samedi 3 décembre 2011

Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 3e partie.

Avertissement : des scènes érotiques explicites réservent ce chapitre à un public adulte.
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Cela faisait près de quatre mois que Cléore menait mauvaise vie le samedi. Elle s’épuisait en cabrioles scabreuses rémunérées en compagnie de dames plus ou moins rustres et frustes. Notre Poils de Carotte avait grand’peur que toutes ces putains inversées la vérolassent à force de soulager leurs frustrations sur elle. Elle devenait à la semblance d’un paillasson de chair effiloqué par les avanies multiples qu’il se contraignait à subir. Il fallait bien que tôt ou tard, elle abandonnât la partie, avant que ses entrailles fussent irrémédiablement chancies. En toute impudicité, elle exposait une anatomie intime de plus en plus irritée, tumescente, rougie, qui rappelait chaque semaine davantage quelque cul de guenon en chaleur. Elle se sentait infectée par la salauderie putassière des clientes qui s’en donnaient à cœur joie sur la fausse innocente de douze ans. Elles avaient l’assentiment de Poils de Carotte, qui, comme toute professionnelle se respectant, consentait aux pires turpitudes accomplies sur ce jeune corps offert à la luxure. Jane Noble avait raison : il était urgent d’ouvrir des maisons closes pour femmes, tribades et autres. Minuscule putain consentante, Cléore acceptait des pratiques hétérodoxes sur son corps, pratiques inimaginables dans sa tête de bécasse encor huit mois auparavant…le seul avantage en résultant était qu’avec Délia, elle pouvait désormais varier les plaisirs et introduire son giton irlandais dans des territoires toujours plus inconnus et inexplorés.


Pour parfaire son ouvrage, si l’on veut, mais aussi par mimétisme et par excès de zèle, afin qu’elle entrât bien dans la peau d’une créature professionnelle, il arrivait à Cléore de pratiquer le racolage sur la voie publique de Château-Thierry. Sur le coup des six heures du soir, après qu’elle eut soupé par anticipation, elle se postait aux endroits stratégiques qu’elle savait fréquentés par des femmes seules, à condition qu’elles ne fussent pas des veuves chenues.


Elle arpentait la chaussée ou, lorsqu’il y en avait, les trottoirs, en effectuant des moulinets avec son réticule, sous ses oripeaux de petite fille modèle, prenant soin de temps en temps de relever ses jupes afin que les éventuelles tribades affriandées aperçussent ses pantalons de lingerie et ses jolis mollets gainés dans des bas de soie ivoirins. Jamais, même à Londres, on n’avait vu si juvénile tapin. Plus crâne que jamais, Poils de Carotte arborait parfois un Londrès aux lèvres, ce qui choquait même les jules. Elle repoussait tous les hommes-satyres qui se proposaient, leur déclarant qu’elle ne travaillait que pour les femmes. Avec ses nœuds, ses bottillons guêtrés de luxe aux fascinants laçages et à la minuscule boutonnière, son chapeau fleuri et ses volants, Cléore-Poils de Carotte ressemblait plus que jamais à une monstrueuse poupée de porcelaine perverse. Le sobriquet justifié dont elle s’était affublée sous-entendait beaucoup de choses salaces. La rumeur circulant vite dans le milieu de la prostitution, sa réputation de petite fille saphique traversa les routes, les frontières et même les mers. On se demandait ce qu’elle pouvait fiche dans ce trou de province, au lieu d’officier dans les plus grandes maisons de Londres, Berlin ou Paris. On fantasmait beaucoup sur son nom de métier, vantant son étonnante précocité en matière de mœurs, de connaissances anatomiques, de pratiques d’une audace inouïe même pour une mère-maquerelle de trente ans d’expérience ; on s’hallucinait, glosait et délirait sur le développement anormal de son système pileux intime, sa couleur, naturelle ou teinte au henné, sur son âge réel enfin. Ses toilettes étaient si belles, si riches, si ouvragées, si proprettes et distinguées, qu’on la supposait entretenue par une duchesse ou une marquise portée sur l’amour des petites filles, comme si elle eût été Délia. D’aucuns croyaient qu’il s’agissait d’une monstresse de foire échappée d’un cirque, d’une sorte de naine délicate et fragile d’une joliesse et d’une ténuité telles qu’elle parvenait à faire accroire à tout le monde qu’elle n’avait que douze ans. On exagérait sa petite taille jusqu’à lui attribuer soixante-dix centimètres. C’était selon les uns une authentique fillette, selon d’autres une poupée de Jeanneton dont un retard de croissance avait empêché le développement des formes, seuls ses poils ayant poussé là où il fallait qu’ils fussent pour qu’elle apparût femme. Cela, pour les messieurs qui fréquentaient les créatures.
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Les vraies catins, elles, n’étaient pas dupes du manège de Cléore et de son âge réel. Elles avaient bien constaté qu’elle ne racolait que des femmes : elle était gouine, exclusivement gouine, et ça, elles l’exécraient. Plusieurs l’avaient scrutée de près : son visage n’était pas si enfantin que cela et la bamboche effrénée des derniers mois avait occasionné des cernes dans ses yeux, une brouille du teint et une amorce à peine perceptible de pattes d’oie, sauf pour les regards exercés des femmes sans pitié qui guettent chez la rivale en beauté et en luxure le moindre symptôme d’usure. De plus, ses joues étaient moins pleines et poupines que celles d’une vraie petite fille. Elle se maquillait et se poudrait comme toutes les putains, et cela la vieillissait. D’un commun accord, elles fixèrent son âge à vingt-huit ans et sa taille à un mètre quarante-cinq sans les bottines. Elles discutaient du sujet au cabaret en fumant d’infectes cigarettes entre deux verres d’absinthe ou d’eau-de-vie. Elles savaient que son sobriquet, Poils de Carotte, n’était pas usurpé dans la profession, car il signifiait non seulement que l’on avait affaire à une vraie rousse, mais qu’elle l’était partout, du fait qu’elle ne s’épilait pas. L’une de nos lorettes s’était dévouée en jouant à la cliente. Elle avait pu vérifier sur place et sur pièce l’authenticité de la chose. Avec une telle toison pubienne érubescente et flamboyante obtenue sans triche – qui faisait toute la beauté de son sexe de petite putain – aussi fournie que la pilosité du biblique Esaü ou la chevelure de Samson, réellement objet de fierté, d’enorgueillissement pour celle qui la possédait, les professionnelles ne pouvaient que la jalouser. Elles souhaitaient dénoncer la fillette à la police et lui révéler son âge au risque de moisir elles-mêmes à l’ombre. Elles la détestèrent tout en bâtissant autour d’elle toute une histoire, une légende urbaine, selon laquelle il s’agissait d’une fille spécialisée dans les rôles de Bébés comme on en trouvait officiant communément dans maintes maisons closes parmi celles qui avaient le physique requis de sylphide, fille qu’on avait renvoyée de son bordel à la suite d’un larcin ou d’un scandale en rapport avec son saphisme notoire. Nos catins castelthéodoriciennes se concertèrent pour régler son compte à Cléore : elles agiraient par en-dessous. D’abord, elles feraient mine de lui laisser place nette, lui donnant l’illusion qu’elle serait la maîtresse de la ville. Puis, elles iraient quêter au porte à porte, se cotiseraient, pour publier un libelle anonyme insultant et obscène dirigé contre elle, qu’elles dénonceraient comme la nouvelle Autrichienne anandryne miniature couchaillant avec ses Polignac et ses Lamballe. Elles distribueraient des brochures, des tracts à tous leurs clients, en leur demandant de faire de la mauvaise réclame contre elle, tracts qui dévoileraient ses origines infâmes et affirmeraient qu’elle est vérolée au centuple. Elle serait proclamée contagieuse. Elle perdrait tout son chaland femelle affolé par le péril vénérien qu’elle représenterait. Enfin, une des putes se dévouerait un soir, en douce, pour la piéger dans un recoin, une voie sans issue, où elle lui balancerait du vitriol en plein sur sa jolie figure de poupée. Défigurée, elle débarrasserait enfin le plancher et irait se faire pendre ailleurs. La suite des événements clôturant le présent chapitre empêchera le plan des lorettes de trouver le moindre commencement d’exécution.


Les péripatéticiennes authentiques fuyaient donc à l’approche de la diabolique enfant, lui abandonnant – pour l’instant - le terrain. Les lorettes postaient l’une d’entre elles – en général, celle qui était la moins accorte et avait l’allure d’une harengère ou d’une poissarde – en sentinelle ou en faction, afin qu’elle donnât l’alerte. Quand Poils de Carotte daignait se pointer de sa démarche désinvolte et nonchalante, sucette ou cigare à la bouche, parfois avec un ballon, une corde à sauter ou un cerceau, l’éclaireuse sifflait, donnait le signal d’alarme, puis se coltinait la charge de crier : « Vingt-deux ! V’là l’Bébé Jumeau qui rapplique ! F..tons l’camp ! » Elles s’égaillaient lors toutes, se débinaient, se débandaient comme s’il se fût agi d’une rafle des pandores ou de la rousse. Elles relevaient leurs jupons sales en hurlant : « Au s’cours ! C’est cette p. de rouquine ! »


Cléore n’était pas comme elles car ignorant la peur de la police. Elle craignait certes que les gendarmes, le garde-champêtre de l’autre soir ou tout autre officier de la maréchaussée la pinçassent en flagrant délit, mais elle n’en avait rapidement plus cure et poursuivait sa promenade culottée à petits pas de trotte-menu juchée sur ses bottines de luxe. Quand elle avait repéré une cliente potentielle, elle l’abordait sans gêne, lui jetant en zézayant la phrase rituelle : « Tu viens avec moi, ma zolie ? » En général, les bonnes femmes qui concluaient l’affaire et étaient d’accord pour la suivre dans son galetas, lui offraient au préalable des bonbons, des sucettes, des caramels, des petites gâteaux, des galettes ou tartelettes, des tartines beurrées et toutes autres douceurs dont les dents enfantines étaient avides. Cela comblait d’aise Poils de Carotte et achevait de rassasier son petit estomac, du fait qu’elle avait dû souper tôt. Bien qu’à un tel régime, ses dents pussent se carier – sans oublier le risque de diabète – cela changeait Cléore des galimafrées et autres ripopées constituant le lot commun, l’ordinaire des autres poupées-putains exerçant leurs charmes dans les lupanars.


Ignorante de ce qui se tramait à son encontre, mademoiselle Poils de Carotte poursuivait vaille que vaille sa vie dévergondée de bâton de chaise du samedi soir. Il paraissait, selon le constat des catins, que le stupéfiant de la prostitution étiolait Cléore et gâchait sa carnation de rousse, laiteuse, sublime, et comme nous le savons, prompte à allumer le désir par le seul toucher de la peau. Délia elle-même lui trouvait le teint effectivement brouillé. Ceci n’était pas une facétie, un mot d’esprit pédant qu’eût prononcé autour de 1830 de ses lèvres zozotantes un vieux muscadin enfariné, les joues couperosées couvertes de mouches, décati, suiffeux et goutteux, nostalgique de sa folle jeunesse efféminée. Il s’agissait d’une vérité assenée à l’esprit tourmenté de la comtesse de Cresseville, qui réalisait sa décrépitude et la dégringolade de son statut, de la douce, gentillette et bien éduquée pupille Anne Médéric, à la peu enviable et monstrueuse Poils de Carotte, rongée par la culpabilité de ses vices et par sa purulence de menue prostituée de bas étage.


Afin d’être mieux informée et instruite de ce qui pouvait l’attendre, la comtesse de Cresseville obtint d’Elémir le prêt du plus osé des ouvrages de sa bibliothèque : le Traité des plaisirs de la Femme, œuvre somptueuse dans son raffinement horrible, écrite au début de ce siècle par le moine shintoïste japonais défroqué érotomane Ishiguro Takahara, traduit en 1874 par une certaine Dolly, pseudonyme semblait-il d’une des amantes de Valtesse de la Bigne alias Ego-Isola.
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C’était un in-quarto relié en peaux de pénis et de génitoires de taureau, à l’odeur musquée, irritante d’une puanteur évocatrice, qui contenait vingt estampes hors-texte en couleurs du grand artiste nippon Hiroshige, plus connu pour ses paysages davantage présentables au public non averti. Cinq estampes étaient consacrées au saphisme, quatre à l’onanisme féminin et une à la scatophilie. Tout un chapitre du sans-pareil ouvrage pornographique traitait des perles de geisha, un autre de la consommation du produit des menstrues et encore un du seppuku de la geisha. Afin qu’elle pût satisfaire les anandrynes qu’elle recevait en son bouge, Cléore dut s’exercer soit en solo, soit avec Délie, avec laquelle elle mit en pratique d’inracontables horreurs. Il faut savoir, amies lectrices – ne vous choquez point – qu’Adelia O’Flanaghan jouait le rôle de la cliente de ces passes où celui de Cléore était toujours passif. La comtesse de Cresseville ne vit pas le danger : sa mie devenait sa dominante et prenait désormais toutes les initiatives hardies du couple. Elle sautait Cléore comme Louis XIV ses maîtresses dès que l’envie d’en jouir la démangeait. Les rôles s’inversaient. La sultane en devenait l’esclave sexuelle et la favorite la maîtresse des lieux, usant et abusant de Mademoiselle de Cresseville comme bon lui chantait. Cléore ne fut lors plus qu’une bête soumise à l’acceptation de son sort. Elle devait se ressaisir promptement.


Je ne m’étendrai point sur tout ce que Poils de Carotte subit de la part des Dames qu’elle recevait et la payaient de plus en plus cher : le tarif moyen avait bondi à vingt francs or le 20 octobre 18. J’exposerai vite quelques exemples non excessivement développés avant de détailler les événements mêlant la Russe et la maraîchère, faits scabreux qui convainquirent la comtesse de Cresseville à délaisser la prostitution individuelle.


Souventefois, Poils de Carotte était obligée de demeurer intégralement nue dans cette chambrée insalubre dépourvue de tout moyen de chauffage. Ne pouvant simuler, jouer les enrhumées, elle laissait son nez couler et contaminait les lesbiennes dont certaines goûtaient fort à cette délicieuse humeur nasale. Une fois, elle put conserver ses pantalons, mais c’était parce que la cliente préférait sa poitrine au reste : elle téta Cléore des heures durant, suçant ses mamelles menues au point qu’une intumescence de montée de premier lait la prit. A sa surprise, les minuscules seins de Mademoiselle de Cresseville félicitèrent et comblèrent la femme qui adorait ses petits tétins rosés, en cela qu’ils dégorgèrent des gouttelettes bien nourrissantes d’un savoureux colostrum. C’était comme si Poils de Carotte eût été maman pour la première fois.


Une autre cliente ne lui fit rien du tout, à son grand soulagement, du moins, à sa première visite. Cléore conserva sa jolie robe et ses rubans, mais se contraignit à écouter l’édifiante lecture de cette Dame, qui se complaisait dans les récits ethnographiques et les chroniques de voyage de ceux qui bâtissaient un Empire en Afrique. C’était la femme d’un officier posté au Sénégal. Elle conta à Cléore avec force détails – supposant qu’une petite fille aime à ce qu’on lui lise des récits moralisateurs – la manière dont il fallait civiliser les sauvages nègres et notamment, leurs femmes. Des pratiques barbares et mutilantes exercées sur elles y étaient condamnées, usages coutumiers de chefferies que la civilisation occidentale interdisait. Contre les récalcitrantes qui refusaient le baptême catholique et pour calmer l’ire de notre soldatesque peu éduquée, le rédacteur du livre colonial prônait un châtiment spécial : l’introduction de pétards de feux d’artifice du 14-juillet dans le vagin ou l’anus des insoumises – car l’auteur était républicain. Il racontait comment l’une de ces négresses à plateaux avait terminé sa vie en feu de Bengale et en soleil de Léonard de Vinci.


Cependant, Cléore dut supporter une seconde visite de cette Dame exaltée : elle lui avoua s’être convertie en secret à l’islam nègre et, afin de conforter sa nouvelle religion, il fallait qu’elle se conformât aux coutumes barbares des tribus africaines. Elle tendit à Poils de Carotte un rasoir et un plat à barbe que Don Quichotte n’eût point dédaigné. Avec un compréhensible dégoût, Cléore dut opérer à vif la femme, le sexe offert à sa concupiscence, excisant ses organes externes du plaisir avec une habileté dextre qui l’étonna. Ce ne fut pas tout : cette aliénée contraignit la fausse petite fille à consommer le contenu sanguinolent du plat en ravigote tandis qu’elle-même saignait encore d’abondance et souillait l’entièreté du galetas. Elle se confessa, avouant à mademoiselle, qui était en train de vomir tout en mâchouillant ces atrocités vénériennes, qu’elle avait assassiné son époux – revenu en permission - la veille en l’émasculant et en le châtrant intégralement et qu’elle avait cuisiné son membre viril comme une andouille de Guéméné avant de le dévorer tandis que ses testicules avaient fini dans son estomac de marie-salope en savoureux rognons. Les gendarmes la recherchaient, et il ne fallait pas qu’ils sussent que Cléore l’avait reçue. Elle acheta cent francs le silence de l’abjecte poupée-putain puante des vomissures maculant sa robe organsinée.


Les nouvelles adeptes de Sappho se ruaient en cette bonne adresse dont la notoriété se répandait dans leur communauté. Elles officiaient sur Cléore, dans cette chambre grumeleuse et mouchetée de crasse, de sang et de sanies diverses qui giclaient parfois jusqu’au plafond. Elles affluaient parfois de loin, d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne, de Russie et même de l’Etat libre d’Orange en pleine Afrique australe. Cléore s’initia à des langues exotiques, dans les sens linguistique et graveleux du terme. Ces femmes dévoilaient aux yeux effarés de notre enfant des lingeries souventefois bizarres autant au point de vue de la matière que de la forme, d’une audace d’un plus-que-nu excitant pis que la nudité elle-même, dessous anormaux dont elles s’affublaient pour des pratiques de plus en plus déviantes. Cléore fut toujours soumise, obéissante, avilie. Elle servait parfois de simple poire pour la soif, de préliminaire à des jeux entre adultes, car il arrivait que les lesbiennes vinssent chez elle en couple et s’ébattissent devant elle, sans gêne, la conviant parfois à partager leurs débauches après qu’elles eurent profité d’elle.


La Russe fatale, quant à elle, l’obligea en prélude à demeurer nue et à jouer à la chatte en chaleur, un collier serti de diamants authentiques lui faisant office de seule parure précieuse. Afin de compléter et de parfaire cette panoplie érotique plus qu’équivoque, notre tribade slave ceignit la chute de reins de la comtesse de Cresseville d’une volumineuse faveur de satin rose. Telle quelle, elle ressemblait à un monstrueux bonbon félin de chair humaine bien emballé et propre à allumer le désir. C’était l’exacte reproduction de la tenue qu’avait arborée la célèbre Pussy anglaise du Chabanais l’année précédente, lorsqu’on l’avait offerte en cadeau au Prince de Galles pour ses menus plaisirs. Poils de Carotte se contraignait à pousser des miaulements d’extase œstraux tandis que cette proche de la tsarine, en villégiature en France, la fouettait de verges miniatures urticantes qui cinglaient, échauffaient et zébraient son anus et sa vulve. Davantage les lanières de ce petit martinet poursuivaient leurs cinglements caressants et oppressants sur la conque ourlée de Cléore, davantage celle-ci s’empourprait d’une urticaire syphilitique. A la fois cramoisie et écarlate, bientôt très irritée et enflée, elle se souilla d’un exsudat et d’une éruption sanglants. Aux arrachures et excoriations de peau, très fine à cet endroit secret, se mêlèrent, coagulèrent, s’agglutinèrent et adhérèrent des poils arrachés de conin dont le roux ardent se confondit avec la nuance rubis du sang s’épanchant des zébrures résultant des minuscules coups de verges inlassablement répétés. Le cul de la jolie fausse enfant ne valait guère mieux. A ces tourments délicieux s’ajoutaient les chatouillements occasionnés par les tombées de son nœud satiné.
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Notre adepte du sadisme forçait notre petite Poils de Carotte à prononcer ses mieou avec un accent russe contrefait et forcé. Tout cela était bien attendrissant, bien excitant aussi, propre à réveiller les sens engourdis d’un vieux lubrique. Il eût été impossible de transcrire ces mélodieux miaulements artificiels en alphabet cyrillique. Pour ma part, je pense que toutes les chattes du monde miaulent à l’identique, et qu’il n’existe entre elles aucune différence de langage. Le miaulement est universel ; il n’a pas connu la confusion de la tour de Babel. Cependant, pour parfaire sa composition de félidé et de pussy de bordel, il manquait à Cléore la spontanéité, l’insolence, la lubricité et la lascivité innées qui seyaient tant à sa Délie chérie, que Dame Nature avait généreusement pourvue de dons multiples. Aussi manquait-elle de conviction, poussait-elle des miaous bien timides quoique mignards ; mais la Russe, peu susceptible de sagacité, ne le remarquait même pas, tant elle se concentrait sur sa tâche flagellatoire des extrémités fessues et labiées de notre mignonne rousse seulement adonisée de ses nœuds de cheveux, de son collier précieux et de sa faveur rose.


Cette scène bien chaude, digne du renommé Sodome de Donatien marquis de Sade, dilatée dans un instant de temps qui paraissait infini, se déroulait dans le clair-obscur incertain et ombré de candélabres aux chandelles de suif, qui fumaient d’une mauvaise consomption de leur graisse. Indisposée et le sachant, point du tout labile en cette matière vile, l’ignoble femelle de Saint Petersbourg lâcha lestement l’ichor de ses menstruations dans une jatte où jà croupissait un lait tourné, et imposa à notre Cléore-chatte de laper à quatre pattes ce cauchemar en ronronnant de volupté pendant qu’elle continuait à lui battre cul et sexe saignants envenimés de mille tuméfactions et bourrelets enflammés érysipélateux. Ceci achevé, elle lui intima l’ordre de demeurer en permanence dans la même position de quadrupède. Puis, n’étant plus à une perversion près, la goule entreprit sur Cléore une toilette féline. Elle lécha et suçota à son tour le sang de la comtesse de Cresseville, à même ses fesses et sa vulve meurtries et écorchées, parcourues plus profondément par sa langue qu’il n’eût été permis, avant de se dévêtir. Lorsqu’elle n’eut plus pour tout vêtement qu’une espèce de cache-sexe ou de ceinture de chasteté de cuir clouté, elle enfila un masque de panthère noire de la même matière, qui plus était hérissé d’aiguilles, et attacha un godemiché-rostre de sycomore audit cache-sexe. Elle enveloppa ce phalle aigu dans un fourreau lactescent en vessie de porc qu’elle enduisit d’une huile lubrifiante afin d’en faciliter l’introduction dans le con de la catin poupée. Il était d’usage en Albion que l’on désignât cette gaine pénienne souple sous le nom de french letter. Cela était bien pratique pour celles et ceux qui voulaient que les liqueurs spermatiques mâles ne se déversassent point en la femme et pour obvier tout risque d’ange. Par contre, Cléore n’en appréhenda pas toutes les subtilités d’emploi de la part de l’anandryne russe, ne comprenant plus les intentions de ce chaland. Lorsqu’elle réalisa ce qui l’attendait, elle se résigna à se laisser faire. « Elle va se comporter avec moi tel un antiphysique… » songea-t-elle bien maladroitement. Elle se sentit bien chagrinée, tel un royaliste passé par les armes sous l’habit rouge anglais après le traquenard de Quiberon. La huppe l’allait pénétrer par la croupe, à la manière dont s’accouplent les chats, les pédérastes et les eunuques de Lecomte du Noüy.
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S’il existait quelque part dans la nature des chattes saphiques, comment faisaient-elles donc l’amour ? Etait-ce cela l’amour ? Ces pratiques avilissantes, humiliantes, dominatrices, sans que nul sentiment de tendresse ne s’exprimât et prévalût sur le seul plaisir physique ? Ses rapports avec Délia, quelques sensuels et osés qu’ils fussent, s’avéraient bien plus affectueux…Là, en cette chambre sordide et enfumée par les mauvaises chandelles, tout n’était que bestialité, brutalité farouche, abjection et étalage d’insanités. Lors, une main se porta à son pubis, sans crier gare, sans qu’elle s’y attendît.
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Afin de stimuler les sens de Mademoiselle de Cresseville avant qu’elle la pénétrât et de faciliter son paroxysme orgasmique, notre femme-chat s’amusa à caresser de ses doigts arachnéens bagués de chatoyants solitaires et aux ongles effilés, le mignon et ténu petit organe érectile rosâtre, pubescent et duveteux de Poils de Carotte, sis après la touffe rousse sous son mont de Vénus, organe que nos doctes anatomistes qualifient de clitoridien. Il enfla, gonfla et se dressa de plaisir, atteignant lors les proportions d’un vit de garçonnet de cinq ans cependant au repos (ce qui n’était pas mal pour une toute petite femme excitée), tandis que la comtesse de Cresseville émettait force gémissements, gloussements de pintade et halètements de volupté bien qu’elle ressentît encore les brûlures de la flagellation du martinet miniature. Les mucosités de son canal intime vaginal ne tardèrent pas à s’humidifier et s’humecter de ses eaux blanches qui commencèrent à goutter et couler parmi les écorchures vulvaires tumescentes et imbibées de sang. La voyant prête, la cliente entreprit enfin Cléore par derrière, la chevauchant et pénétrant à chaque orifice, en la déchirant et la forçant par d’incessants va-et-vient tressautants de sodomite grec. Poils de Carotte, ainsi sodomisée par ses trois trous, anal, urinaire et génital, poussa des cris et des glapissements d’une ampleur roborative, accès vocaux d’accomplissement de son plaisir de poupée rousse où douleur et jouissance se mêlaient avec allégresse. Il était facétieux d’assister à cette séquence ardente et sémillante où une svelte nymphe pré-nubile d’apparence, nue à l’exception du collier adamantin de féline et des faveurs diverses, hurlait de rut et de coït telle la plus expérimentée des créatures du Chabanais, hurlements extatiques qui contrastaient vivement avec l’enfantine coiffure de la donzelle-gourgandine, tout en boucles anglaises et parée de rubans et padous roses. Cléore dégobilla, débéqueta, dégoisa et recracha de son conin, de son canal urinaire et de son anus blessés, poisseux et meurtris au risque de l’éclatement interne par les assauts multiples du faux foutre, des flots de vice obscènes où se mêlaient liquides défécatoires diarrhéiques, urine, sang, ichor et liqueur d’orgasme. Quant à la fameuse faveur rose ornementant son cul, elle n’était plus que lambeaux suris lamentables, empoissés des mille viles merveilles scatophiles et vénériennes que Poils de Carotte y avait épanchées durant ce jeu d’une confondante obscénité.


La femme-chat s’agenouilla et lapa ces infections et déjections en déversant à son tour sa fontaine qui perça son cache-sexe clouté bientôt gluant de son empois de putain inversée. Poils de Carotte sombra lors dans l’inconscience et ne recouvra ses sens que le lendemain matin, sa nudité écorchée baignant dans ses flaques de pus vénérien. Elle se sentit si enrouée par ses cris de plaisir qu’elle dut prendre une décoction de sisymbre. La Russe lui avait laissé mille francs, qu’elle trouva sur la fameuse chaise dépaillée… Et notre cliente prodigue avait repris le collier de diamants. Cléore était si meurtrie qu’elle ne put ce dimanche-là retourner à Paris. Elle conserva des bandages à son fondement une semaine durant, jusqu’à ce qu’ils gouttassent de pus et que ces pansements suris entrassent dans le rituel émoustillant et suggestif de déshabillage qu’entreprit sur elle l’anandryne cliente du samedi suivant. Prise de pitié, de compassion pour la pauvre enfant qu’on avait trop fessée et corrigée pour son inconduite notoire d’ingénue libertine de douze ans – du moins, c’est ce que Cléore prétendit -, cette femme anonyme et voilée ne lui fit rien, lui versa ses vingt francs et s’alla, la larme à l’œil, sans autre forme de procès, laissant Cléore se geler à poils toute la nuit dans cette pièce insane. Elle avait emporté, volé tous ses vêtements et dessous de poupée…


La comtesse de Cresseville acceptait toutes ces atrocités et avanies pornographiques du fait qu’on la rémunérait de mieux en mieux. Elle découvrit durant une autre séance qu’on pouvait entrer une main entière en elle, tant son vagin s’était élargi et dilaté à force de salauderies pénétrantes répétées, comme si elle eût jà accouché d’une dizaine d’enfants. Cette main, qui appartenait à la tribade allemande, elle dut en déguster aussi la poisse intime et personnelle qui s’y était extravasée. Elle souffrit mille martyres, mille tourments où curieusement, les perles de geisha demeurèrent toujours absentes de ces pratiques avant tout européennes. Elle s’interrogeait chaque samedi davantage, se gourmandant de plus en plus pour ce qu’elle avait fait. C’étaient péché, luxure, haïssables ô combien. Il lui fallait battre sa coulpe. Imitant Elémir, elle demeura tout un dimanche à Moesta et Errabunda où elle s’auto-flagella en chemise de pénitente dans la salle de géhenne.
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Un beau soir de fin octobre, les choses allèrent encore plus loin. Ce ne fut pas une cliente de qualité, de la haute, qui s’alla visiter la fausse fillette. Non point jeune non plus ; la femme était âgée, soixante années à tout le moins… elle exerçait le métier de marchande des quatre saisons à Epernay et s’y connaissait fort bien en légumes et racines. Cléore comprit : elle allait affronter des genres inédits de godemichés…non lavés, c'est-à-dire souillés de terre. C’était une grasse vulgaire, à peine dégrossie, bien mamelue, vêtue bien ordinairement d’une toilette du peuple. Elle portait un fichu écru d’un blanc viré au jaune. L’ourlet de ses amples jupes avait ramassé toutes les marbrures et traînées d’ordures qu’une chaussée non empierrée, abondante en flaques et en gadoue, est susceptible de comporter. Son nez et ses joues étaient fleuris, furfuracés, marqués de croûtes violines d’épistaxis et de saouleries d’absinthe et de piquette. Elle puait la soûlarde à cent lieues. D’elle émanaient des miasmes inclassables, remugles composés d’une pluralité de senteurs plus incommodantes les unes que les autres. D’évidence, cette cul-terreuse ne s’était plus lavée depuis l’ondoiement du baptême. Elle devait avoir une sainte horreur de l’eau – quoique les villes où elle se rendait avec sa charretée des halles comportassent étuves et bains publics où elle eût pu acquérir un semblant de propreté pour la bonne cause de son chaland amateur de bons légumes primeurs et autres – haine du liquide ou phobie digne des honnêtes hommes du dix-septième siècle, dit siècle des miasmes des personnes de qualité que celles-ci camouflaient en usant à l’envi de parfums enivrants.


La paysanne verdurière, qui se nommait Pierrette Lescot, imposa à Cléore le nu intégral. Puis, elle l’attacha avec des cordes solides sur le fameux matelas pourri, couchée sur le ventre, jambes écartées afin que son sexe, intumescent, encroûté de sang coagulé et rubescent de dépravation et de bamboche, fût bien apparent et accessible. Pour la première fois, la comtesse de Cresseville voulut résister à l’impensable. La bouseuse exhiba un poireau sale, tout en intimant l’ordre de demeurer calme à celle qu’elle prenait pour une petite fille débauchée et sadique.

Ce fut le viol le plus odieux et le plus hideux qu’elle eût jamais vécu. Une fulgurance la traversa toute, occasionnant en elle un déchirement intérieur d’une intensité jamais ressentie auparavant, telle une rupture définitive de son moi, une mutilation utérine irréversible.


Complaisamment, non au fait des tenants et aboutissants de son entreprise, la comtesse de Cresseville s’était plongée tête la première dans un océan de stupre sans en mesurer les conséquences. Désormais, elle vivait une lente descente aux enfers, telle une fille des romans exécrables et artificieux du sieur Zola. Etait-elle une Gervaise ou une Nana ? Elle n’avait point leurs formes grasses et voluptueuses. Quelles qu’eussent été son habileté et son endurance, Cléore avait depuis longtemps dépassé les limites permises et imparties… dès le franchissement du seuil des pénates d’Elémir, en fait. Elle se maudit, se mordit les lèvres en se morigénant, regrettant qu’elle n’eût pas fait défection à la première imprégnation de ses pantalons de lingerie. Dès lors, elle touchait le fond abject sédimenté d’excréments de sa propre forfaiture.


La paysanne qui l’humiliait croyait ses manières douces, empruntées : de fait, ce fut la brutalité la plus extrême qui présida à son acte sans qu’elle en eût un bénéfice sexuel propre, sans que ses sens éprouvassent le moins du monde autre chose que la satisfaction d’avoir fait souffrir une fillette d’une incoercible malemort. Comment sortir de là, renoncer à ce métier oiseux et morbide, à ces pratiques turpides ? La réaction de notre Poils de Carotte au poireau qui souillait son fondement s’avéra inadéquate. Elle gémit, cria non ! à gorge déployée, fit la convulsionnaire en se contorsionnant en vain, se meurtrissant davantage encore à cause des liens qui la tenaient, implorant la pitié de la folle au lieu de tenter de se défaire des cordes et de maîtriser la campagnarde sauvage, assez chenue pour qu’elle cédât et concédât une victoire de la jeune femme. Contente du résultat, la vieille crottue persévéra : après le poireau qu’elle retira, elle voulut essayer les raves et les navets.


Pourfendue par un deuxième légume horrifiant et terreux, Cléore saigna d’abondance, comme prise d’une crise d’hémorroïdes, multipliant les hémorragies anales et vaginales spectaculaires, achevant de ruiner son matelas putride. Cela n’émouvait toujours pas l’obtuse verdurière. Alors, elle se réfugia dans les larmes, inondant ledit matelas tavelé de sang de ses pleurs de petite fille blessée. Lors, la paysanne cessa et, voulant la consoler, lui proposa un sucre d’orge qu’elle avait réservé à sa petite fille Margot, qui venait de fêter ses cinq ans. Elle s’humanisait ! …trop tard.


Elle prit congé en grommelant un adieu de bourrue, non sans avoir laissé à la petite putain une bourse de napoléons tirée de son bas de laine. Se sachant lors vérolée, dégoûtée de son inconduite et de ses expériences de ces derniers mois, la comtesse de Cresseville se décida à jeter l’éponge. Il importait qu’elle vît son médecin…en secret de préférence. Dès le lendemain, clouée à la porte du taudis, une pancarte grossière en bois blanc annonçait, d’une inscription tracée à la peinture noire en lettres capitales grasses : CHAMBRE A LOUER. LOYER MODIQUE : TROIS SOUS LA SEMAINE.



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