 se peuplait de visiteurs davantage attirés par la magie des aîtres que par le couple prétendument « scandaleux » qu’Henri et moi formions. Les robes claires et les ombrelles des belles élégantes nous changeaient de ce désespérant camaïeu de noir, de bis et de gris souris qui caractérise trop fréquemment notre mode parisienne dite pour « gens comme-il-faut.» J'avais délaissé un temps mes cours particuliers d'allemand, goûtant aux joies de la visite du château.
Henri ne quittait jamais son Vasari. Il éprouvait davantage de fascination pour la Renaissance française, pour la première école de Fontainebleau initiée par François Premier, le roi mécène dont la salamandre fut l'animalier symbole, que pour l'histoire encore récente, bien que l'ombre du Grand Empereur planât encore en ces insignes lieux, si majestueux.
D'autres ombres intéressaient Henri : Le Rosso, Le Primatice et Nicolo Dell’Abate,
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 les maîtres d'un fastueux décorum Renaissance qu'il préférait au néo-classicisme napoléonien, jà selon lui fort éculé et galvaudé. J'aurais pourtant bien objecté que les trois artistes précités, dans la lignée du Titien, étaient autant de prodromes du maniérisme et de ses invraisemblables excès, avant que les Carrache y missent bon ordre à la fin du XVIe siècle, ressourçant l'art pictural vers plus de vraisemblance. Les Carrache, parfois mal considérés, mais pont entre le maniérisme et l'art baroque ! Quant à la peinture actuelle, n'évoluait-elle point trop vite ?
L'émoi d'Henri à ce sujet trahissait sa principale crainte : passer aux yeux de la postérité pour un simple « petit maître » qui aurait laissé passer le coche, comme on dit familièrement, au contraire des fameux impressionnistes. Il rejoindrait dans l'enfer muséographique des prochains siècles les « mondains » comme Boldini, Tissot, Gervex, les Dubufe ou Carolus-Duran, les académiques tels Léon Bonnat, Bouguereau, Gérôme, Régamey, Cabanel, Chaplin, Detaille ou Flandrin. Décidément, depuis 1850 et le scandaleux  Enterrement à Ornans de monsieur Gustave Courbet, les arts dits graphiques avaient pris le train ! Cette course effrénée vers l'avant-garde transformait un peintre moderne de 1870 en parangon de l'académisme cinq ans plus tard. Il faudrait être doté d'une sacrée foi du charbonnier pour croire en l'adulation générale exprimée en faveur d’un artiste pour ce qu'il fait, et non pour ce qu'il vaut, tendance évolutive fâcheuse établie en fonction de critères relevant davantage d'une mode, d'une valeur marchande attribuée à l'œuvre, en dehors de tout jugement esthétique. Les galeries et les hôtels de vente feraient alors la loi au détriment des historiens de l'Art, décidant comme l'Empereur romain de la mise à mort ou de l'intronisation de l'artiste « gladiateur » sur le piédestal du génie ! Le « provocator », l'esbroufeur, l'emporterait indubitablement sur tous les autres !
Tandis que nous arpentions la cour des adieux et que je protégeais de mon ombrelle blanche mon fin visage des ardeurs du soleil, Henri me fit un signe :
« Regardez, Charlotte, qui voilà ! La jeune demoiselle que nous avions recueillie il y a bientôt deux ans ! »
Il s'agissait bien d'elle ! Aurore-Marie, la jeune orpheline dont je soupçonnais la persistante folie après ce qu'elle avait vécu dans ces maudits souterrains ! Elle nous aperçut et trottina à notre rencontre, sourire radieux aux lèvres. La domestique qui la chaperonnait la réprimanda : « Mademoiselle la baronne ! Vous ne devez pas vous éloigner ainsi ! »
Cette dame de compagnie, âgée de trente-cinq à quarante ans, qui portait une robe austère de gens de maison, parlait avec l'accent du Berry. Aurore-Marie lui répondit :
« N'ayez nulle crainte, Alphonsine, ce sont des amis ! »
Le rire de démente qui m'avait tant émue retentit. Aurore-Marie était dotée de manière presque instinctive de cette insolente élégance des jeunes misses de la haute société d'Outre-Manche, en cela que sa toilette était tout le contraire de celle d'une vieille pouacre.
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 Elle exposait son luxe sans aucun complexe, manière selon elle, de valoriser la beauté de sa complexion frêle. Ses bottines vernies arboraient des guêtres de coutil afin qu'elle ne les abîmât point aux aspérités et aux boues supposées des jardins de Fontainebleau. Ses délicates mains, si blanches, si longues et fines pour sa petite taille, étaient protégées par des mitaines beiges en poult-de-soie. Sa robe de taffetas et de velours couleur puce se garnissait d'un mignon pouf rose trémière et vieux-rose orné d'un nœud lilas. Le corsage, ouvragé à l'extrême,  s’agrémentait d'un jabot de batiste et d'une lavallière de velours tête-de-nègre seyant à ravir à sa gorge, demeurée désespérément plate pour son âge. Au point central du nœud de la lavallière, un camée de calcédoine ou de sardoine au profil de Diane Chasseresse imitait les sculptures de Jean Goujon. La mise se complétait ad libitum, à volonté, d’une surabondance ostentatoire de rubans, faveurs et autres padous, qui sur la robe, qui dans les cheveux, qui sur le chapeau fleuri à petite voilette de soie, de couleur armoise, dont l'étymologie était un clin d'œil subtil au motif de son bijou de pierre fine. Aurore-Marie, coquette insupportable goûtant jusqu'à l'excès aux fanfreluches, éprouvait enfin la satisfaction de montrer à tous la coiffure dont elle avait tant rêvé, à savoir ces fameuses boucles anglaises dignes des vieux portraits de Dubufe et de Winterhalter
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 qui distinguaient la belle Dame de qualité du commun des mortelles. Ces longs tortillons harmonieux, d’un caractère presque préraphaélite, encadraient son pâle ovale d’elfe à l’incarnat maladif et chlorotique, à peine rehaussé d’un éclat pourprin aux joues et aux pommettes. Ils tombaient artistiquement sur ses épaules, et les reflets cendres, miel et or de cette si jolie chevelure mi-blonde, mi-rousse, ne pouvaient qu'attirer l'attention. C'était à croire que la demoiselle recherchait déjà le regard d'un promis ! Elle ressemblait à un de ces « bébés » de porcelaine aux grands yeux hyalins dont la vogue se répandait parmi les fillettes de la bonne société.
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 A seize ans accomplis, elle n'avait las ni grandi ni forci, quoique je supposasse qu'elle eût été désormais réglée. Sa grâce fragile demeurait celle d'une jeune biche. J'imaginais des dessous à l'avenant, particulièrement ces crânes et audacieux pantalons festonnés, moulés avec espièglerie sur ses hanches maigres, mode venue autrefois d'Angleterre et de Hollande, dont les ladies Regency des temps géorgiens ne savaient s'il fallait les baptiser pantaloons ou drawers.
Mais, outre le rire de folle, deux détails m'inquiétaient au plus haut point chez cette enfant : la chevalière de Cléophradès d'Hydaspe, maudit bijou antique, brillait toujours à son majeur gauche et, chose bien plus grave encore, son iris de colophane jaune, plus singulier que jamais, reflétait une précoce et fâcheuse accoutumance à l'opium ! Désormais, ces orbites splendides se perdaient indubitablement dans le vague mystique, dans un au-delà néo-platonicien, à l'exacte semblance des portraits romains sculptés de la décadence, lorsque, dès le principat de l'Empereur philosophe Marc-Aurèle, les artistes sculpteur avaient bouleversé les conventions en évidant dorénavant les yeux de leurs modèles.
« Bonjour mademoiselle, dit Henri à l'adresse d'Aurore-Marie. Vous êtes plus jolie que jamais !
- Mademoiselle la baronne, rectifia-t-elle aussitôt, brusquement hautaine. Monsieur Fantin-Latour, mademoiselle Dubourg, vous avez devant vous le nouveau prodige des Belles Lettres ! »
Elle nous toisait, de par son titre de noblesse et son qualificatif de « prodige ». Elle nous expliqua qu'elle fréquentait les salons et cénacles, qu'elle avait rencontré Victor Hugo et Leconte de Lisle, qu'elle leur avait présenté ses poèmes, ce qui avait donné lieu à des encouragements admiratifs. Le mouvement parnassien l'avait adoptée pour la préciosité de son art insigne et on venait d'éditer son premier recueil de vers, Le Cénotaphe théogonique. Bien que les ventes dudit ouvrage demeurassent timides, litote pour dire qu’elles étaient proprement inexistantes, la presse cultivée et les salons en avaient rapporté beaucoup de bien, d’éloges, et cette enfant était devenue en quelques semaines la coqueluche des milieux huppés de la capitale. Parler d’abondance d’une poétesse et l’introduire dans la haute société, malgré sa jeunesse, ne signifiait point qu’on la lût. C’était du snobisme littéraire, rien d’autre. Tout cela ravit Henri, mais ne m'impressionna pas outre mesure. Je savais la fillette désormais toute vouée à la cause de la secte, reconnue comme sa Grande Prêtresse. Quelque part, les sectateurs fourbissaient leurs armes. Cependant, ils n'avaient plus les codex : nul ne savait ce que ce Merritt en avait fait ! De plus, le cahier renfermant la traduction du livre mexafricain  s'était sans doute consumé avec son traducteur, auquel je l’avais rendue, et j'ignorais ce qu'il était advenu de l'original, de toute façon a priori indéchiffrable !
« Vous méritez une dédicace, mademoiselle Dubourg, en souvenir de notre amitié passée, et de tout ce que vous avez pu faire pour moi. Ceci sera mon adieu ! Je quitte Paris après-demain pour rejoindre Lyon, ma ville natale, et ses cénacles littéraires. Mon prochain but est de convoler en justes noces. Avant un an, mes ravissantes boucles, mes english curls, seront ceintes de la couronne de fleurs d'oranger ! »
Elle était devenue plus poseuse et prétentieuse que Nélie ! Toutefois, son assurance trouva un terme lorsqu'elle parut se souvenir qu'elle n'était encore qu'une adolescente face à deux adultes : elle s'empourpra et ajouta :
« Excusez ma petite outrecuidance, mademoiselle et monsieur ! Je suis désolée ! »
Elle s'inclina, toute confite en excuses, les joues rouges. Puis, d'un geste gracieux, elle prit un ravissant sac de calicot qu’Alphonsine lui tendait et en sortit un petit livre : le fameux recueil de poèmes illisibles !
« Permettez, monsieur Fantin-Latour, que je dédicace cet exemplaire de mon Cénotaphe théogonique en l'honneur de votre belle-sœur. Dans tous mes déplacements, j'ai toujours la précaution d'emporter avec moi un de mes recueils, au cas où...
- Faites comme il vous plaira, mademoiselle la baronne, répondit Henri, déférent.
- Alphonsine, mon stylograph  à pompe, s'il vous plaît !
- Bien, mademoiselle la baronne ! »
La domestique remit à l'adolescente ce qui ressemblait à un porte-plume, en plus épais. L'objet était en argent.
« Quelle merveilleuse et nouvelle invention venue d'Angleterre, s'exclama la jeune fille. Elle n'est même pas encore officiellement brevetée et commercialisée, mais, avide des moindres nouveautés, je me suis fait livrer un prototype, et il marche fort bien ! Cela est plus pratique que la plume d'oie ou le porte-plume avec sa pointe d'acier amovible, qui imposent à leur utilisateur la sédentarité de la table d'écriture ou du bureau, à cause de l'obligation de l'encrier et du plumier avec ses rechanges. Avec cette invention, on pourra écrire partout, en toute autonomie, saisir les vers à l'instant même de l'inspiration et les noter, où que l'on se trouve ! La création littéraire permanente, sans l'encombrement d'un encrier qui peut se briser et vous salir !
- Mais vous êtes à l'avant-garde, ajouta Henri. L'usage du porte-plume est pourtant récent.
- Monsieur Fantin-Latour, reprit Aurore-Marie, sur un ton exalté, le stylograph  est l'outil d'écriture de l'avenir avec la machine à écrire, celle-ci étant destinée au bureau, au chez-soi ! Un jour, je dactylographierai mes poèmes. Le stylograph  comporte sa propre réserve d'encre, son réservoir, que l'on remplit de nouveau lorsqu'il est vide. Mais foin de considérations techniques ! Je vous écris cette dédicace, tel le grammatiste au calame d'orichalque sur l'argile gravée ajoutant son paraphe ! Voilà un bien joli vers, par ma foi ! Bien improvisé et surtout, fort bien tourné. Il me faudra songer à le réutiliser un de ces jours...»
Sur la page de garde du livre, la poétesse composa pour moi sa dédicace, ainsi rédigée, d'une écriture énergique et tourmentée :
« A mademoiselle Charlotte Dubourg, amitiés sincères et affectueuses.
Signé : baronne Aurore-Marie Victoire de Lacroix-Laval, femme-poëte et enfant prodige. »
L'air égaré, Aurore-Marie signa sa dédicace d'une plume d'une telle nervosité qu'elle fit un pâté, occasionnant en elle un nouveau fou rire de démente. Puis, elle ajouta :
« En guise de cadeau d'adieu, je ferai livrer à votre domicile, pour les natures mortes de Victoria, une plante exotique ornementale, par exemple, une strelitzia, si vous n'y voyez pas d'inconvénient. A moins que vous ne préfériez un bouquet d'héliotropes ? Non pas nos tournesols si communs, mais les héliotropes du Pérou, avec leurs petites fleurs bleues ! Je suis une habituée des serres du Jardin des Plantes, comme de celles du parc de la Tête d'Or de Lyon, comme vous le savez !
- C'est ma femme qui va être ravie, mademoiselle la baronne. Vous nous faites honneur, vraiment ! se réjouit Henri.
- Je crois qu'il est temps de nous dire adieu, conclut la gracile jeune fille.
- Je préférerais que cela soit un simple au revoir, mademoiselle la baronne.» terminai-je.
Aurore-Marie m'embrassa sur la joue puis serra la main d'Henri. Après un ultime salut, elle et sa chaperonne s'éloignèrent de nous dans l'allée, à pas menus.
« Henri ! La pauvre enfant est triste ! N'avez-vous pas vu des larmes perler sur ses joues ? Je vous jure que son chagrin est incommensurable !
- Dites-moi Charlotte, qu'elle était amoureuse de vous, de ces amours juvéniles qui font fi des interdits, de la barrière des bonnes mœurs.
- Ne me ressortez pas Verlaine et Rimbaud ! »
Nous observâmes l'éloignement progressif des deux silhouettes. Bientôt, tel le navire disparaissant à l'horizon, elles cessèrent de nous être visibles. Ce fut ainsi, en ces circonstances, en ce beau jour de printemps, qu’Aurore-Marie, baronne de Lacroix-Laval, sortit de ma vie, à jamais.
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En quittant ainsi Aurore-Marie pour toujours, Charlotte Dubourg ignorerait qu'en son âge adulte, l'intéressée souffrirait d'une gravissime pathologie sexuelle que les médecins désignaient à l'époque par les termes de « fétichisme de la juvénilité ».

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 A Charlotte Dubourg

Jouvencelle gravide à la rose sanglante,
De tes entrailles vives, de ta soie utérine,
L’Éruption génitrice que la vestale enfante
Surgit lors de la nymphe à la peau purpurine !

Charlotte ! Sens donc la mort frôlée par le camélia blond !
Virginité perdue, musc, vétiver, qu'à la belle dryade,
Oppose la promise à l'égide, à l'ombilic oblong !
Entends-tu encor la pythonisse, la fameuse Annonciade ?
Au bosquet de Délos, la cycladique sylphide en marbre de Paros
Te supplie, ô Charlotte, fille aimée d’Ouranos
Afin qu'en sa maternité elle la prenne en pitié
Tel l' hydrangea céruléen s'épanouissant libre de toute contingence,
Repoussant dans les limbes l'avorton de l'engeance,
En accueillant dans le giron des dieux ce symbole d'amitié !

Asparagus à l'ivoirin pistil ! Imposte de béryl !
Incarnat de la blonde d'albâtre aux boucles torsadées,
De Charlotte ma mie qui par trop musardait
Vêtue de sa  satinée mante parmi l'acanthe où gîte l'hideux mandrill !
Dorure de la nef en berceau où la mandorle de Majesté
M'apparaît solennelle, en sa Gloire romane et non plus contestée!
Inavouée passion, Dormition chantournée de Celle qui n'est plus !
Charlotte, ma virginale mie, sais-tu ô combien tu me plus ?
Charlotte ! Platonique égérie s'effarouchant à l'orée des manguiers où fleurit la scabieuse,
Tu me suis par delà le péril des syrtes, de la noire frontière, telle une ombre précieuse.

Mater Dolorosa, prends pitié de l’Impure
Dont le douloureux ventre rejette le fruit mûr !
Au sein de la matrice en feu pousse alors l'aubépine !
Parturiente blessée, meurtrie, je souffre en ma gésine.
Charlotte ! Une dernière fois, Charlotte, fille de Laodicée,
Reviens à moi ! Rejoins-moi, pauvre muse, en ma Théodicée !
Implore donc Thanatos, ô mon Enfance à jamais enfuie !
Charlotte, astre de mon cœur, vois donc les larmes d'Uranie !
Traverse le Tartare, encor, encor, n'attends pas le tombeau !
Mon Artémis! Amour premier lors perdu pour toujours...adieu ma Rose en mon berceau !

Aurore-Marie de Saint-Aubain : Imploration en forme de thrène à un amour perdu (Lyon 1881 : in le recueil Églogues platoniques  1882).


FIN

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