<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506</id><updated>2012-02-16T09:37:42.220-08:00</updated><title type='text'>Bazarnaum à Agartha city</title><subtitle type='html'>Métastases scriptomanes feuilleton à éclipses roman épisodique à suspense...</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>97</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-7281983151332691299</id><published>2012-02-03T14:06:00.000-08:00</published><updated>2012-02-04T07:38:37.868-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 17 2e partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : plusieurs scènes explicites réservent ce roman décadent paru à l'origine en 1890 à un public averti de plus de seize ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Nos deux innocentines avaient conçu un langage secret, codé et fleuri, sorte de babélisme amphigourique qu’elles utilisaient pour consigner en des carnets intimes, reliés en cuir de Russie, écrits à deux mains, toutes les cochonneries et polissonneries auxquelles elles se livraient sans trêve. Afin de faire accroire à l’aspect anodin de leur chaude prose, elles renforçaient son inintelligibilité en y accolant des illustrations décalquées des chefs-d’œuvre enfantins permissifs de l’immortel auteur Teuton des inénarrables &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Max und Moritz&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRJZ4aLXyTKfXRaedTSIyzTN8dfrdASEm6lzRet48O0u0llStyS" src="http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRJZ4aLXyTKfXRaedTSIyzTN8dfrdASEm6lzRet48O0u0llStyS" /&gt;&lt;br /&gt;Les dessins humoristiques du sieur Wilhelm Busch qui avaient leur préférence étaient extraits de&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Die Fromme Helene&lt;/span&gt;, La pieuse Hélène, cruelle et cynique historiette satirique et antireligieuse d’une jeune ivrognesse brune au physique ingrat de lévrier Sloughi,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://gutenberg.spiegel.de/gutenb/img/belle-hu.jpg" src="http://gutenberg.spiegel.de/gutenb/img/belle-hu.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;qui priait la Vierge (et accessoirement feue sa maman) en promettant de ne plus jamais toucher à la dive bouteille. Cependant, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;in vino veritas&lt;/span&gt; : la bonne bouteille de vin sise près de la lampe à pétrole s’avérait si tentante qu’Hélène, abandonnant ses dévotions, y succombait et la vidait toute. Dans son ivresse, elle renversait le luminaire et périssait carbonisée : l’ultime dessin sarcastique et morbide de l’historiette moralisante et acerbe représentait l’âme de la jeune soûlarde s’envoler des restes consumés de son cadavre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, Daphné et Phoebé noircissaient une telle quantité de carnets que ceux-ci n’y suffirent plus. Elles durent y accoler des paperolles,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://www.editoile.fr/wp-content/uploads/2009/07/paperolles.jpg" src="http://www.editoile.fr/wp-content/uploads/2009/07/paperolles.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;parfois récupérées de papiers aux usages les plus vils. Les deux empuses affectionnaient ces fameux rouleaux hygiéniques révolutionnaires importés du Reich bismarckien, ce qui fâchait Cléore. La comtesse de Cresseville les sermonnait, leur rappelant que mieux eût valu que des fillettes comme elles réapprissent à se torcher à l’ancienne. Il faut dire qu’usant du savoir-faire acquis auprès de leur oncle Dagobert-Pierre, Daphné et Phoebé excellaient à réutiliser les rouleaux de ce papier pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;cul&lt;/span&gt;. Il n’était point rare qu’elles usassent d’une corde à linge et étendissent ces horreurs triviales à sécher au dehors, attachées à des épingles, telles ces loques d’entrecuisse à menstrues dont Sade et Mirabeau se fussent scatologiquement extasiés et pâmés. Ces feuilles – nos lamies faisaient-elles là preuve de parcimonie et d’avarice ? –, traitées chimiquement par les procédés savants de Dagobert afin qu’elles ne puassent plus le caca et ne fussent point cassantes, voyaient  leurs durées de vie et d’utilisation considérablement rallongées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Adonc, il nous faut bien en venir aux crus et menus détails sur les mœurs particulières des jumelles. Elles n’aimaient pas seulement parfumer leur peau nue de chancissures antiques. Elles adoraient les épices, aussi. Vêtues de leurs seuls pantalons à triple ouverture érotique, elles se livraient ensemble à de longues séances de saupoudrage et d’assaisonnement de leur épiderme rose : elles saupoudraient torse, dos et abdomen de piment de Cayenne pilé, épiçant ainsi leur corps de sylphides,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://data3.blog.de/media/085/2203085_8a292396bc_m.jpg?w=300&amp;amp;h=300" src="http://data3.blog.de/media/085/2203085_8a292396bc_m.jpg?w=300&amp;amp;h=300" /&gt;&lt;br /&gt; puis se léchaient à s’en enflammer les papilles et les sens. En anglais, on les eût surnommées &lt;span style="font-style: italic;"&gt;spicy girls&lt;/span&gt;. Elles s’allongeaient l’une l’autre sur leur couche après que chacune eut pimenté sa mie, leurs bloomers fendus abaissés fort bas sur leur pelvis de manière à ce qu’ils bâillassent sur leur sexe. Alors, Daphné et Phoebé partaient à la découverte l’une de l’autre, encourageant mutuellement leur langue à aller plus bas, toujours plus bas, jamais assez bas, jusqu’au ras du pubis duveté, jusqu’à la limite des grandes lèvres aussi, révélant à leurs yeux de nymphes enchantés par toutes ces beautés ce duvet naissant d’oiselles blondes, cette douce pubescence à peine amorcée en ces endroits, amorce qui trahissait l’approche inéluctable de leur prochaine entrée dans le royaume merveilleux de la pré-nubilité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; L’absorption de la poudre de piment ne tardait pas à produire ses effets. Filles en feu, elles s’abreuvaient lors et urinaient d’abondance. La valetaille avait dû équiper leur chambre d’une quantité pléthorique de baquets d’eau fraîche et de vases de nuit, sachant ce qu’elles allaient en faire. Perdant alors leur dernier vestige de pudicité et de bienséance, elles arrachaient l’ultime pièce de lingerie les couvrant encore – pour rappel, leurs pantalons brodés, festonnés et ouverts jà abaissés au sexe -  et se mettant à croupetons, déversaient leurs flots urinaires alcalins aussi intarissables et insondables que le tonneau des Danaïdes, dans des coupes étrusques hellénistiques à engobe noir, des canthares ornés de figures noires dues au peintre d’Andokidès,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://farm5.staticflickr.com/4040/4591755324_cd791db19e_m.jpg" src="http://farm5.staticflickr.com/4040/4591755324_cd791db19e_m.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;ou encore des vases sigillés gallo-romains d’un beau rouge en provenance des ateliers de Lezoux et de La Graufesenque.&lt;br /&gt;&lt;img style="width: 365px; height: 282px;" alt="http://media.museesmidipyrenees.fr/images/artistes/-/moule-coupe-en-sigillee-et-poincons/photo.jpg" src="http://media.museesmidipyrenees.fr/images/artistes/-/moule-coupe-en-sigillee-et-poincons/photo.jpg" /&gt;&lt;br /&gt; Elles partageaient ensuite cette pisse de fillettes en des agapes délirantes, puis leurs mictions incoercibles repartaient pour des litres et des litres. Leurs intestins irrités et tuméfiés par l’abus d’épices de Calicut, de Cathay, du Coromandel, de Zanzibar, de Cipango et de Formose entraient ensuite dans la danse. Les déjections diarrhéiques de Daphné et Phoebé se multipliaient, liquides ou tout simplement molles, se déversaient, se débectaient dans les mêmes récipients bientôt débordants de ces humeurs immondes, qui se mixaient avec les produits de leurs vessies de poupées. Cela giclait bientôt en s’épandant sur le parterre et les plinthes, sur les meubles aussi, en explosions stupéfiantes de caecum et de côlon, jusqu’à en humecter le plafond et les lits. Les jumelles n’avaient plus qu’à consommer cette manne corporelle insane en une orgie d’enfer. Leur fondement se métamorphosait en gueule éruptive de démon, de quelque Baal-Moloch, en Stromboli, en Etna, en Vésuve, qui éjectaient sans marquer nulle lassitude leur lave en fusion, extravasaient leur merde en liquéfaction putride.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous pouvons constater que nos catins étaient portées sur l’amour des excréments. En scatophiles et coprophiles averties, Daphné et Phoebé inaugurèrent une nouvelle espèce de collection bien odoriférante : celle de leurs propres fèces. Elles les classaient selon des règles taxinomiques rigoureuses à l’intérieur de bocaux de verre étiquetés et bien renseignés, selon leur forme, leur couleur, leur nature (les déchets et résidus alimentaires indigestes entrant dans leur composition putride) et leur fragrance première. La conservation de ces produits vils et copronymes était permise par un procédé chimique inventé une fois encore par le grand oncle Dagobert qui avait réponse à tout, procédé qui permettait de préserver indéfiniment la plasticité et flaccidité premières de ces matières fécales et de ces crottes de poupées de porcelaine, d’éviter à la parfin qu’elles se transformassent en coprolithes fossiles. Par contre, malgré des tentatives réitérées, nos blondes démones n’étaient pas parvenues à renfermer leurs vents et autres pets dans les mêmes récipients.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans trop s’en rendre compte, impures se croyant encore pures, Daphné et Phoebé contribuaient par leurs hauts faits à la déliquescence de Moesta et Errabunda. Qui mettrait la main sur leurs carnets intimes et parcourrait leurs pages et paperolles d’un œil indiscret, les huerait et vitupérerait, à condition toutefois qu’on en déchiffrât le code. Quant à Lewis Carroll, il avait renoncé à cette paire de petites diablesses auxquelles n’eussent manqué que les petites cornes, préférant terminer son séjour en parties de thé, de croquet, de volant et d’énigmes mathématiques avec d’autres amies-enfants plus acceptables : Jeanne-Ysoline, Sixtine et surtout la petite nouvelle Nelly-Rose et ses padous tout blancs. Séduit par sa mélancolie et ses grands yeux pleureurs, Dodgson ne cessa pas de la gâter et de la consoler en lui offrant de petits gâteaux anglais que l’on nomme cookies. La tristounette petite rousse regrettait encore la perte de son singe et de son orgue de Barbarie. Ce fut tout juste si le révérend ne manqua pas l’emmener avec lui tant elle était adorable et attendrissante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La seule leçon que Daphné et Phoebé avaient retenue de leur rencontre avec Charles Dodgson était d’ordre technique : telle une Castiglione, elles se prirent d’une passion immodérée pour la photographie. Certes, outre les trois clichés vaporeux incriminés tantôt, dignes de Bilitis et de Sappho, avec leurs vestiges suggestifs de draperies grecques qui les dévoilaient plus qu’ils les vêtaient, sans omettre l’épisode de l’anandryne avec l’épreuve aux pelisses, les jumelles avaient dû se soumettre aux nouveaux rituels d’enregistrement des gamines instaurés par Cléore, à ses photos décrites plus haut. Cléore avait usé, comme l’on sait, des méthodes de catalogage de Monsieur Bertillon et de l’anthropologie physique de Paul Broca. Daphné et Phoebé s’étaient donc plié à la mesure de leur angle facial et à celle de leur capacité crânienne – que Mademoiselle de Cresseville trouva bien supérieure à celle des femmes adultes ordinaires réputées fort idiotes -  conformément au traité américain dit Crania Americana de Samuel George Morton, publié à Philadelphie en 1839.&lt;br /&gt;   Cependant, se prenant au jeu de l’œil de la camera oscura, nos Dioscures firent l’acquisition de leur propre appareil à la condition que Délia officiât tandis qu’elles se mettraient en scène. Elles avaient décidé exclusivement de fixer sur l’image leurs pratiques spéciales et démentielles à connotation saphique. Elles s’arrangeaient à être préalablement dans les vapeurs, ayant fumé un mélange extravagant mêlant opium, kif, bétel et nard. Ainsi ensuquées, comme l’on dit chez les Occitans, elles se préparèrent lors pour la première photographie en leur chambre boudoir sous l’œil attentif de Délia. Gaie comme un pinson, la jeune dépravée d’Erin admira Daphné déshabiller sa sœur à demi assommée par les stupéfiants, jusqu’à ce qu’elle ne conservât que bottines noires, bas, jarretières, pantaloons et une sorte de mignonne chemisette de lingerie brodée toute légère, sans manches, lacée derrière, qu’elle laissa grande ouverte sur le dos afin qu’apparût la peau nue de Phoébé.&lt;br /&gt;&lt;img style="width: 185px; height: 72px;" alt="http://dafina.net/forums/file.php?55,file=13442,filename=battoir.jpg" src="http://dafina.net/forums/file.php?55,file=13442,filename=battoir.jpg" /&gt;&lt;br /&gt; Puis, elle suspendit cette dernière, qui gémissait, au lustre à girandoles, en l’attachant avec des cordages très serrés, de manière à ce que ses jambes pendissent sans tabouret ni escabeau pour retenir ses pieds. Tenue par la seule force de ses bras, la mignonne poupée en dessous, la peau des bras presque arrachée par la forte corde de chanvre, poussait de petits hululements de douleur et de plaisir. Lors, Daphné se saisit de l’arme de géhenne, un battoir à tapis, élargit l’ouverture de derrière des panties de coton de sa jumelle insigne jusqu’à déchirer cette fragile lingerie fine et commença à la raviver en la battant au cul et au dos, comme elle l’eût fait d’un perse empesé de poussière, en demandant à Adelia de prendre lors le cliché. Elle avait placé un vase de nuit de Delft sous les pieds oscillants de Phoebé, en prévision des liqueurs de jouissance qui ne manqueraient pas de jaillir de son entrefesson à cause de l’orgasme provoqué par les coups de battoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; L’afflux traumatique, thanatonique et érotique prodigué par le châtiment corporel savoureux rallumait l’éclat céruléen des prunelles de la jolie enfant jusque là vitreuses et hyalines, ce qui trahissait son état de droguée. Plus les marbrures violines augmentaient, plus la sensation de délice submergeait notre jumelle et, fait immanquable,  inénarrable, l’entrecuisse de ses pantalons se tachait de mouillures. Daphné poursuivait sa tâche punitive, et, lorsque son œil exercé constatait l’ampleur et l’extension croissantes de la tache humide du linge de Phoebé et le début de contractions d’épreintes de son bassin trahissant l’irrépressible envie de tout éjecter, elle cessait et ouvrait carrément le bouton nacré que l’on sait, devenu tout poisseux. Elle s’en léchait les doigts tandis que, tel un épulon présidant à la préparation d’un festin antique en l’honneur d’un dieu indigète gréco-romain, elle laissait se déverser dans le vase de Delft le liquoreux cédrat de l’aimée-double, cette offrande vaginale, ce nectar mystique qui servirait d’offrande aux trois jeunes gosiers sis en cette chambre de bamboche. Il n’était point rare qu’à cette ambroisie ou à cet hypocras se mélangeassent des sanies diverses et de l’urine de cette nymphe ne se retenant mie. Lors, Délia prenait une deuxième photo. Il eût fallu qu’elles bussent autre chose que ces cochonneries.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Quelquefois, le bayou intime de Phoebé était aussi sec que si elle eût souffert de frigidité ou recouvré l’absence de réaction sensuelle du temps de ses huit ans. Daphné, par devoir sororal, se devait de ranimer l’ardeur de sa jumelle, de guérir cette sécheresse interne, afin que s’humidifiassent de nouveau cette maremme toscane et ces marais Pontins. Sa langue se mettait de la partie et sollicitait les sens endormis de la nymphe sacrée. Là, il fallait que ce fût Adelia qui battît cul et dos tandis que Daphné entreprenait buccalement le sexe de sa sœur, une fois bien écartée l’ouverture stratégique de ses pantaloons. Alors que l’index droit de la maligne fillette tripotait, palpait et lissait le petit organe secret aux fonctions érectiles, sous le contexte des coups du battoir à tapis, la vulve de Phoebé était fouaillée par des acrobaties linguales coruscantes. Cette langue danseuse de cordes, agile comme un singe ou comme un funambule, parvenait à pénétrer au sein même du marécage interne de la consentante enfant qui bientôt frémissait, tremblait et haletait alors que son sexe rougissant sous l’assaut subissait une nette intumescence préparatoire au rut. Les papilles de Daphné se promenaient au sein du Canaletto, de la grotte aux mille concrétions de chair, boyau où les émissions salivaires s’ajoutaient à la lubrification enfin ravivée.&lt;br /&gt; La jeune chienne gémissante au cœur battant la chamade sentit lors toute la bouche de sa sœur marie-salope en elle, bouche qui mordilla jusqu’à l’indicible les mucosités et viscosités internes de sa zone inondable. Donc, si l’on peut l’écrire, l’eau, ou plutôt la liqueur féminine, revenait enfin, mêlée de sang, arrosant de sa pluie salvatrice et gluante toute la figure de l’aimée qui l’ingurgitait et s’en gobergeait. Délia prenait alors un autre cliché pornographique, à l’instant exact où le jet de la fontaine de Siloé vulvaire inondait la juvénile Jézabel. Elle suppliait Daphné de partager ces agapes et elle lui cédait lors la place. Vidée, Phoebé retombait peu après dans son inertie d’opiomane. Il n’était point rare que quelques poils duveteux restassent entre les dents, que Daphné ou Adelia les crachassent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les personnes prudes, si elles se lassent de tout ce déballage inconséquent et complaisant de débauches, sont autorisées à sauter des pages et à se rendre à l’instant où Monsieur Nikola Tesla, le concepteur de la Mère, de la serre solaire, du double-transfuseur sanguin électrique et d’autres choses encore, entre en scène. Les autres, moins pudibondes, peuvent poursuivre leur lecture édifiante de tous ces éloquents et pétulants exploits de candides expertes d’à peine treize ans fêtés depuis quelques jours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Adonc, pour les courageux et courageuses hypocrites (certains et certaines peuvent se voiler la face tout en feuilletant en cachette ce roman d’Ancien Régime), nos Dioscures de la nouvelle Gomorrhe aimaient à ce qu’on les liât ventre à ventre à l’aide de bandelettes de lin et de jute qui servaient d’ordinaire à confectionner ces fameux pagnes de fakirs hindous et autres brahmanes mendiants, réputés parcourir les campagnes en quémandant quelques roupies, moyennant une petite représentation de leurs tours, entre autres, soulever et faire tournoyer des gros cailloux par la seule force de leur phalle. Ce pagne en bandelettes, immémorial dessous jà inventé sous l’Antiquité égyptienne, écru et moisi, les ceignant toutes deux, Daphné et Phoebé utilisaient encor Délie comme comparse de leur salauderie en lui demandant de leur apporter les différents instruments de plaisir doloriste. Nues à l’exception de leurs bas et bottines et de la saleté les entourant et les attachant telles des siamoises (en cela, quelques mois au-delà, ainsi que nous l’avons jà rapporté, Jeanne-Ysoline devinera leurs penchants), tissus pourris d’une teinte terreuse qu’on eût crus tirés de quelque momie de Psammétique rongée par l’humidité du Delta du Nil, les jumelles, disions-nous, désignaient à Délia, parmi les instruments qu’elle leur présentait sur un coussin de velours grenat, ceux ayant ce jourd’hui leur faveur sadique. Je ne vais pas vous faire accroire à une resucée du marquis de Sade mais vous exposer de nouvelles inventions de plaisir, héritées de l’Art pour l’Art et de l’exotisme anglomane du magasin Liberty. Sachez que lorsqu’on musarde et furette dans les docks londoniens, à Wapping, Whitechapel ou Limehouse, on peut mettre la main sur les objets les plus incroyables destinés à un commerce interlope clandestin tenu par des lords décadents, où l’ylang-ylang n’est pas le plus intéressant. Ces lords smugglers se livrent à une contrebande efficace d’objets exotiques on ne peut plus spéciaux, (du Liberty sous le manteau, si l’on veut) qu’on retrouve ensuite, acquis à prix d’or, dans des alcôves ou bordels encore plus spécialisés dans certaines pratiques…hem.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Adelia avait lors proposé aux jumelles qu’elles se cinglassent le dos à coups de trique, de tape-mouche, de cravache, de verges ou de fléaux chinois de Hongkong sur lesquels elles arrêtèrent leur choix. Ces objets asiates, appelés en japonais &lt;span style="font-style: italic;"&gt;nunchakus&lt;/span&gt;,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7c/Nunchaku.JPG/350px-Nunchaku.JPG" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7c/Nunchaku.JPG/350px-Nunchaku.JPG" /&gt;&lt;br /&gt; ressemblaient de fait à des fléaux à battre le blé, mais en réduction. Cependant, ils étaient chinois, car employés dans un art martial du cru, art qu’enseignaient des moines du douzième degré ou dan du monastère à bonzes dit Shaolin, qui arboraient comme tenue de combat une ceinture pourpre et noire nouée sur un kimono de soie. Nous savons qu’Elémir s’était inspiré pour les grades de Moesta et Errabunda, de ceux des arts martiaux de Cipango ou de Cathay. Le grade de Cléore correspondait de fait à celui du Supérieur de Shaolin ou Grand Maître. Les fléaux, pour eux, constituaient des armes de défense, non d’attaque, contre les rônins et bandits de grand chemin qui écument le Japon et la Chine. Importés par les Anglais depuis la guerre de l’opium, ils s’acclimatent désormais en France, pour l’us exclusif de certains lupanars pour lesquels la schlague s’est banalisée sous les assauts du raffinement de l’Aesthetic Movement. Ces fléaux sont noirs, fort durs, en un bois incorruptible, avec des chaînes d’acier. Ils nécessitent une souplesse, une dextérité et une promptitude de maniement nonpareilles. Il fallait croire que Daphné et Phoebé possédaient le don inné de la souffrance jouissive en manipulant ces choses. Elles se frappaient dorsalement l’une l’autre, à s’en rompre l’échine, multipliant les meurtrissures infâmes jusqu’à ce qu’elles fussent fourbues et s’effondrassent repues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Daphné et Phoebé avaient pareillement inventé le déshabillage pianistique : vêtues en petites filles modèles, sans qu’aucun ruban ne manquât à l’appel, elles entamaient des œuvres à quatre mains de messieurs César Franck, Gabriel Fauré et Emmanuel Chabrier, car fort ouvertes aux sonorités de la musique moderne. Seulement, elles passaient leur temps à taper à côté, sachant qu’une erreur de note signifiait ôter une touche du clavier et une pièce de leur toilette. On devine qu’elles multipliaient les bourdes et qu’il est de plus en plus délicat de jouer sur un piano dépouillé de plus en plus de touches. Cet effeuillage s’effectuait devant les Dames attentives et obsédées par ce dévoilement progressif des appas de nos nymphes. A ce régime allègre et burlesque, il était inévitable qu’elles achevassent leur leçon de musique en fort petite et suggestive tenue. Résultat de tout ce schproum, Daphné se retrouvait le bas du corps à l’air à l’exception du gainage soyeux de ses jambes enfantines, la gorge cependant encore couverte d’une ravissante brassière de lingerie en gaze et mousseline toute vaporeuse et transparente, découvrant en sus le nombril de la belle enfant, et qui ne cachait donc pas grand’chose. Quant à Phoebé, elle était nu-torse et nu-jambes, n’ayant plus sur elle que ses seuls bloomers fendus de tous les côtés, où là aussi, ce linge de plus-que-nue permettait de tout admirer de sa grâce pré-nubile. Les jumelles, accoutumées à l’étalage de leur anatomie, ne s’empourprèrent point. Par contre, leurs oreilles perçurent l’extase des clientes, leurs soupirs dérangeants. Ce soir là et d’autres encor, nombreux furent les sièges capitonnés des poufs, des sièges et des fauteuils à gluer des sécrétions de toutes ces anandrynes, au désespoir de Cléore qui dut changer ce mobilier irrécupérable.&lt;br /&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 326px; height: 466px;" alt="http://www.lest-eclair.fr/media_lesteclair/imagecache/article-taille-normale/protec/2011-05/2011-05-08/201105084dc60b169a7d1-1.jpg" src="http://www.lest-eclair.fr/media_lesteclair/imagecache/article-taille-normale/protec/2011-05/2011-05-08/201105084dc60b169a7d1-1.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand elles étaient lasses de tous ces petits jeux turpides, nos sœurs tribades se retiraient dans le fameux cabinet aux poupées, où Cléore entreposait les effigies de cire des pensionnaires, collection qui ne cessait lors de s’étoffer à chaque nouvelle arrivante. En ce musée Tussau  qui instillait une impression de malaise, elles contemplaient leurs répliques tel un Narcisse son reflet, s’extasiant du rendu exact cireux de leur exquisité de craie blonde translucide, de la quintessence de leur peau de malades chlorotiques et leukémiques, où l’artiste sculpteur minutieux était parvenu à reproduire le réticulé des vaisseaux sanguins qui transparaissaient sous l’épiderme de leurs tempes de fillettes post-fœtales et au dos de leurs mains. Elles touchaient et caressaient les joues décolorées, humaient aussi l’odeur passée et pulvérulente des tissus sciemment vieillis des robes empesées de ces poupées, ces damas et brocarts étiolés de pruine. Elles regrettaient cependant que Cléore ne les eût pas vêtues en Salomé. Daphné était tout de même fascinée par sa réplique en Claude de France, reine fragile entre toutes, tandis que Phoebé mirait la sienne en Marguerite d’Autriche, comme si elle se fût elle-même contemplée dans une psyché.&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://www.museedelapoupeeparis.com/images/tempo/sybarites/queenann.jpg" src="http://www.museedelapoupeeparis.com/images/tempo/sybarites/queenann.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://www.classiquenews.com/images/articles/JSC3jgOou__200872LM433XXPLU.jpg" src="http://www.classiquenews.com/images/articles/JSC3jgOou__200872LM433XXPLU.jpg" /&gt;&lt;br /&gt; Or, pour ne point accentuer le trouble de la tromperie, tous les miroirs du cabinet aux poupées de cire étaient sans tain. En tâtant le dessous des jupes de Claude de France,&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://enviedhistoire.canalblog.com/images/claude.jpg" src="http://enviedhistoire.canalblog.com/images/claude.jpg" /&gt;&lt;br /&gt; Daphné constata qu’elle arborait un trousseau complet, puis, poussant son exploration plus avant, réalisa ô combien ces reproduction étaient réalistes : il ne leur manquait même pas le sexe bien qu’elle déplorât l’absence de toison, l’habileté des artistes n’allant pas jusque là. Alors, comme obéissant au signal d’Onan, nos deux gourgandines se livrèrent à une nouvelle forme de débauche sur leurs reflets de cire damassés. Relevant leurs robes, elles commencèrent à se frotter contre leurs statues avec extase et frénésie, pratiquant sur ces alter-egos inanimés une singulière forme de viol masturbatoire. Lorsqu’une autre visiteuse s’alla admirer ces effigies (il s’agissait de Sixtine), elle remarqua que Claude de France et Marguerite d’Autriche avaient leurs vêtements en désordre, plus passés que de coutume, et semblaient singulièrement empoissées – leurs visages particulièrement – d’une glue inconnue. Daphné et Phoebé s’étaient bel et bien livrées à des choses indescriptibles sur leurs autres elles-mêmes…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Fascinées par les choses d’Asie, par les traditions érotiques sino-japonaises, Daphné et Phoebé acquirent sur leurs propres deniers d’étonnants godemichés, dont le célèbre tétra-foutre dont nous reparlerons tantôt avec ses dérivés et le baguenaudier qu’elles volèrent à Dodgson. En attendant, le temps est venu d’évoquer l’affaire du Traité des massages siamois attribué au roi Po-Khun Ramkhamhaeng dit Rama le Fort ou le Hardi (1239-1317), traduit en anglais par Richard Burton et en français par Elémir de la Bonnemaison, ouvrage maudit à l’origine de deux assassinats : le premier ministre Spencer Perceval et le dramaturge August von Kotzebue, sans oublier la polémique artistique sans fin entre Ruskin et Millais&lt;br /&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 361px; height: 506px;" alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/14/Millais_-_Self-Portrait.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/14/Millais_-_Self-Portrait.jpg" /&gt;&lt;br /&gt; à propos de ses gravures, authentiques pour Millais, faux grossiers pour Ruskin, qui en attribuait la paternité à William Blake et à Füssli. Sans doute cette querelle dissimulait-elle un bas motif de jalousie. John Everett Millais, dont John Ruskin avait constitué le soutien critique après qu’il eut défendu Turner, avait en quelque sorte volé la femme du critique d’art, Effie Gray. On sous-entendait que l’aversion de Ruskin pour la toison pubienne touffue de son épouse avait été l’une des causes profondes de la rupture de leur union. Le point commun entre Spencer Perceval, assassiné par John Bellingham en 1812 alors qu’il était chef du gouvernement de Sa Majesté (plus exactement du Régent George), et Kotzebue, dramaturge devenu espion au service du tsar Alexandre 1er, qui avait été occis par l’étudiant en théologie libéral Karl Ludwig Sand en 1819, outre leur mort violente, était constitué par la possession du manuscrit du Traité de Rama le Hardi non encore traduit de l’antique langue Môn, traité dont la nature érotique était des plus connues et que les assassins convoitaient. Ce fut pourquoi Daphné et Phoebé, nouvelle excentricité onéreuse, exigèrent de Cléore qu’elle recrutât une authentique masseuse siamoise qui appliquerait sur elles les différentes figures extraites des illustrations de cet ouvrage, dont elles avaient déniché dans la bibliothèque de l’Institution un des exemplaires de l’édition française. Cléore, trop magnanime, céda à leur caprice d’aristocrates maladives. Ce fut Elémir qui lui envoya la masseuse, qu’elle dut payer cinquante francs or la semaine. La comtesse de Cresseville, de même que Délia, ne se privèrent pas de tels services émollients. La jeune siamoise (seize ans à peine) exécuta les figures de massage XV, XVII, XXI, XXIII, XXX et XLI, réservées aux femmes aimant les femmes. Les jumelles apprécièrent en particulier la figure XXX, qui consistait en un massage des seins, du ventre et du pubis accompli par l’exécutante de ces soins de beauté asiatiques : ce massage devait être appliqué à califourchon sur la cliente et effectué exclusivement par les fesses et le sexe de l’intervenante, qui parcouraient en les frottant jusqu’à l’extase les parties visées par la manœuvre. Le tout s’achevait en inondations générales. Le plus voluptueux pour la masseuse elle-même était le stade où chaque aréole dressée et turgescente d’excitation des pousses de Daphné et Phoebé la pénétrait à tour de rôle. Elle dégorgeait lors sa liqueur intime sur chaque petit sein qui s’y engluait avant que les gamines horribles se redressassent et que chacune léchât l’empois de la poitrine de sa sœur. La jeune Asiatique, dont le corps, très menu, était à peine plus formé que ceux de ses vicieuses clientes, gazouillait dans son dialecte natal intraduisible, où les l remplaçaient les r. Cependant, ses éructations extatiques, elles, s’avéraient compréhensibles dans toutes les langues terrestres. Inutile de décrire les autres figures tout aussi imaginatives : il est plus que temps d’accélérer pour celles et ceux qui s’impatientent de Nikola Tesla en passant aux godemichés ou pluri-foutres. Ne vous effarouchez pas, lectrices et lecteurs prévenus, à l’énumération de ces types d’instruments extasiants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous savons qu’il existe plusieurs types de petits objets de plaisir que l’on nomme godemichés. Certains sont dits simples et permettent à une Dame seule de satisfaire ses envies sans l’intervention d’une tierce personne. Mais, dans le cadre d’une relation entre deux Dames s’aimant d’amour tendre, comme il faut bien un substitut au membre mâle, le choix existe entre foutre simple permettant à la Dame qui joue le rôle du Monsieur à combler d’aise sa mie sans toutefois qu’elle-même en éprouve quelque pénétrante jouissance, et foutre double, qui aide à l’assouvissement mutuel du désir. Cependant, certains foutres doubles s’avèrent spécialement conçus pour Dames seules adeptes de l’onanisme par les deux orifices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Daphné et Phoebé de Tourreil de Valpinçon avaient de si dépravées coutumes qu’elles ne savaient plus comment jouir à deux : bien renseignées par les innombrables traités de toute sorte qui encombraient les étagères des bibliothèques infernales de Cléore et d’Elémir, instruites aussi par Adelia, elles avaient réclamé à cor et à cri que la comtesse de Cresseville leur commandât un objet tout neuf et innovant : le tétra-foutre, enfourché en couple et efficace pour les deux trous que l’on sait. Les perfectionnements techniques incessants permettaient d’envisager des objets rétractables et redressables, parfois munis de petits réservoirs emplis d’un substitut liquoreux de semence mâle, pouvant donner l’illusion d’un jet d’éjaculat en la double intimité des utilisatrices. On annonçait jà d’autres innovations, pour des instruments toujours plus onéreux, mus à la fée électricité à l’aide de petites dynamos de monsieur Zénobe Gramme, de piles électriques de Volta ou même de systèmes de bobines de Ruhmkorff. Ces foutres, pluriels ou uniques, devaient vibrer  au sein sacré des canaux intimes des pratiquantes de ce vice, ainsi transfigurées par le plaisir d’une manière non anagogique. Mais Cléore n’envisageait point d’acheter sous le boisseau de telles inventions, anglaises et américaines, au coût prohibitif, quelles que fussent les réclamations des deux gourgandines. Elles durent donc se contenter d’un simple tétra-foutre primitif en acajou précieux, teck, jacaranda et divers autres bois tropicaux tendres composites, gainé d’authentiques peaux humaines de phalles provenant de sauvages Papua ou Pahouin tués exprès en plein rut lors de parties de chasse immorales, ces peuplades étant réputées pour leur virilité exacerbée. La perfection du tétra-foutre exigeait que les grands chasseurs blancs au casque tropical en liège occisent leur proie au moment où l’optimum du redressement de son vit était atteint et qu’ils l’abattissent avant qu’elle éjaculât. Pour cela, il fallait qu’ils usassent de femmes-chèvres, des sauvages entièrement nues, qu’ils plaçaient comme appâts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Dans une institution conçue pour perpétuer l’espèce des anandrynes, le refus de Daphné et Phoebé de n’aimer d’autres personnes qu’elles-mêmes comme on aime son reflet – ambivalence suprême – apparaissait à la semblance d’une pratique contre nature vouée à la stérilité. Singulière passion que celle-là, où chacune parvenait à s’accoupler en quelque sorte à elle-même, à ce reflet fait chair, à s’auto-satisfaire égoïstement en des rituels amoureux d’une inconcevable complexité, comble d’un raffinement érotique pervers qui marquait en son perfectionnement suprême l’apogée d’une civilisation vouée à l’art pour l’art, y compris dans ce qu’il a de plus trivial. Reflet…si semblable, si différent aussi de soi, si loin, si proche…&lt;br /&gt; En quelque sorte, Daphné et Phoebé, contemplatives pornographes d’à peine désormais treize ans, étaient les plus novatrices d’entre les nouvelles anandrynes, bien qu’elles ne pussent avoir aucune postérité immédiate. Elles avaient inventé le plaisir solitaire à deux. L’une était l’autre, l’autre était soi, moi était elle, je était nous…jeux troublants sans cesse recommencés où la fusion des doubles engendrait une unicité plurielle et neuve…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Lorsque la séance de tétra-foutre commençait, Daphné demandait à Phoebé : « Trousse-moi et lutine-moi. » et Phoebé de répondre : « Moi itou. ». Elles s’entreprenaient lors mutuellement par leurs deux orifices, jusqu’à ce qu’elles s’inondassent du plaisir partagé et multiple et n’en pussent mais. Leurs cris d’extase nocturne parvenaient à percer les murs de leur chambre et à troubler le sommeil de leurs petites voisines. Lorsqu’elles s’effondraient, trempées et fourbues, une fois l’objet quadruple retiré,  leur entrefesson échauffé exhalait, par le biais des écoulements que l’on sait, presque à la semblance du pus, un fumet soufré des plus incommodants, mais propre à exercer une forte attraction sur les hommes, si toutefois nos poupées eussent été de la classique orientation sexuelle dite majoritaire. Ce fait est fort connu : la crasse et la fragrance des putains attirent les messieurs comme l’aimant le fer, d’autant plus lorsque celles-ci sont d’âge encor tendre mais jà expertes. Elles jouent de leurs froufrous, affichent leurs jupes sales, souillées et traînassantes avec ostentation. Déguenillées par leur vice, ces filles syphilitiques épandent leur contagion épidémique, pourrissant tous les cadres de la Gueuse qui les fréquentent avec assiduité. Ne sont-elles point elles-mêmes l’incarnation de cette Gueuse ? &lt;br /&gt;Heureusement pour elles, une déesse de la débauche semblait protéger les jumelles : elles ne mirent jamais la main sur le godemiché suprême, le seppuku de la geisha, car elles ignoraient la combinaison du coffre de Cléore, au contraire de Délie.&lt;br /&gt;Nous poursuivons le catalogue exhaustif et exubérant des objets, en omettant toutefois cet instrument propre au siècle de la douceur de vivre dit le foutre à soubrette, voué avant tout aux amours ancillaires.&lt;br /&gt;Il existait un triple-foutre pour Dame seule adepte des plaisirs simultanés de bouche, d’anus et de sexe. Si Daphné et Phoebé eussent souhaité en jouir, elles eussent dû faire mettre au point un modèle dérivé pour deux dit hexa-foutre pour couple d’anandrynes. La caractéristique de cet objet était son troisième membre artificiel, souple, très long, et pourvu d’un système à réservoir permettant que le sirop séminal ou son succédané giclât dans l’orifice buccal de la pratiquante pendant qu’elle s’entreprenait avec les deux autres par devant et par derrière. Cet appareil coruscant avait un inconvénient majeur qui freinait sa fréquente utilisation : la nécessité de remplir régulièrement le réservoir et d’acheter des doses de liqueur spermatique réelle ou synthétique. Il eût fallu pour cela moderniser d’une façon considérable la manière de réfrigérer et de conserver ce sperme, donc de disposer de sortes de banques avec des donneurs volontaires ou forcés, sauvages ou autres.&lt;br /&gt;Daphné et Phoebé n’étant que deux, elles n’eurent jamais à utiliser d’autres catégories plurielles permettant à trois, quatre voire jusqu’à six ou douze dames de s’encanailler en groupes pour ne point écrire en grappes. Imaginez d’ailleurs une grappe de raisin à laquelle on a enlevé tous ses grains et vous pourrez vous faire une idée par exemple des penta, hexa, hepta, octo, ennéa, déca, hendéca et enfin dodéca-foutre avec deux modèles différents pour ce dernier godemiché : celui pour six dames pénétrées par deux orifices et celui pour douze par un seul, au choix du trou. On annonçait la prochaine importation d’Angleterre d’un objet encore plus délirant et révolutionnaire : le triskaidéca-foutre, soit jusqu’à treize tribades ou putains sur le même instrument. A ce rythme, on pourrait bientôt mettre en grappe tout l’escadron des filles de joie du Chabanais pour un spectacle saphique onaniste unique !&lt;br /&gt; Lorsqu’il plia bagage, Charles Dodgson s’aperçut que son baguenaudier avait disparu. Il songea d’évidence à un vol, mais ne put émettre aucun soupçon précis. « Bah, se dit-il, j’en acqu…acquerrai un au…autre. » Il ne conclut jamais à la culpabilité de Daphné et Phoebé qui profitèrent de ce petit larcin pour s’adonner à des expériences encore plus traumatisantes et exaltantes. Elles qui avaient l’habitude de lécher les blessures de leurs coups de fouet voire de s’amuser à s’arracher, parfois à coups de dents, des lambeaux de peau écorchés pendouillant de leurs plaies traumatiques, surent détourner le baguenaudier chinois pour le métamorphoser en inédit godemiché. Le maniement de ce casse-tête nécessitait en temps ordinaire une habileté confondante ; ce que nos jumelles en firent eut quelque chose de presque surhumain, usage qui pouvait leur prodiguer des déchirures internes irréversibles voire létales. Elles ne l’expérimentèrent qu’une seule fois, et cela fut si douloureux et atroce que cela leur servit de leçon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Une fois de plus, ce fut Phoebé que le sort désigna pour servir de consentant cobaye et de souffre-douleur. Elle se déculotta tandis que Daphné tentait d’introduire le baguenaudier dans l’anus de la mie. Elle supposait qu’une fois placé, le jeu de plaisir consistait à l’y ôter soit par la force d’un foutre réel qui devait non seulement parvenir à entrer dans chacun des neuf anneaux, mais ensuite retirer le tout du cul par sa seule force virile, si l’on peut dire, soit, disions-nous, par l’emploi d’un phalle artificiel à condition qu’il eût assez de souplesse pour que les deux poupées se livrassent à cet exercice où le risque de mutilation des viscères était grand. Autant écrire qu’elles échouèrent en usant de la seconde méthode, la seule disponible, et que Phoebé fut victime d’une hémorragie anale conséquente, dont sa sœur empuse se régala, certes, mais à cause de laquelle elle dut demeurer un mois à l’infirmerie son postérieur bandé après avoir subi une petite opération qui la mutila d’une partie de son intestin. Elle ne put lors plus déféquer que dans des sacs ou poches spéciaux. Sur ces entrefaites, alors que nous étions en décembre 18., Nikola Tesla arriva, mandaté par Cléore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;***************&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-7281983151332691299?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/7281983151332691299/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=7281983151332691299' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/7281983151332691299'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/7281983151332691299'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2012/02/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 17 2e partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-2435620506198344450</id><published>2012-01-20T13:52:00.000-08:00</published><updated>2012-01-27T04:01:09.120-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 17 1ere partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : ce roman décadent paru en 1890 est réservé à un public adulte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:180%;" &gt;Chapitre XVII&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://1.bp.blogspot.com/_dLSVgS5AxBI/SO797l8SaOI/AAAAAAAAN8I/dYYCUPWsYnA/s400/TownCountrymouse_Leslie.jpg" src="http://1.bp.blogspot.com/_dLSVgS5AxBI/SO797l8SaOI/AAAAAAAAN8I/dYYCUPWsYnA/s400/TownCountrymouse_Leslie.jpg" /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;   &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Dix mois auparavant, les premières froidures et gelées du matin envahissaient les pelouses abandonnées de Moesta et Errabunda.  Le parc s’embrumait d’une ambiance sinistre, fantomatique, propre à voir surgir quelques spectres de remords torpides en un ruissellement de créatures de marécages. Les feuilles mortes pourpres, prunes ou ocres voletaient çà et là sous les vents contraires de l’automne, s’agglutinaient dans les ornières où elles formaient des tas pourrissants d’un humus stérile, quelquefois capturées sous une couche de glace que les rayons de plus en plus timides de Phébus peinaient à effacer. A la belle aube, dans l’herbe prise par le givre blanc, le sol crissait sous les bottines des fillettes qui osaient encore une sortie matinale. Même la Marne commençait son embâcle, son onde calme emprisonnée dans une pellicule adamantine et opaline scintillante au soleil levant, glaçure allant s’épaississant de semaine en semaine, qui piégeait les nymphéas moribonds et les dépouilles caduques des feuillus chues en ce lieu. Parfois y venaient des restes desséchés de folioles et de sépales arrachés des prés folasses, des débris de lysimaques, d’asphodèles et d’ajoncs achevant leur processus de décomposition. Les ramures des chênaies terminaient de se dépouiller sous les assauts tempétueux qui dégageaient le ciel, après que se fussent succédé de longs jours de pluies glaciales vous trempant jusqu’aux os. Les roseraies se métamorphosaient en simples roncières où finissait de s’étioler l’ultime fleur pâle et tardive, maladive de l’automne, en une lente chute de pétales séchés. Les corbeaux se regroupaient et croassaient, messagers d’un hiver n’annonçant rien de bon. Les efflorescences et fragrances de la végétation brûlée envahissaient tout le terrain, s’insinuant jusque dans les pavillons de l’Institution, tenaces, irritantes, mortifères. Il ne fut lors plus question que les enfants s’aventurassent dehors avant la mi-journée en robes légères aux dessous de mousseline et de faille. Il fallait qu’elles s’adaptassent au général Hiver. L’augmentation conséquente du nombre des pensionnaires provoquait une flambée des dépenses vestimentaires et nutritives. Cela fit la fortune de Madame Grémond qui devint la fournisseuse en linge de Moesta et Errabunda, un linge réservé à d’étranges petites filles modèles, qui comprenait une corsetterie miniature aux tailles de sept à quatorze ans. Des dessous particuliers aussi, dont on se fût attendu à ce que des tenancières de maison de tolérance les commandassent, tant ils comportaient ouvertures, boutons et laçages suggestifs. Cela procura du travail à mainte gamine de filature, va-nu-pieds et sale de figure, dont une certaine Adeline Cardioux, une châtain-blond anémique d’environ onze ans, que le révérend Dodgson&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://www.exploringsurreyspast.org.uk/assets/userfiles/Lewis_Carroll/Lewis_Carroll_Portrait_of.jpg" src="http://www.exploringsurreyspast.org.uk/assets/userfiles/Lewis_Carroll/Lewis_Carroll_Portrait_of.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;img style="width: 343px; height: 240px;" alt="http://www.escapeintolife.com/wp-content/uploads/2010/01/trodd-lewis-hine-01.jpg" src="http://www.escapeintolife.com/wp-content/uploads/2010/01/trodd-lewis-hine-01.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; magnifia et transforma en icône de l’esclavage ouvrier en la photographiant dans son tablier maculé de graisse devant ses fuseaux de coton, pauvresse qui devint elle-même pensionnaire de la Maison sous le nom de Sixtine. Il fallut donc préparer aux fillettes des toilettes pour l’hiver : pelisses, robes de laine, de mérinos, de mohair, de vigogne et de velours épais, manchons, ganterie fourrée, bottillons du même acabit, chapellerie, bas épais de lainage et lingerie de flanelle. Madame la vicomtesse de. et Cléore se partageaient les frais de ces fournitures, sans que nos industriels du textile et nos boutiques spécialisées de Paris en habits enfantins s’étonnassent outre mesure que celles-ci ne concernaient que des fillettes.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  La Toussaint et le Jour des Morts s’étaient passés sans ferveur aucune pour une comtesse de Cresseville imperméable aux momeries catholiques. La Maison comptait désormais vingt-deux pensionnaires, en comptant la malheureuse Ursule Falconet, et la hiérarchie des couleurs des rubans, enfin arrêtée, put lors s’appliquer toute, sachant que seules Cléore et Délia avaient droit à la pourpre et au noir pour l’une et au fuchsia pour l’autre. Cela donnait aux petites l’allure de colonelles à la bavette. Les fillettes couchaient et se toilettaient alors dans un dortoir unique sauf Délia, Jeanne-Ysoline, Daphné et Phoebé, qui jà faisaient chambrée à part. A dix-huit pipelettes, les choses devenaient ingérables, d’autant plus que les gamines, au lieu de se vêtir ou de se laver seules, chacune dans son tub, ou à son lavabo, voulaient tout faire en groupe afin de s’amuser bellement. C’étaient d’interminables séances de déshabillage ou d’habillage collectif, de barbotage à plusieurs dans des baquets ou des baignoires-sabots à la Marat, de piailleries jactantes, d’assourdissants jabotages de basse-cour où Sarah ne parvenait plus à maintenir l’ordre. Les petites catins déchaînées laçaient et délaçaient sans cesse leurs corsets à trois-quatre dessus, enfilaient bas, pantaloons et jarretières les unes aux autres en riotant de joie. Elles se tâtaient, s’attouchaient, s’exploraient toutes, découvrant mutuellement les secrets de leurs jeunes corps, s’amusant par de troublants jeux digitaux avec les fentes des bloomers, appliquant entre elles en d’hardis exercices de caresses tactiles les cours que Délia leur prodiguait pour qu’elles en usassent en principe avec les clientes. Le dortoir se métamorphosa conséquemment, à la grande terreur de Cléore et consort, en coruscant bordel de parties fines et d’écarté entre dix-huit poupées-putains qui expérimentaient des formes juvéniles et cénobites du saphisme et de l’onanisme. Par chance ou par méconnaissance anatomique, aucune ne parvint à déflorer sa camarade. Seule la scatologie avait leur préférence, leur élection, du fait qu’elles ne faisaient pas la différence entre extravasements urinaires et autres. Elles jouaient à de grandes compétitions de prouts stimulés par leurs doigts agiles dans le trou de leur mignon petit cul rose. Au petit jour, le dortoir musquait tellement que Sarah s’obligeait à l’aérer toute la matinée. Quitterie, qui jouait aussi, mais plus discrètement, plus innocemment, avec ses poupées, et se contentait d’une seule partenaire de chair, attrapa à ces occasions une bronchite.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Vers la Saint-Martin, Quitterie fut alors si malade qu’on craignit pour sa vie. Elle crachait le sang et dégouttait d’une fièvre malsaine. Il n’était pas question qu’un médecin vînt. Nous rappelons qu’une infirmerie avait été installée dans un des pavillons dès le début, et que Madame la vicomtesse avait recruté deux infirmières d’une dévotion et d’une fidélité à toute épreuve – deux anandrynes bien sûr, dont elle avait contrôlé les qualifications –  lesbiennes d’hôpitaux qui sauraient se taire car mieux payées qu’à l’ordinaire. L’une était une sœur défroquée à cause de ses penchants et l’autre une des amantes – et le médecin-femme à titre privé – de Louise B. Leur dévouement et la cure adéquate, avec les remèdes efficaces et nouveaux venus de la médecine anglaise permirent de guérir Quitterie, qui toutefois demeura convalescente encore cinq semaines. Elle manqua lors la visite d’un hôte de marque : le grand photographe, mathématicien révérend et écrivain anglais Charles Dodgson, lors âgé de cinquante-sept ans. Cléore elle-même ressentait une lassitude certaine ; elle aussi souillait ses mouchoirs de sérosités sanguinolentes. De plus, en ses entrailles fermentaient les résultats des tourments que toutes ces tribades avaient infligés à Poils de Carotte. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Répondant à l’invitation de la comtesse de Cresseville, Charles Dodgson arriva en l’Institution le lendemain de la Saint-Martin. Il se présenta en grand arroi, encombré de tout un appareillage photographique et chimique, d’une bibliothèque ambulante composée d’œuvres majeures de George Eliot, Benjamin Disraeli, Alfred Lord Tennyson, Anthony Trollope,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSPwiv1flnHS0nHMgHre1j0ukxTDhDXxCn49VYW3CfUWVqwzf36kiaxIdXvkg" src="http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSPwiv1flnHS0nHMgHre1j0ukxTDhDXxCn49VYW3CfUWVqwzf36kiaxIdXvkg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elizabeth Gaskell, Wordsworth, Carlyle, Coleridge, Byron, Swinburne, Elizabeth Browning, Dickens, Keats, Shelley et lui-même sous son nom de plume, sans compter une théorie d’étranges jouets plus intrigants les uns que les autres. Il s’insinua comme un pique-assiette, séjournant trois longues semaines à Moesta et Errabunda, au détriment de ces Dames qui se plaignirent avec amertume de sa présence envahissante. Il perturba même le bourreau de Béthune.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Alors que la comtesse de Cresseville s’était attendue à ce qu’il jetât son dévolu sur Adelia, du fait que tous deux partageaient une langue maternelle et une culture communes, Dodgson préféra les jumelles, à cause de leur trompeuse pureté enfantine. Le doux, céruléen et grave regard languide attendrissant de Daphné et Phoebé le fascinait. Elles étaient blêmes comme des lys et il les croyait vierges. Il faut dire qu’elles incarnaient un idéal de beauté préraphaélite. La leukémia chronique dont elles souffraient ajoutée à leur presque albinisme les enjolivaient tant qu’elles en étaient devenues le symbole même de la diaphanéité blonde incarnée. Dodgson se les figurait jà dans une nudité idéalisée d’innocence, sans même se douter qu’elles touchaient à l’âge du duvet pré-pubertaire. D’après le révérend, leur gémellité sororale constituait à elle seule une énigme mathématique et &lt;span style="font-style: italic;"&gt;zoonomique&lt;/span&gt; digne de Gauss et d’Erasmus Darwin,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/be/Portrait_of_Erasmus_Darwin_by_Joseph_Wright_of_Derby_(1792).jpg/250px-Portrait_of_Erasmus_Darwin_by_Joseph_Wright_of_Derby_(1792).jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/be/Portrait_of_Erasmus_Darwin_by_Joseph_Wright_of_Derby_%281792%29.jpg/250px-Portrait_of_Erasmus_Darwin_by_Joseph_Wright_of_Derby_%281792%29.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; tout comme le mystère sanguin de leur maladie de langueur, la soie immanente de leurs longues &lt;span style="font-style: italic;"&gt;english curls&lt;/span&gt; d’un blond nordique et leur silhouette d’elfes d’une évanescence rare. Il saisit leur unicité gémellaire, leur aspect de Dioscures femelles, peut-être issus de quelque énigmatique parthénogenèse mariale, lui qui n’était pas papiste. Il prenait souventefois un breakfast anglais en leur suave compagnie, les bourrant à ces occasions de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;plum-puddings&lt;/span&gt;, de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;plum-cakes&lt;/span&gt;, de bacon, de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;pancakes&lt;/span&gt; et de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;muffins&lt;/span&gt; afin qu’elles se remplumassent. Tout en se réjouissant du rosé de leurs joues et du mignon tablier enfilé sur leurs robes blanches qui lui rappelait sa chère Alice telle que Sir John Tenniel l’avait croquée, il poursuivait la manducation matutinale en leur proposant en supplément œufs brouillés ou mollets, sirop d’érable, pâtes de coing et tartines dégouttant et transsudant de miel, de confiture de rhubarbe ou de marmelade d’orange. Les lèvres et les joues maculées, barbouillées, moites et luisantes de toutes ces gourmandises nutritives, Daphné et Phoebé, qui, comme l’on sait, n’appréciaient que les sucreries et le sang, écoutaient lors religieusement le révérend orienter la causette vers des sujets plus philosophiques, vers un tour plus socratique en des dialogues gnostiques, où maïeutique, propédeutique, synecdoques et accolages de mots les ébaudissaient et les distrayaient du fait de la virtuosité de ces figures de style. Studieuses et séduites par les manières et le savoir de ce vieux garçon timide au visage encore étonnamment jeune, porté sur les amies-enfants, elles le questionnaient avec une niaiserie d’oies blanches médiévales, multipliant les naïvetés de lais féériques du style « Mon révérend, pourriez-vous nous dire s’il est vrai que la Lune, notre Séléné, est suspendue au ciel par des fils de soie ? »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Pourtant, alors qu’elles faisaient de leur côté des efforts nonpareils pour s’exprimer en alternance dans les deux langues, anglaise et française, sans jamais bafouiller mais toutefois en grasseyant et en blésant, Daphné et Phoebé éprouvaient une gêne sincère face aux laborieux verbiages de bègue du révérend écrivain. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Je…je vais vous prop… popr… vous montrer ma valise de …d’énigmes…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Une valise qui contiendrait des attrapes…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;-… et des farces pour nigaudes ? s’interrogeaient-elles, l’une débutant la phrase, l’autre l’achevant, parfois dans une langue divergente. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Non…non…pas ce…cela.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Sont-ce de savoureux bonbons au poivre, ou quelques chocolats aux aulx que vous allez nous proposer, telles ces friandises du démon que Délie nous offrit pour notre anniversaire voilà tantôt dix jours ? Nous avons jà treize ans !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;-Je…admi…rez et…vo…voy…ez, misses. Ou  plutôt &lt;span style="font-style: italic;"&gt;you&lt;/span&gt;…&lt;span style="font-style: italic;"&gt;young la…dies&lt;/span&gt;. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Dodgson exhiba d’une mallette de cuir plusieurs casse-têtes, objets mathématiques, dont des sphères armillaires kepleriennes dont l’emboîtement les fascina. Ce fut surtout ce baguenaudier chinois, ce jeu aux neuf anneaux, qui les passionna le plus. Elles entrevirent quel beau parti jouissif elles pourraient tirer de ce jouet quoiqu’elles en usassent de bien d’autres tout aussi coruscants lors de leurs jeux intimes. Naïf, le révérend croyait s’adresser à d’innocentes amies-enfants. Afin qu’il les dorlotât, Daphné et Phoebé feignaient une mine triste, ouvraient comme des fanaux leurs grands yeux suppliants et mélancoliques, faisaient semblant l’une de se plaindre d’un bobo au petit doigt en y nouant un morceau de mouchoir, l’autre d’avoir mal à la gorge en toussotant sans cesse et en s’exprimant d’une petite voix flûtée quémandant des guimauves. Dodgson, dupe de ces pleurnicheries, les cajolait lors, les embrassait, consolait leurs petits chagrins de poupées qui n’étaient que feintises, en appliquant sur elles un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;consolamentum&lt;/span&gt;, une accolade presque cathare. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Le trio se revit chaque jour, jusqu’à ce qu’il vînt l’envie à Charles Dodgson d’immortaliser ces deux petites merveilles sur plaque photographique. Il en informa Cléore et Sarah, leur expliquant qu’il souhaitait que Daphné et Phoebé posassent ensemble pour des tableaux vivants à l’antique. Il s’inspirerait, expliqua-t-il, des peintres situés entre les Carrache,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img style="width: 290px; height: 204px;" alt="http://static.lexpress.fr/medias/1281/656374_farnese.jpg" src="http://static.lexpress.fr/medias/1281/656374_farnese.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; le Dominiquin&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/07/Domenichino.jpg/220px-Domenichino.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/07/Domenichino.jpg/220px-Domenichino.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; et Salvator Rosa  mais également de peintres anglais contemporains. Il exposa, en un symposium digne d’une apologie de l’&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Aesthetic movement&lt;/span&gt; auquel Cléore adhérait, en quoi consistait l’art de Julia Margaret Cameron,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://cloud.lomography.com/375/480/9e/290d1c44e433723a2058e7265a5704a242ad80.jpg" src="http://cloud.lomography.com/375/480/9e/290d1c44e433723a2058e7265a5704a242ad80.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; disant, qu’à la manière de cette dernière, il jouerait de l’évanescence pellucide naturelle des jumelles afin que ses clichés apparussent floutés, impressionnistes, pictorialistes et sépia et que l’on perçût seulement les linéaments des êtres irréels dont l’image était fixée. Il ordonna à la valetaille en perruque qu’elle fît de la place dans le grand salon d’honneur, en poussant meubles, sofas, harpe et piano. Ce n’était pas la première fois que Daphné et Phoebé se prêtaient au petit jeu perturbant et connoté de l’art photographique. Elles avaient posé pour une anandryne voici déjà deux mois, leurs corps nus simplement emmitouflés de pelleteries de zibeline et d’hermine, dans des postures d’une lascivité telle que ces épreuves ne purent circuler que sous le manteau parmi de fort spéciaux collectionneurs amateurs de fruits verts.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Lorsque Sarah, Zorobabel sur l’épaule, vint chercher les jumelles dans leur chambrette qui servait aussi de boudoir spécial, elle les surprit dansant enlacées, sur la musique nasillarde et lente d’un phonographe à cylindre Edison où l’on reconnaissait vaguement le prélude de Lohengrin, toutes soupirantes, le regard embué de larmes, frottant leurs petits nez l’un contre l’autre, revêtues de leurs plus jolis atours de mousseline et de batiste, affichant avec ostentation leurs nœuds bleu-nattier, sachant qu’elles seraient les premières à parvenir au nouveau grade de chamois, promotion promise par Cléore avant la prochaine Saint-Valentin. Sarah interrompit leur étreinte langoureuse d’amoureuses transies. Elle réprouvait ces amitiés étranges, saphiques certes, mais surtout incestueuses, contre nature. En grommelant, sous les sarcasmes du rosalbin qui ne cessait de coqueter &lt;span style="font-style: italic;"&gt;« Les p’tites gouines ! Les p’tites gouines rôo ! »&lt;/span&gt;, Daphné et Phoebé s’allèrent lors au salon où le révérend avait jà déplié le pied de son appareil et commençait à installer la chambre noire à soufflet. Sarah désigna le paravent de soie chinois au motif de grues cendrées, leur demandant qu’elles se missent en tenue antique pour poser. La vieille juive ordonna ensuite aux larbins qu’ils jetassent plus de bûches dans la cheminée afin que nos petites salopes n’eussent point froid en nu gréco-romain. La manière dont les jumelles interprétèrent cet ordre ne correspondit pas tout à fait à ce qu’en attendait Dodgson : elles étalèrent ce qu’elles entendaient par nudité antique ; c'est-à-dire qu’elles s’affichèrent certes torse nu, mais en pantalons de dessous érotiques, d’une provocation et d’une impudicité inouïes. Cette lingerie était fendue et ouverte sur l’anus, le sexe et le pubis. Dodgson se troubla, eut du mal à réprimer l’expression de sa virilité en devinant, vague, sur la fente de devant, près de l’entrejambes, un soupçon duveteux pubien blond clair qui prouvait l’authenticité de la teinte de cheveux des fillettes. Il constata que leurs mamelons, jà dressés, présentaient d’innombrables traces bleuâtres de suçons et de mordillements. Il vit que leurs dos se zébraient de cicatrices de flagellation, sport qu’elles pratiquaient à deux ou en compagnie d’Adelia. De plus, si leur peau translucide de vraies blondes était d’une troublante diaphanéité quasi fœtale et intra-utérine, elle exhalait cependant des fragrances brûlantes, musquées, ambrées, fortement aphrodisiaques. Il faut dire que les torses de Daphné et Phoebé paraissaient luire d’une onction d’huile à caractère lustral. Elles aimaient à humecter leurs pousses pectorales rosalbines embryonnaires, leur ventre, leur dos et leurs fesses de parfums anciens, d’une extrême vieillesse, épaissis par l’âge, poivrés par leur décomposition, tournés, rancis, huileux et bien violents, propres à enflammer leur désir mutuel, parfums de peau d’Espagne putrescents qui piquaient leurs narines de leur arôme vieillot, comme si on les eût soutirés sous la forme d’un suc résiduel d’un balsamaire,&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in;" alt="http://www.antiqueo.com/artefacts/roman/balsamarium4.jpg" src="http://www.antiqueo.com/artefacts/roman/balsamarium4.jpg" width="307" height="542" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; d’un aryballe et d’une pyxide de Halos, d’Herculanum ou de Paestum.  A ces humections rituelles capiteuses et épaisses dignes de Bilitis, de Lesbia, de Poppée&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://www.classiquenews.com/images/articles/pHQZQWaJyW_sabina_poppea.jpg" src="http://www.classiquenews.com/images/articles/pHQZQWaJyW_sabina_poppea.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; ou d’Ovide, elles ajoutaient une cire épilatoire qui les débarrassait du duvet blondin de leurs bras et de leurs jambes, tout en conservant l’essentiel pubien lors naissant. Puis, elles ajoutaient de lents massages digitaux ou linguaux de beurre salé suri, qu’elles épandaient sur le dos, le cou, la nuque, l’abdomen, l’entrecuisse et les fesses, très en profondeur aux deux derniers endroits, beurre rance auquel elles additionnaient un condiment nègre : le karité. Ainsi oints jusqu’en leurs orifices, leurs épidermes aromatisés embaumaient de fragrances vénériennes d’une telle blettissure que les domestiques ci-présents en ce salon avaient grand mal à se retenir de débecter, comme s’ils avaient humé quelque camembert fort antique qui eût servi de mètre-étalon de la puanteur. Les échanges chimiques que tous ces composés engendraient finissaient par produire une admixtion magique d’où émergeait une substance opiacée, sirop ou julep corporels d’un genre nouveau, substance qui abrutissait les fillettes de son prégnant fumet aphrodisiaque huileux. C’était un effluve fauve d’œstrus, un musc primitif, antédiluvien, de l’origine préhistorique de la sexualité humaine.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Écœuré, Dodgson ne pouvait qu’être dérangé par les usages érotiques singuliers de ces fausses incarnations de l’innocence blonde. Il avait entendu par ouï-dire que, chez les sauvages, plus la femme puait, plus elle attirait le mâle. Il savait qu’en botanique existaient des plantes carnivores qui piégeaient les insectes en exhalant des arômes de bananes pourries. Pour lui, tout allait trop loin dans l’inconvenance. Il harcela Cléore de questionnements au sujet des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;bloomers de créatures&lt;/span&gt;, sans faire cas de la vêture pourtant explicite de Lady de Cresseville, adonisée qu’elle était en femme-enfant modèle aux anglaises carotte, enrubannée de ses faveurs de soie pourpres et noires qui la désignaient clairement, sans équivoque, comme la mère maquerelle de ce duo de jumelles-putains. Pour l’immortel auteur des pérégrinations féériques d’Alice, la vêture de Daphné et Phoebé (sans parler de leur parfum), équivalait à aller nues comme un saint Jean. Il s’en offusqua : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« La…Lady de Cre…Cresse…Cresseville. Ces…ces pan…pantaloons sont bien…im…pudiques et in…convenants. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Dans la prude bouche victorienne de l’ami et créateur d’Alice, c’était là critique bien affûtée. Cependant, l’élément obscène de la lingerie des deux inséparables gaupes miniatures, qui dévoilaient sans retenue leur douce peau nymphéenne apogonotonique &lt;span style="font-size:85%;"&gt;24&lt;/span&gt;  , n’était pas le seul composant turbide qui pût choquer notre puritain, en plus des humections chancies et des traces dorsales de coups de fouet : ce linge reprisé suait en lui-même une saleté subtile, souffrait jusqu’à la trame cotonnée des traces d’une perspiration de diaphorèse, d’une transsudation intime, en cela qu’y persistaient d’indéfinissables marbrures aux fameuses fentes érogènes de l’étoffe. C’était jauni, croûteux, immonde d’une sanie séchée mêlée à un je-ne-sais-quoi d’écoulements d’un liquide féminin. Dodgson se contraignit à harceler Cléore à ce sujet ; il tempêta : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Êtes-vous bien certaine, my lady, de…de me garantir l’hygiène soi-disant irréprochable de vos deux petites pensionnaires ? Je perçois en cette lingerie maintes traces, survivances discrètes, certes, mais qui per…persistent, d’un quelque chose que je qualifierais de…de cho…quant et d’impu…dent. Me garantissez-vous, Lady Cléore, que Daphné et Phoebé, baronnes de Tourreil de Valpinçon, se changent tous…tous les jours ainsi que nous l’imposent nos modernes hygiénistes ? Déjà que leur peau, enduite de ces soûlants parfums rances, m’incommode fort…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Elles changent effectivement leurs chemises et bloomers chaque jour.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Mais alors, ces traces de…saleté, sont…sont-ce ? …J’a…j’avais de…demandé…que vos…vos jumelles, en sous-entendu, certes, se drapassent à la grecque…co…comme la Vénus de Milo ou la…Victoire de Samothrace…, non point qu’elles…missent ces hideux pantaloons souillés et ouverts de … partout. Ils sont…çà et là jau…jaunis…On croirait qu’elles ont subi quelque…épanchement d’incontinence…d’un organe é…émonctoire&lt;span style="font-size:85%;"&gt;25&lt;/span&gt; . »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La comtesse de Cresseville refusa de répondre. Elle ne pouvait décemment dévoiler la vérité au révérend, cette vérité qu’entreverra Jeanne-Ysoline l’année suivante. Daphné et Phoébé avaient beau renouveler leur linge, ce dernier avait beau subir des lessives répétées, il demeurait toujours des traces des ébats intimes d’affection sororale érotique auxquels elles se livraient presque chaque nuit. Comprenant cependant le reste – fondé – de la critique de son éminent hôte, elle demanda à Sarah d’apporter deux petits draps propres d’une blancheur de vierge. Cléore avait veillé à ce que ces draps ne fussent ni empesés, ni apprêtés. Elle bannissait tous ces empois à base d’eau gommée. Il fallait à présent que les jumelles ôtassent leurs pantalons et ceignissent leurs reins de ces sortes de pagnes grecs ; qu’elles en fissent des draperies antiques. Elles prendraient lors l’aspect de statues marmoréennes de nymphes de Praxitèle&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://www.arte-line.com/foto_piccole/Guillaume_Seignac_Nymphe_piccolam.jpg" src="http://www.arte-line.com/foto_piccole/Guillaume_Seignac_Nymphe_piccolam.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; et de Scopas et seraient prêtes pour chaque cliché. Il fallait que ces photographies sublimassent et magnifiassent ces deux fragiles enfants, qu’elles demeurassent pour l’éternité dans la mémoire des hommes, bien au-delà de leur trépas, icônes des plus jolies fillettes que le Créateur eût jamais engendrées. C’étaient comme des anges de Bouguereau et Julia Margaret Cameron, mais des anges ambigus, qui eussent pu devenir des change-sexe nonobstant leurs bourgeons de poitrine, tel ce prince Isolin devenu Isoline, en cet opéra-comique enchanteur dû aux talents conjugués de messieurs Catulle Mendès et Messager, lors donné l’an passé. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; De fait, le révérend avait l’intention de ne prendre que trois photographies mettant en scène Daphné et Phoebé en des réinterprétations d’œuvres baroques ou modernes : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Melpomène en Perséphone, de Lorenzo Lippi ;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 365px; height: 452px;" alt="http://www.oceansbridge.com/paintings/artists/recently-added/july2008/big/Woman-with-a-Mask-xx-Lorenzo-Lippi.JPG" src="http://www.oceansbridge.com/paintings/artists/recently-added/july2008/big/Woman-with-a-Mask-xx-Lorenzo-Lippi.JPG" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Peinture et Poësie, de Francesco Furini ;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Le Tepidarium, d’Alma-Tadema.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Les peintures numéros une et trois, en principe, ne représentaient qu’un seul personnage du beau sexe : il s’agissait donc d’une traduction photographique radicale des sujets. Seules les allégories de l’œuvre seconde impliquaient d’évidence un duo féminin, mais son caractère revêtait une telle connotation saphique implicite que les plus grands exégètes et interprètes qui s’étaient succédé pour lui attribuer un sens caché n’y avaient tous vus qu’une apologie de l’amour entre femmes. De plus, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Tepidarium&lt;/span&gt;, qui comptait parmi les plus récents chefs-d’œuvre de l’école d’Angleterre, apparaissait comme emblématique de ces &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Arts for art’s sake&lt;/span&gt; esthétisants que Cléore adorait.  Enfin, au grand dam de la rigoriste Sarah, alors que Melpomène, notre immortelle muse de la tragédie, était correctement vêtue chez Lippi, il n’en allait pas de même dans le projet de Dodgson. Et l’ultime cliché impliquait que Daphné et Phoebé posassent dans le plus simple appareil d’Eve, alanguies lascivement chacune sur un sofa en vis-à-vis, avec un éventail de plumes d’autruche cléopâtrien en guise de cache-sexe ou de cache-misère, telles des allégories érotiques de la gémellité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Il fut lors convenu que les gamines se positionneraient vers le fond de la pièce, là où la lumière pénétrait le moins, à proximité desdits sofas, lors poussés, ce qui nécessitait un éclairage artificiel de chandeliers et candélabres et l’utilisation par le photographe d’une espèce de poudre inflammable éclairante à base de magnésium qu’Outre-Manche on qualifie de flash. Les valets en livrée et perruque étalèrent des tapis de Perse décorés de fleurages, aux arabesques et guirlandes orientalisantes, perses sur lesquels les jumelles allèrent placer leurs pieds nus poupins. Ils ajustèrent avec leurs mollettes, avant qu’elles fussent ignées, les mèches des bougeoirs portatifs à huile, dont le verre et le cul-de-lampe avaient été astiqués au tripoli. Ils vérifièrent le bon état des charmilles et corbeilles de cire, authentiques strelitzias, paulownias, rauwolfias et dahlias embaumés et conservés à jamais grâce à un procédé adapté des écorchés de Fragonard, qui comportait l’injection dans les vaisseaux des plantes de plusieurs solutions colorées cireuses. Les murs aux boiseries cinabres, quant à eux, s’ornaient de tapisseries représentant Sainte Cécile à la viole de gambe, d’après une peinture célèbre du Dominiquin, et l’histoire d’amour romanesque de Pyrame et Thisbé. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;img alt="http://www.grece-antique.fr/image;8fca60f056c6e9dbdca43deb745dacd7" src="http://www.grece-antique.fr/image;8fca60f056c6e9dbdca43deb745dacd7" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Les domestiques tendirent d’abord les draps comme des paravents. Derrière, nos deux petites coquines se débarrassèrent de leurs pantalons en gloussant comme deux maries-salopes fomentant un mauvais coup, sous-vêtements que leurs pieds repoussèrent avec négligence hors de leur champ comme on le fait du linge sale (ce qu’ils étaient pour Dodgson). Une fois leurs reins bien drapés, Sarah fit apporter des boîtes à fards et à kohol : on les maquilla, poudra leurs joues, passa du rouge d’Espagne sur leurs lèvres, rehaussa leurs sourcils au crayon, farda leurs paupières de bleu cobalt etc.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Ainsi apprêtées, s’étant disposées pour leur premier tableau vivant sans qu’elles sussent encore la pose exacte qu’elles devaient prendre et les accessoires qui devaient parfaire l’épreuve photographique, elles prirent avec justesse un regard vague, éteint, absent, extraordinaire de détachement, en fixant l’objectif de l’appareil de celui qui signait ses œuvres littéraires et iconographiques du nom de Lewis Carroll. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; A la vue des deux jolies et faussement sérieuses enfants, fin préparées en nus mythologiques pour leur séance de poses suggestives, désormais presque aussi peinturlurées que des lorettes de bas étage, le membre viril de Charles Dodgson se dressa une deuxième fois. Ce fut Phoebé, la souffreteuse et vaporeuse Phoebé, qui alluma surtout la flamme de son plaisir. Elle était d’une gracilité inouïe, d’une grâce extraordinaire, surnaturelle, et quasiment divine. Son corps de frêle poupée blondine de treize ans exsudait une sensualité torride. Sa taille étranglée de meurt-de-faim luminifère, de petite nymphe éthérée des sous-bois et des sources, échauffait particulièrement les génitoires du vieillissant révérend-mathématicien d’habitude souventefois constipées. Il faut dire que la petite maligne avait exprès ceint et noué son drap-pagne de biais et très bas, plus bas que sa ceinture pelvienne, ce qui permettait de deviner de face son provocant et duveteux triangle pubien tandis que de dos se révélait une partie non négligeable de ses petites fesses de dryade marquées de traces de sévices divers, de coups assenés par sa sœur lors de bien spéciales parties de plaisir sadiques, fesses tuméfiées, constellées de bleus violacés et de rougeurs malsaines, provoqués par ce que celui qui se faisait appeler Lewis Carroll supputait être soit une pelle à tarte, soit une trique de châtiments corporels à l’anglaise. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ne voyez point, amies lectrices, dans cette passion naissante du savant-écrivain pour une nouvelle et fort mignonne amie-enfant, un quelconque outrage aux bonnes mœurs ou la perversité torve d’un satyre. Ces sortes d’amours pour de petites filles pré-pubères sont choses bien courantes dans notre Occident évolué. Pour ceux qui en ont assez de leur femme opulente et goitreuse, qui craignent que les créatures ne les vérolent, Daphné et Phoebé, avec leurs seins naissants et leur esquisse de toison pubienne, représenteraient une excitante alternative dont il serait de bon goût de s’extasier dans les salons fréquentés par la bonne société et les gens comme-il-faut.   &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Dans l’ensemble, avec leurs boucles torsadées de couleur paille dorée qui tombaient sur leurs épaules, sur leurs mamelons pointus jà aréolés et à la naissance de leur cul, Daphné et Phoebé étaient à la semblance de korês archaïques, de ces cariatides de temples grecs au sourire primitif. Elles incarnaient une version neuve du mythe de l’éternelle jouvence, tant enviée par la fleur qui passe et s’en va s’étioler. Plus tendres qu’un oison, plus melliflues qu’un nectar, plus ambiguës qu’un julep de Des Esseintes, telles se présentèrent devant la chambre noire Daphné et Phoebé baronnes de Tourreil de Valpinçon, idéaux gémellaires, en leur premier tableau vivant, Melpomène en Perséphone ou la Muse lugubre, d’après Lorenzo Lippi. Le principal accessoire de cette mise en scène consistait en un masque énigmatique, un faux-semblant d’identité dévoilant le vrai visage de la muse, l’autre élément allégorique étant la grenade éventrée. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nous aimons à rappeler ici la symbolique de la grenade, fruit de la vie, de la fertilité, de la puissance, fruit de sang et de mort. La symbolique est tout autant chrétienne car la grenade représente l’Ecclesia, la Création dans la main de Dieu et Jésus-Christ lui-même. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Faute cependant de disposer de grenades authentiques, il fallut se contenter d’imitations. Par chance, les collections sulfureuses de bibelots de Moesta et Errabunda regorgeaient de faïences de toutes sortes, zoomorphes et plantiformes (c’est-à-dire végétales), volailles, hures et fruits factices de Sèvres, de Saxe ou de l’école d’Alsace, grappes de raisins, pampres, melons, pastèques, coloquintes, poireaux ou citrouilles. Deux sphères grenadines de l’atelier d’Hannong firent l’affaire. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Conformément à l’opus baroque de Lorenzo Lippi, notre couple de fleurs du mal pré-nubiles devait tenir la grenade en sa senestre main et le masque en la dextre, presque à portée de leur visage chérubin. Ce masque, comme s’il eût été conçu pour camoufler la défiguration d’une putain vitriolée, alimentant ainsi les fantasmes les plus crus du client, ne devait présenter aucun trait particulier, être uni, sans aspérité, de teinte chair, les lèvres pourpres, le sourcil fin et noir, substitut idéal de ce qu’il fallait cacher. Or, les accessoires de Dodgson différaient du modèle de Lippi : ils arboraient une chevelure de franges ou de raphia, agreste, primitive, révélant ainsi une origine exotique, dans un sens topique, du fait qu’ils reflétaient plus l’idée que l’Occidental se faisait du masque de sauvage Papua qu’une œuvre authentiquement façonnée par un vrai cannibale de la rivière Sepik. Phoébé, jamais en reste de perversion et de taquinerie, ne respecta pas les directives du révérend-mathématicien. Son drap presque tombant, ayant lors glissé au haut de ses cuisses, ne tenant plus que par miracle, elle usa de son masque comme d’un cache-sexe, plus exactement d’un visage pubien de démon-succube tels qu’on les rencontrait dans les représentations picturales des enfers au Bas Moyen Âge. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;img style="width: 366px; height: 291px;" alt="http://www.mondimedievali.net/medicina/images/022.jpg" src="http://www.mondimedievali.net/medicina/images/022.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Dodgson se fâcha, l’apostropha, l’admonesta, tandis que son sexe s’érigeait pour la troisième fois, car la petite catin usait de ce masque comme d’un éventail, éventant ce pubis blond troublant qu’elle cachait puis dévoilait en d’incessants va-et-vient de l’accessoire, vicieux, opiacés et nonchalants, comme si elle eût eu grand chaud. Il ne manquait à cet éventement que le bruit du déplacement de l’air, bruit qu’eût pu reproduire le grand Nikola Tesla, grâce aux artifices de l’électricité et du magnétisme, en produisant ainsi une musique électrique et acoustique du futur. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Miss Phoébé exhibe trop son…son cas…castor… Elle devrait re…remonter son…drap. J’ai beau la…la gronder…elle…elle n’obéit pas…n’est-il pas ? »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Cléore, salace, répondit avec des sous-entendus, prouvant qu’elle s’y connaissait en matière de gaudriole.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Mon révérend, susurra-t-elle, vous voulez sans doute parler de ce que vous, Anglais, avez baptisé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;she pussy-cat&lt;/span&gt;. » &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Charles Dodgson en devint pourprin car il avait saisi les propos osés de la comtesse de Cresseville.  Il fallut que Sarah rajustât elle-même le drap-draperie à la bonne hauteur du bas-ventre de la poupée-putain pour que tout rentrât dans l’ordre. Alors, Lewis Carroll prononça la phrase rituelle : « Ne bougeons plus ! ». Il se retint d’ajouter : « Le petit canari va sortir. » La poudre s’enflamma et fit un éclair ; les yeux des jumelles clignèrent, car éblouis : le premier tableau vivant était enfin photographié.  &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Vinrent lors Peinture et Poësie, de Francesco Furini.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img alt="http://www.leggievai.it/wp-content/photos/furini_pittura_poesia.jpg" src="http://www.leggievai.it/wp-content/photos/furini_pittura_poesia.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nos deux galopines délurées purent dès lors prendre leurs dispositions pour cette deuxième photographie, ouvertement saphique. Les valets étalèrent à leurs pieds des paillassons de piassava aux motifs Liberty. Non pas qu’il fallût qu’elles s’y vautrassent : des sièges curules à la romaine, capitonnés de velours pourpre, furent dépliés sur ces paillassons et Dodgson demanda à chacune de s’y asseoir. On posa sur leur chef une couronne de lauriers. Daphné devait figurer la peinture, Phoebé la poësie. Dans le tableau original, il s’agissait jà de jumelles. Peinture, ses attributs en main (pinceaux et palette), devait enlacer Poësie qui tenait les siens (plume, stylet entre autres), dont un des masques de tantôt, tout en présentant frontalement son visage à Dodgson en effleurant la joue de sa sœur poëtesse de ses lèvres carmines. Face à l’objectif, prises d’un accès torpide, elles parurent s’abandonner à un engourdissement digne d’un fumeur de kif, que l’on dit aussi haschisch. Il était à craindre qu’à force de se mal conduire et d’afficher leur turpitude au grand jour, nos blondines ne provoquassent un esclandre. C’est ce qu’elles firent d’ailleurs, prêtes à un tumulte pis que l’ouragan d’un tempestaire de Pleumeur-Bodou. Phoebé-Poësie ne se gêna aucunement de bécoter Daphné-Peinture au cou et à la naissance de la gorge, en des mamours évocateurs. Elle descendit ensuite jusqu’au téton droit qu’elle suçota. Alors, le révérend explosa d’une saine colère. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; « Mesdemoiselles, fulmina-t-il, ce n’est pas ain…ainsi que…que j’entendais que l’on po…posât ! »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Toutes à leur passion, nos deux coucous maigrichons se moquaient bien des préjugés victoriens du révérend Charles Dodgson. Si jamais il lui venait l’envie d’ébruiter ce qui se passait à Moesta et Errabunda, épreuves sur papier salé ou albuminé ou plaques de verre à la main, on l’accuserait lui –même d’être un pornographe et de véhiculer conséquemment des fadaises. On le traînerait peut-être en justice pour obscénité aggravée. Autour de lui, tout ne serait que querelles de quenelles entre puritains et partisans de l’amour libre. Sarah eut beau menacer les deux poupées de sa trique, rien n’y fit. Ce fut lors que Cléore commença à envisager une charte de bonne conduite et une échelle de punitions bien graduée, avec sarrau de bombasin et corrections publiques. Mais pour cela, il lui fallait imaginer une figure effrayante de mère fouettarde… L’origine de la Mère naquit à l’occasion des transports des deux sans-gêne sous les yeux de Lewis Carroll. Le temps de pose étant assez long, elles continuèrent à n’en faire qu’à leur guise, quelles que fussent les injonctions du mathématicien. Phoebé reprit son suçotement du mamelon droit de sa sœur, qu’elle transforma promptement en mordillements qui arrachèrent à la consentante putain des gloussements de dinde en extase. Phoebé mordit si fort qu’elle fit saigner la mignarde mamelle saillante. Sa langue lécha les gouttelettes de sang qui perlaient aux ourlets de sa bouche rosée et maquillée tandis qu’en réplique, de sa main gaillarde demeurée libre, Daphné s’insinuait sous le drap-pagne de son alter-ego. Phoebé émit successivement un rot puis un vent avant d’être prise de halètements saccadés tandis que ses battements cardiaques s’accéléraient au fur et à mesure que les doigts de son autre elle-même la stimulaient sous l’équivoque cachette drapée. Dodgson était atterré par les mœurs débauchées des jumelles, dont les grands yeux cernés de petites filles fragiles au teint pâle semblaient lui jeter un défi. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Dépité, il se résigna à prononcer la phrase fameuse : « Ne…ne bou…bougeons plus. », plus bègue que jamais. L’éclair éblouit les deux perverses qui, enfin, s’interrompirent. Le plus difficile restait à faire : le dernier cliché, qui impliquait la nudité intégrale des modèles.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 388px; height: 278px;" alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Tepidarium_Lawrence_Alma-Tadema_(1836-1912).jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7d/Tepidarium_Lawrence_Alma-Tadema_%281836-1912%29.jpg" /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; En principe, elles eussent dû s’allonger en vis-à-vis sur deux sofas jumelés, l’une de dos, l’autre de devant, mais Lewis Carroll refusa que l’une ou l’autre montrât ses cicatrices de flagellation dorsales et les bleuissures de coups de trique des fesses. Elles furent donc disposées chacune de face, avec un éventail de plumes d’autruche, de casoar et d’émeu posé à l’endroit stratégique pubien. Elles s’anonchalirent sur de vastes peaux d’ours recouvrant leur sofa. Afin de se conformer à l’opus d’Alma-Tadema tout en le réinterprétant, Lewis Carroll fit placer en sus des bouquets artificiels d’œillets et de géraniums. Le révérend, qui en avait assez, expliqua qu’il comptait user d’un nouveau procédé d’émulsion inventé depuis peu, plus adéquat que le collodion humide qui commençait à dater : le gélatino-bromure d’argent, conçu en 1872 par Richard Leach Maddox et amélioré par Harper Benet afin que le temps d’exposition fût beaucoup plus rapide. Il se fit apporter un appareil plus petit et plus maniable, avec un nouveau système révolutionnaire d’obturation de l’objectif, qui permettait de faire des ouvertures dites à l’iris. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Il n’était plus temps de s’encolérer ou de s’acoquiner avec un ramasse-burette. Bonnes filles, Daphné et Phoebé décrétèrent une trêve des sens et firent la paix avec Dodgson ; elles avaient obtenu gain de cause. Elles savaient ne rien redouter ; nulle correction ne leur serait infligée pour l’heure… Le Tepidarium, pourtant si lascif du fait de l’audace de ses nus orientalistes d’odalisques impubères, fut lors le plus facile à photographier bien qu’il consistât en un manifeste de la nudité enfantine artistique faussement innocente, allant bien au-delà de ce que la décence anglaise permettait et exigeait. Il fallait s’attendre à l’avenir à ce que nombre de gentlemen portés sur les fillettes pratiquassent le rite d’Onan en leur cabinet privé, en s’extasiant sur la copie de ce cliché par eux possédée. Grâce à Daphné et Phoebé, les ventes de corsets de lutte contre l’onanisme masculin feraient des bonds incroyables. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Dès que le petit serin fut sorti, nos Dioscures femelles s’étirèrent sur leurs peaux d’ours en poussant des soupirs d’aise. Leurs petites bouches émettaient des mmm d’extrême contentement d’elles-mêmes, comme si elles eussent émergé de la douceur d’un coït. Une fois debout, Sarah s’empressa de couvrir leur pudeur de leur drap d’Aphrodite, car, marmottait-elle « tous ces étalages de chairs de vierges pré-nubiles concupiscentes avaient assez duré. » Elle leur ordonna de s’aller revêtir décemment après s’être lavées car leurs miasmes prégnants l’insupportaient. Mais Phoebé traînait des pieds. Elle s’adossa à un mur mitoyen au corridor menant à l’escalier principal du pavillon et jeta une œillade au révérend encore à peine vêtue de son drap. C’était une invite explicite au baiser furtif et à la caresse discrète osée. La fillette avait juré qu’elle se paierait la tête de Dodgson. Elle rabaissa de nouveau sa draperie sur son bassin, en dévoilant ses tendres pousses de poupée indécente. Par ma foi, c’était là une jolie manière d’aguicher notre hôte. Le membre du mathématicien enfla lors pour la quatrième fois devant ce modèle tentant qui multipliait les avances torves et dont la translucidité opaline n’était pas le moindre de ses atours et de ses charmes. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Embrassez mes petits seins, my friend », susurra-t-elle en grasseyant sur le ton d’une mademoiselle j’ordonne s’amusant du pucelage d’un jeune fat acnéique. Phoebé s’arqua et se cambra, afin que ses tétins saillissent avec agressivité, dans une posture que Délia lui avait enseignée, tandis que ses mains achevaient de rabaisser son drap-pagne au ras de son pubis dont le duvet naissant, folâtre, brillait à la lueur d’un candélabre comme une abeille d’or. La petite gaupe gonflait et avançait ses lèvres pour administrer un suçon à Dodgson dont la turgescence virile devenait insoutenable. Alors, en un geste brutal, inattendu, elle plaqua sa main droite en l’entrejambes de l’écrivain photographe, et, à travers l’étoffe de son pantalon, palpa et pinça son scrotum. Un hurlement de douleur s’ensuivit. Attouché, presque violé par une petite garce de treize ans, Charles Dodgson la gifla sans retenue, jusqu’à ce qu’elle jouât de son côté petite fille et pleurât telle une jolie enfant gâtée capricieuse dont on aurait brisé la poupée Bru. En riposte, par esprit de revanche, Phoebé mordit le mathématicien à l’index droit dont elle lécha le sang. Elle ne cessa ensuite de jeter des menaces de sa bouche maculée à travers ses pleurnicheries hypocrites : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Je le dirai à Mademoiselle Cléore qui vous punira et vous chassera d’ici ! On ne frappe pas impunément une baronne de Tourreil de Valpinçon, monsieur ! » &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Daphné rappela à l’ordre sa catin gémellaire : « Phoebé, as-tu fini ? Viens donc, il se fait tard… Nous devons nous toiletter et rhabiller pour le souper. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le dialogue qu’elles enchaînèrent une fois hors de portée des adultes mérite qu’on s’y arrête. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;« Adelia m’a menti, grogna Phoebé. Elle m’avait juré qu’immanquablement, tous les hommes à qui on fait ça mouillent leurs caleçons et leurs pantalons. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Qu’en sait-elle ? répondit Daphné. Elle n’aime que Cléore et ne fricote qu’avec les filles. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Tu omets le bourreau de Béthune, ma mie…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Oh, celui-là ! Il n’est pas fameux ! J’ai l’impression que Délie a oublié un facteur important : l’âge de ces messieurs. Ce Dodgson et Monsieur de Béthune ne sont plus de première jeunesse. Tu n’ignores pas, ma petite chérie, que la miction de liqueur mâle, sa quantité et son intensité, diminuent avec l’âge. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Mais, reprit Phoebé, les pharmaciens n’auraient-ils pas pu inventer un remède miracle, une pilule, par exemple, qui eût permis que ces messieurs résolussent ce problème ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Cette pilule, ma Phoebé adorée, de quelle couleur ces docteurs Miracle d’Herr Hoffmann la fabriqueraient-ils ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Rose, par exemple. Ou verte…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;- Rose ? Cela ne plairait qu’aux antiphysiques, ma toute belle ! Verte, c’est idiot ! Je la verrais plutôt bleue, couleur du beau temps, propre à revigorer nos mâles défaillants. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;  Toutes deux pouffèrent, en petites filles dont les connaissances en ces matières choquantes étaient fort étendues pour leur âge tendre. Phoebé eut le mot de la fin : &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; « Si un Anglais avait rapporté le juron que Dodgson a lancé lorsque j’ai pressé ses parties, il aurait écrit : « Shit ! he ejaculated. »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Tout se conclut par un effroyable éclat de rire alors que le duo démoniaque rejoignait sa chambre. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;_______&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;24 Aurore-Marie de Saint-Aubain, par l’emploi de ces néologismes alambiqués caractéristiques de son style décadent, veut dire que Daphné et Phoebé ont une peau de nymphes (dans le sens actuel de nymphettes) épilée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;25 Manière de dire victorienne et pudibonde que les jumelles souffrent d’énurésie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;******************&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-2435620506198344450?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/2435620506198344450/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=2435620506198344450' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/2435620506198344450'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/2435620506198344450'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2012/01/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint_20.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 17 1ere partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_dLSVgS5AxBI/SO797l8SaOI/AAAAAAAAN8I/dYYCUPWsYnA/s72-c/TownCountrymouse_Leslie.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-5902810298058539210</id><published>2012-01-06T14:15:00.000-08:00</published><updated>2012-01-08T06:01:40.301-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 16 2e partie.</title><content type='html'>&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:worddocument&gt;   &lt;w:view&gt;Normal&lt;/w:View&gt;   &lt;w:zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt;   &lt;w:hyphenationzone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt;   &lt;w:compatibility&gt;    &lt;w:breakwrappedtables/&gt;    &lt;w:snaptogridincell/&gt;    &lt;w:wraptextwithpunct/&gt;    &lt;w:useasianbreakrules/&gt;   &lt;/w:Compatibility&gt;   &lt;w:browserlevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt;  &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin:0cm;  mso-para-margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.0pt;  font-family:"Times New Roman";} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify; font-weight: bold;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;Avertissement : ce roman, publié pour la première fois en 1890, est réservé à un public adulte de plus de seize ans.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;Le premier dimanche de septembre 18. se tint la fête de charité annuelle organisée par Madame la duchesse de.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in" alt="http://farm3.staticflickr.com/2609/4187835802_641fc6b8b4_z.jpg?zz=1" src="http://farm3.staticflickr.com/2609/4187835802_641fc6b8b4_z.jpg?zz=1" width="372" height="542" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt; L’arrière-saison se présentait sous d’excellents auspices, encore belle et chaude. La manifestation s’était établie à la Porte Maillot, non loin du bois de Boulogne. Prétextant cet ensoleillement tardif qui risquait de compromettre l’exquisité de leur incarnat d’albâtre, nos dames patronnesses avaient installé leurs tréteaux sous force tentes et vélums. Qui disait fête de charité sous-tendait d’évidence &lt;i&gt;vente de charité. &lt;/i&gt;C’était là manifestation obligée des bonnes œuvres, du secours aux humbles, à la veuve et à l’orphelin, sorte d’héritage lointain de l’aide seigneuriale aux quatre cas mais ici appliquée aux descendants des serfs. Il fallait y briller, s’y montrer, afficher ses toilettes en plus de sa bonté et de sa pitié, permettre qu’on y entendît les friselis des robes dernier cri. Cela trahissait le désintérêt de la Gueuse pour la question sociale, cette République des opportunistes qui avait abandonné le terrain du secours aux plus démunis à la prêtraille et à ses ouailles de l’aristocratie à cause du manque d’enjeu électoral. Les personnalités éminentes du régime se moquaient comme d’une guigne que des fillettes allassent et vaguassent nu-pieds, baguenaudassent et errassent en haillons sur les trottoirs, mendiassent, se prostituassent ou crachassent leurs poumons en s’harassant à la filature, vieilles à douze ans, exploitées qu’elles étaient jusqu’à leur sot-l’y-laisse, victimes d’un droit de cuissage détourné vers de nouvelles formes et manifestations de concupiscence et d’esclavage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://photomentors.com/wp-content/uploads/2009/12/Lewis-Hine-483px-AddieCard1.jpg" src="http://photomentors.com/wp-content/uploads/2009/12/Lewis-Hine-483px-AddieCard1.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; Ces hordes de petites meurt-de-faim aux joues noires, hâves dans leurs robes déchirées tachées d’huile de machine, anémiques, intéressaient de temps en temps de rares humanistes qui les photographiaient afin de témoigner de leurs conditions de vie déplorable et de revendiquer une législation efficace sur le travail des enfants. Les mêmes horreurs se reproduisaient de Londres à l’Amérique, partout où l’industrie fleurissait. Et dans les mines, cela était bien pis.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;L’argent récolté par ces Dames à l’occasion de ces bazars sous tentes servirait, pensaient-elles, à soulager la misère effroyable des plus démunis et de leurs enfants. Chaque fois qu’une patronnesse achetait une babiole ou un bibelot, elle avait conscience de bien faire et de secourir une de ces gamines de la rue ou de l’usine ou un de ces petiots gueules noires du Pas-de-Calais qui expiraient de silicose. Elles étaient si pieuses qu’elles se signaient à chaque achat. Une chapelle sommaire avait même été aménagée sous une des tentes afin qu’elles fissent leurs dévotions dominicales. Rien n’y manquait pour l’exercice du culte, de l’autel au bénitier improvisé et au tabernacle, sans omettre des statues de saints et un crucifix peinturluré par quelque barbouillon. On avait même fait venir un sacristain et un bedeau en renfort. En ces lieux, les soutanes, les aubes et les frocs étaient à peine moins nombreux que les hauts-de-formes et les robes fleuries. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;La comtesse Cléore de Cresseville était présente. Elle tenait un étalage de jouets à deux sous fabriqués pour la majorité d’entre eux par des prisonnières repenties : totons, toupies, ballons de baudruche ou de gutta-percha, yoyos, poupées à découper – mal dessinées - ou de chiffons cousus bourrées de crin, trompettes, guimbardes et sifflets, sacs de billes, poussahs, quilles, balles, marionnettes à gaine ou à tringles, &lt;i&gt;jumping jacks, &lt;/i&gt;polichinelles à ressorts, diables de Bessans, petits jeux de dames, de l’oie et de jacquet, mirlitons, cubes, chevaux-bâtons, marottes de calicot et d’autres encore... Les enfançons en costumes marins ou à lavallières pour les garçonnets et en fanfreluches enrubannées pour les fillettes ne lui laissaient pas de répit : ses affaires marchaient fort bien et sa marchandise de camelote serait écoulée bien avant que cette belle journée prît fin. Les gamins sautillaient, piaillaient et jabotaient autour des éventaires, ne cessant de tirer les jupes de leur mère en réclamant l’achat de tel ou tel joujou. A côté de Cléore, la baronne Eliette de Villemain, une jeune femme brune magnifique, tenait la buvette où ces messieurs-dames étanchaient leur soif avec des boissons non alcoolisées.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://college.vernet31.free.fr/2004-5/3emeDE/melizemilie/mode%20enfant%20192.gif" src="http://college.vernet31.free.fr/2004-5/3emeDE/melizemilie/mode%20enfant%20192.gif" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; L’étal de la vicomtesse de. , quant à lui, sis à quelques mètres, était consacré aux réticules, aux porte-monnaie en cuir de Russie, aux aumônières, aux tirelires, alors que la duchesse de. proposait mercerie, lacets, jarretières, boutons, guêtres, dentelles du Puy, passementeries diverses, passepoils, parements, points d’Alençon, bonnets, fanchons, coqueluchons, coiffures cauchoises ou bigouden… Une marquise de., dans un autre étalage, vendait des objets de piété, des bibles et des chromolithographies. Les scapulaires, rosaires, sacrés-cœurs et chapelets s’arrachaient avec les images du pape Léon, de la Bonne Vierge et celles des martyrs. Cléore regrettait que Jeanne-Ysoline fût encore convalescente : elle se fût trouvée aussi aise en ce lieu qu’un poisson en son eau. Elle s’était résolue par défaut, du fait que Délie était punie, en semi-disgrâce, d’emmener la petite Ysalis avec elle. Notre comtesse avait grand chaud malgré le vélum et le chapeau de velours et de soie cramoisi et chamois qui couvrait sa tête rousse, et son magnifique camée de chrysobéryl au profil de Minerve oppressait sa gorge de lys. Elle arborait une robe feuille-morte de surah, de nanzouk, de bouclé de vigogne et de velours damassé assortie au chapeau. L’épaisseur de telles étoffes d’automne expliquait aisément pourquoi elle souffrait de la température.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Les nobliotes huppées, qui connaissaient et appréciaient la mignarde Adelia, s’étonnaient fort que le bébé irlandais, mascotte de Cléore, eût été remplacé par une petite inconnue. La jeune nouvelle favorite de facto et de substitution fut présentée par Mademoiselle comme une sienne petite cousine, Ysalis d’Aulnoy de La Vacquerie, neuf ans. Déjà bien dressée à séduire, notre Ysalis multipliait les courbettes derrière le comptoir où elle jouait aux enfants sages, mais aussi, bien plus ambigument, les œillades aux Dames, les tournoiements et tourniquets de son ombrelle ourlée et frangée de dentelles aussi blanche que sa robe volantée d’organsin, sans omettre le dévoilement furtif, fugace, de ses jupons et pantalons festonnés. Elle jouait à la perfection aux Valtesse miniatures, sans qu’elle eût conscience de faire mal. Ses boucles anglaises étaient à ce point surchargées de papillotes et de padoues de satin vieux-rose, que la fillette ressemblait à une sorte de rameau mâtiné de lustre à pendeloques et à pampilles.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;img alt="http://2.bp.blogspot.com/-510QVwqH994/TgMTVsCGmeI/AAAAAAAACMA/ZENQqh34CGA/s400/1%2BChapeau%2B1910.jpg" src="http://2.bp.blogspot.com/-510QVwqH994/TgMTVsCGmeI/AAAAAAAACMA/ZENQqh34CGA/s400/1%2BChapeau%2B1910.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Certaines personnes s’étonnèrent toutefois et s’enquièrent d’Adelia, demandant à Cléore si elle n’était point malade, regrettant son absence, la séduction de ses longs cheveux bruns papillotés aux reflets roux cuivrés, son regard vert et pers taquin, et tant d’autres charmes encore, innommés et innommables…La comtesse de Cresseville se contraignit à fournir une explication : elle déclara que Délia avait commis une petite bêtise, une peccadille, et qu’elle l’avait consignée dans un cabinet noir à la Monsieur Hugo. « Quelle sorte de bêtise ? » interrogèrent les dignes patronnesses. « Oh, trois fois rien, reprit Cléore. Elle a voulu vêtir mon rosalbin en poupée et celui-ci l’a mordue au nez. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Certaines Dames, ayant eu vent des mœurs et amitiés &lt;i&gt;particulières&lt;/i&gt; de la comtesse, craignaient qu’elle éduquât mal cette petite cousine, cette Ysalis nouvelle, afin qu’elles menassent ensemble une vie dissolue. Elles s’en indignaient en secret.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Une petite mijaurée de sept ans à laquelle il manquait plusieurs dents de lait, le nez couvert de taches de son, - c’était Mathilde, la propre fille de la baronne de Villemain – questionna Cléore avec des zézaiements encore plus accentués que ceux d’Ysalis sur le secret qui lui permettait d’avoir d’aussi &lt;i&gt;zolies&lt;/i&gt; &lt;i&gt;english curls&lt;/i&gt; rouges. Mathilde de Villemain souffrait d’anglomanie infantile et disait &lt;i&gt;angliches curles &lt;/i&gt;en prononçant le &lt;i&gt;u&lt;/i&gt; comme dans le mot impudent et audacieux désignant le fondement.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Comme il était prévu, bien qu’ils fussent incongrus en ce lieu, Hégésippe Allard et toute sa famille étaient venus. Ils déploraient ce capharnaüm qui servait la propagande des calotins et des royalistes. Pauline, la fille cadette, n’était pas en reste, et affichait avec franchise son acrimonie. Allard lui avait imposé qu’elle mît une robe blanche virginale ornementée de passements. Cela offusquait la maigre et probe pucelle, notre Pauline qui se jugeait aussi ridicule qu’une passerinette qu’on eût plumée avant de l’encager. Pour aggraver son cas, afin qu’elle se conformât aux usages nobles du lieu mondain, sa mère Marthe avait bouclé et frisé ses cheveux au fer, cheveux qui, comme tant d’autres coiffures en cette fête, s’encombraient à n’en plus finir de papillotes et de rubans d’une nuance passe-velours. Pauline chicotait comme une petite souris et se plaignait de toutes ces messéances vestimentaires. Elle se trouvait ainsi tout à fait dévergondée,&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;pis que nue à l’image d’une de ces filles de mœurs légères, de ces courtisanes et lorettes qui encombrent le Monde. Quant à Victorin, il demeurait indifférent. L’aliéniste épiait le moindre mouvement des dames patronnesses, le moindre signe qui eût trahi en elles un attachement trouble aux représentantes juvéniles de leur sexe. Il guettait et flairait la tribade pédéraste comme un chien d’arrêt le gibier. L’acuité de son regard le portait à tout observer avec une attention de photographe adepte de la décomposition du mouvement. Une caresse furtive d’une Dame dans les boucles ou sur les joues d’une enfant suffirait à éveiller ses soupçons. Ses oreilles aussi se devaient de rester aux aguets ; les moindres cancans, les moindres concetti suspects méritaient qu’on les captât. Un murmure de médisance, une rumeur véhiculée de lèvres en lèvres, tout était bon à prendre par notre braque ou &lt;i&gt;pointer &lt;/i&gt;humain.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Cependant, Marthe Allard essayait de raisonner Pauline tout en la gourmandant. Elle expliquait que cette sortie entrait dans le cadre du travail de Père, qu’il était missionné en secret par le gouvernement afin de déjouer un complot antirépublicain ; elle reliait cette affaire à l’enlèvement de la fillette Odile Boiron dont s’était abreuvée la presse ; elle sous-entendait que Père était ici pour démasquer les coupables du forfait. Marthe Allard démontrait à sa fille chérie qu’elle devait mettre de l’eau dans son vin, accepter de s’exhiber en public &lt;i&gt;en fille de riches oisifs mondains&lt;/i&gt;. Il fallait qu’elle fût diplomate, hypocrite, qu’elle ravalât sa morgue et perdît sa superbe, qu’elle conservât ses réflexions acerbes pour elle. C’était son devoir de s’obliger à serrer, même mollement, les mains moites que ses adversaires &lt;i&gt;pattes-pelus&lt;/i&gt; lui tendraient, de faire mine d’acquiescer à leurs idées &lt;i&gt;réactionnaires, &lt;/i&gt;de répondre &lt;i&gt;oui, oui, fort bien, fort bien, cela me sied,&lt;/i&gt; à toutes leurs phrases, leurs remarques, leurs &lt;i&gt;mots d’esprits, &lt;/i&gt;quels qu’insultants qu’ils fussent à l’encontre de la bonne cause républicaine ou de la religion réformée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Il est bon de rappeler l’efficacité de nos postes et télégraphes, qui effectuent trois tournées quotidiennes. La veille au soir, Hégésippe Allard avait reçu du préfet de police un pneumatique urgent et classifié confidentiel, dans lequel Raimbourg-Constans révélait que ses services venaient de porter à sa connaissance la confession d’une pauvresse qui avouait sa complicité, non seulement dans l’enlèvement d’Odile Boiron, mais également dans celui de cinq autres petiotes. La femme était morte juste après, mais ce que ses déclarations écrites contenaient était si intéressant que l’enquête s’en trouvait relancée. On tenait enfin un début de piste sérieuse ; on connaissait les motivations des coupables : s’emparer de petites filles pour en faire des prostituées réservées à des lesbiennes, dans un bordel &lt;i&gt;particulier &lt;/i&gt;qui ne se trouvait pas à Paris. Des prénoms de complices étaient cités ; celui d’une femme aussi, femme encore mystérieuse, sans visage, qui était apparemment à la tête de la machination : une certaine comtesse Cléo. Ce prénom ne courait guère les rues. Se fût elle appelée Marie, Catherine ou Jeanne, sa piste eût été des plus difficiles à remonter. Allard, partisan du progrès, avait fait installer le téléphone. Dès qu’il avait eu terminé de prendre connaissance du pneumatique, il avait appelé son ami qui avait tout confirmé. Le message s’achevait par une invitation à revenir le voir dès le lundi matin, pour fixer la suite des actions à entreprendre en plus du compte rendu qu’Allard devait faire de la fête de charité, que cette sortie eût été ou non fructueuse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;A l’entrée de la grand’tente principale où s’était installé le gros des exposantes, une religieuse et un curé distribuaient la liste des &lt;i&gt;stands &lt;/i&gt;(ainsi qu’en usaient les anglomaniaques). Si Marthe Allard n’avait guère prêté attention aux noms des exposantes, au contraire des babioles qu’elles proposaient (elle comptait acheter un petit porte-monnaie de rien du tout pour faire bonne figure et se dire qu’elle n’avait pas suivi son mari pour rien, juste pour la façade, la couverture, et tant pis si son menu billon servait à la curaille à financer la construction d’établissements édifiants pour enfants d’ouvriers), Hégésippe avait bondi à la lecture du nom de celle qui tenait l’étalage des jouets : Mademoiselle la comtesse Cléore Julie Delphine de Bonnieux de Cresseville&lt;/span&gt;&lt;a style="mso-footnote-id:ftn1" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=5902810298058539210#_ftn1" name="_ftnref1" title=""&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-size:10.0pt;"&gt;&lt;span style="mso-special-character:footnote"&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-family:&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;mso-fareast-Times New Roman&amp;quot;;mso-font-kerning:14.0pt;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language: FR;mso-bidi-language:AR-SAfont-family:&amp;quot;;font-size:10.0pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;, du Comité des Forges. Si l’attribution des deux derniers prénoms de cette Dame (était-elle jeune ou vieille ?) trahissait les lectures de ses parents : Lamartine (à cause de Julie Charles) et Madame de Staël (ainsi s’expliquait en partie le féminisme de Cléore, quelque peu atavique), le premier était si rare, précieux et mignon qu’il semblait que nulle autre femme ne le portât en France.&lt;/span&gt;&lt;a style="mso-footnote-id:ftn2" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=5902810298058539210#_ftn2" name="_ftnref2" title=""&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-size:10.0pt;"&gt;&lt;span style="mso-special-character:footnote"&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-family:&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;mso-fareast-Times New Roman&amp;quot;;mso-font-kerning:14.0pt;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language: FR;mso-bidi-language:AR-SAfont-family:&amp;quot;;font-size:10.0pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; Cléo-Cléore : le rapprochement et la consonance lui parurent évidents.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Je dois parler à Pauline », dit-il à sa bien aimée et effacée épouse. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Prenant sa maigre fille chérie à part, il commença à lui expliquer ce qu’il attendait d’elle : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Ma chère fille, j’ai grandement besoin que vous jouiez la comédie. Vous allez endosser la personnalité d’une petite péronnelle capricieuse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Qu’est-ce à dire, Père ? s’étonna l’enfant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Vous allez réclamer à cor et à cri une poupée et insister pour que nous allions à l’étal de la marchande de jouets. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- J’ai quatorze ans, Père ! Il n’est plus temps pour moi de jouer à la poupée ! J’exècre la puérilité et les enfantillages ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Ne niez pas votre joliesse, ma chérie. Vous êtes menue, et vous passez pour plus jeune. J’en connais, des filles de seize ans, qui jouent encore à la dînette et au Bébé Jumeau. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Mais ici, on ne vend que des cochonneries bon marché ! Me voyez-vous, Père, désirer une poupée ordinaire pour miséreuse, alors que je suis supposée interpréter une fillette de la Haute ? Franchement, m’avez-vous vue ? Déjà que je dois supporter ces oripeaux de carnaval qui me font ressembler à un mât de cocagne ! Regardez toutes ces cocottes de luxe roucoulantes et emplumées…trop de fanfreluches…elles sont immondes, Père ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- C’est juste une comédie temporaire…pour les besoins de mon enquête. Rassurez-vous, Pauline.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Et Victorin, à quoi sert-il, ici ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Il s’aère. Ses bronches sont faibles et sortir de temps en temps lui fait du bien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Soit, je me soumets, comme d’habitude ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Quand on sait être raisonnable ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Pauline commença à criailler avec une telle conviction et exagération que maints visiteurs se retournèrent, surpris et émerillonnés. Elle devenait rouge de rage et épanchait des larmes d’enfant gâtée. Marthe Allard, mise dans la confidence, demanda l’emplacement de l’étal des joujoux à une gentille petite vieille, qui proposait des pots de pommade et affrontait une femme acariâtre. La cliente, une vieille fille pouacre et avaricieuse enveloppée dans un méchant fichu de pauvresse tout passé, chipotait, négociait à la baisse l’achat d’un pot à dictame de grès jaune proposé pour dix sous, pot qu’elle voulait acquérir à moitié prix. Conservant son flegme et sa placidité, la bonne grand’mère donna à Marthe le renseignement souhaité. Puis, elle dit à la grippe-sous qu’elle acceptait de descendre jusqu’à sept sous, pas davantage, et que c’était à prendre ou à laisser. Amadouée, la fesse-mathieu topa. Elle avait acquis son bien &lt;i&gt;à la fortune du pot.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;img style="width: 358px; height: 287px;" alt="http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0324/m104804_0000698_p.jpg" src="http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/joconde/0324/m104804_0000698_p.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Pauline jouait son rôle à la perfection. Elle ne cessait de brailler, de réclamer : « Je veux une poupée ! Je ne quitterai pas ces lieux tant que je n’aurai pas une poupée ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Autour d’elle, ces Dames et Messieurs médisaient. Ces médisances s’adressaient autant à Pauline qu’à ses parents dont la réputation se retrouvait ternie, entachée par l’inconduite d’une fillette confite en caprices. « &lt;/span&gt;Ç&lt;span style="font-family:Garamond; mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;a a douze ans et ça se conduit comme à quatre ! » « Je plains les parents de cette enfant ! Elle est insupportable ! Ils ne savent point la corriger ! Quelle Sophie ! » et autres clabauderies du même acabit écorchèrent les oreilles de Marthe Allard qui s’empourpra. Hégésippe prit une initiative autoritaire : il souffleta – oh, juste un peu – Pauline qui ne sut plus où se mettre :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Père, vous m’humiliez ! murmura-t-elle. Vous m’obligez à jouer une vilaine comédie ! Je ne veux point que mes amies le sachent.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Ne vous en faites pas, ma chérie, c’est pour la mise en scène. Je ne vous ai pas giflé trop fort. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Ses amies…nous savons bien que Pauline n’en avait guère. Comme elle insistait, Marthe Allard, qui savait désormais où se trouvait l’étalage de la comtesse, la tira par le bras, faisant mine de céder à ses trépignements de bisque. Tous suivirent. La première chose que constata Allard, une fois à destination, fut le grouillement d’enfants autour des éventaires, en particulier des fillettes enrubannées, excitées et vociférantes. La deuxième, c’était le physique de la tenancière du &lt;i&gt;stand &lt;/i&gt;: cette femme rousse et &lt;i&gt;curly&lt;/i&gt; tout en grâce langoureuse avait la ténuité d’une sylphide. Elle eût pu sans problème disputer à Pauline sa juvénilité et, nonobstant quelques marques discrètes sur le visage, s’adoniser en gamine de douze ans afin de frauder et de payer demi-tarif dans les omnibus, tramways à vapeur et au chemin de fer. La troisième chose sembla la plus suspecte : la comparse de la comtesse, qui la secondait et l’aidait à emballer les joujoux, était une autre petite fille, une jolie brunette bouclée de neuf ou dix ans. Allard soupçonna d’emblée l’existence de liens affectueux et troubles entre cette petite inconnue et la comtesse de Cresseville. Il remarqua quelques gestes discrets : frôlements de mains caressantes aux joues et aux cheveux, jeux de pieds, dont faisaient les frais les bottines de l’enfant, échange de courts baisers de récompense chaque fois que l’entregent de la mignonne avait permis de vendre une babiole supplémentaire. Sachant Cléore demoiselle – comme le mentionnait la liste – Allard saisit que ces marques d’affection n’étaient pas celles d’une maman, mais d’une amante à son giton femelle. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Tandis que Marthe et Pauline Allard poursuivaient leur comédie jusqu’au bout et que Victorin, désinvolte, sifflotait comme un voyou, l’aliéniste murmura à l’oreille de son épouse : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Feignez d’acheter une poupée de chiffons, payez et partez m’attendre près de la sortie. Je vais rester et surveiller cette femme. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Pauline demanda à choisir entre plusieurs poupées que Cléore lui présentait, aux robes d’étoffe rouge, bleue, jaune ou verte. Elle montra celle en rouge vermillon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;img style="width: 307px; height: 214px;" alt="http://americanjazz.com/images/AntiqueAmericanRagDollFront.jpg" src="http://americanjazz.com/images/AntiqueAmericanRagDollFront.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Combien ? demanda Marthe.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Ce sera deux sous seulement, madame, répliqua Cléore. Votre fillette le mérite bien. Elle doit apprendre à ne point faire les difficiles. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Pauline rougit à ces paroles, elle qui venait de se donner en spectacle et dont les joues étaient encore humides de ses larmes de rage. Elle avait voulu faire les intéressantes, la morigéna Marthe, hé bien, elle se contenterait de ce peu, de cette poupée ordinaire de calicot et de feutrine à deux sous, bourrée de crins et de son, parce qu’on n’en vendait pas d’autres ici. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Une fois sa famille partie, le savant demeura, en toute discrétion. Il observa le chaland enfantin ou adulte, écouta les petites paroles discrètes échangées entre mères dont la petite « cousine » de Cléore était le sujet dominant. Vint le moment où Ysalis murmura à l’oreille de la comtesse de Cresseville un petit mot que nul n’entendit : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Cléore, Cléore… Z’ai envie de faire pipi et ze sais pas où on peut le faire. Tu peux m’aider à zerzer le petit coin, Cléore ? »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;La comtesse s’excusa auprès de sa voisine, Eliette de Villemain, à qui elle demanda de reprendre provisoirement l’étalage. Elle en avait pour &lt;i&gt;un petit moment. &lt;/i&gt;Il était jà quatre heures de l’après-midi. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;Elle prit sans regret congé de ces faces de carême, Ysalis tenue à la main, en quête des commodités. Hégésippe Allard leur emboîta discrètement le pas, s’éloignant, lui aussi soulagé de ne plus avoir à subir tous les bruissements monarchistes de cette manifestation pieuse. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;La convoitise, tapie dans l’ombre, surgit dans l’esprit de Mademoiselle de Cresseville. L’envie d’Ysalis commençait tant à démanger Cléore qu’elle choisit de ne pas revenir à la fête de charité une fois que la petite fille aurait soulagé sa vessie. Elle la conduirait en un coin isolé d’une tente, peu passant, là où elle serait certaine que nul ne la surprendrait à commettre son forfait. C’était compter sans Hégésippe Allard, jà intrigué par l’attitude de la jeune femme et l’incongrue présence de cette enfant à ses côtés, surpris aussi par la manière dont ces Dames qui fréquentaient ses éventaires réagissaient à la vue d’Ysalis. Les réactions que la petite fille avait suscitées en elles du fait que cette prétendue cousine-enfant inconnue du bottin pût se trouver en compagnie de Cléore &lt;i&gt;à la place d’une autre, plus âgée, une Adelia qui leur était familière,&lt;/i&gt; faisaient flairer une piste sérieuse à notre aliéniste expérimenté. Ysalis n’était donc pas la première amie-enfant de cette comtesse qu’il soupçonnait avoir trempé dans les enlèvements. Allard sentit chez Mademoiselle de Cresseville une intention déguisée, torve et turpide au-delà d’un simple accompagnement d’une petite parente aux commodités. Avec constance, il suivit le couple hétérodoxe à distance. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Cléore demanda à un préposé au ramassage des détritus où se trouvait le petit coin pour sa petite cousine qui avait grand’envie. L’homme lui désigna des espèces de cabines de bois où on avait installé des fosses d’aisance de fortune, à une distance de vingt mètres de la tente principale, près d’un talus environné de mauvaises herbes. Ysalis dut se contenter d’une de ces fosses turques d’une saleté et d’une puanteur insanes. Mademoiselle la comtesse patienta au dehors. Allard, qui avait fait mine de se rendre aux commodités pour messieurs, resta en tapinois près du talus. Il avait méjugé et mésestimé sa suspecte. Alors qu’il s’était attendu à ce que Cléore entrât dans ces latrines puantes, s’y abandonnât au stupre et s’y livrât à des ébats épouvantables avec la fillette, la retenue de la comtesse l’impressionna. Tout demeura d’un calme inquiétant.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Il n’entendit que le bourdonnement des mouches à excréments et le petit bruit d’Ysalis pissant. Du moins la comtesse aurait-elle pu d’une manière jouissive observer Ysalis uriner par un trou dans la porte de bois, se pâmer au retroussage de ses jupes, à son déculottage, à son accroupissement au-dessus du trou de la fosse turque…rien de cela ne fut. L’aliéniste craignit que les rôles s’inversassent : il risquait de jouer lui-même à l’obsédé dans cette pantomime obscène alors que Cléore garderait sa droiture aristocratique. Il rongea donc son frein. Enfin, lorsque la chasse d’eau fut tirée et qu’Ysalis sortit du lieu d’aisance, Cléore lui demanda de s’enquérir d’un lavabo car c’était moult important pour l’hygiène, ces toilettes étant dégoûtantes, vraiment. Il n’y en avait point et seule une fontaine, sise plus loin, lui permit d’effectuer ses ablutions manuelles. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Enfin, la petite fille réclama qu’elles revinssent toutes deux à l’éventaire des joujoux, faisant valoir qu’ayant été très sage aujourd’hui, sa bonne conduite méritait récompense. Cléore, nous l’avons dit, avait fomenté un plan. A la surprise d’Ysalis, elle prit un autre chemin, la mena sous une tente plus petite, déserte, qui servait d’entrepôt de réserve pour les babioles non déballées, au cas où on en aurait besoin si les étals se dégarnissaient. Le lieu comportait aussi des bancs de bois, mais aussi de vieux paravents crasseux où les portefaix chargés du transport des caisses de ces marchandises pouvaient changer de maillot de corps à leur aise si l’effort les avait trop fait suer. Le couple turbide s’assit sur un des bancs et le médecin parvint à dissimuler sa présence derrière un de ces commodes panneaux. Ainsi aux côtés de sa nouvelle aimée, sur ce modeste banc dépourvu de dossier, Cléore de Cresseville commença à la serrer à la taille. Allard poussa un soupir discret : la scène d’amour qu’il s’était juré de surprendre afin de démasquer la suspecte commençait. Ce serait un flagrant délit. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Mademoiselle détestait les effusions sentimentales, de celles qu’on lit dans les mauvais romans. Elle n’était pas femme à afficher ses passions, aussi scandaleuses qu’elles parussent. Elle ne bécotait pas ses amies-enfants en public, ni ne dansait avec elles. Elle effectuait tout intimement, en privé, sans que personne ne pût la voir. Elle n’épanchait pas son cœur comme une extravertie. Elle abhorrait l’étalage des passions saines ou coupables. Cependant, rongée par la tentation d’Ysalis, en manque de ces cajoleries poussées qu’elle prodiguait autrefois à Adelia, celle qu’elle avait tant dorlotée et qui l’avait déçue et trahie, Cléore refusait d’envisager le retour à sa solitude d’esthète décadente hédoniste. Elle était une ipomée, oui-da, mais une ipomée rentrée, non volubile.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Cléore s’était trop longtemps complu à faire de son existence un art, une figure de style amphigourique et empesée, un colossal hendiadys indéchiffrable. L’heure de rendre des compte approchait. Elle mourrait et comparaîtrait devant le Grand Juge. On l’enterrerait à l’ombre d’un sycomore, près des myrtes qu’elle aimait tant. Sa tombe serait ouvragée, une vraie dentelle de pierre, de marbre de Carrare et de Paros à l’image de sa vie de précieuse. Une statue d’Amour et Psyché sculptée par George Frederic Watts surmonterait la pierre tombale. Son épitaphe verrait inscrite cette remarque lapidaire et juste :&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 296px; height: 410px;" alt="http://hoocher.com/George_Frederick_Watts/Watts_George_Frederick_Daphne_c1879_82.jpg" src="http://hoocher.com/George_Frederick_Watts/Watts_George_Frederick_Daphne_c1879_82.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Ci-gît Cléore de Cresseville. Fleur de beauté elle fut, fleur d’ornement, de redondance et de superfétation égoïstes. RIP. »&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Allard écouta le verbe de Cléore psalmodier de sa bouche fruitée. La comtesse de Cresseville reprenait son accoutumé discours de séduction, vantant la beauté enfantine et les qualités mondaines d’Ysalis, son urbanité, flattant ses boucles brunes moirées et entortillées de mille reflets bleutés d’un cobalt rayonnant comme un vitrail. Ses lèvres commencèrent lors à l’embrasser, d’abord furtivement, en l’effleurant à peine, tandis qu’elle poursuivait son laïus, égrenant ses flatteries avec une régularité d’horloge, faisant l’éloge, l’apologie, d’aspects de plus en plus intimes et malséants du corps de la fillette, appuyant sur leur menue délicatesse émerillonnante et inaccomplie, éléments de sa sublime beauté qui constituaient autant d’invites à manifester un profond amour pour elle. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Allard entendait et voyait tout, en témoin privilégié de la déviance d’une anandryne pédéraste. Il comprit qu’il tenait bien son affaire, un gros gibier sans doute, une cliente de la maison de tolérance tant recherchée ou mieux, une actrice capitale, majeure, de cette contrebande d’enfants qu’il combattait. Il n’intervenait pas, en spectateur ambigu de ce dérèglement notoire, voulant savoir jusqu’où Cléore serait capable d’aller, hors de l’espace clos et nocturne d’une chambre à coucher. Après tout, nulle culpabilité ne l’effleurait, tels ces sergents de ville qui appréhendent les catins parfois en pleine action, encore « attachées » à leur client.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Et Cléore poursuivait ses bécots toujours plus hardis et entreprenants, empourprant Ysalis qui commençait à réaliser en son cerveau d’enfant la méprise dont elle était victime. Oui, elle s’était méprise de la comtesse, dont, dans sa jeune naïveté, elle n’avait pas saisi qu’elle incarnait tout autre chose qu’une mère de substitution. Elle commença à s’agiter, à bougeotter, à se débattre, mais le bras droit de la huppe et gaupe accentuait son étau, la serrant de plus en plus contre elle. « Belle vierge brunette, murmurait-elle, &lt;i&gt;columba mea&lt;/i&gt;… », tandis que ses lèvres s’en prenaient à sa nuque et son cou de poupée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;« Vous me faites mal, Cléore, ze veux pas zouer à ça ! » lui rétorqua l’enfant en zézayant. « Ze suis pas un Bébé de biscuit. Z’aime pas vos mamours, Cléore ! » jetait-elle de sa bouche pourprine, de toute la réprobation dont elle était capable du haut de ses neuf ans. La comtesse n’en avait cure. Elle mordillait les lobes des oreilles de la petiote et les suçotait. Elle se fit plus audacieuse que jamais en déboutonnant et délaçant son corsage, exhibant un chemisier fendu, à panneaux, gansé et baleiné, subsidiaire du corset, conçu pour les nourrices comme linge d’allaitement, linge d’où émergea un petit sein de nymphe tout blanc, tout laiteux, où le mamelon, turgescent, saillait avec agressivité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Tu aimes téter tes amies, mon amour… Fais-le aussi pour moi, ma petite mie, mon adorée… Suce donc ce tétin tout rose, tout tentant… Tu goûteras tout ton soûl à un délicieux nectar miellé, un colostrum de vierge dont tu me diras des nouvelles… Que cette pousse est belle, ma mie Ysalis ! Pâle comme le lys… Douce aux caresses aussi… N’est-ce pas que ma poitrine est belle ? Dis moi-le, Ysalis. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;La fillette se refusa, là où Délia se fût engouffrée toute. Cléore omettait un facteur de taille : l’âge. Ysalis n’était pas Adelia et une enfant de neuf ans ne peut réagir aux avances voluptueuses comme une expérimentée catin de treize-quatorze ans, qui sent en elle monter la sève, les affres sensuels de l’approche de la nubilité, où le sang jà perle en gouttelettes d’une vulve excitée. La petite nymphe brune était trop jeune pour accepter que Cléore pratiquât sur elle les mêmes choses qu’avec sa mie déchue. Mademoiselle de Cresseville cependant l’invitait, la guidait à entreprendre son téton de sa mignonne bouche, de ses petites dents, dirigeait aussi sa main gauche par des mots doucettement marmottés : « Là, là… Avance ta petite main, là… Trousse mes jupes, mon Ysalis, oui, trousse-les… Remonte de la bottine, le long du bas, dépasse la jarretière et parcours lentement, de tes caressants doigts, l’étoffe satinée et ouatée de mes pantalons de lingerie… Monte, ma chérie, monte, plus haut, plus haut, comme je te l’ai appris à le faire avec tes poupées… Place ta jolie main, oui, place-la entre mes jambes, oui, oh, oui… comme ça, oui, bien, très bien…» faisait-elle en l’obligeant à ces attouchements de manière forcée, en serrant si fort le poignet de l’enfant qu’elle lui arrachait de petits cris. « Dégrafe le bouton de l’entrecuisse…tu sens la petite fente d’étoffe et les doux secrets féminins qui s’y tapissent derrière ? Introduis tes doigts là, et caresse, caresse, ma jolie poupée… caresse ma conque pubescente comme tu le ferais de la douce fourrure d’un chinchilla tout roux, tout roux…oui…oui… » Alors que son rythme cardiaque s’accélérait, que ses joues devenaient écarlates, qu’elle poussait de petits halètements d’extase, que ses muqueuses internes jà s’humectaient de plaisir, alors qu’elle obligeait toujours la main d’Ysalis à attoucher et à lisser son sexe, Cléore jeta un cri de douleur : l’enfant venait de la griffer exprès en son intimité. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;« Ze ne veux plus, Cléore ! Vous êtes une cozonne, Cléore ! » lui cria la gamine. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;En réaction, la comtesse se déchaîna : elle lui prit la tête et l’obligea à des baisers de feu, lui mordillant joues, lèvres et nez. Elle la picorait toute, comme une poule son grain. La petiote se faisait piaillarde et appelait à l’aide. C’étaient des baisers, des bécots voraces, presque cannibales.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Cléore s’était décidée à passer outre, à la forcer malgré ses résistances. Tandis qu’elle poursuivait ses embrassements et ses suçons ardents, elle usa sur Ysalis de la même tactique qu’elle avait tenté qu’elle lui fît. Sa main droite s’insinua sous la robe de l’enfant et remonta le long des pantalons cotonnés jusqu’à l’entrejambes où, normalement, eût dû figurer l’ouverture du sexe… à sa grande surprise, le fond était doublé, épais, renforcé, et ne comprenait ni bouton, ni fente… Des &lt;i&gt;pantaloons &lt;/i&gt;non fendus et renforcés, quelle hérésie ! Cléore ne parvenait même pas à sentir la forme de la vulve à travers le tissu. La fillette l’avait possédée, elle, la comtesse de Cresseville, en arborant une lingerie de puritaine effarouchée&lt;i&gt; made in Queen Victoria&lt;/i&gt; ! Ce fut alors qu’Ysalis la griffa encore plus violemment, à la joue gauche, de ses petits ongles aigus comme ceux d’une chatte, allant jusqu’à lui arracher quelques fragments de peau. Derrière sa cachette, Allard en demeura pantois. Il tenait bien là sa suspecte. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Cléore, la joue saignante, voulut riposter et corriger l’enfant en lui administrant une fessée avec une petite badine qu’elle extirpa de son réticule, un modèle qu’affectionnait Délia, très urticant, qui provoquait de cuisants traumatismes épidermiques. Mais Ysalis lui donna un coup de pied et, se levant du banc, s’enfuit à toutes jambes en direction de la grand’tente en hurlant : « Au zecours ! Sauvez-moi ! Mademoizelle Cléore est folle ! »&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;A l’approche de la tente, un brouhaha couvrit les cris d’Ysalis : les badauds s’agitaient, réclamaient également de l’aide. Quelqu’un venait de tomber, au milieu de la foule, victime d’un malaise.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Allard, laissant là la comtesse qui ruminait sa défaite, entendit les clameurs : « Un médecin, un médecin !… »&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;On avait besoin de lui, de toute urgence.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Alors qu’il allait entrer dans la tente principale, la comtesse de Cresseville, réagissant enfin, le rejoignit en un trottinement hâtif. Elle sautillait au risque de se fouler une cheville tout en rajustant son corsage, mettant ainsi un terme à son dépoitraillage. Les regards se croisèrent, signifiant : &lt;i&gt;Monsieur, vous m’avez vue, je le sens au tréfonds de mon être ; Oui, et ce que vous avez fait tombe sous le coup de la loi.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Monsieur…se contenta-t-elle de balbutier. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Madame, répliqua, laconique, Allard. Je sais tout de vous.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Mademoiselle ! Je l’exige ! Qui êtes-vous pour vous arroger le droit de vous mêler de mes affaires intimes ? »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family: Garamond;font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;La surprise de découvrir qu’Allard l’avait épiée sans qu’elle s’en rendît compte déclencha en Cléore des suées d’angoisse. Sa main droite d’albâtre, comme agitée de tremblements de sénescence, ne cessait d’empoigner convulsivement le pan de sa robe feuille-morte qui froufroutait à ravir sur le sol irrégulier.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in" alt="http://www.silvermoonvintage.com/1890-1910items/images/9.1890%27s%20Walking%20Dress.jpg" src="http://www.silvermoonvintage.com/1890-1910items/images/9.1890%27s%20Walking%20Dress.jpg" width="288" height="542" /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Cette petite fille, Madame, insistait l’aliéniste qui sentait bien que ce qualificatif fâchait la comtesse de Cresseville en rappelant son statut d’adulte, ne mérite aucunement que vous la traitiez en objet de plaisir déviant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- J’ai tiré Ysalis de la boue, Monsieur, et je suis fière de cette action de bonté, de charité ! Je prends en défaut votre Gueuse, incapable d’assurer le gîte et le couvert, le pain quotidien de nos enfants de France ! Si vous trouvez à médire contre mes œuvres pies en faveur des petites indigentes…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Il ne s’agit pas de cela.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Vous avez agressé une petite fille innocente.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Je l’aime ! Suis-je donc si coupable ? Faire œuvre sociale, c’est aussi aimer, protéger les petites filles comme Ysalis ! Vous perdez votre temps avec moi… Ecoutez, écoutez donc la peur panique qui saisit les badauds ! Parce qu’une personne se trouve mal, ils croient à une quelconque manifestation épidémique ou morbide. Et la personne frappée, je le pressens, appartient à vos proches…laissez-moi retrouver Ysalis ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Qu’affirmez-vous encore ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Mon intuition féminine. » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Ils entrèrent lors, constatant qu’à distance, un groupe affolé de dames patronnesses s’était agglutiné auprès d’une personne à terre tandis que bien d’autres visiteurs assistaient, en spectateurs avides, à la souffrance de quelqu’un. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« La quête de la sensation forte, encore, toujours…  murmura Allard.&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Oh, mon Dieu, c’est Victorin ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Hâtez-vous, Monsieur, hâtez-vous, faites le voyeur comme les autres… Acagnardez-vous ! Aveulissez-vous ! Quant à moi, je prends congé de votre cuistrerie… Qu’Ysalis se débrouille…je la punirai en personne. Soignez votre enfant – c’est votre fils, cette lopette à terre, n’est-ce pas ? La République ne produit que des dégénérés ! &lt;i&gt;Mes filles, &lt;/i&gt;moins sottes qu’Ysalis, sauront mettre un terme à tous ces brimborions de la stupidité. L’avenir nous appartient, Monsieur du &lt;i&gt;Saint-Phalle.&lt;/i&gt; »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Le savant ne sut comment il parvint à conserver son sang-froid. Autrement, il eût ajouté la rougeur d’un soufflet à l’inesthétique griffure qui gâtait la joue de porcelaine rousse de Mademoiselle de Cresseville.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;« Nous nous retrouverons, Madame, je vous en fais le serment, dussé-je traverser toute la planète pour mettre fin à vos agissements scabreux, à vos sombres desseins…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Mademoiselle ! Je suis fière de mon statut qui ne me soumet pas au pouvoir insane et abusif d’un homme ! Je suis libre ! Libre d’aimer les petites filles ! Et vous, vous iriez tourmenter mon âme de l’angélus du matin à l’angélus du soir…vous viendriez arracher la rose trémière à son terreau nourricier sans toutefois prendre garde à ses épines assurément redoutables et acérées ! Vous n’êtes que sotte prétention, Monsieur ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;- Allard, Hégésippe Allard…docteur en médecine, officier de la Légion d’honneur et…républicain fervent. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;A l’échange de ces paroles acides, Cléore s’agita davantage d’un frisson de colère. Une brise malencontreuse secouait ses anglaises et toute la tige de cette fleur du vice. Elle s’engouffrait, en vent mauvais, sous la toile de la tente, parcourant les allées d’un aquilon annonciateur de péril. La comtesse s’éloigna d’Allard, hautaine, la tête haute et pourpre, affichant sa fâcherie, en un claquement de talons accompagné du friselis nerveux de ses jupes. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;Il était temps qu’en bon père de famille, il s’enquît de l’état de santé de Victorin. Marthe et Pauline, éplorées, se tenaient à genoux auprès du jeune homme. Trop émotive, la jeune demoiselle versait des flots de larmes comme si son frère aîné fût mort à ses pieds. Hégésippe pria les spectateurs de s’éloigner et&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;tâta le pouls : ce n’était qu’un malaise, une pâmoison vagale. Pauline expliqua que, peu d’instants avant qu’il s’effondrât, Victorin s’était comme étouffé, victime d’un de ses accès asthmatiques qui le frappaient sans prévenir. Le jeune homme en serait quitte pour un séjour d’un mois en la campagne normande, à Bolbec, chez sa tante Lucie, où il ferait une cure de citronnade, d’orangeade et de madeleines de Lorraine consommées à la mouillette avec du jaune d’œufs. Cette maladie de Victorin contraria fort Allard, qui dut remettre son rendez-vous avec Raimbourg-Constans, qu’il prévint par Petit Bleu. Tout fut retardé d’une semaine, le temps que le père accompagnât son fils maladif jusqu’à Bolbec et s’en retournât, ayant ajourné tous ses cours, toutes ses séances en Faculté. Un répit inopiné pour la comtesse de Cresseville, qui condamna Ysalis, récupérée en pleurs à l’étal des jouets, à dix coups de badine et au port du sarrau de bombasin douze jours durant. Cléore, qui craignait que la petite eût tout conté à la baronne de Villemain ou se fût confiée à d’autres Dames, se retrouvait seule, sans favorite…elle remit lors la peine d’Adelia et la reprit dans son giron, encadrée de Daphné et Phoebé, toutefois. Sa magnanimité crasse l’avait une fois de plus emporté sur toute autre considération. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:center;mso-pagination:no-line-numbers" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;mso-bidi-font-family:Garamond;" &gt;******************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;div style="mso-element:footnote-list"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;  &lt;hr style="height: 4px;font-size:78%;"  width="33%" align="left"&gt;    &lt;div style="mso-element:footnote" id="ftn1"&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="mso-footnote-id:ftn1" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=5902810298058539210#_ftnref1" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="mso-font-kerning:0pt"&gt;&lt;span style="mso-special-character:footnote"&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-family:&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;mso-fareast-Times New Roman&amp;quot;;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;mso-bidi-language: AR-SAfont-family:&amp;quot;;font-size:12.0pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="mso-font-kerning:0pt"&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="mso-font-kerning: 0pt;font-size:10.0pt;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Il est curieux de constater que notre auteur ne révèle le nom entier de son héroïne qu’au chapitre XVI. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="mso-element:footnote" id="ftn2"&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align:justify;mso-pagination:no-line-numbers"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="mso-footnote-id:ftn2" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=5902810298058539210#_ftnref2" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="mso-font-kerning:0pt"&gt;&lt;span style="mso-special-character:footnote"&gt;&lt;sup&gt;&lt;span style="font-family:&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;mso-fareast-Times New Roman&amp;quot;;mso-ansi-language:FR;mso-fareast-language:FR;mso-bidi-language: AR-SAfont-family:&amp;quot;;font-size:12.0pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="mso-font-kerning:0pt"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="mso-font-kerning: 0pt;font-size:130%;" &gt;&lt;span style="mso-spacerun:yes"&gt; &lt;/span&gt;Au XXIe siècle, le prénom Cléore demeure d’une rareté insigne : moins de cent femmes le portent. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-5902810298058539210?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/5902810298058539210/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=5902810298058539210' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/5902810298058539210'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/5902810298058539210'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2012/01/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 16 2e partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-510QVwqH994/TgMTVsCGmeI/AAAAAAAACMA/ZENQqh34CGA/s72-c/1%2BChapeau%2B1910.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-4709771408355207382</id><published>2011-12-11T05:42:00.000-08:00</published><updated>2011-12-13T04:05:08.824-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 16 1ere partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : ce roman paru en 1890 est réservé à un public averti de plus de seize ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:worddocument&gt;   &lt;w:view&gt;Normal&lt;/w:View&gt;   &lt;w:zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt;   &lt;w:hyphenationzone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt;   &lt;w:compatibility&gt;    &lt;w:breakwrappedtables/&gt;    &lt;w:snaptogridincell/&gt;    &lt;w:wraptextwithpunct/&gt;    &lt;w:useasianbreakrules/&gt;   &lt;/w:Compatibility&gt;   &lt;w:browserlevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt;  &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin:0cm;  mso-para-margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.0pt;  font-family:"Times New Roman";} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:16pt;"  &gt;Chapitre XVI&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:16pt;"  &gt; &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:16pt;"  &gt; &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:16pt;"  &gt; &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;L’œil qui restait à Blanche Angeline Moreau s’ouvrit aux premiers rayons d’un jour qui&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;- elle l’ignorait encore – serait son dernier. Le médecin qui avait effectué la veille l’amputation de sa jambe gangrenée, gonflée et noirâtre, avait eu beau lui imposer la consommation d’une fiasque entière d’eau-de-vie en guise d’anesthésique, l’ancienne chanteuse de beuglant, qui, à trente-six ans, en paraissait vingt de plus, ressentait encore la présence de ce membre pourri, élancement de mort qui ne la lâchait plus.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 325px; height: 432px;" alt="http://www.linz09.at/fm/4972/2009%20ToulouseLautrec%20La%20clownesse%20assise%20Amsterdam_c_Van%20Gogh%20Museum%20Amsterdam.jpg" src="http://www.linz09.at/fm/4972/2009%20ToulouseLautrec%20La%20clownesse%20assise%20Amsterdam_c_Van%20Gogh%20Museum%20Amsterdam.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Son moi intime le pressentait : elle ne verrait peut-être pas le coucher du soleil de cette fin d’été. Pourtant, sa conscience réveillée se refusait encore à cette évidence : elle était perdue et mourrait comme le peintre Manet, pour qui elle avait servi de modèle lorsqu’elle avait vingt ans. Elle éprouvait le besoin de se confesser… Sœur Anaïs, de la congrégation des Sœurs de Marie Joseph, chargées de soulager les malheureuses en ce lieu, généralement vouées à la cause des prisonnières, qui avait tant pris soin d’elle depuis que l’hospice l’avait accueillie cinq jours auparavant, allongée sur une civière, sa jambe dégorgeant de pus et enflée de gangrène gazeuse, était la seule personne en qui Blanche faisait confiance pour recueillir par écrit l’effroyable confession qu’elle s’apprêtait à lui faire. Par-dessus tout, elle lui confierait une mission : retrouver sa petite Berthe, âgée sans doute de onze ans, dont elle s’était lâchement débarrassée lorsqu’elle en avait cinq, à cause de son pied contrefait et de sa maigreur famélique, ne pouvant plus longtemps conserver à sa charge une fille naturelle laide et &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;souffreteuse du fait de ses activités &lt;i style=""&gt;professionnelles.&lt;/i&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;L’hospice était sis à proximité de la célèbre prison des filles perdues de Saint-Lazare&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn1" name="_ftnref1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://prison.eu.org/IMG/jpg/Prison_Saint-Lazare_Paris_75000_.jpg" src="http://prison.eu.org/IMG/jpg/Prison_Saint-Lazare_Paris_75000_.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; rendue fameuse par maints feuilletonistes. Pour tout dire, il lui servait d’annexe afin de recueillir les prisonnières moribondes – prostituées ou autres - ou celles qui accouchaient, sans omettre d’autres malades de hasard échouées là &lt;i style=""&gt;in extremis&lt;/i&gt;, aucun autre hôpital n’acceptant d’accueillir de telles indigentes nippées de hardes immondes aux poches percées depuis toujours. Blanche correspondait à cette dernière catégorie, brinquebalée qu’elle avait été d’un hôtel-Dieu à l’autre avec sa jambe puante, ayant traversé tout Paris pour arriver enfin à Saint-Lazare en sa dernière couche de souffrance. Donner ici la vie ne signifiait aucunement s’en sortir : maintes accouchées ne vivaient jamais leurs relevailles, succombant vivement qui d’éclampsies, qui de fièvre puerpérale. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Les oreilles embrumées de Blanche Moreau percevaient çà et là les geignements et râles d’agonie de la grand’salle commune, où les Sœurs s’empressaient de recueillir le dernier soupir des patientes qui, généralement, du fait de leur basse extraction, arrivaient trop tard en&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 428px; height: 288px;" alt="http://www.parisenimages.fr/Export450/15000/14677-4.jpg" src="http://www.parisenimages.fr/Export450/15000/14677-4.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;ce lieu .&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; On ne pouvait leur prodiguer pratiquement que la toilette des mortes, sans compter le saint viatique, pour celles qui encore croyaient en quelque Dieu chrétien. Beaucoup succombaient en état de péché mortel, avant même que le prêtre ne fût sur place. Au sein de ce mouroir voussé de croisées d’ogives, aux pierres noircies tachetées d’humidité et de moisissures diverses, aux vitraux obscurcis par la poussière et par l’encrassement, Blanche Angeline Moreau n’était qu’une mourante anonyme parmi d’autres, n’ayant pour seule vêture que cet uniforme, cette infâme et commune camisole grisâtre que toutes ici arboraient. La couleur de cette chemise avait pour avantage de se confondre avec l’incarnat pré-cadavérique des visages des malades. S’y ajoutait un fort peu seyant bonnet de même teinte. Aux glapissements et geignements râlants des agonisantes jà souventefois les traits crispés par le masque mortuaire, se mélangeaient les plaintes, les marmottements de douleur de celles qui étaient moins atteintes par la Grande Faucheuse, tandis que les exhalaisons de ces femmes, pour une grande partie d’entre elles grabataires, empuantissaient tout de leurs fragrances d’excréments pathologiques et de chair humaine gâtée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il y en avait de tout âge, de la fillette de six ans se mourant de péritonite, l’appendice crevé, à l’incontinente édentée et gâteuse de quatre-vingt-dix printemps croupissant dans sa pisse et ses fèces, les vases de nuit disposés autour de sa couche ne suffisant plus depuis longtemps à recueillir tout ce que son corps débile et sénescent évacuait. Le visage de cette mère-grand abandonnée par les siens était plus tavelé et ridé qu’un mascaron ou une pomme chancie. Au milieu de cette désolation, de cette vétusté, de cette misère noire, les bonnes Sœurs faisaient toujours preuve d’un dévouement admirable, d’une humeur équanime, quelles que fussent les horreurs qu’elles vivaient au quotidien. Elles vaquaient et bruissaient, butinant de lit en lit tels des papillons morbides, pansant sans cesse, épongeant sans cesse, posant des compresses et des serviettes sans cesse, étanchant sans cesse les sanies et autres humeurs horribles, piquant deçà-delà les bras meurtris de leurs seringues de Pravaz, administrant chloral, morphine, laudanum et autres analgésiques afin que s’apaisassent les souffrances.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La voisine de lit de Blanche était une jeune fille brune de seize ans au dernier stade de la tuberculose. Translucide et enfiévrée, d’une maigreur effroyable, elle s’étouffait toute. Ses draps, son matelas, baignaient dans ses suées, l’ichor de ses escarres et les sérosités sanguinolentes expectorées de ses poumons déliquescents. Entre deux râles, Blanche l’entendait qui réclamait un prêtre. Ses cheveux noirs ternis recouvraient de longues mèches son hâve visage en sueurs et ses grands yeux bruns jà voilés par l’approche du trépas. Le glas ne cessait de sonner au clocher de l’hospice ; les Sœurs n’arrêtaient point de recouvrir les corps tourmentés des nouvelles expirées de leur drap mortuaire. La plupart de ces indigentes finiraient à la fosse commune sans même une bière, une croix de bois ou un bouquet de fleurs. Celles qui survivaient encore ne recevaient aucune visite de quelconques parents, délaissées, rejetées par toute la communauté humaine, tels des parias des Indes. La misère menait le bal de la Mort dans les bras de l’opprobre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Vers onze heures, la jeune fille exhala son dernier souffle en crachant d’abondance son sang de phtisique sur son buste amaigri, rougissant sa camisole d’un empois de morbidesse immonde. C’était l’hématémèse ultime, classique dans cette pathologie où les poitrinaires finissent étouffées par leurs hémorragies pulmonaires. Elle était partie sans qu’elle fût confessée et absoute. Etait-ce quelque juvénile créature des bas-fonds, ou une simple pauvresse ouvrière d’usine travaillant depuis l’enfance, de l’aurore au crépuscule, ayant contracté la maladie des poumons propre aux filatures de coton ? Blanche avait vu ; la nausée la saisit. Elle réclama Sœur Anaïs à tue-tête. Elle piailla, &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;brailla, dégoisant en exultant les beaux restes de sa voix de goualeuse, canaille et empâtée d’absinthe, qui avait tant enchanté les clients des cafés-concerts de dernier ordre dans lesquels elle avait exercé son petit talent près de vingt ans durant. Elle se dressa sur sa couche, la faisant dangereusement craquer du fait de son poids de diabétique. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs accourut avec prestesse au secours de Blanche Moreau. C’était une femme de cinquante ans, forte et joviale comme une jument de trait. « Ma voisine de lit…Là…elle est morte ! » criailla Blanche avant d’ajouter : « J’vas me confesser ma sœur ! J’veux point passer comme elle, pardienne ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs ne put que constater le décès de l’adolescente. Elle tâta son pouls puis approcha un miroir de ses lèvres ensanglantées. Comme aucune buée ne marquait la glace, elle n’eut plus qu’à rabattre le drap taché sur le visage de la défunte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Quel malheur ! s’exclama-t-elle. C’était une belle jeune fille pleine d’avenir, il paraît. Elle venait de quitter la filature pour devenir couturière dans une grande maison de mode. Son mal de poitrine l’a rattrapée. » &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Pour une fois, Sœur Anaïs affichait une émotion sincère. Son regard s’embuait, s’humidifiait. Elle voulut prononcer l’éloge funèbre de la jeune décédée, de la primerose trop tôt partie en Paradis. Elle ne trouva pas mieux que de réciter un splendide petit poëme, composé par une main anonyme, où cependant transparaissaient la manière, le style, précieux entre tous, d’une femme sensible et raffinée.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 362px; height: 458px;" alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/Mary_Pickford_cph.3c17995u.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/88/Mary_Pickford_cph.3c17995u.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je pleure l’amour enfui seulette en mon palais.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Tourangelle de buis, morvandelle de blé.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Pastourelle au flageolet flutiau qui en la prime enfance&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Jouait la tarentelle et encor d’autres danses.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je pleure l’amour parti pauvresse en ma chaumine.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Grand’belle suis, petite blonde aussi.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Inerme est la rose, blettie est l’étamine.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Eclisses du bois d’or dites alors me voici !&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je pleure l’amour volé blasée du bel été.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Arantelle des bois, aulnaie aux passeroses.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Que la bergeronnette en cet arbre étêté,&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Entonne son trille festif auprès des primeroses !&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je pleure l’amour fané en l’étiolée jonchée.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Malemort, tu te ris, vilenie, tu me blesses !&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Mauvaiseté des sens, moques-tu mes péchés ?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Menterie du faux Dieu, veux-tu donc que tout cesse ?&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je pleure l’amour fini en ma bière gaufrée.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Partie par le trépas, d’une fluxion emportée,&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Flaccide lys suri, failli est l’hyménée.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Lors est la tige hispide…et j’ai pourri sur pieds.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Quoiqu’ils fussent magnifiques, ces vers laissèrent impassible la fruste Blanche Moreau. Aussi brouillés et obscurcis qu’ils fussent par la douleur de son moignon, les sens et l’entendement de notre ancienne égérie de beuglant avaient tout de même perçu le caractère quelque peu blasphématoire du dernier vers de la troisième strophe, qui traitait de Dieu en termes peu amènes. Blanche s’étonna qu’une telle chose sortît de la bouche d’une Sœur. Bien qu’elle eût oublié la plus grande partie de ses leçons de catéchisme, elle demanda : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« C’est y pas une insulte au Bon Dieu, là, c’que vous venez de réciter, ma sœur ? »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs se tut. Elle s’enquit de sœur Clémence, afin que le cadavre de la malheureuse jeune fille fût promptement emporté dans un brancard jusqu’à la morgue où l’on l’apprêterait pour sa toilette mortuaire. Il fallait signer un acte de décès et un permis d’inhumer au carré des pauvres. On rechercherait sa famille, si toutefois la pauvresse en avait encore une. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Blanche constata que son élocution devenait laborieuse. Sa langue était pâteuse, enflée. Sa soif inextinguible de pocharde ne lui laissait aucun répit. Il lui fallait plusieurs litres par jour sans qu’elle fût jamais rassasiée et comblée. Elle avait commencé à boire lorsqu’elle avait huit ans. Du cidre d’abord, puis du vin rouge à douze et de l’absinthe à seize. Elle craignait de mourir sans savoir s’il existait un Paradis pour les ivrognes ; elle refusait que son agonie ressemblât à celle d’une Fantine. Elle songea que, si elle s’en sortait, elle emménagerait une cachette dans sa future jambe de bois, dans son pilon de vieille pirate, cachette où elle dissimulerait des flacons de son poison favori. Elle supplia Sœur Anaïs de lui permettre d’avaler quelques gorgées d’alcool avant de passer à confesse. Elle se lamenta sur le sort de sa petiote Berthe, prise de remords sincères.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 412px; height: 654px;" alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/La_Goulue01.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/La_Goulue01.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://imalbum.aufeminin.com/album/D20070213/137966_38FMTXUZW8HUAIXUDE5TUU1MLKHYNC_goulue_cancan1895_H184404_L.jpg" src="http://imalbum.aufeminin.com/album/D20070213/137966_38FMTXUZW8HUAIXUDE5TUU1MLKHYNC_goulue_cancan1895_H184404_L.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Où qu’elle est ma Berthe maintenant ? La pauv’ avec son pied-bot. Comment qu’elle est  aujourd’hui? Elle doit êt’ ben grande à présent ! J’aurions pas dû la vendre à ces salauds d’hôteliers…j’aurions pas dû, ma sœur…C’que j’ai à vous raconter, faut que personne ici l’entende ! J’ai encore assez d’force pour vous l’écrire. Z’excuserez les fautes. J’suis plus allée à l’école depuis l’âge de neuf ans. Papa avait b’soin d’moi à la ferme. J’suis d’la Champagne, une pure et dure d’ l’à bas. Allons, ma sœur, donnez-moi du papier et une plume. J’vous en prie. J’sens la camarde approcher et faut qu’j’me grouille. J’suis pas une mauvaise fille, même si la vérole elle m’a privée d’un œil. C’est les autres qui m’ont obligée à tenir &lt;i style=""&gt;ce commerce&lt;/i&gt;. J’étais malade, à cause de ma sale jambe ; j’pouvais plus chanter et j’avais un impérieux besoin de sous pour bouffer mon pain quotidien. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Impressionnées qu’elles étaient par l’atmosphère lugubre et désolée de ce mouroir collectif, il n’était point rare que les patientes se sentant ou se croyant partir avouassent aux Sœurs toutes sortes de crimes réels ou imaginaires. Blanche Angeline Moreau faisait partie de ce lot commun. Sœur Anaïs saurait faire la part des choses, du vrai et du faux, dans cette confession. Quelle culpabilité supplémentaire pesait sur les épaules de la moribonde ? La luxure, l’ivrognerie et l’abandon ignoble de son enfant ne lui suffisaient-ils pas ? Les romans populaires dont regorgeaient les cabinets de lecture et les bibliothèques des chemins de fer, tous ces livres dits poliment &lt;i style=""&gt;de gare&lt;/i&gt;, contenaient assez d’histoires de ce genre et de ce cru pour que la réalité ne dépassât pas la fiction. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;En général, ces femmes&lt;i style=""&gt; perdues&lt;/i&gt; demandaient aux bonnes Sœurs de transmettre leurs aveux à la préfecture de police où ils s’entassaient parmi d’autres paperasses, sans guère attirer l’attention des fonctionnaires débordés, et demeuraient sauf exception sans suite. Sœur Anaïs ne fut donc pas surprise par les paroles que Blanche lui adressa lorsqu’elle lui remit le matériel d’écriture tandis qu’elle appelait Sœur Isabelle pour l’aider à redresser la malade sur sa couche afin de faciliter ses gestes et de rendre plus confortable sa position de plumitive illettrée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« L’était mignonne dans sa laideur ma petiote Berthe ! Si vous l’aviez vue boitiller avec entrain ! L’avait de longs cheveux blonds, oh, d’un blond foncé, mais tout lisses, tout doux et caressants ! C’est c’qu’elle avait de plus joli ! Et sa p’tite tête de bébête, vous s’vez ! On aurait dit une p’tite fouine, tout’ gracieuse, ou que’qu’ chose d’approchant…Et ses yeux tristounets qui vous suppliaient toujours ! Ma pauv’ Berthe ! J’veux pas qu’elle soit d’venue putain ! J’veux pas ! L’est trop jeune pour l’trottoir ! L’est ben trop jeune ! Onze ans qu’elle doit avoir, ma sœur !&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 323px; height: 270px;" alt="http://ns353176.ovh.net/blogs/deslivresetnous/public/Illustrations/Pierre_Desbureaux/.La_Pauvrete_en_Picardie_mendiants_m.jpg" src="http://ns353176.ovh.net/blogs/deslivresetnous/public/Illustrations/Pierre_Desbureaux/.La_Pauvrete_en_Picardie_mendiants_m.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Allons, madame… répondit la Sœur. Consignez par écrit ce que vous avez à nous dire et épurez votre cœur afin que Notre Sainte Vierge intercède auprès du Seigneur pour qu’il vous lave de vos péchés. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- J’suis pas prête ! Y m’faut un curé ! Et la pauv’ fille qu’est morte à côté d’moi, elle a pas pu êt’ absoute, ma sœur ! Quand j’aurons fini d’avouer, j’veux qu’on apporte les papiers à la police ! C’y en a trop grave, ce que j’vas écrire ! Trop grave ! s’exalta-t-elle.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Entendu, madame Moreau… Prenez votre temps pour tout noter, et n’omettez aucun détail susceptible d’intéresser la police.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- La rousse, elle saura tout, et le curieux aussi ! Les cognes et les pandores, y puniront tous ces pègres et passé-singes qui se sont f’tus d’ma gueule de goualeuse ! Y iront tous à l’abbaye de monte à regret&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn2" name="_ftnref2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ! &lt;/span&gt;Ç&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;a sera leur juste châtiment ! J’faisions que leur demander tout l’temps de retrouver ma Berthe, et y remettaient chaque fois tout à plus tard ! Y préféraient obéir à leur p’tite comtesse, comme y disaient ! Leur Cle…Cle…Cléo… Ah, j’arrive pas à prononcer son p’tit nom de merde et de sale aristo ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs s’étonna que la malade eût fait allusion à une comtesse. Cela l’incita à jeter un coup d’œil aux griffonnages de Blanche lorsqu’elle les aurait terminés. Elle la pensa franche, non affabulatrice. Ces papiers, quelles que fussent les horreurs qu’ils contiendraient, intéresseraient Monsieur Raimbourg-Constans, le préfet de police… et, pourquoi pas, le ministre de l’Intérieur en personne.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.senat.fr/sen3Rimg/constans_ernest0107r3.jpg" src="http://www.senat.fr/sen3Rimg/constans_ernest0107r3.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Alors, Blanche s’acquitta de sa tâche. Elle commença un long travail d’écriture, appliqué, traçant de gros caractères ronds d’écolière, des jambages irréguliers, noircissant des pages, raturant, biffant, puis reprenant avec ses mots simples, approximatifs, son orthographe naïve et malmenée. Sœur Anaïs commençait à s’inquiéter de la longueur de cette confession, du fait que les feuillets noircis de ces cursives malhabiles s’amoncelaient sur la couche de l’amputée. Enfin, Blanche balbutia : « J’ai…j’ai fini… » Elle traça une sorte de paraphe informe tout au bas de l’ultime page et ses doigts gras et gourds lâchèrent le porte-plume qui roula au sol après avoir taché la couverture d’encre violette. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Dès que Sœur Anaïs se fut emparée de la liasse d’une quinzaine de feuilles, les yeux de la malade se révulsèrent sans prévenir. Elle bava ; un filet coula de ses lèvres enflées par la soif. Blanche Moreau était foudroyée par une convulsion soudaine, une attaque qui s’apparentait à quelque transport en son cerveau, tel celui qui frappa le roi Philippe Le Bel. Elle sombra dans une morne inconscience, jà embrumée par la faux du Vieillard Temps. Sœur Anaïs, tout en serrant contre elle les pages coupables comme si c’eussent été des feuilles fabriquées dans l’or le plus fin, donna l’alerte afin qu’un prêtre pût administrer les derniers sacrements à celle qui venait de se repentir. Le père Marc fut mandé et arriva à l’instant même où, comme tant d’autres pensionnaires ici, Blanche Angeline Moreau, trente-six ans, venait de rendre l’âme sans absolution. Il ne put que murmurer un dérisoire &lt;i style=""&gt;ego te absolvo &lt;/i&gt;au chevet de celle qui n’était plus. Il était exactement midi passé de quarante-six minutes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;****************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;A peine le visage bouffi et ravagé de l’ancienne goualeuse recouvert de son drap, Sœur Anaïs jeta sans discrétion un coup d’œil à la confession de la morte, sans même en référer au père Marc et à la Mère supérieure. Une phrase lui suffit : &lt;i style=""&gt;«&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;Jé participer a lenlévemen&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;de si petite fiyes. Je sui coupabl dun péché mortel ma seur. Jen ai fai des p’tites putins pour dé gouine. Je confes ma conplicité ma seur. »&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ces aveux étaient d’une gravité telle que la bonne sœur n’hésita pas un instant, confortée en sa résolution : elle conserva les feuillets et les mit dans une enveloppe sur laquelle elle inscrivit : &lt;i style=""&gt;A l’attention de Monsieur le Préfet de Police.&lt;/i&gt; Plutôt que d’en confier le port à une tierce personne, elle se résolut à s’aller elle-même jusqu’à la préfecture. Elle sortit, à l’étonnement de la sœur guichetière, sans que ses compagnes, par trop affairées par les moribondes, bougeassent ne serait-ce que le petit doigt à ce départ précipité. Il lui fallait prendre l’omnibus et se rendre à l’Ile de la Cité, où siégeait le centre du pouvoir policier depuis la sinistre Commune des pétroleuses et Delescluze. Depuis la rue du faubourg Saint-Denis où elle se trouvait, la desserte était des plus longues et indirectes. Elle monterait de préférence dans l’impériale, parce que c’était moins cher, bien que plus inconfortable, la place ne coûtant qu’un sou.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.parisenimages.fr/Export90/4000/3752-2.jpg" src="http://www.parisenimages.fr/Export90/4000/3752-2.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Elle espérait que sa présence ne susciterait aucun commentaire acerbe de la part d’éventuels athées républicains qui vouaient sa congrégation, comme toutes les autres, aux gémonies. Notre sœur dut donc emprunter successivement deux omnibus puis poursuivre à pied, le fiacre étant trop dispendieux pour sa bourse dégarnie et l’Île elle-même n’étant pas desservie, avant de parvenir à destination sans même avoir cassé la croûte ni prié, alors que, dans son bureau, Monsieur le Préfet de Police avait depuis longtemps fini de recevoir l’éminent Hégésippe Allard. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;***********&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;La Préfecture de Police de Paris siège depuis 1871, comme l’on sait, en la caserne de la Cité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 418px; height: 276px;" alt="http://static1.akpool.de/images/cards/18/188933.jpg" src="http://static1.akpool.de/images/cards/18/188933.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Plus fonctionnel qu’artistique, bien qu’il ait été conçu dans un style néo-florentin, ce bâtiment a été érigé sous Napoléon III, plus exactement de 1863 à 1867. L’auteur du projet, feu Monsieur Pierre-Victor Calliat, qui a quitté ce monde voici jà neuf années, ne l’a aucunement destiné à son usage actuel. Ce sont les fâcheux événements révolutionnaires de 1871 et le vandalisme consécutif à la Semaine sanglante (nous fûmes lors privés de maints fameux palais et monuments du fait de ces incendiaires rouges qui par trop jouèrent les Néron d’opérette) qui ont conduit la Préfecture de Police à opter pour ces locaux, à titre provisoire les cinq premières années, puis définitif par la suite, comme pour conforter l’ordre administratif républicain. Que trouvé-je à dire de plus, si ce n’est que je déplore la spéculation immobilière et la destruction irrémédiable des édifices de culte qui, autrefois, se dressaient en lieu et place de cet édifice. Adieu donc l’église des Barnabites et l’église Saint-Germain-le-Vieux. Quoique je regrettasse fort leur arasement sacrilège, je n’eusse au contraire versé aucune larme – du moins, si j’eusse été le témoin de leur démolition – à la disparition du Marché-neuf et de la morgue. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Monsieur Jules Ferry, que je déteste, Monsieur &lt;i style=""&gt;famine et Tonkin, &lt;/i&gt;a eu ceci de bien : il a dénoncé les &lt;i style=""&gt;comptes fantastiques d’Hausmann. &lt;/i&gt;Non content d’éliminer sans pitié tous ces témoignages de notre Paris monarchique – des sentines à bouges diraient les chagrins hygiénistes – Monsieur Hausmann a osé entreprendre un réalignement radical des rues et autres artères constituant l’environnement de notre préfecture. Elle est sise neuf boulevard du Palais, et chacun sait que, chose bien pratique pour nos forces de l’ordre et de l’enquête, ledit boulevard débouche sur le Quai des Orfèvres. Cependant, ce maudit sectateur du désastreux neveu a fait disparaître notre bonne vieille rue de la Barillerie. Plus exactement, notre boulevard du Palais, ainsi baptisé en 1864, année de naissance de notre sans pareille héroïne, a résulté, à partir de l’an 1858, de l’alignement de la rue précitée et de celle du Pont-Saint-Michel. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Délaissons à présent cette digression historique et géographique comme aimait à s’en encombrer Honoré de Balzac et reprenons l’action. Adonc, descendu de son fiacre en cette heure matutinale, Hégésippe Allard, notre grand aliéniste parpaillot et ami de la Gueuse, marcha vers l’entrée de la préfecture dont les sergents de ville factionnaires surveillaient&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;les abords. Les pavés y étaient gras, laids, glissants car mouillés d’une pluie nocturne qui avait crachiné. Les réverbères blafards, éteints, se dressaient sur les trottoirs. Un vent frisquet chassait les nuages. Cela sentait les approches de l’automne bien que nous fussions à peine vers la fin du mois d’août. Il était exactement neuf heures du matin passés de trois minutes et de quatorze secondes lorsqu’Hégésippe Allard montra sa convocation officielle au sergiot de service de l’entrée principale tandis que son collègue était occupé à repousser une vieille femme vindicative aux cheveux jaunâtres couverts de son fichu gris. A cause de l’atmosphère fraîchie, ces deux hommes de l’ordre arboraient une pèlerine destinée à les protéger de la pluie et autres intempéries. Leur uniforme était foncé, chargé de gros boutons dorés en rangée réglementaire parfaite. La vieille revêche efflanquée, venue de La Chapelle, voulait porter plainte contre son boulanger, qu’elle accusait de vendre du pain contrefait, soit qu’il fût coupé de son voire de sciure de bois, soit qu’il eût été vendu moisi, verdâtre, grouillant de charançons, soit encore que la farine servant à le pétrir eût été faite d’os humains (on parlait lors de &lt;i style=""&gt;pain d’ossements&lt;/i&gt;). Toutes ces fraudes alimentaires dans les quartiers populeux étaient connues, car monnaie courante, mais leur répression s’avérait moins prioritaire que la police des mœurs et la mise sous contrôle de la prostitution, fléau – ô combien – de nos grand’villes. Bien que la Brigade des mœurs dépendant de notre Préfecture de Police eût été dissoute en 1881&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn3" name="_ftnref3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, à la suite de scandales répétés et de l’intervention en sa défaveur du Conseil municipal de Paris, il était de nécessité publique que le fichage et le suivi médical des catins se poursuivissent, sans omettre que, ainsi que nous l’avons vu avec la documentation qu’Elémir fournissait avec régularité à la comtesse de Cresseville, les comportements déviants se répandaient en France comme lisier s’épanchant d’une ferme porcine.&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Le factionnaire laissa passer le savant tout en lui indiquant de se rendre d’abord à l’étage untel et au service tant. Ce qu’il fit. Hégésippe Allard ne croisa que quelques personnes, en uniforme ou pas (des inspecteurs, sans doute ?), bien moins pittoresques que la faune qu’il se fût attendu à trouver et qu’il avait coutume de croiser dans les commissariats quémandant ses services lorsqu’un homicide d’enfant à caractère sexuel avait été constaté. Outre les classiques mauvais garçons, chapardeurs à l’étalage, receleurs, coupables de faux en écriture, trafiquants, monte-en-l’air et ivrognes, les cellules de ces lieux bruissaient des bourdonnements avinés des putains – aussi désagréables aux oreilles que ceux de grosses mouches à ordures. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Victimes des descentes de police, ces créatures en très petite tenue s’entassaient autour des lits à sangles et des vases de nuit. Certaines, prises d’un soudain accès de pudicité, ceignaient leurs reins stéatopyges et voilaient leurs seins gras et flasques de draps encrassés de saleté et semés de liqueur d’homme. Elles réclamaient absinthe, cigarettes, seringues de drogue, en vain. Les michetons, pincés en leur compagnie, étaient fâcheusement libérés lorsque c’étaient des &lt;i style=""&gt;pontes.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 324px; height: 439px;" alt="http://www.linternaute.com/musee/image_musee/540/54633_1225222793/lit-de-parade-de-valtesse-de-la-bigne---edouard-lievre.jpg" src="http://www.linternaute.com/musee/image_musee/540/54633_1225222793/lit-de-parade-de-valtesse-de-la-bigne---edouard-lievre.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;En attendant que Monsieur Raimbourg-Constans le reçût, l’aliéniste dut toutefois encore patienter dans le bureau d’un chef de service, civil cette fois-ci. L’homme avait une figure de glouton et une pilosité digne d’un Lokis. Ce crapoussin, ébouriffé comme un mauvais poëte, faisait songer à quelque assistant d’une vieille pythonisse irlandaise au regard globuleux, joueur d’épinette de surcroît, au service de cette chenue &lt;i style=""&gt;Mademoiselle Lenormand &lt;/i&gt;ou &lt;i style=""&gt;sibylle des salons&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 371px; height: 264px;" alt="http://marygreer.files.wordpress.com/2008/02/lenormandcards2.jpg" src="http://marygreer.files.wordpress.com/2008/02/lenormandcards2.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;/i&gt; encore vêtue à la mode de 1840, qui eût reçu une lady blonde frivole aux plumes de cocotte en quête de la révélation d’un avenir radieux avec son amant plus riche qu’elle. Pour la quatrième fois de cette journée de labeur débutée depuis peu, il essuyait avec une peau de chamois ses lorgnons embués. Il arborait des manchettes de lustrine, comme si c’eussent été des cordons de l’ordre du Saint-Esprit. Son rang lui donnait le droit de reposer son fondement sur un fauteuil et non une simple chaise, fauteuil qu’il n’omettait pas d’agrémenter d’un rond de cuir, afin que ses fesses et son dos ne s’endolorissent point sous l’accès d’un importun lumbago. Sur ses cheveux de fou, il avait posé une toque invraisemblable, à gland, d’un rouge vif, compromis entre le bonnet de police, le tarbouche d’un réputé égyptologue cairote d’adoption et la coiffe de Monsieur Homais. Il paraissait souffrir d’un accès de frilosité ; son nez coulait ; il geignait du fait qu’il jugeait son bureau frisquet. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;L’homme était un maniaque des tampons officiels. Il contrôlait sans cesse leur alignement, leur classement dans l’ordre que le règlement leur avait assigné. Il veillait à ce qu’ils fussent exactement droits. Il en caressait les caoutchoucs à s’en tacher les doigts d’un reste d’encre rouge ou bleue, les manches aussi, comme il eût flatté les tétons d’une créature. Il leur murmurait des mots gentils. Il aimait aussi à ce que la paperasse s’entassât en un &lt;i style=""&gt;désordre calculé &lt;/i&gt;dans lequel il était le seul à se retrouver alors que ses subordonnés n’y saisissaient mie. Il s’appelait Jules-Léon Soliveau, et avait rang de secrétaire général de préfecture de première classe, spécialité &lt;i style=""&gt;préfecture de police&lt;/i&gt; (sinon, il eût été posté auprès du préfet de la Seine). C’était lui qui récolait au final les confessions des agonisantes de l’hospice de Saint-Lazare et jugeait de leur recevabilité, après un tortueux parcours de celles-ci de bureau en bureau. Il émettait un avis impératif et terminal, puis soumettait les dossiers pour décision au préfet en personne et lorsqu’il n’était point là, à son adjoint. Il attribuait un numéro de dossier à chaque confession et consignait tout dans un registre paraphé par le préfet. Les chemises cartonnées contenant toutes les pièces s’accumulaient dans des armoires ou sur des étagères, séparées en &lt;i style=""&gt;classé sans suite &lt;/i&gt;pour quatre-vingt-quinze pour cent d’entre elles et en &lt;i style=""&gt;en cours de traitement&lt;/i&gt; pour les cinq pour cent restants.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il reçut Allard en toussant comme un catarrheux, lui demandant de patienter, car Monsieur le Préfet de Police, pour l’heure, recevait &lt;i style=""&gt;quelqu’un&lt;/i&gt; pour une affaire d’une extrême importance. Le médecin rongea son frein une demi-heure, humant les odeurs désagréables de vieux papier et de tabac froid (&lt;i style=""&gt;Londrès, Puros, bâton de chaise, &lt;/i&gt;cigarette brune) qui emplissaient cette méchante antichambre. Son regard scrutateur observa les lambris ténébristes des aîtres, encaustiqués, mais poussiéreux aux plinthes. Lorsque la personne en entrevue daigna partir, raccompagnée avec obséquiosité jusqu’à la sortie, Hégésippe Allard ne put réprimer un frisson de surprise. &lt;i style=""&gt;C’était Madame la générale de.&lt;/i&gt; Cinquante ans, des restes de beauté intéressants, des hanches fines pour son âge, un port de tête d’impératrice, des cheveux délicatement cendrés de fils d’argent et une gorge, encore fort belle, pointant avec orgueil sous le corset, de grands yeux bleu-verts enfin, d’une lassitude infinie. Une tribade amoureuse des femmes mûres l’eût courtisée sur-le-champ. Son mari, le &lt;i style=""&gt;général de. , &lt;/i&gt;de l’Etat-major, était réputé la tromper…avec des hommes.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5e/Sargent_Mrs_Henry_White.jpg/220px-Sargent_Mrs_Henry_White.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/5e/Sargent_Mrs_Henry_White.jpg/220px-Sargent_Mrs_Henry_White.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Le professeur Allard vit le baisemain que les lèvres de Raimbourg-Constans portèrent avec une délicatesse infinie à la mitaine droite de la générale, toute brodée et brochée de dentelles de Malines. Celle-ci venait de lui demander d’intercéder en faveur de son tendre époux, autrement dit &lt;i style=""&gt;d’étouffer une affaire fort compromettante pour lui. &lt;/i&gt;Lors d’une descente de police dans un bordel d’antiphysiques dont le signe particulier était qu’ils se travestissaient en femmes, linges de dessous compris, le général de. avait été surpris en jolie compagnie avec un éphèbe de seize ans adonisé en jeune fille en fleurs, plus exactement, corseté en jeune fille. Raimbourg-Constans n’avait rien promis de précis. Certes, le général était &lt;i style=""&gt;un grand muet, &lt;/i&gt;qui demeurait neutre vis-à-vis de la République, pis-aller selon lui, parce que ses convictions profondes étaient bonapartistes. Il ne s’était pas compromis dans &lt;i style=""&gt;le complot de la duchesse de&lt;/i&gt;., par ailleurs grande amie de Cléore, qui visait à instaurer comme roi de France le comte de Paris. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Lorsque le Préfet de Police invita Hégésippe Allard à entrer dans son cabinet, le docte aliéniste s’inclina. Faisant fi d’un quelconque protocole, Raimbourg-Constans lui serra la main et l’appela &lt;i style=""&gt;mon ami. &lt;/i&gt;Tous deux, non seulement partageaient des convictions républicaines opportunistes, mais ils allaient au même temple et appartenaient à la même loge maçonnique. Cette &lt;i style=""&gt;force occulte &lt;/i&gt;fomentait mille intrigues, mille cabales, afin que la République s’enracinât définitivement.&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn4" name="_ftnref4" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[4]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; L’homme était grand, brun, portait avec charme et fierté une calvitie et une moustache cirée dont la coupe rappelait celle du &lt;i style=""&gt;tombeur de ministères&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn5" name="_ftnref5" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[5]&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; D’emblée, dès la porte refermée, notre préfet s’exprima franchement : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Vous êtes le seul à même de nous permettre de déjouer ce qui, je crois, est une conspiration destinée à salir la République. Ces enlèvements de petites filles n’ont de sens que s’ils impliquent de hautes complicités dans le Monde, toujours acquis à la cause royaliste, et qui n’a pas digéré notre victoire politique. Sachez que votre convocation n’est pas officielle. En vous faisant venir pour cet abouchement informel, je contreviens aux ordres de mon ministre de tutelle. V. souhaite ardemment que l’on ne traite pas cette affaire. Heureusement, j’ai toute confiance en mon personnel. Ici, dans mes services, nul ne me trahira.»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Au gré d’un des nombreux replâtrages de valse des ministères ayant émaillé la crise de régime suscitée par la duchesse de. et ses thuriféraires, Raimbourg-Constans, quarante-sept ans, avait été nommé à son poste deux ans auparavant par Ludovic Floriot&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn6" name="_ftnref6" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[6]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, alors président du Conseil des ministres et adversaire acharné de la duchesse. Tant que le ministère Floriot avait continué à exercer le pouvoir, la coopération, qu’écris-je, l’harmonie et la symbiose entre la présidence du Conseil et la préfecture de police avaient été idéales, parfaites. Cependant, une coalition d’intérêts contradictoires embrassant un cartel d’opposants notoires allant des légitimistes à l’extrême gauche radicale, avait renversé le ministère en avril 18., environ six mois avant que les rapts de fillettes ne débutassent. Un cabinet de concentration républicaine, présidé par Thénier, avait été constitué, mais il affichait une attitude tiédasse vis-à-vis des extrémistes de tout poil. De plus, la nomination de V. au ministère de l’Intérieur, un homme politique corrompu, autrefois compromis dans le scandale des comices agricoles de 1875, avait suscité l’ire des partisans purs et durs de la République irréprochable et probe. Raimbourg-Constans, qui réclamait plus de moyens et une collaboration accrue avec le ministère de la guerre et la gendarmerie, sentait que V. avait intérêt à freiner et contrecarrer ses actions. Le ministre de l’Intérieur s’était opposé à l’octroi de crédits supplémentaires alloués à la préfecture, ainsi qu’au rétablissement de la brigade des mœurs, à laquelle Raimbourg-Constans souhaitait qu’on lui adjoignît une &lt;i style=""&gt;section spéciale &lt;/i&gt;destinée à la répression de la prostitution enfantine des mineurs de moins de quinze ans, fléau qui, depuis l’arrivée de V. au gouvernement, paraissait prendre une ampleur inégalée. Les maisons bleues et roses clandestines se multipliaient à Paris comme en province, camouflées en congrégations ou en écoles privées, où entre autres, une minorité de prêtres et de nonnes se livraient à l’assouvissement de leurs vices cachés. La police, par manque de moyens, parvenait de plus en plus difficilement à venir à bout de ces horreurs qui croissaient comme champignons en futaie d’automne. Et la maréchaussée de France n’était pas en reste ; tout cela apparaissant aux yeux de notre honnête préfet comme voulu par ce gouvernement de tièdes. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Notre préfet s’étonnait qu’on ne l’eût pas encore limogé. Ses états de service apparaissaient si brillants, si dignes d’éloges, qu’une éventuelle décision arbitraire prise à son encontre eût suscité surprise et abondance de débats. V. attendait son heure, agissant à la manière d’un énorme chat de Perse jouant avec sa proie et faisant durer son plaisir en dilettante avant de la croquer, guettant l’instant à nul autre pareil où Raimbourg-Constans fauterait, où il tomberait enfin dans le piège en s’immisçant trop avant à l’intérieur du territoire non balisé tenu de main de maître par ses amis et protégés secrets des deux sexes. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Habile tout autant que rusé, V. avait eu la filouterie insigne d’endormir – partiellement, ceci dit – la méfiance du préfet de police en décidant de le faire officier de la Légion d’Honneur. Lors de la cérémonie de remise des décorations, il avait lui-même épinglé ce hochet napoléonien à la poitrine de celui dont il fomentait la chute, exactement à l’emplacement du cœur, en le félicitant, en lui donnant l’accolade, onctueux et hypocrite comme un &lt;i style=""&gt;optimates &lt;/i&gt;étrusque obèse de la décadence, voué à ses orgies, qu’eût peint Thomas Couture avec délectation. Ses yeux, profondément enfoncés dans les replis graisseux de ses paupières, avaient paru briller d’une étrange satisfaction qui avait valeur d’ultime mise en garde du prédateur à celui dont il s’apprête de ne faire qu’une bouchée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Tout en invitant Allard à s’installer le plus à l’aise qu’il pût dans un des fauteuils de cuir du cabinet, lampassé au dossier et aux accoudoirs, mais d’un lampas cramoisi qui commençait à passer du fait des innombrables bras et dos qui s’y étaient posés, son ami lui proposa les rituels cigare et verre de porto. Ces rites de sociabilité acceptés – le docteur en médecine jeta son dévolu sur un &lt;i style=""&gt;Puros &lt;/i&gt;d’un arôme d’une exquisité d’exception – il reprit à brûle-pourpoint : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Ce que je viens de vous dire n’est point pure forfanterie de ma part ; la République est vraiment en danger. Si nous n’y prenons garde, cette affaire nous submergera car j’y pressens l’implication de hauts personnages ou de leurs dignes épouses.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Que signifie ? La duchesse de. aurait repris ses complots, agissant telle une duchesse de Chevreuse sous la Fronde des princes ? La soupçonneriez-vous, mon cher, d’avoir maille à partir avec ce supposé trafic de petites filles dont on ignore le sort ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- J’ai l’intime conviction qu’elles sont en vie, quelque part, et qu’elles mènent une existence indigne et scandaleuse, parce qu’on les y contraint. Songez qu’on compte une trentaine de disparitions mystérieuses…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Des fillettes de fort basse extraction, d’après ce que l’on m’en a conté. Des marchandes ambulantes, des mendiantes vêtues de loques, de nippes…dont nul ne se souciait.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Hégésippe, c’est pour les prostituer qu’on les subtilise, c’est évident ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Quel &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;rôle pourrait donc jouer notre égérie de la restauration monarchique ? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Nous avons déjà enquêté au sujet de la duchesse. Le seul élément que nous somme parvenus à dénicher, c’est cette adoption inexplicable d’une petite fille, en Angleterre, voici environ quatre ans…petite fille qu’elle n’a plus avec elle aujourd’hui, et dont elle refuse de nous révéler le sort. Aucun décès, aucunes funérailles, même clandestines,&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;n’ont été signalés. Cette fillette britannique vit toujours, mais nous ignorons avec qui et où. &lt;i style=""&gt;Elle pourrait constituer le point de départ de l’affaire. &lt;/i&gt;Hégésippe, je compte sur vous et la République aussi. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Si la duchesse a pu tremper dans ce trafic, quels sont ses complices ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- D’autres femmes aux noms qui se décrochent et qui cachent leurs dépravations, qui mènent grand arroi, qui ont une vie mondaine tapageuse ou sans histoire. Comtesses de, marquises de… Nous cherchons dans cette direction et je suis en possession d’un fichier, qui, je l’avoue, ne nous éclaire guère sur leurs pratiques cachées. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Je crois, reprit Allard, que vos inspecteurs travaillent avec la maréchaussée, du fait que les enlèvements concernent un peu tout le territoire. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Cela est exact. Nous avons pu élaborer une carte que je vais vous montrer. C’est à partir de celle-ci que nous avons fait le constat de l’absence de disparitions dans les zones portuaires et frontalières, ce qui signifie que toutes demeurent encore en France mais où ? Regroupées en un lieu unique ou dispersées un peu partout dans des hem…maisons roses ? s’interrogea Raimbourg-Constans.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Montrez-moi cette fameuse carte à laquelle on m’a déjà fait maintes fois allusion. Je suppose que le dernier rapt en date concerne toujours cette enfant nommée Odile Boiron, si j’en crois la presse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Oui, cela fait environ une semaine maintenant. Mais veuillez examiner la carte… » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Raimbourg-Constant sortit l’objet d’un petit coffre, un de ces &lt;i style=""&gt;safes &lt;/i&gt;américains dont il détenait seul la combinaison. Tout le dossier des enlèvements s’y trouvait. Il fit place nette sur le large bureau d’ébène et de chêne marqueté d’acajou et de brésil, que recouvrait une nappe de lampas assortie au tissu des fauteuils. Il repoussa aussi un surtout, une espèce de pièce d’orfèvrerie, en forme de statuette, réplique allégorique d’onyx de &lt;i style=""&gt;La Liberté guidant le peuple &lt;/i&gt;de Delacroix. Il étala la carte de l’hexagone qu’il nommait son outil de travail. Dépliée, elle impressionnait du fait qu’on y apercevait, striées de noir, les provinces perdues et la délimitation de la ligne bleue des Vosges. Toute une série de points, de cercles et de zones y figuraient, y avaient été rajoutés à l’encre noire et reliés entre eux par de grands traits tracés au crayon rouge. Cela dessinait une sorte de réseau, de toile d’araignée, de pentacle démoniaque, certes incohérent à première vue, mais où apparaissait une nette prédilection des enleveurs ou &lt;i style=""&gt;ravageurs d’enfants&lt;/i&gt; pour Paris et ses faubourgs pauvres, la Normandie, la Basse Bretagne gallo, la Champagne, la Brie, la Sologne et la Beauce. L’Hurepoix, le Lyonnais, le Forez et l’Artois constituaient des foyers secondaires ou mineurs. A quelques exceptions près, le champ d’action de nos enleveurs avait négligé presque tout ce qui se situait au sud de Clermont-Ferrand, comme si on avait voulu privilégier des fillettes qui ne s’exprimassent point en un patois inintelligible, qui parlassent un français accessible et audible. Ainsi que l’avait déclaré un des inspecteurs mandés auprès d’Allard, les frontières et les côtes avaient été laissées de côté.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Il n’était plus temps de spéculer ou d’ergoter. Cette carte, impropre à l’expression des commérages gratuits de celles qui n’y entendaient rien, révélait, au contraire de son apparent chaos, un dessein appliqué avec froideur, persévérance, constance et calcul : un plan contre la République, issu peut-être des circonvolutions du cerveau tortueux d’une femme. Car Raimbourg-Constans en était fermement convaincu : une femme se dissimulait derrière ces supposés et démoniaques trafics de chairs enfantines. Laquelle ? La duchesse ? Une autre royaliste fanatique ? C’est ce qui restait à déterminer par Allard, dont c’était la spécialité, en expert mandaté officieusement par le préfet. Il devait cerner la personnalité de la conceptrice de tout cela, duchesse de. ou autre, sans que son identité fût encore connue des services de police. Notre éminent aliéniste aimait à parcourir ce que l’on nommait la littérature d’intrigues policières. Il connaissait Dupin, Lecoq et Rocambole, avait lu dans la langue de Shakespeare les tortueuses intrigues de Mr Wilkie Collins, l’ami de Charles Dickens. Mais il jugeait avec sévérité – quelle que fût la qualité des histoires – le manque de vraisemblance naturaliste et de qualité romanesque de ces œuvres de Poe, Gaboriau&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/00/%C3%89mile_Gaboriau.jpg/200px-%C3%89mile_Gaboriau.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/00/%C3%89mile_Gaboriau.jpg/200px-%C3%89mile_Gaboriau.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; et Ponson du Terrail. Ils multipliaient les sottises et les absurdités, délaissant la vraisemblance au profit du seul effet dramatique. Allard leur reprochait d’être dépourvus de toute prétention scientifique au contraire des auteurs de &lt;i style=""&gt;La Comédie humaine&lt;/i&gt; et des &lt;i style=""&gt;Rougon-Macquart, &lt;/i&gt;et de s’abriter derrière des faux-semblants, des procédés habiles, mêlant la logique froide de l’enquêteur au mauvais mélodrame de bazar. La psychologie de leurs personnages était artificielle, peu approfondie, irréelle. Un Emile Zola ou un Paul Bourget s’aventurant dans cette &lt;i style=""&gt;littérature de genre &lt;/i&gt;eussent selon lui constitué l’idéal. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;« Par les larmes de Job ! s’écria l’aliéniste. C’est effrayant ! Ceci sent le coup d’une femme dérangée ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il parut méditer mais, après cette brève pause, il jeta : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Et vous sous-entendiez tantôt, tout comme vos inspecteurs, que le ministre de l’Intérieur a tout intérêt à vous mettre des bâtons dans les roues ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il s’exprimait &lt;i style=""&gt;ab irato, &lt;/i&gt;sous l’effet de la colère. Il tirait de son&lt;i style=""&gt; Puros &lt;/i&gt;des bouffées de plus en plus courtes et nerveuse. Il s’épreignait de sa rage, de son fiel républicain, comme un citron dont on presse le jus. N’y tenant plus, le médecin finit par écraser le cigare dans le cendrier de cristal qui reposait dans un coin du meuble-bureau. Sa foi en la République s’en trouvait ébranlée. Il ne voulait pas que le régime fût déconsidéré. V. était un lâche, un pleutre, à moins qu’il cachât de secrètes dépravations expliquant sa complicité implicite.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;« Pourquoi ne pas attendre la prochaine crise ministérielle ? V. pourrait être remplacé, n’est-ce pas ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Désolé de contredire vos espoirs, mon ami, répliqua le préfet de police. La stabilité gouvernementale paraît retrouvée depuis que mes service ont efficacement contribué au démantèlement de la conspiration de la duchesse de. V. en a pour plusieurs années à détenir son maroquin. Il semble indéboulonnable. Avant qu’il ne chute, nombreuses seront les fillettes victimes d’escamotages.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Vous parlez comme Robert-Houdin ! Pincez-le en flagrant délit avec des créatures ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Banal que tout cela ! Si V. cache des vices, il ne va point au lupanar classique…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Comment faire, dans ce cas ? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Je sais qu’il donne souvent son aval à des manifestations de dames patronnesses point du tout partisanes de notre cause. La duchesse de. est coutumière de ces manifestations compassées, confites en bons sentiments de charité catholique. Toutes ses relations mondaines y bruissent, et peut-être, celles que nous et vous supposons être à la tête du réseau d’enlèvements. Je suis obligé de signer des arrêtés préfectoraux réglementant ces manifestations et y assurant l’ordre. La prochaine fête de ce genre est prévue bientôt, le premier dimanche de septembre. A cette occasion, voilà ce que je vous propose… »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;******************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs, parvenue à son but, se heurta au préposé chargé de filtrer l’accès à la Préfecture de Police. Ce sergent de ville, voué à la besogne ingrate de refouler dans la plupart des cas les visiteurs, ou de les admettre, le plus rarement possible, à pénétrer en ce saint des saints, fut jaugé par la bonne Sœur : c’était un homme bien ordinaire, comme tous ceux de son espèce, et vouée aux ordres ou non, elle pourrait l’amadouer. Elle commença : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;« Ah, monsieur le sergent ! Si vous saviez ! J’ai là la confession d’une malheureuse fille perdue qui souhaitait absolument solliciter une entrevue avec Monsieur Raimbourg-Constans afin de lui conter ses turpitudes et sa complicité forcée dans une affaire ténébreuse qui… »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle prenait à dessein un ton pleurnichard, de mélodrame, tout en adressant des œillades au représentant de l’ordre, se gourmandant en son for intérieur et demandant pardon d’avance à la Sainte Vierge pour l’usage de ces artifices luxurieux de fille d’Eve. C’est tout juste si elle ne se signait pas devant l’homme, mais le cœur y était. Elle brandissait son enveloppe sous les yeux du butor, comme elle l’eût fait de photographies clandestines de nus. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ne se laissant nullement fléchir, le sergiot répondit d’un ton sec à cette supplique : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Monsieur le préfet ne reçoit que sur rendez-vous ou sur convocation ! On ne passe pas, et surtout pas les quidams de la curaille ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Devant la grossièreté de cet anticlérical, sœur Anaïs s’empourpra. Elle ajouta d’autres clignements suggestifs tout en pointant sa gorge opulente qui saillissait sous sa robe de moniale. Elle lissa sa cornette comme une catin ses anglaises. Le goguenard factionnaire réalisa enfin qu’il avait en face de lui une créature tout en rondeurs, en bourrelets bien séduisants quoiqu’elle ne fût plus de la prime jeunesse, bonne femme dont la vêture de religieuse devait dissimuler des trésors de volupté bien fraîche. Ainsi excité par les appas graisseux de sœur Anaïs, il lissait ses moustaches châtaigne, bombait le torse, plastronnait, coqueriquait, faisant ressortir le cuivre doré&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;scintillant des boutons de son uniforme et sa dragonne tressée, car le drôle était en grande tenue. Il lui fit une avance obscène : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Le péché de chair ne vous tente-t-il pas, ma sœur ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Désolé, mon fils, rétorqua-t-elle en feignant une expression choquée, mais j’ai prononcé mes vœux depuis vingt ans et je me suis donc vouée à la chasteté. Dans une autre vie, peut-être… »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle murmura : « Seigneur, ne nous laissez pas succomber à la tentation. » tandis que le préposé, en grommelant, lui dit : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Vous pouvez entrer ; pour le service qui recueille les confessions des criminelles et autres, c’est tout droit, le premier escalier, deuxième étage, troisième porte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Merci mon fils ! s’empressa de répondre, radieuse, sœur Anaïs avant de franchir le porche.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- A vous r’voir, ma sœur », conclut le factionnaire en la saluant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Sœur Anaïs eut du mal à ne point s’égarer en ces lieux dédaléens. Elle gravissait les marches en soufflant et ahanant du fait de sa corpulence. Il eût été grand temps que nos édiles adoptassent la pratique invention de Mr Otis alors que nos plus sélects hôtels et nos riches entrepreneurs s’y étaient jà convertis. Il y avait une pagaïe de guichets lattés de bois verni, de vraies casemates derrière les grillages desquelles s’abritaient (des postillons, ou d’autre chose ?) les fonctionnaires. Il était difficile de s’y retrouver pour ceux qui ignoraient tout des arcanes de la préfecture. Les portes de bureaux et de services se ressemblaient toutes, ne comportaient nul signe distinctif, nulle plaque, et des sergiots statiques, comme statufiés vivants par Méduse, y montaient la garde, presque identiques les uns les autres, si ce n’étaient des nuances subtiles dans les galonnages, les boutonnages de leur vareuse ou la coupe de leurs bacchantes, différences à peine perceptibles par les néophytes.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://costume.mrugala.net/Autres/1865,%20Police,%20Brigadier%20de%20sergent%20de%20ville.jpg" src="http://costume.mrugala.net/Autres/1865,%20Police,%20Brigadier%20de%20sergent%20de%20ville.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Enfin, alors qu’elle croyait friser la folie propre à ces lacis labyrinthiques de corridors et d’escaliers, sœur Anaïs parvint au bon endroit. C’était là que trônait l’un des subordonnés au troisième anneau de la chaîne hiérarchique des personnes sous les ordres de Jules-Léon Soliveau. L’homme était un inspecteur de troisième classe, lui même obéissant à un inspecteur principal qui rendait compte au commissaire divisionnaire Brunon, du Quai des orfèvres, à quelques arpents de là. Brunon émettait un avis sur les dossiers de ces fameuses confessions de pègres et de pégresses de tout acabit, avant de les envoyer à Soliveau qui tranchait définitivement pour ou contre, ainsi que nous l’avons fait précédemment entendre, la signature décisionnelle de monsieur Raimbourg-Constans n’étant alors que pure formalité.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Sœur Anaïs, qui se doutait bien de l’importance des aveux de Blanche Moreau, comprit que les fonctionnaires avaient comme on dit avec familiarité &lt;i style=""&gt;du pain sur la planche &lt;/i&gt;et que l’eau de la Seine aurait le temps de couler d’abondance sous tous les ponts de Paris avant qu’ils décidassent quoi que ce fût au sujet de ces papelards gribouillés par une ivrognesse à l’agonie. Résignée, sœur Anaïs s’alla en marmottant un vague remerciement au semi sous-fifre après qu’il lui eut fait la vague promesse qu’il s’occuperait le plus tôt possible du contenu de cette enveloppe. Il n’y avait point urgence, n’est-ce pas ? La première chose que notre bonne Sœur entreprit, une fois à l’air libre, fut de s’enquérir d’un restaurant bon marché où elle pourrait enfin casser la croûte tant son estomac replet rugissait impoliment. Devenue inutile pour la suite de notre récit sémillant, elle tira lors sa révérence, au sens figuré de notre roman, en se goinfrant de galimafrées à quelques sous… &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il est curieux de constater qu’il existe bien un Dieu pour les soûlardes, même à titre posthume, &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;un Dieu qui fixa un jour faste pour notre morte, mais néfaste pour la comtesse de Cresseville, comme nous le verrons au fil des prochains chapitres. Toujours est-il que la confession de Blanche Moreau mit à peine cinq jours pour parvenir dans les mains de Jules-Léon Soliveau. Il ouvrit l’enveloppe à laquelle on avait joint une fiche. Tous les avis portés et tamponnés dessus, jusqu’à celui du commissaire divisionnaire Brunon du Quai confirmaient le haut intérêt de ces papiers : &lt;i style=""&gt;A examiner avec attention. Affaire à étudier de près car d’importance. A transmettre pour décision du Préfet de Police. Procureur Général et Ministre de la justice à tenir obligatoirement informés. &lt;/i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Septembre 18. débutait. Nous étions la veille de la fête de charité à laquelle monsieur Raimbourg-Constans avait conseillé à Hégésippe Allard de se rendre en famille, nonobstant ses convictions huguenotes, gueusardes et maçonniques. Nous remarquons ainsi que la préfecture de police ne chôme point le samedi, alors que le bas peuple, jà fatigué, ne songe qu’à aller danser et se prélasser aux guinguettes des bords de la Seine.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Non pas que ces pages au style mal ficelé continssent une abondance de détails salaces, scabreux et croustillants propres à faire saliver et s’exciter ces messieurs de la Rousse. Ils avaient l’habitude de visiter les maisons de tolérance, non point par vice, mais par devoir professionnel, et ce qu’ils y découvraient les surprenait toujours, tant le sexe est avide comme la technique et l’industrie de nouvelles inventions et d’innovations permanentes. Il était inévitable qu’ils se rinçassent l’œil à d’inédits spectacles, par exemple, ce groupe de catins encore emboîtées à quatre ou six sur un godemiché collectif. Nous Faustine&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftn7" name="_ftnref7" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[7]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, disciple de la grande Psappha, nous reviendrons sur ces objets singuliers de plaisir dans notre prochain chapitre, lorsque nous nous étendrons sur les rapports sororaux et gémellaires spéciaux de Daphné et Phoebé, nos leukémiques nymphes.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;De larges extraits de la prose maladroite de feue Blanche Moreau méritent d’être rapportés, et je ne m’en prive pas en les livrant à mes lectrices et lecteurs assidus et avides : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;i style=""&gt;« Moi, Blanche Angeline Moreau, née à Provin le 29 avril 1854, sène d’espri mai pas de cor, jé décidé de confessé tou mé péché avant de comparétr devan Dieu. Je lavou seur Anais.  &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Jé participer a lenlévemen&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;i style=""&gt;de si petite fiyes. Je sui coupabl dun péché mortel ma seur. Jen ai fai des p’tites putins pour dé gouine. Je confes ma conplicité ma seur. &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Jété une exellante chanteuse de café-concer. Jété jeune, joli, et je plaisé baucou. Je confes avoir sédui baucou d’ommes. Jé eu une fiye d’un deux, donc, de per inconu. Berte quelle s’appel. Jé pas su men ocupé. Pace que jaime boir, que jaime fair lamour avec des ommes. Alor, moi qui été sie mince et joli, j’suis devenu groce et j’suis tombai malade. La vérol qu’c’été, la maladi du péché, ma seur, cel quattrape lé femes de movaise vi. Jé eu de plu en plu mal a la jamb et jé eu de plu en plu besoin d’sou pou’ boufé ma soup, ma tambouye et mon pin. Alors, y sont v’nu me proposé un traval quy payai bien. Cété deu bonhomes au servisse dune contess, la contess Cléo com y disai. Y en avé un qui sapél Michel et un qui sapél Julien. J’conaisions poin leur non exacte. Y servé la contes Cléo, cé tou. (…)&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Y mont donque proposai de participé a des enlévémens de petite fiyes dan les quartié pauvr de Pari. Cé gamines eles été destiné a une méson clause pour femes qui aime les petite fiyes. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Y me prometé cen fran chac foi. Alor, ma seur, vou conprené, jé pas ésité, ni une ni deu, jé aceptai détr leur complisse. La premiér, sa a étai en octobr lan dernié. Iréne Jussaum qué sappelé. Cété une marchende de fleurs anbulente. Lété mignone. Je va vous raconté coment sa cé passer ma seur, comen Julien déguisai en mouane il a prossédé. (…)&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Yen a donque u si en tou, si gamine toute beles, toute jeune, que la contess au servisse de laqelle été Michel et Julien, elle les utilisé, disaitils pour plère à dais dammes pa tré come y fau malgrai leurs aparence de riche dan un bordelle tré tré spésial qué pa a Pari mé en provinsse dapré ceu que jé conpris. Jé déjà vu de cé dammes dan sertaines mésons clauses que je vou diré pa où quelle son pace que jy é eu sertins cliens tré hau plassés pace que com je marché de moin zen moin au beuglan, jé du fére un peu la prostitussion en méson de tolérence pour survivr.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Cé dammes on les apél les anadrines pace quelles aime que lamour entre fem, fem é petite fiye. Eles son gouines et pédées é eles von donc dan lé mésons clauses pour rencontré dautre femes, des putins qi en on mare de fér lamour avéc dé homs. Ele zutilize dé fau sex males en boi ou caouchoux qon apél gaudemiché pour fér sa entr el. Je lé fai une foi avec une amie de la contess Cléo pace que Cléo et ses complisses, y my on oblijée pour le pri de mon silensse. Vicontesse el, quel été. Sait une fem tré conue dan le gran monde y paré. Jvou jur ma seur que jé pas voulu recomencé une deuzième foi telemen sété cochon. Je préféreré toujour lé ommes (…)&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Le jour mém ou ma janbe ele a pété ma seur, jé participé au dernié enlévemen. Je pence qon doi en parlé dan lé journeau. Y avé un sacrénon de dieu dorage (excusé moi ce blasfém ma seur) quan au hasar, pace que maintenan, on atrapé les petiotes erentes et seuletes dan la ru, jé remarqué une petite brunne toute afolé et mouilé par la plui aveque un paraplui cacé. Alor, jé di à mon conplisse : « Vize-mois cel’ là. On tien le bon bou pace que sa devien fatigan a la longue de guété les petite qui on pa de paren et qui galopinen toute seule dehor par ce temp. Je la atirée ver moi par dé gest et on a pu mon complisse et moi lendormir avec du clorophorme. Je vendré pa le non de ce complisse pace quil é qun ocazionel de la band et qy fé autre choze den la filouteri. Cété qun apoin ma seur. Ceu qui été chargé demporter la petite ce son Jule et Alber des copins de Julien é Michel. La petite j’croi ben qué sapele Odile Boiron pace que ma seur, je lé lu dan le journal que vou mavé aportée le lendemin de mon arivé a Sain lasare. Ma jambe elle a cédé deu eures apré lenlévemen et jé eu gran gran mal. (…)&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;C’qe jeu veu, ma seur aven que de mourire, cé que vou me retrouvié ma petite Berte Louise Quiterie Moreau pace que jé décidé de vou doné son nom entié avec tou ses petis noms. Cé mignon tou plin come prénon Quiterie c’pa ? Ele boite et lé pa bel et toute mégre come une meure de fim famélic, avec une téte de belete toute comike et ele a que la pau sur les os é com je vou lé déjà espliquer cé une file naturele, pouf, v’nue come sa a force que jé fricoté avec dé dizaine de tipes don je me rapele pas les non. Jé pas eu de quoi men ocupé et je lai pa émée assé alor, losque jé abité un meublai a Chatau-Tiéry avant que je déménaje à la cloche de boi come je le fai toujour pace que jé jamé de quoi payé le loyé, jé vendu Berte – la pauvr ! – a dé oteliés quand ele a eu cinque an. Y on du en fair leur ptite esclave ou une pute, une causete de mosieur Ugo – jé pas lu son livre car il é tro lon é tro dure à lire. Y tiene lotel Téodorique je croi qui se nome en lavenu de Pari et vous p’vez pas vou y tronpé labas pace que cé une avenu quest pa baucou batie, bordé darbres ou y a pa baucou de mésons alor on la repér facilemen. Retrouvé-la ma seur, je vou en supli par la tré Sainte Vierge Marie pace que je veu etre pardonée de tous mé péchés ma seur et que jé peur de lenfer et du diable (…) » &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ce ne fut pas la prose approximative de cette confession d’outre-tombe qui fit réagir notre gratte-papier mais les six noms de petites filles qu’elle égrenait au fil de ces pages torchonnées comme l’on arrache un à un les pétales d’une pâquerette pour dire ou non je t’aime. Odile Boiron, encore fraîche dans les mémoires des lecteurs avides de faits divers sordides, méritait à elle seule que ces aveux attirassent l’attention et intéressassent au plus haut point Monsieur Raimbourg-Constans qui enquêtait sur ces affaires depuis des mois avec le Quai et les gendarmes, sans grands résultats pour l’instant. Cette lecture édifiante et effrayante achevée, Jules-Léon Soliveau actionna la sonnette, comme si c’eût été une alarme. Le sort de la comtesse de Cresseville venait d’être jeté.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.amorosart.com/image-work-toulouse_lautrec_la_goulue-14874-450-450.jpg" src="http://www.amorosart.com/image-work-toulouse_lautrec_la_goulue-14874-450-450.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;div style=""&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;  &lt;hr style="height: 4px;font-size:78%;" align="left" width="33%" &gt;    &lt;div style="" id="ftn1"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref1" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Aurore-Marie de Saint-Aubain fantasme sur la prison, la chapelle et l’infirmerie de Saint-Lazare, ces deux dernières construites par Louis-Pierre Baltard en 1834.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn2"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref2" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Dans le langage populaire imagé des &lt;i style=""&gt;malhonnête gens, &lt;/i&gt;cette expression désigne la guillotine.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn3"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref3" name="_ftn3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Elle ne renaîtra de ses cendres qu’en 1901 sous le nom de Brigade mondaine, soit sept ans après la mort d’Aurore-Marie de Saint-Aubain.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn4"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref4" name="_ftn4" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[4]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ce passage, de la part de la plume d’Aurore-Marie de Saint-Aubain, ne manque pas de sel si l’on sait son rôle actif dans les intrigues boulangistes de la duchesse d’Uzès et son appartenance à une secte d’extrême-droite dont elle fut la grande prêtresse de 1877 à sa mort. L’expression &lt;i style=""&gt;force occulte, &lt;/i&gt;qui annonce de manière troublante un film de propagande du régime de Vichy, semble lui avoir été suggérée, comme auparavant celle de &lt;i style=""&gt;solution finale, &lt;/i&gt;par un de ses mystérieux mentors, le baron Hermann Kulm, qui fut le numéro deux de sa secte.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn5"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref5" name="_ftn5" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[5]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; C'est-à-dire Georges Clémenceau, tombeur, entre autres, de Jules Ferry en 1885.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn6"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref6" name="_ftn6" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[6]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Sans doute s’agit-il d’un codage de Charles Floquet, président du Conseil anti-boulangiste en 1888-1889.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn7"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=4709771408355207382#_ftnref7" name="_ftn7" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[7]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Pour rappel, il s’agit du courageux pseudonyme littéraire adopté par Aurore-Marie de Saint-Aubain pour s’abriter des foudres de la justice.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-4709771408355207382?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/4709771408355207382/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=4709771408355207382' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/4709771408355207382'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/4709771408355207382'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2011/12/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint_11.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 16 1ere partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-7103325101735421224</id><published>2011-12-03T06:58:00.000-08:00</published><updated>2011-12-12T04:12:07.559-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 3e partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : des scènes érotiques explicites réservent ce chapitre à un public adulte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:worddocument&gt;   &lt;w:view&gt;Normal&lt;/w:View&gt;   &lt;w:zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt;   &lt;w:hyphenationzone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt;   &lt;w:compatibility&gt;    &lt;w:breakwrappedtables/&gt;    &lt;w:snaptogridincell/&gt;    &lt;w:wraptextwithpunct/&gt;    &lt;w:useasianbreakrules/&gt;   &lt;/w:Compatibility&gt;   &lt;w:browserlevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt;  &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin:0cm;  mso-para-margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.0pt;  font-family:"Times New Roman";} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.solidariteetprogres.org/IMG/jpg/21_frenesie_jardin_delices.jpg" src="http://www.solidariteetprogres.org/IMG/jpg/21_frenesie_jardin_delices.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;  Cela faisait près de quatre mois que Cléore menait mauvaise vie le samedi. Elle s’épuisait en cabrioles scabreuses rémunérées en compagnie de dames plus ou moins rustres et frustes. Notre &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte&lt;/i&gt; avait grand’peur que toutes ces putains inversées la vérolassent à force de soulager leurs frustrations sur elle. Elle devenait à la semblance d’un paillasson de chair effiloqué par les avanies multiples qu’il se contraignait à subir. Il fallait bien que tôt ou tard, elle abandonnât la partie, avant que ses entrailles fussent irrémédiablement chancies. En toute impudicité, elle exposait une anatomie intime de plus en plus irritée, tumescente, rougie, qui rappelait chaque semaine davantage quelque cul de guenon en chaleur. Elle se sentait infectée par la salauderie putassière des clientes qui s’en donnaient à cœur joie sur la fausse innocente de douze ans. Elles avaient l’assentiment de &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte, &lt;/i&gt;qui, comme toute professionnelle se respectant, consentait aux pires turpitudes accomplies sur ce jeune corps offert à la luxure. Jane Noble avait raison : il était urgent d’ouvrir des maisons closes pour femmes, tribades et autres. Minuscule putain consentante, Cléore acceptait des pratiques hétérodoxes sur son corps, pratiques inimaginables dans sa tête de bécasse encor huit mois auparavant…le seul avantage en résultant était qu’avec Délia, elle pouvait désormais varier les plaisirs et introduire son giton irlandais dans des territoires toujours plus inconnus et inexplorés. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Pour parfaire son ouvrage, si l’on veut, mais aussi par mimétisme et par excès de zèle, afin qu’elle entrât bien dans la peau d’une créature professionnelle, il arrivait à Cléore de pratiquer le racolage sur la voie publique de Château-Thierry. Sur le coup des six heures du soir, après qu’elle eut soupé par anticipation, elle se postait aux endroits stratégiques qu’elle savait fréquentés par des femmes seules, à condition qu’elles ne fussent pas des veuves chenues.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Elle arpentait la chaussée ou, lorsqu’il y en avait, les trottoirs, en effectuant des moulinets avec son réticule, sous ses oripeaux de petite fille modèle, prenant soin de temps en temps de relever ses jupes afin que les éventuelles tribades affriandées aperçussent ses pantalons de lingerie et ses jolis mollets gainés dans des bas de soie ivoirins. Jamais, même à Londres, on n’avait vu si juvénile tapin. Plus crâne que jamais, &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte&lt;/i&gt; arborait parfois un &lt;i style=""&gt;Londrès &lt;/i&gt;aux lèvres, ce qui choquait même les &lt;i style=""&gt;jules.&lt;/i&gt; Elle repoussait tous les hommes-satyres qui se proposaient, leur déclarant qu’elle ne travaillait que pour les femmes. Avec ses nœuds, ses bottillons guêtrés de luxe aux fascinants laçages et à la minuscule boutonnière, son chapeau fleuri et ses volants, Cléore-&lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;ressemblait plus que jamais à une monstrueuse poupée de porcelaine perverse. Le sobriquet justifié dont elle s’était affublée sous-entendait beaucoup de choses salaces. La rumeur circulant vite dans le milieu de la prostitution, sa réputation de petite fille saphique traversa les routes, les frontières et même les mers. On se demandait ce qu’elle pouvait fiche dans ce trou de province, au lieu d’officier dans les plus grandes maisons de Londres, Berlin ou Paris. On fantasmait beaucoup sur son &lt;i style=""&gt;nom de métier, &lt;/i&gt;vantant son étonnante précocité en matière de mœurs, de connaissances anatomiques, de pratiques d’une audace inouïe même pour une mère-maquerelle de trente ans d’expérience ; on s’hallucinait, glosait et délirait sur le développement anormal de son système pileux intime, sa couleur, naturelle ou teinte au henné, sur son âge réel enfin. Ses toilettes étaient si belles, si riches, si ouvragées, si proprettes et distinguées, qu’on la supposait entretenue par une duchesse ou une marquise &lt;i style=""&gt;portée sur l’amour des petites filles&lt;/i&gt;, comme si elle eût été Délia&lt;i style=""&gt;.&lt;/i&gt; D’aucuns croyaient qu’il s’agissait d’une monstresse de foire échappée d’un cirque, d’une sorte de naine délicate et fragile d’une joliesse et d’une ténuité telles qu’elle parvenait à faire accroire à tout le monde qu’elle n’avait que douze ans. On exagérait sa petite taille jusqu’à lui attribuer soixante-dix centimètres. C’était selon les uns une authentique fillette, selon d’autres une poupée de Jeanneton dont un retard de croissance avait empêché le développement des formes, seuls ses poils ayant poussé &lt;i style=""&gt;là où il fallait qu’ils fussent pour qu’elle apparût &lt;b style=""&gt;femme&lt;/b&gt;. &lt;/i&gt;Cela, pour les messieurs qui fréquentaient les créatures.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 272px; height: 340px;" alt="http://image.toutlecine.com/photos/q/u/0/qu-est-il-arrive-a-baby-ii05-g.jpg" src="http://image.toutlecine.com/photos/q/u/0/qu-est-il-arrive-a-baby-ii05-g.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Les vraies catins, elles, n’étaient pas dupes du manège de Cléore et de son âge réel. Elles avaient bien constaté qu’elle ne racolait que des femmes : elle était &lt;i style=""&gt;gouine&lt;/i&gt;, exclusivement &lt;i style=""&gt;gouine&lt;/i&gt;, et ça, elles l’exécraient. Plusieurs l’avaient scrutée de près : son visage n’était pas si enfantin que cela et la bamboche effrénée des derniers mois avait occasionné des cernes dans ses yeux, une brouille du teint et une amorce à peine perceptible de pattes d’oie, sauf pour les regards exercés des femmes sans pitié qui guettent chez la rivale en beauté et en luxure le moindre symptôme d’usure. De plus, ses joues étaient moins pleines et poupines que celles d’une vraie petite fille. Elle se maquillait et se poudrait comme toutes les putains, et cela la vieillissait. D’un commun accord, elles fixèrent son âge à vingt-huit ans et sa taille à un mètre quarante-cinq sans les bottines. Elles discutaient du sujet au cabaret en fumant d’infectes cigarettes entre deux verres d’absinthe ou d’eau-de-vie. Elles savaient que son sobriquet, &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte,&lt;/i&gt; n’était pas usurpé dans la profession, car il signifiait non seulement que l’on avait affaire à une vraie rousse, mais qu’elle l’était &lt;i style=""&gt;partout&lt;/i&gt;, du fait qu’elle ne s’épilait pas. L’une de nos lorettes s’était dévouée en jouant à la cliente. Elle avait pu vérifier sur place et sur pièce l’authenticité de la chose. Avec une telle toison pubienne érubescente et flamboyante obtenue sans triche – qui faisait toute la beauté de son sexe de petite putain – aussi fournie que la pilosité du biblique Esaü ou la chevelure de Samson, réellement objet de fierté, d’enorgueillissement pour celle qui la possédait, les professionnelles ne pouvaient que la jalouser. Elles souhaitaient dénoncer la fillette à la police et lui révéler son âge au risque de moisir elles-mêmes à l’ombre. Elles la détestèrent tout en bâtissant autour d’elle toute une histoire, une &lt;i style=""&gt;légende urbaine&lt;/i&gt;, selon laquelle il s’agissait d’une &lt;i style=""&gt;fille &lt;/i&gt;spécialisée dans les rôles de Bébés comme on en trouvait officiant communément dans maintes maisons closes parmi celles qui avaient le physique requis de sylphide, &lt;i style=""&gt;fille &lt;/i&gt;qu’on avait renvoyée de son bordel à la suite d’un larcin ou d’un scandale en rapport avec son saphisme notoire. Nos catins castelthéodoriciennes se concertèrent pour régler son compte à Cléore : elles agiraient par en-dessous. D’abord, elles feraient mine de lui laisser place nette, lui donnant l’illusion qu’elle serait la maîtresse de la ville. Puis, elles iraient quêter au porte à porte, se cotiseraient, pour publier un libelle anonyme insultant et obscène dirigé contre elle, qu’elles dénonceraient comme &lt;i style=""&gt;la nouvelle&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;Autrichienne anandryne miniature couchaillant avec ses Polignac et ses Lamballe&lt;/i&gt;. Elles distribueraient des brochures, des tracts à tous leurs clients, en leur demandant de faire de la mauvaise réclame contre elle, tracts qui dévoileraient ses origines infâmes et affirmeraient qu’elle est vérolée au centuple. Elle serait proclamée contagieuse. Elle perdrait tout son chaland femelle affolé par &lt;i style=""&gt;le péril vénérien &lt;/i&gt;qu’elle représenterait&lt;i style=""&gt;. &lt;/i&gt;Enfin, une des putes se dévouerait un soir, en douce, pour la piéger dans un recoin, une voie sans issue, où elle lui balancerait du vitriol en plein sur sa jolie figure de poupée. Défigurée, elle débarrasserait enfin le plancher et irait se faire pendre ailleurs. La suite des événements clôturant le présent chapitre empêchera le plan des lorettes de trouver le moindre commencement d’exécution. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Les péripatéticiennes authentiques fuyaient donc à l’approche de la diabolique enfant, lui abandonnant – pour l’instant - le terrain. Les lorettes postaient l’une d’entre elles – en général, celle qui était la moins accorte et avait l’allure d’une harengère ou d’une poissarde – en sentinelle ou en faction, afin qu’elle donnât l’alerte. Quand &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;daignait se pointer de sa démarche désinvolte et nonchalante, sucette ou cigare à la bouche, parfois avec un ballon, une corde à sauter ou un cerceau, l’éclaireuse sifflait, donnait le signal d’alarme, puis se coltinait la charge de crier : « Vingt-deux ! V’là l’Bébé Jumeau qui rapplique ! F..tons l’camp ! » Elles s’égaillaient lors toutes, se débinaient, se débandaient comme s’il se fût agi d’une rafle des pandores ou de la rousse. Elles relevaient leurs jupons sales en hurlant : « Au s’cours ! C’est cette p. de rouquine ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;   &lt;/span&gt;Cléore n’était pas comme elles car ignorant la peur de la police. Elle craignait certes que les gendarmes, le garde-champêtre de l’autre soir ou tout autre officier de la maréchaussée la pinçassent en flagrant délit, mais elle n’en avait rapidement plus cure et poursuivait sa promenade culottée à petits pas de trotte-menu juchée sur ses bottines de luxe. Quand elle avait repéré une cliente potentielle, elle l’abordait sans gêne, lui jetant en zézayant la phrase rituelle : « Tu viens avec moi, ma zolie ? » En général, les bonnes femmes qui concluaient l’affaire et étaient d’accord pour la suivre dans son galetas, lui offraient au préalable des bonbons, des sucettes, des caramels, des petites gâteaux, des galettes ou tartelettes, des tartines beurrées et toutes autres douceurs dont les dents enfantines étaient avides. Cela comblait d’aise &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;et achevait de rassasier son petit estomac, du fait qu’elle avait dû souper tôt. Bien qu’à un tel régime, ses dents pussent se carier – sans oublier le risque de diabète – cela changeait Cléore des galimafrées et autres ripopées constituant le lot commun, l’ordinaire des autres poupées-putains exerçant leurs charmes dans les lupanars.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ignorante de ce qui se tramait à son encontre, mademoiselle &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;poursuivait vaille que vaille sa vie dévergondée de bâton de chaise du samedi soir. Il paraissait, selon le constat des catins, que le stupéfiant de la prostitution étiolait Cléore et gâchait sa carnation de rousse, laiteuse, sublime, et comme nous le savons, prompte à allumer le désir par le seul toucher de la peau. Délia elle-même lui trouvait le teint effectivement brouillé. Ceci n’était pas une facétie, un mot d’esprit pédant qu’eût prononcé autour de 1830 de ses lèvres zozotantes un vieux muscadin enfariné, les joues couperosées couvertes de mouches, décati, suiffeux et goutteux, nostalgique de sa folle jeunesse efféminée. Il s’agissait d’une vérité assenée à l’esprit tourmenté de la comtesse de Cresseville, qui réalisait sa décrépitude et la dégringolade de son statut, de la douce, gentillette et bien éduquée pupille Anne Médéric, à la peu enviable et monstrueuse &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte, &lt;/i&gt;rongée par la culpabilité de ses vices et par sa purulence de menue prostituée de bas étage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Afin d’être mieux informée et instruite de ce qui pouvait l’attendre, la comtesse de Cresseville obtint d’Elémir le prêt du plus osé des ouvrages de sa bibliothèque : le &lt;i style=""&gt;Traité des plaisirs de la Femme&lt;/i&gt;, œuvre somptueuse dans son raffinement horrible, écrite au début de ce siècle par le moine shintoïste japonais défroqué érotomane Ishiguro Takahara, traduit en 1874 par une certaine &lt;i style=""&gt;Dolly, &lt;/i&gt;pseudonyme semblait-il d’une des amantes de Valtesse de la Bigne alias &lt;i style=""&gt;Ego-Isola&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in;" alt="http://www.yes-we-art.com/22810-22815/mademoiselle-lucie-delabigne-appelee-valtesse-de-la-bigne-1879.jpg" src="http://www.yes-we-art.com/22810-22815/mademoiselle-lucie-delabigne-appelee-valtesse-de-la-bigne-1879.jpg" width="332" height="525" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; C’était un in-quarto relié en peaux de pénis et de génitoires de taureau, à l’odeur musquée, irritante d’une puanteur évocatrice, qui contenait vingt estampes hors-texte en couleurs du grand artiste nippon Hiroshige, plus connu pour ses paysages davantage présentables au public non averti. Cinq estampes étaient consacrées au saphisme, quatre à l’onanisme féminin et une à la scatophilie. Tout un chapitre du sans-pareil ouvrage pornographique traitait des &lt;i style=""&gt;perles de geisha, &lt;/i&gt;un autre de&lt;i style=""&gt; la consommation du produit des menstrues&lt;/i&gt; et encore un du &lt;i style=""&gt;seppuku de la geisha.&lt;/i&gt; Afin qu’elle pût satisfaire les anandrynes qu’elle recevait en son bouge, Cléore dut s’exercer soit en solo, soit avec Délie, avec laquelle elle mit en pratique d’inracontables horreurs. Il faut savoir, amies lectrices – ne vous choquez point – qu’Adelia O’Flanaghan jouait le rôle de la cliente de ces passes où celui de Cléore &lt;i style=""&gt;était toujours passif. &lt;/i&gt;La comtesse de Cresseville ne vit pas le danger : sa mie devenait sa dominante et prenait désormais toutes les initiatives hardies du couple. Elle &lt;i style=""&gt;sautait &lt;/i&gt;Cléore comme Louis XIV ses maîtresses dès que l’envie d’en jouir la démangeait. Les rôles s’inversaient. La sultane en devenait l’esclave sexuelle et la favorite la maîtresse des lieux, usant et abusant de Mademoiselle de Cresseville comme bon lui chantait. Cléore ne fut lors plus qu’une bête soumise à l’acceptation de son sort. Elle devait se ressaisir promptement.&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Je ne m’étendrai point sur tout ce que &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;subit de la part des Dames qu’elle recevait et la payaient de plus en plus cher : le tarif moyen avait bondi à vingt francs or le 20 octobre 18. J’exposerai vite quelques exemples non excessivement développés avant de détailler les événements mêlant &lt;i style=""&gt;la Russe &lt;/i&gt;et &lt;i style=""&gt;la maraîchère, &lt;/i&gt;faits scabreux qui convainquirent la comtesse de Cresseville à délaisser la prostitution individuelle.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Souventefois, &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;était obligée de demeurer intégralement nue dans cette chambrée insalubre dépourvue de tout moyen de chauffage. Ne pouvant simuler, jouer les enrhumées, elle laissait son nez couler et contaminait les lesbiennes dont certaines goûtaient fort à cette délicieuse humeur nasale. Une fois, elle put conserver ses pantalons, mais c’était parce que la cliente préférait sa poitrine au reste : elle téta Cléore des heures durant, suçant ses mamelles menues au point qu’une intumescence de montée de premier lait la prit. A sa surprise, les minuscules seins de Mademoiselle de Cresseville félicitèrent et comblèrent la femme qui adorait ses petits tétins rosés, en cela qu’ils dégorgèrent des gouttelettes bien nourrissantes d’un savoureux colostrum. C’était comme si &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;eût été maman pour la première fois. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Une autre cliente ne lui fit rien du tout, à son grand soulagement, du moins, à sa première visite. Cléore conserva sa jolie robe et ses rubans, mais se contraignit à écouter l’édifiante lecture de cette Dame, qui se complaisait dans les récits ethnographiques et les chroniques de voyage de ceux qui bâtissaient un Empire en Afrique. C’était la femme d’un officier posté au Sénégal. Elle conta à Cléore avec force détails – supposant qu’une petite fille aime à ce qu’on lui lise des récits moralisateurs – la manière dont il fallait civiliser les sauvages nègres et notamment, leurs femmes. Des pratiques barbares et mutilantes exercées sur elles y étaient condamnées, usages coutumiers de chefferies que la civilisation occidentale interdisait. Contre les récalcitrantes qui refusaient le baptême catholique et pour calmer l’ire de notre soldatesque peu éduquée, le rédacteur du livre colonial prônait un châtiment spécial : l’introduction de pétards de feux d’artifice du 14-juillet dans le vagin ou l’anus des insoumises – car l’auteur était républicain. Il racontait comment l’une de ces négresses à plateaux avait terminé sa vie en feu de Bengale et en &lt;i style=""&gt;soleil de Léonard de Vinci. &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Cependant, Cléore dut supporter une seconde visite de cette Dame exaltée : elle lui avoua s’être convertie en secret à l’islam nègre et, afin de conforter sa nouvelle religion, il fallait qu’elle se conformât aux coutumes barbares des tribus africaines. Elle tendit à &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;un rasoir et un plat à barbe que Don Quichotte n’eût point dédaigné. Avec un compréhensible dégoût, Cléore dut opérer à vif la femme, le sexe offert à sa concupiscence, excisant ses organes externes du plaisir avec une habileté dextre qui l’étonna. Ce ne fut pas tout : cette aliénée contraignit la fausse petite fille à consommer le contenu sanguinolent du plat en ravigote tandis qu’elle-même saignait encore d’abondance et souillait l’entièreté du galetas. Elle se confessa, avouant à mademoiselle, qui était en train de vomir tout en mâchouillant ces atrocités vénériennes, qu’elle avait assassiné son époux – revenu en permission - la veille en l’émasculant et en le châtrant intégralement et qu’elle avait cuisiné son membre viril comme une andouille de Guéméné avant de le dévorer tandis que ses testicules avaient fini dans son estomac de marie-salope en savoureux rognons. Les gendarmes la recherchaient, et il ne fallait pas qu’ils sussent que Cléore l’avait reçue. Elle acheta de cent francs le silence de l’abjecte poupée-putain puante des vomissures maculant sa robe organsinée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les nouvelles adeptes de Sappho se ruaient en cette bonne adresse dont la notoriété se répandait dans leur communauté. Elles officiaient sur Cléore, dans cette chambre grumeleuse et mouchetée de crasse, de sang et de sanies diverses qui giclaient parfois jusqu’au plafond. Elles affluaient parfois de loin, d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne, de Russie et même de l’Etat libre d’Orange en pleine Afrique australe. Cléore s’initia à des langues exotiques, dans les sens linguistique et graveleux du terme. Ces femmes dévoilaient aux yeux effarés de notre enfant des lingeries souventefois bizarres autant au point de vue de la matière que de la forme, d’une audace d’un &lt;i style=""&gt;plus-que-nu&lt;/i&gt; excitant pis que la nudité elle-même, dessous anormaux dont elles s’affublaient pour des pratiques de plus en plus déviantes. Cléore fut toujours soumise, obéissante, avilie. Elle servait parfois de simple poire pour la soif, de préliminaire à des jeux entre adultes, car il arrivait que les lesbiennes vinssent chez elle en couple et s’ébattissent devant elle, sans gêne, la conviant parfois à partager leurs débauches après qu’elles eurent profité d’elle. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La Russe fatale, quant à elle, l’obligea en prélude à demeurer nue et à jouer à la chatte en chaleur, un collier serti de diamants authentiques lui faisant office de seule parure précieuse. Afin de compléter et de parfaire cette panoplie érotique plus qu’équivoque, notre tribade slave ceignit la chute de reins de la comtesse de Cresseville d’une volumineuse faveur de satin rose. Telle quelle, elle ressemblait à un monstrueux bonbon félin de chair humaine bien emballé et propre à allumer le désir. C’était l’exacte reproduction de la tenue qu’avait arborée la célèbre &lt;i style=""&gt;Pussy&lt;/i&gt; anglaise du Chabanais l’année précédente, lorsqu’on l’avait offerte en cadeau au Prince de Galles pour ses menus plaisirs. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;se contraignait à pousser des miaulements d’extase &lt;i style=""&gt;œstraux&lt;/i&gt; tandis que cette proche de la tsarine, en villégiature en France, la fouettait de verges miniatures urticantes qui cinglaient, échauffaient et zébraient son anus et sa vulve. Davantage les lanières de ce petit martinet poursuivaient leurs cinglements caressants et oppressants sur la conque ourlée de Cléore, davantage celle-ci s’empourprait d’une urticaire syphilitique. A la fois cramoisie et écarlate, bientôt très irritée et enflée, elle se souilla d’un exsudat et d’une éruption sanglants. Aux arrachures et excoriations de peau, très fine à cet endroit secret, se mêlèrent, coagulèrent, s’agglutinèrent et adhérèrent des poils arrachés de conin dont le roux ardent se confondit avec la nuance rubis du sang s’épanchant des zébrures résultant des minuscules coups de verges inlassablement répétés. Le cul de la jolie fausse enfant ne valait guère mieux. A ces tourments délicieux s’ajoutaient les chatouillements occasionnés par les tombées de son nœud satiné.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 321px; height: 429px;" alt="http://images3.photomania.com/67820/1/radA5BFF.jpg" src="http://images3.photomania.com/67820/1/radA5BFF.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Notre adepte du sadisme forçait notre petite &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;à prononcer ses &lt;i style=""&gt;mieou &lt;/i&gt;avec un accent russe contrefait et forcé. Tout cela était bien attendrissant, bien excitant aussi, propre à réveiller les sens engourdis d’un vieux lubrique. Il eût été impossible de transcrire ces mélodieux miaulements artificiels en alphabet cyrillique. Pour ma part, je pense que toutes les chattes du monde miaulent à l’identique, et qu’il n’existe entre elles aucune différence de langage. Le miaulement est universel ; il n’a pas connu la confusion de la tour de Babel. Cependant, pour parfaire sa composition de félidé et de &lt;i style=""&gt;pussy &lt;/i&gt;de bordel, il manquait à Cléore la spontanéité, l’insolence, la lubricité et la lascivité innées qui seyaient tant à sa Délie chérie, que Dame Nature avait généreusement pourvue de dons multiples. Aussi manquait-elle de conviction, poussait-elle des &lt;i style=""&gt;miaous &lt;/i&gt;bien timides quoique mignards ; mais la Russe, peu susceptible de sagacité, ne le remarquait même pas, tant elle se concentrait sur sa tâche flagellatoire des extrémités fessues et labiées de notre mignonne rousse seulement adonisée de ses nœuds de cheveux, de son collier précieux et de sa faveur rose.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Cette scène bien chaude, digne du renommé &lt;i style=""&gt;Sodome &lt;/i&gt;de Donatien marquis de Sade, dilatée dans un instant de temps qui paraissait infini, se déroulait dans le clair-obscur incertain et ombré de candélabres aux chandelles de suif, qui fumaient d’une mauvaise consomption de leur graisse. Indisposée et le sachant, point du tout labile en cette matière vile, l’ignoble femelle de Saint Petersbourg lâcha lestement l’ichor de ses menstruations dans une jatte où jà croupissait un lait tourné, et imposa à notre Cléore-chatte de laper à quatre pattes ce cauchemar en ronronnant de volupté pendant qu’elle continuait à lui battre cul et sexe saignants envenimés de mille tuméfactions et bourrelets enflammés érysipélateux. Ceci achevé, elle lui intima l’ordre de demeurer en permanence dans la même position de quadrupède. Puis, n’étant plus à une perversion près, la goule entreprit sur Cléore une toilette féline. Elle &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;lécha et suçota à son tour le sang de la comtesse de Cresseville, à même ses fesses et sa vulve meurtries et écorchées, parcourues plus profondément par sa langue qu’il n’eût été permis, avant de se dévêtir. Lorsqu’elle n’eut plus pour tout vêtement qu’une espèce de cache-sexe ou de ceinture de chasteté de cuir clouté, elle enfila un masque de panthère noire de la même matière, qui plus était hérissé d’aiguilles, et attacha un godemiché-rostre de sycomore audit cache-sexe. Elle enveloppa ce phalle aigu dans un fourreau lactescent en vessie de porc qu’elle enduisit d’une huile lubrifiante afin d’en faciliter l’introduction dans le con de la catin poupée. Il était d’usage en Albion que l’on désignât cette gaine pénienne souple sous le nom de &lt;i style=""&gt;french letter. &lt;/i&gt;Cela était bien pratique pour celles et ceux qui voulaient que les liqueurs spermatiques mâles ne se déversassent point en la femme et pour obvier tout risque d’&lt;i style=""&gt;ange&lt;/i&gt;. Par contre, Cléore n’en appréhenda pas toutes les subtilités d’emploi de la part de l’anandryne russe, ne comprenant plus les intentions de ce chaland. Lorsqu’elle réalisa ce qui l’attendait, elle se résigna à se laisser faire. « Elle va se comporter avec moi tel un antiphysique… » songea-t-elle bien maladroitement. Elle se sentit bien chagrinée, tel un royaliste passé par les armes sous l’habit rouge anglais après le traquenard de Quiberon. La huppe l’allait pénétrer par la croupe, à la manière dont s’accouplent les chats, les pédérastes et les eunuques de Lecomte du Noüy.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 358px; height: 216px;" alt="http://3a.img.v4.skyrock.net/3a7/rentree-litteraire-art/pics/3023808418_1_3_fk4SIbu6.png" src="http://3a.img.v4.skyrock.net/3a7/rentree-litteraire-art/pics/3023808418_1_3_fk4SIbu6.png" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; S’il existait quelque part dans la nature des chattes saphiques, comment faisaient-elles donc l’amour ? Etait-ce cela l’amour ? Ces pratiques avilissantes, humiliantes, dominatrices, sans que nul sentiment de tendresse ne s’exprimât et prévalût sur le seul plaisir physique ? Ses rapports avec Délia, quelques sensuels et osés qu’ils fussent, s’avéraient bien plus affectueux…Là, en cette chambre sordide et enfumée par les mauvaises chandelles, tout n’était que bestialité, brutalité farouche, abjection et étalage d’insanités. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Lors, une main se porta à son pubis, sans crier gare, sans qu’elle s’y attendît.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 270px; height: 418px;" alt="http://archivalart.com/Victorian_Kitty_Cat_Graphic.jpg" src="http://archivalart.com/Victorian_Kitty_Cat_Graphic.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Afin de stimuler les sens de Mademoiselle de Cresseville avant qu’elle la pénétrât et de faciliter son paroxysme orgasmique, notre femme-chat s’amusa à caresser de ses doigts arachnéens bagués de chatoyants solitaires et aux ongles effilés, le mignon et ténu petit organe érectile rosâtre, pubescent et duveteux de &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte, &lt;/i&gt;sis après la touffe rousse sous son mont de Vénus, organe que nos doctes anatomistes qualifient de &lt;i style=""&gt;clitoridien&lt;/i&gt;. Il enfla, gonfla et se dressa de plaisir, atteignant lors les proportions d’un vit de garçonnet de cinq ans cependant au repos (ce qui n’était pas mal pour une toute petite femme excitée), tandis que la comtesse de Cresseville émettait force gémissements, gloussements de pintade et halètements de volupté bien qu’elle ressentît encore les brûlures de la flagellation du martinet miniature. Les mucosités de son canal intime vaginal ne tardèrent pas à s’humidifier et s’humecter de ses eaux blanches qui commencèrent à goutter et couler parmi les écorchures vulvaires tumescentes et imbibées de sang. La voyant prête, la cliente entreprit enfin Cléore par derrière, la chevauchant et pénétrant à chaque orifice, en la déchirant et la forçant par d’incessants va-et-vient tressautants de sodomite grec. &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte, &lt;/i&gt;ainsi sodomisée par ses trois trous, anal, urinaire et génital,&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;poussa des cris et des glapissements d’une ampleur roborative, accès vocaux d’accomplissement de son plaisir de poupée rousse où douleur et jouissance se mêlaient avec allégresse. Il était facétieux d’assister à cette séquence ardente et sémillante où une svelte nymphe pré-nubile d’apparence, nue à l’exception du collier adamantin de féline et des faveurs diverses, hurlait de rut et de coït telle la plus expérimentée des créatures du Chabanais, hurlements extatiques qui contrastaient vivement avec l’enfantine coiffure de la donzelle-gourgandine, tout en boucles anglaises et parée de rubans et padous roses. Cléore dégobilla, débéqueta, dégoisa et recracha de son conin, de son canal urinaire et de son anus blessés, poisseux et meurtris au risque de l’éclatement interne par les assauts multiples du faux foutre, des flots de vice obscènes où se mêlaient liquides défécatoires diarrhéiques, urine, sang, ichor et liqueur d’orgasme. Quant à la fameuse faveur rose ornementant son cul, elle n’était plus que lambeaux suris lamentables, empoissés des mille viles merveilles scatophiles et vénériennes que &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte&lt;/i&gt; y avait épanchées durant ce jeu d’une confondante obscénité. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;La femme-chat s’agenouilla et lapa ces infections et déjections en déversant à son tour sa fontaine qui perça son cache-sexe clouté bientôt gluant de son empois de putain inversée. &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte &lt;/i&gt;sombra lors dans l’inconscience et ne recouvra ses sens que le lendemain matin, sa nudité écorchée baignant dans ses flaques de pus vénérien. Elle se sentit si enrouée par ses cris de plaisir qu’elle dut prendre une décoction de sisymbre. La Russe lui avait laissé mille francs, qu’elle trouva sur la fameuse chaise dépaillée… Et notre cliente prodigue avait repris le collier de diamants. Cléore était si meurtrie qu’elle ne put ce dimanche-là retourner à Paris. Elle conserva des bandages à son fondement une semaine durant, jusqu’à ce qu’ils gouttassent de pus et que ces pansements suris entrassent dans le rituel émoustillant et suggestif de déshabillage qu’entreprit sur elle l’anandryne cliente du samedi suivant. Prise de pitié, de compassion pour la pauvre enfant qu’on avait trop fessée et corrigée pour son inconduite notoire d’ingénue libertine de douze ans – du moins, c’est ce que Cléore prétendit -, cette femme anonyme et voilée ne lui fit rien, lui versa ses vingt francs et s’alla, la larme à l’œil, sans autre forme de procès, laissant Cléore se geler &lt;i style=""&gt;à poils &lt;/i&gt;toute la nuit dans cette pièce insane. Elle avait emporté, volé tous ses vêtements et dessous de poupée… &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La comtesse de Cresseville acceptait toutes ces atrocités et avanies pornographiques du fait qu’on la rémunérait de mieux en mieux. Elle découvrit durant une autre &lt;i style=""&gt;séance&lt;/i&gt; qu’on pouvait entrer une main entière en elle, tant son vagin s’était élargi et dilaté à force de salauderies pénétrantes répétées, comme si elle eût jà accouché d’une dizaine d’enfants. Cette main, qui appartenait à la tribade allemande, elle dut en déguster aussi la poisse intime et personnelle qui s’y était extravasée. Elle souffrit mille martyres, mille tourments où curieusement, &lt;i style=""&gt;les perles de geisha &lt;/i&gt;demeurèrent toujours absentes de ces pratiques avant tout européennes. Elle s’interrogeait chaque samedi davantage, se gourmandant de plus en plus pour &lt;i style=""&gt;ce qu’elle avait fait.&lt;/i&gt; C’étaient péché, luxure, haïssables ô combien. Il lui fallait battre sa coulpe. Imitant Elémir, elle demeura tout un dimanche à &lt;i style=""&gt;Moesta et Errabunda &lt;/i&gt;où elle s’auto-flagella en chemise de pénitente dans la salle de géhenne.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e3/Natalie_Barney_in_Fur_Cape.jpg/220px-Natalie_Barney_in_Fur_Cape.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/e3/Natalie_Barney_in_Fur_Cape.jpg/220px-Natalie_Barney_in_Fur_Cape.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Un beau soir de fin octobre, les choses allèrent encore plus loin. Ce ne fut pas une cliente de qualité, de la haute, qui s’alla visiter la fausse fillette. Non point jeune non plus ; la femme était âgée, soixante années à tout le moins… elle exerçait le métier de marchande des quatre saisons à Epernay et s’y connaissait fort bien en légumes et racines. Cléore comprit : &lt;i style=""&gt;elle allait affronter des genres inédits de godemichés…non lavés, c'est-à-dire souillés de terre.&lt;/i&gt; C’était une grasse vulgaire, à peine dégrossie, bien mamelue, vêtue bien ordinairement d’une toilette du peuple. Elle portait un châle sale et un fichu écru d’un blanc viré au jaune. L’ourlet de ses amples jupes avait ramassé toutes les marbrures et traînées d’ordures qu’une chaussée non empierrée, abondante en flaques et en gadoue, est susceptible de comporter. Son nez et ses joues étaient fleuris, furfuracés, marqués de croûtes violines d’épistaxis et de saouleries d’absinthe et de piquette. Elle puait la soûlarde à cent lieues. D’elle émanaient des miasmes inclassables, remugles composés d’une pluralité de senteurs plus incommodantes les unes que les autres. D’évidence, cette cul-terreuse ne s’était plus lavée depuis l’ondoiement du baptême. Elle devait avoir une sainte horreur de l’eau – quoique les villes où elle se rendait avec sa charretée des halles comportassent étuves et bains publics où elle eût pu acquérir un semblant de propreté pour la bonne cause de son chaland amateur de bons légumes primeurs et autres – haine du liquide ou phobie digne des &lt;i style=""&gt;honnêtes hommes &lt;/i&gt;du dix-septième siècle, dit siècle &lt;i style=""&gt;des miasmes des personnes de qualité&lt;/i&gt; que celles-ci camouflaient en usant à l’envi de parfums enivrants. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La paysanne verdurière, qui se nommait Pierrette Lescot, imposa à Cléore le nu intégral. Puis, elle l’attacha avec des cordes solides sur le fameux matelas pourri, couchée sur le ventre, jambes écartées afin que son sexe, intumescent, encroûté de sang coagulé et rubescent de dépravation et de bamboche, fût bien apparent et accessible. Pour la première fois, la comtesse de Cresseville voulut résister à l’impensable. La bouseuse exhiba un poireau sale, tout en intimant l’ordre de demeurer calme à celle qu’elle prenait pour une petite fille débauchée et sadique.&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ce fut le viol le plus odieux et le plus hideux qu’elle eût jamais vécu. Une fulgurance la traversa toute, occasionnant en elle un déchirement intérieur d’une intensité jamais ressentie auparavant, telle une rupture définitive de son moi, une mutilation utérine irréversible. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Complaisamment, non au fait des tenants et aboutissants de son entreprise, la comtesse de Cresseville s’était plongée tête la première dans un océan de stupre sans en mesurer les conséquences. Désormais, elle vivait une lente descente aux enfers, telle une &lt;i style=""&gt;fille &lt;/i&gt;des romans exécrables et artificieux du sieur Zola. Etait-elle une Gervaise ou une Nana ? Elle n’avait point leurs formes grasses et voluptueuses. Quelles qu’eussent été son habileté et son endurance, Cléore avait depuis longtemps dépassé les limites permises et imparties… dès le franchissement du seuil des pénates d’Elémir, en fait. Elle se maudit, se mordit les lèvres en se morigénant, regrettant qu’elle n’eût pas fait défection à la première imprégnation de ses pantalons de lingerie. Dès lors, elle touchait le fond abject sédimenté d’excréments de sa propre forfaiture. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La paysanne qui l’humiliait croyait ses manières douces, empruntées : de fait, ce fut la brutalité la plus extrême qui présida à son acte sans qu’elle en eût un bénéfice sexuel propre, sans que ses sens éprouvassent le moins du monde autre chose que la satisfaction d’avoir fait souffrir une fillette d’une incoercible malemort. Comment sortir de là, renoncer à ce métier oiseux et morbide, à ces pratiques turpides ? La réaction de notre &lt;i style=""&gt;Poils de Carotte&lt;/i&gt; au poireau qui souillait son fondement s’avéra inadéquate. Elle gémit, cria non ! à gorge déployée, fit la convulsionnaire en se contorsionnant en vain, se meurtrissant davantage encore à cause des liens qui la tenaient, implorant la pitié de la folle au lieu de tenter de se défaire des cordes et de maîtriser la campagnarde sauvage, assez chenue pour qu’elle cédât et concédât une victoire de la jeune femme. Contente du résultat, la vieille crottue persévéra : après le poireau qu’elle retira, elle voulut essayer les raves et les navets. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Pourfendue par un deuxième légume horrifiant et terreux, Cléore saigna d’abondance, comme prise d’une crise d’hémorroïdes, multipliant les hémorragies anales et vaginales spectaculaires, achevant de ruiner son matelas putride. Cela n’émouvait toujours pas l’obtuse verdurière. Alors, elle se réfugia dans les larmes, inondant ledit matelas tavelé de sang de ses pleurs de petite fille blessée. Lors, la paysanne cessa et, voulant la consoler, lui proposa un sucre d’orge qu’elle avait réservé à sa petite fille Margot, qui venait de fêter ses cinq ans. &lt;i style=""&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle &lt;/i&gt;s’humanisait ! …&lt;i style=""&gt;trop&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;tard&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle prit congé en grommelant un adieu de bourrue, non sans avoir laissé à la petite putain une bourse de napoléons tirée de son bas de laine. Se sachant lors vérolée, dégoûtée de son inconduite et de ses expériences de ces derniers mois, la comtesse de Cresseville se décida à jeter l’éponge. Il importait qu’elle vît son médecin…en secret de préférence. Dès le lendemain, clouée à la porte du taudis, une pancarte grossière en bois blanc annonçait, d’une inscription tracée à la peinture noire en lettres capitales grasses : &lt;b style=""&gt;CHAMBRE A LOUER. LOYER MODIQUE : TROIS SOUS LA SEMAINE.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;**************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-7103325101735421224?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/7103325101735421224/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=7103325101735421224' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/7103325101735421224'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/7103325101735421224'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2011/12/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 3e partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-2286164852979981655</id><published>2011-11-25T06:10:00.001-08:00</published><updated>2012-02-14T04:14:54.453-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 2e partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : ce roman décadent publié en 1890 est strictement réservé à un lectorat averti de plus de seize ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:worddocument&gt;   &lt;w:view&gt;Normal&lt;/w:View&gt;   &lt;w:zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt;   &lt;w:hyphenationzone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt;   &lt;w:compatibility&gt;    &lt;w:breakwrappedtables/&gt;    &lt;w:snaptogridincell/&gt;    &lt;w:wraptextwithpunct/&gt;    &lt;w:useasianbreakrules/&gt;   &lt;/w:Compatibility&gt;   &lt;w:browserlevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt;  &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin:0cm;  mso-para-margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.0pt;  font-family:"Times New Roman";} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il y eut des soirs, il y eut des matins. D’autres enlèvements se produisirent, deux, trois, cinq, sept…nous ne pouvons les conter tous.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 354px; height: 518px;" alt="http://www.artrenewal.org/artwork/007/7/1410/la_tricoteuse-large.jpg" src="http://www.artrenewal.org/artwork/007/7/1410/la_tricoteuse-large.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Irène Jusseaume avait la rue pour unique habitat. Quoiqu’elle partageât parfois les foyers pour enfants orphelins, l’appel si puissant de l’air libre finissait toujours par triompher en elle. C’était une petite bouquetière des faubourgs aux beaux cheveux châtains agrémentés de boucles, à l’iris brun, aux joues roses bien qu’elles fussent un peu sales, halées l’été par le soleil. Elle arpentait les vieux quartiers populaires de Paris, ses frais bouquets de violettes, toujours renouvelés, étalés dans une vieille voiturette de baby convertie en petite carriole. Accessoirement, elle exerçait aussi comme petite chanteuse de rue, reprenant d’une voix de cristal toutes les comptines qu’elle savait par cœur, mais aussi cet exécrable &lt;i style=""&gt;Temps des cerises&lt;/i&gt; connoté communard. Etait-elle la fille naturelle d’une ancienne pétroleuse ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle parcourait des roues grinçantes de sa carriole les Batignolles, Ménilmontant, Belleville, le canal Saint-Martin, Montmartre, Pigalle, Pantin, Picpus, l’ancienne barrière de Saint-Denis, l’antique faubourg Saint-Antoine, la place de la Bastille, Reuilly, Barbès, toutes les artères miséreuses et prolétaires susceptibles d’abriter des amoureux maladifs prêts à débourser quelques sous pour offrir un bouquet à l’aimée. Tôt levée, elle s’approvisionnait aux Halles, à l’Ile de la Cité ou au Quai aux fleurs. Elle conservait les invendus pour elle jusqu’à ce qu’ils eussent fané, dans une misérable cabane sise près de la Porte Maillot, cabane où elle avait aménagé sa couche et récupéré un vieux poêle en fonte aimablement donné par quelque brocanteur peu regardant. Elle effectuait ses kilomètres quotidiens, éternellement nu-pieds, sur ses semelles cornées données par Dame Nature.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.artilim.com/painting/b/bouguereau-william-adolphe/petites-mendiantes.jpg" src="http://www.artilim.com/painting/b/bouguereau-william-adolphe/petites-mendiantes.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Irène Jusseaume se satisfaisait de peu : dix sous représentaient pour elle une fortune. Elle s’abreuvait à l’eau clairette des fontaines, partageant le liquide avec les pigeons, fontaines où lui revenait à sa souvenance cette imploration historique d’un édile à Napoléon : « Sire, donnez-leur de l’eau ! ». Ou, quand une envie la prenait quand elle avait assez gagné, elle rejoignait le jardin du Luxembourg où elle se désaltérait de verres de coco ordinaire. Pour la nourriture solide, elle se contentait de vieux croûtons et quignons de pain qu’elle quêtait çà et là. Aux Halles, les marchandes des quatre saisons lui offraient gracieusement pommes ou poires tandis que des charcutiers généreux, la préférant aux corniauds chapardeurs, lui donnaient une saucisse en surplus afin qu’elle enrichît son ordinaire de viande, moyennant une petite chanson. Irène cuisait cette saucisse au terrain vague sur un foyer improvisé. Elle glanait aussi les légumes et les feuilles de salade oubliées.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Vêtue d’une robe de serge rapiécée qui autrefois fut beige, d’un vieux châle duveteux au point d’en être lanifère, sa marchandise à peine prise, elle traversait la ville presqu’entière dès potron-minet. Son regard brun, ses lèvres, étaient empreints de la plus grande béatitude des simples et bienheureux. Elle demeurait enjouée, secouait souventefois ses mèches châtaigne d’un air de dire : « Est-ce ça, être pauvre ? Mais je me sens riche moi, riche et pleine de vie ! ».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle faisait fi de la misère, la défiant de sa bonne humeur, trottinait sur le pavé sec ou mouillé avec ses fleurettes mauves. Elle sentait la rue, la paille, l’eau de rhubarbe et le sainfoin. Elle ne se départait jamais de sa vive gaîté, et respirait la joie de vivre en tout son être enchanteur. Aussi chantait-elle le printemps toujours revenu en hirondelle des faubourgs, le doux été aux foins aussi, qu’il ventât, plût ou neigeât. Elle était un piaf-friquet, une fillette-moineau presque brunette, et ses chantonnements spontanés attiraient comme une mangeoire de millet les picoreurs rémiz et les mésanges des cheminées qui, sans façon, se posaient sur ses épaules menues au châle effiloché. Ils cessaient de pépier, devenaient rémittents, comme s’ils eussent préféré les gazouillis d’Irène à leurs sons propres. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Avait-elle neuf ans, dix, ou plus ? Son état civil demeurait mystérieux. Jusseaume, c’était le nom de la marchande de légumes chez qui elle prenait quelques choux ou raves ; Irène, le prénom que celle-ci lui avait attribué en souvenir de sa fille morte de tuberculose. Loin de moi l’idée de jouer à &lt;i style=""&gt;Sans famille &lt;/i&gt;avec Monsieur Malot, et de faire accroire – ô procédé romanesque factice ! – à une naissance aristocratique cachée de notre nouvelle protagoniste. Révélons à l’avance son nom futur : Stratonice, des &lt;i style=""&gt;rubans émeraude, &lt;/i&gt;qui, pour ces Dames, chanterait déguisée en petite mendiante. Un rôle de &lt;i style=""&gt;presque &lt;/i&gt;composition où elle excellerait. La pauvreté n’a point d’âge, et la mendicité est éternelle. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Irène tendait aux passants ses bouquets et bottes de violettes qu’elle proposait pour quatre sous le bouquet et pour six la botte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 356px; height: 280px;" alt="http://prints.encore-editions.com/500/0/louis-marie-de-schryver-french-painter-paintings-avenue-du-bois-de-boulogne-detail.jpg" src="http://prints.encore-editions.com/500/0/louis-marie-de-schryver-french-painter-paintings-avenue-du-bois-de-boulogne-detail.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Le brin de fleur n’était qu’à un sou. Oiselle de Paris, elle jouait aux eaux-fortes naturalistes. Mais elle rencontra le destin, comme ses quarante et une futures camarades : un beau jour, elle croisa &lt;i style=""&gt;le moine. &lt;/i&gt;C’était un carme déchaux, aux semelles encore plus cornées que les siennes, bien qu’il portât des sandales, en conformité avec la règle de son ordre. Un père belge de Scheut eût mieux convenu, qui l’eût évangélisée sur l’heure. Mais le moine incarnait, disais-je, le Destin, son Destin…imparable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Nous étions trois jours après l’arrivée d’Ursule à l’Institution. L’homme au capuce énigmatique, dont l’identité, impossible à percer à jour sous ce froc, n’était pas la moindre des inconnues de notre équation, aborda Irène qui ne s’attendait pas à ce genre de client. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Ma fille, auriez-vous un p’tit bouquet pour Sainte Marie de Magdala ? » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La petite marchande ambulante parut décontenancée un court instant. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Allons, ma fille, un gentil geste de vot’ bon cœur ! C’est une pécheresse que je dois absoudre, là-bas, qui a b’soin d’un joli bouquet de violettes pour les bonnes œuvres. Elle veut l’offrir, que dis-je, le dédier à Sainte Marie-Madeleine en rémission de ses péchés. Elle veut racheter sa conduite. L’argent ira à un orphelinat.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- C’est quatre sous, euh, mon père ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- J’suis frère, pas père, ma fille. » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Irène était naïve et enjolivait tout. Là résidait sa faiblesse fondamentale, bien qu’elle vécût à la rue. Aussi se laissa-t-elle emberlucoquer par le moine anonyme.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Par sainte Anne d’Auray ! jura le moine comme un Breton, alors que les inflexions de sa voix pleine de gouaille trahissaient le titi à cent lieues. La dame, elle veut choisir elle-même les fleurs qui l’agréeront. Tu vas venir avec moi lui montrer ta marchandise.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Et si y a d’autres clients ? Tenez, mon frère, ce jeune homme, j’le connais bien. C’est pas la première fois qu’il passe m’acheter des violettes. Voyez-le, il s’approche… »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Irène se mit à vanter son étalage : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Mes jolies violettes, par ici, messieurs dames ! Les jolies fleurs pour les amoureux ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Le jeune &lt;i style=""&gt;coco &lt;/i&gt;ou &lt;i style=""&gt;loustic &lt;/i&gt;qui s’amenait cahin-caha parut contrarier le moine. Il s’agissait d’un étudiant malingre et fauché, vêtu d’un méchant paletot. L’homme souffrait visiblement de phtisie car des quintes le secouaient sans qu’il pût les contrôler. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Allons, suis-moi, insista le cénobite. La dame attend…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Mais c’est un de mes bons clients qu’vous me faites perdre. Il me prend deux bouquets à chaque fois, pour sa fiancée ! Huit sous de perdus ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- L’autre, elle va t’en donner dix ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Comme appâtée par le lucre, Irène se laissa fléchir. Peut-être qu’après tout, ces dix sous lui permettraient ce soir de déguster d’autres mets que ses rogatons habituels. Certes, le moine lui paraissait étrange, d’autant plus singulier lorsqu’il tira une cigarette de son froc sale et l’alluma sans autre forme de procès. Il entraîna la petite demoiselle à la voix d’or et sa carriole aux roues grinçantes dans un lacis de ruelles douteuses suintantes de crasse. A des cordes tendues en travers des venelles, étaient suspendues des myriades de haillons miséreux qui mais ne pouvaient sécher, du fait que le soleil ne parvenait guère à percer en ces cloaques obscurs et étroits. Des pieds nus de l’homme couverts de sandales bien rustiques, s’exhalait une effluence douteuse digne d’un mauvais fromage qui par trop coulait. Il laissait derrière lui des volutes de fumées, d’un tabac brun corsé, et la respiration d’Irène Jusseaume en fut incommodée. Son souffle s’étrécit. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Tous deux parvinrent dans une arrière-cour qui puait le rat mort et le pigeon crevé, arrière cour où s’entassaient de vieilles caisses, des cageots hors d’usage et des palettes fatiguées. Une borgnesse était affalée sur une de ces ordures à demi défoncée. Elle portait à ses lèvres une bouteille d’un vin rouge de dernier ordre, dont elle avalait des gorgées. La femme semblait prématurément vieillie par son vice de pocharde. La malpropreté de ses vêtements, oripeaux récupérés de bric et de broc parmi les fripiers du dernier niveau, presque détritiques, le disputaient en puanteur et en insanité aux effluves du lieu et de son propre corps pour lequel le tub ou les bains publics (lorsqu’il en existait encore) devaient représenter le même luxe qu’un collier de diamants. Son épiderme paraissait moucheté d’une gale insondable qui la grêlait comme une lèpre. Un affreux chapeau délavé aux plumes défraîchies coiffait ses cheveux grouillants de vermine et surmontait un visage abject et rougi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;C’était celle qui participerait plus tard à l’enlèvement d’Odile Boiron, ici moins gangrenée, moins purulente, car plus jeune de dix mois.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Ah, enfin ! La petiote qui gouale encore mieux qu’moi ! J’espère, &lt;i style=""&gt;monseigneur, &lt;/i&gt;qu’avec la bourse bien pansue que tu vas m’donner pour ce service, j’vas pouvoir m’payer un enquêteur pour qu’y me retrouve enfin ma gamine, ma Berthe !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- On s’en balance, de ta Berthe, répondit le moine avec une vulgarité qui fit frissonner Irène.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Ouiche ! Tu m’fais patienter un peu trop ! C’est chaque fois la même chose ! C’est jamais l’moment ! Cinq ans, qu’ j’l’ai pas revue ! J’suis sa mère tout de même…et j’ai des remords, tu comprends… En plus, j’suis malade, moi ! J’veux pas finir à l’hospice ! J’veux pas crever sans savoir c’que ma Berthe à moi, elle est dev’nue ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- T’as qu’à moins picoler ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il marmotta mezzo voce, sous son capuce : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Sa Berthe chérie, elle va finir pute, pour sûr ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Reprenant, à l’adresse de la saoularde syphilitique, il lui jeta, presque à lui cracher à la figure : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Tu me rappelleras ses deux aut’ prénoms ! T’as dit qu’c’était important pour la retrouver ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Ouaip ! Elle a pas qu’ça ! Y a aussi son vilain pied qui compte ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- On verra. En attendant, faut s’occuper de la proie ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Proie ? Irène avait bien entendu le moine prononcer le mot proie…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Pesante de sa graisse de soiffarde, la borgnesse se leva en ahanant et se dirigea vers la petite fille qui, par réflexe, lui tendit son étalage de fleurs qu’elle extirpa de sa carriole.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Lesquelles désirez-vous, madame ? C’est quatre sous le bouquet, fit-elle, tentant de conserver son naturel alors que sa voix tremblait légèrement de peur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- T’es une petite professionnelle, ma mignonne ! Ah, si Berthe avait été aussi belle qu’toi ! J’vas t’en prendre deux, huit sous pour ta bourse ! Tu vas gueuletonner ce soir !&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Mais, d’abord, si tu pouvais pousser la chansonnette ? Oh, juste un peu, pour l’plaisir de mes esgourdes ! J’suis une artiste de café-concert et je cherche les jolies voix ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Son haleine vineuse atroce frappa les narines d’Irène qui tenta de réprimer une envie de vomir. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« C’est le moment, dit le moine à la borgnesse. Tu pues tellement qu’elle en est étourdie ! Aboule ce que tu sais, &lt;i style=""&gt;pronto ! »&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ne se faisant point prier, l’épave humaine extirpa de son fichu déguenillé un flacon de chloroforme dont elle imbiba un vieux mouchoir usé qu’elle plaqua contre la bouche d’Irène qui, pour sa part, commençait à déverser au sol le produit de sa nausée. La malheureuse enfant n’eut même pas le loisir de se débattre, de résister. Elle sombra comme une masse inerme et le faux frère, relevant son capuchon, la réceptionna dans ses bras. Ravie, la prostituée ravagée s’écria gaîment :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Bravo, Julien, t’es le plus fort !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Tiens, attrape, tu l’as pas volé ! » répliqua celui qui n’était autre que l’habituel comparse de Michel.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il jeta un petit sac de cuir valant son pesant d’or dans les mains avides de la femme décatie puis conclut : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Au fardier ! Jules m’attend ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;**************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Le quartier sordide du Vieux Lyon, patrie de l’immortel Guignol, comptait nombre de jeunes personnes qui vivotaient et survivaient vaille que vaille. Les enlèvements de petites filles, que nous vous contons lors, se nourrissaient du terreau des petits métiers précaires de la rue, de ce commerce ambulant à émouvoir les dames patronnesses car souventefois exercé par de jeunes pauvresses sans toit ni loi. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Adonc se présentait Jeanne Guadet, la mélancolique Jeanne, qui mendiait son pain sec avec son outil musical, ce précieux orgue de Barbarie en bois vert pomme et tout doré qu’elle menait avec elle, par monts et par vaux, du Rhône à la Saône, avec son petit sapajou qu’elle avait baptisé &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://media.paperblog.fr/i/221/2215016/joueuse-dorgue-ii-L-4.jpeg" src="http://media.paperblog.fr/i/221/2215016/joueuse-dorgue-ii-L-4.jpeg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;Ledit singe était costumé en chasseur d’hôtel ou &lt;i style=""&gt;groom&lt;/i&gt; à l’uniforme du même vert que l’orgue, assez seyant, bien qu’il eût été constitué de chutes de tissu de récupération qui, d’habitude, étaient utilisées pour rapiécer les hardes de la petite Jeanne. Notre meurt-de-faim arborait d’ordinaire une jupe à carreaux effrangée avec une foultitude de pièces mal assorties cousues çà et là, qui tentaient en vain de rattraper les multiples usures d’un vêtement dont les beaux jours s’étaient depuis longtemps évanouis. Cette jupe se fût proclamée &lt;i style=""&gt;bourgeoise &lt;/i&gt;si le don de la parole lui eût été octroyé par la grâce des Cieux et si un Bébé de biscuit l’eût porté à l’état neuf. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Jeanne était d’un roux terne, plus exactement terni par les carences dont souffrait son corps de huit ans. Comme pour se souvenir qu’ils eussent pu être éclatants, d’un carotte magnifique et ardent, la fillette, afin que d’autres coloris évoquassent cette splendeur non point enfuie, mais inaccessible du fait des affres de la misère noire dans laquelle Dame Fortune l’avait précipitée dès la naissance, la fillette, écrivions-nous, compensait cette terneur qui la marrissait fort par le port immodéré et ostentatoire d’un affreux fichu d’un rouge criard usé jusqu’à la trame. Ce fichu présentait un double avantage : d’une part, il dissimulait un corsage lustré d’un empois de crasse abominable posé à même sa peau nue et d’autre part, son ampleur non négligeable donnait l’illusion d’un poids plus conséquent de la jeune affamée, bien que ses joues hâves démentissent cette impression.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Le fameux corsage servait de chemise de lingerie à la jeune mendiante. De vrais dessous, elle n’en avait point. On se demandait par quel miracle ce vêtement tenait encore, soit que la saleté suffît à maintenir l’ensemble, soit que la ceinture de la jupe en retînt et prévînt l’effilochement final. Se refusant à vaguer nu-pieds dans les traboules et les sentines engluées de détritus où un porc médiéval eût aimé à fouir, Jeanne Guadet portait des galoches de deux tailles au-dessus d’elle. Ses jambes maigrelettes, afin peut-être qu’elle masquât leurs vilaines plaies ou engelures qui mal cicatrisaient, n’étaient pas dénudées : Jeanne, qui ne se départait point d’une certaine coquetterie de gueuse, n’oubliait jamais de les recouvrir de vieux bas gris de laine très usés, qui tirebouchonnaient lamentablement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 288px; height: 431px;" alt="http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/15/59/18364886.jpg" src="http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/35/15/59/18364886.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Avec les accents déchirants qu’elle tirait de son orgue, la pauvresse dépenaillée avait le don d’arracher des larmes aux passants qui jetaient dans la sébile de &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent&lt;/i&gt; leur obole cuivrée. Son répertoire n’était que complaintes : &lt;i style=""&gt;La complainte de la porteuse de pain,&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;La complainte du petit Pierre qui n’a plus de maison, La complainte de l’orpheline russe, La complainte de l’ânon gris qui a perdu sa petite maîtresse d’une fluxion de poitrine &lt;/i&gt;(un épisode extrait des &lt;i style=""&gt;Mémoires d’un âne&lt;/i&gt; de la comtesse de Ségur), &lt;i style=""&gt;La complainte du pauvre chemineau, La complainte du malheureux canut aux douze enfants cholériques&lt;/i&gt;…et ainsi soit-il. Monsieur Xavier de Montépin, en maître feuilletoniste du mélodrame, n’aurait pas dédaigné les historiettes que Jeanne interprétait en pleurnichant. Depuis bien trop longtemps sevrée de toute trace d’affection maternelle, notre enfant ne feignait aucunement ; aucun exploiteur ne se cachait derrière cette victime de la dure loi de la rue qui ne pouvait espérer qu’un peu de contrition, de pitié ou de vergogne de la part de celles et ceux qu’on classait hors des laissés-pour-compte. Seule une excentrique aurait pu l’adopter sur un coup de tête. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Jeanne tirait avantage du regard grave de ses grands yeux gris cernés par la faim. Par contre, elle sentait grand mauvais et les miasmes que ses vêtements loqueteux et ses joues et mains marbrées dégageaient incommodaient fort quelques bonnes bourgeoises qui eussent souhaité qu’on la conduisît sur l’heure au nouvel hôpital général.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Mademoiselle Guadet s’en moquait bien : elle vivait au jour le jour de tous les restes et reliefs des repas de ces femmes de soyeux qui, rarement, passaient où elle se tenait, préférant détourner leur chemin, changer de côté de rue, rien qu’en l’apercevant,&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;à moins qu’elles menassent époux, progéniture ou domestiques à la corvée de l’aumône. Une certaine solidarité innée du sexe existant entre les petites filles, les jolies demoiselles s’apitoyaient plus aisément au spectacle de la miséreuse enfant et ne dédaignaient pas ouvrir leur aumônière ou leur réticule pour soulager son quotidien hectique. Aussi craignaient-elles les crocs persuasifs de &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent&lt;/i&gt; lorsqu’elles avaient omis leur devoir de charité. Notre sajou n’admettait pas qu’elles payassent en monnaie de singe.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Cependant, le bras droit de Jeanne fatiguait ainsi que ses petites jambes : marcher des heures durant dans tout Lyon en actionnant son instrument aux accordéons de cartes perforées finissait par l’épuiser toute. Jeanne craignait qu’elle eût à porter ce bras frêle en écharpe. Elle ne voulait pas perdre son précieux gagne-pain. Elle priait Dieu, attendant chaque jour un hypothétique miracle qui l’extirperait du ruisseau. Et le miracle vint…cinq jours après l’enlèvement d’Irène Jusseaume. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La providence se présenta sous les traits d’un petit vieillard à barbiche anodin semblable à ces silhouettes d’entomologistes qui hantent les salles vouées aux collections de coléoptères de nos muséums de province. Il effectuait sa promenade quotidienne du côté du parc de la Tête d’Or à l’entrée principale duquel Jeanne se postait parfois le dimanche après-midi, sachant que la présence de nombreux enfants ce jour-là et en ce lieu attirerait davantage l’attention sur son petit spectacle. Celui qui se targuait de l’allure d’un vieux naturaliste, du fait de cette journée dominicale d’octobre point trop fraîche – c’est dire qu’elle se présentait sous les meilleurs auspices – bien qu’il revêtit une façade austère, avait convié ses deux petites nièces – de charmantes jumelles – à cette sortie distrayante et &lt;i style=""&gt;comme-il-faut&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://i.cdn.turner.com/v5cache/TCM/Images/Dynamic/i117/poorlittlerichgirl1917_ff_188x141_101220100311.jpg" src="http://i.cdn.turner.com/v5cache/TCM/Images/Dynamic/i117/poorlittlerichgirl1917_ff_188x141_101220100311.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Le cortège était des plus singuliers : un savant éminent à barbiche et à canne de bambou qui tenait un harnais comme s’il se fût agi de l’attelage d’un couple de chiens d’aveugle d’une race imposante (briards, mastiffs, dogues ou autres) et, au bout de ce harnais, tenues en laisse, des Dioscures femelles de déjà douze ans (elles approchaient d’ailleurs de leurs treize printemps) aux longues anglaises de lin frisées au fer, à l’épiderme blafard, aux yeux si clairs qu’on eût dû les classer parmi les albinos. Leur peau de blondes était si sensible au soleil qu’une espèce de dais incorporé au harnais les protégeait des brûlures du Phébus automnal. Il s’agissait du professeur Dagobert-Pierre de Tourreil de Valpinçon et de ses nièces, Daphné et Phoebé, si dangereuses qu’il était préférable qu’elles fussent solidement harnachées quoiqu’elles n’en eussent plus l’âge. Les intentions du trio étaient mauvaises, nous le devinons bien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Adonisées tels des bébés précieux de toilettes exagérément chargées, les juvéniles empuses désignèrent Jeanne, dont les mélodies tristounettes retentissaient près des grilles lancéolées du parc. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Grand tonton Dagobert, babillèrent-elles de concert, il y a une pauvresse avec son orgue qui joue et chantonne divinement ! Ne pourrions-nous point puiser quelques jaunets dans nos réticules afin de lui assurer la pitance ce soir ? Nous n’avons pas l’habitude, grand oncle, de faire ainsi l’aumône et charité bien ordonnée doit aussi commencer par soi-même, ainsi que mademoiselle de Cresseville nous l’a enseigné.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Vous n’y songez pas, mes petites chéries, chevrota le vieil homme. Je sens d’ici la puanteur de ses loques ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Daphné émit une réserve.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Peu importent les loques ! Moi, j’ai peur du petit singe. Il m’a l’air bien méchant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- C’est un badin, sans plus ! Il aime à se donner en spectacle, répliqua Phoebé. Regarde comme il est vif, comme il bouge la tête en brandissant la sébile ! Ecoute ses &lt;i style=""&gt;iiik iiik &lt;/i&gt;de supplication !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Dans la langue simienne, je subodore que ça veut dire : « La charité, messieurs dames ! », reprit Daphné, une lueur singulière dans les yeux. Ces petites bébêtes, c’est du vif-argent ! Leur sang est tout chaud ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Ah, que j’aime le sang des bêtes ! soupira Phoebé. Grand tonton, ne pourrions-nous pas prendre cette loqueteuse avec nous et lui permettre d’emmener son sajou ? Je suis sûre qu’ils sont inséparables ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Comme nous deux, ma mie…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Ces pauvrettes ! On se demande si elles ont encore figure humaine, pour oser s’aboucher du premier sac à puces venu ! A la parfin, ont-elles une âme ou sont-ce des animaux dotés de la parole ? questionna Phoebé pour qui les juvéniles miséreuses étaient des joujoux bizarres et crasseux, usagés, des &lt;i style=""&gt;choses, &lt;/i&gt;des objets anormaux, presque des monstres.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Si nous l’emportons avec nous, j’en ferai ma nouvelle poupée et nulle autre n’y touchera, même pas toi, Phoebé, aussi semblable à moi que tu puisses être ! reprit Daphné, culottée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- N’allez point vite en besogne, mes fillettes ! Je n’ai encore rien décidé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Cette mignonne est rousse comme Cléore, mais, Dieu, que ses cheveux sont sales ! affirma Daphné, d’un air hautain.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Une fois bien lavée, coiffée et vêtue, elle pourrait convenir à &lt;i style=""&gt;la Maison&lt;/i&gt;, il est vrai ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Dans ce cas, grand tonton Dagobert, enlevons-la ! Enlevons-la ! supplia Phoebé en sautillant sur ses bottines guêtrées de peau de chevrotin d’une couleur beurre-frais. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Entendu, mes chéries…et je vous laisse le sapajou. Prenez-en soin.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Bien sûr, grand tonton Dagobert ! Compte sur nous ! firent chorus les deux poupées diaphanes à la &lt;i style=""&gt;leukémia &lt;/i&gt;chronique.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://cache2.artprintimages.com/p/LRG/40/4046/L22LF00Z/art-print/pierre-auguste-renoir-the-girls-cahen-danvers.jpg" src="http://cache2.artprintimages.com/p/LRG/40/4046/L22LF00Z/art-print/pierre-auguste-renoir-the-girls-cahen-danvers.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Tandis que le trio approchait d’elle, Jeanne Guadet avait cessé de jouer et de se lamenter en chantonnant une complainte dite de &lt;i style=""&gt;la petite gardeuse de chèvres&lt;/i&gt;, le temps de rajuster son bonnet gaufré qui ressemblait à une antique coiffe cauchoise noircie par la saleté.&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Le silence, une fois la musique lancinante de l’orgue tue, se fit pesant, oppressant. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Ma trousse et ma seringue de Pravaz, s’il te plaît, Phoebé…je dois administrer une dose de laudanum à la fillette pour m’assurer de sa passivité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Oui, mon grand oncle ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Jeanne observait les inconnus, intriguée ; aucun de leurs gestes n’indiquait qu’ils cherchaient de la monnaie pour elle. Elle n’y vit point malice, accoutumée au manque de générosité d’un grand nombre de badauds, bien que sa pitoyable petite personne reflétât on ne peut plus explicitement la gêne incommensurable dans laquelle elle s’était toujours débattue. Cependant, quand ses yeux aperçurent la main de Phoebé tirer d’une trousse de cuir de Russie la seringue de Pravaz, elle pâlit sous sa couche de crasse. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;A l’inverse, les visages opalins des jumelles parurent revigorés. Leurs joues qui, d’habitude, trahissaient l’insuffisance de l’exposition au soleil, prirent une carnation de rose. La perspective de déguster le sang du singe et, pourquoi pas, tant qu’elles y étaient, de se payer quelques pintes de celui de la gamine des rues, rendait nos petites lamies de plus en plus folâtres. Elles se mirent à muser, à baguenauder, à folichonner, et leur folâtrerie les métamorphosa en une espèce de double tourbillon bouclé et enrubanné aux jupes virevoltantes. Elles tiraient leur harnais au risque qu’il se rompît. Elles en devinrent comme vergues en pantenne, au risque de gêner l’opération elle-même.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;En maugréant à l’encontre du duo de diablesses, Dagobert-Pierre commença malgré tout à remplir la seringue de la substance opiacée. Certes, notre petit vieux anodin à barbiche était accoutumé à la personnalité folichonne de ses petites nièces. Il était aussi un expert es-seringues. La communauté scientifique le reconnaissait comme l’inventeur d’un procédé astucieux de naturalisation des insectes. Dagobert-Pierre de Tourreil de Valpinçon avait découvert le moyen de rendre les arthropodes imputrescibles. Il procédait à la manière des anciens Egyptiens avec leurs momies. Via les stigmates et les trachées de ces articulés terrestres, volants ou rampants, il introduisait dans l’abdomen segmenté des bestioles un produit décapant, une solution composée d’acide citrique, de chaux et de laxatif, procédant pour ce faire à l’aide d’une micro-seringue qu’il avait lui-même conçue. Le travail, d’une infinie délicatesse, s’effectuait au microscope. Dagobert operculait l’orifice minuscule qui avait servi à l’introduction du produit. Sous son effet, les organes et la pulpe des insectes se liquéfiaient en deux heures. Lorsque le savant retirait l’opercule, tous les produits corporels fermentescibles internes dissous s’échappaient des dépouilles en un jus puant qui vous rongeait comme du vitriol. Il ne restait plus qu’à injecter à la place, avec une seconde micro-seringue, une cire spéciale fondue qui, après avoir durci, équivalait à la paille bourrant les spécimens naturalisés plus conséquents. Membre correspondant de l’Académie des Sciences puisque lyonnais à défaut de parisien, Dagobert-Pierre avait reçu les palmes académiques et son procédé lui avait valu une médaille d’or de l’Institut en 1878 lors de l’Exposition Universelle. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les deux petites tornades blondes aux faveurs de soie multicolores entourèrent Jeanne Guadet en lui demandant d’entonner à son orgue quelque chose de plus gai, de plus allant, de plus patriotique en un mot.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Joue-nous &lt;i style=""&gt;En passant par la Lorraine avec mes sabots ! &lt;/i&gt;» exigèrent-elles en petites personnes habituées à ce qu’on leur obéisse sur-le-champ. Effarouchée, Jeanne resta muette, tandis que &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent&lt;/i&gt; &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;émettait des couinements de peur car il sentait l’anormalité des jumelles. Dagobert, le gentil grand oncle, piqua l’enfant au cou sans qu’elle s’en rendît compte. Le laudanum l’abrutit avec promptitude, mais pas au point de la faire sombrer dans l’inconscience. Il ôta son haut-de-forme pour saluer la nouvelle recrue de Cléore de Cresseville. Elle serait rebaptisée Nelly-Rose, la petite rose rousse, une fois devenue bien proprette. Dagobert se redressa, se raidit, s’appuya sur sa canne, bomba le torse, comme s’il eût attendu qu’un ministre le décorât pour son exploit. Car ce fut bel et bien un exploit de conduire Jeanne, passive, avec son orgue et son sapajou vociférant, jusqu’à la gare de Perrache, où le rapide pour Paris attendait la petite bande. Dans les brumes et les limbes, l’enfant ne cessait de murmurer : « &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent&lt;/i&gt;, où es-tu ? ». On la traîna discrètement jusqu’aux consignes, où attendaient les bagages du trio. Il était entendu que Dagobert accompagnerait les trois gamines jusqu’à la gare de Lyon. Là, le fardier de Jules et de Michel prendrait le relais pour transporter Jeanne prisonnière vers Condé-en-Brie et le château. Quant aux jumelles, elles voyageraient jusqu’à destination dans la jolie berline de Madame la vicomtesse de., voyage d’agrément, s’il en était.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il fallut que tous allassent dans un recoin discret, près de toilettes de la gare de Perrache, avec les bagages. Dagobert y déharnacha ses nièces. L’orgue de Barbarie y fut abandonné sans que même Jeanne bronchât. On dut changer la pauvresse en douce. Elle devait être présentable afin de passer pour la petite sœur malade de Daphné et Phoebé dans le compartiment de première classe du P.L.M. réservé par Dagobert. Le maniement des haillons pourris de la petite mendiante affecta grandement les jeunes empuses qui réprimèrent difficilement leur envie de vomir. Elles jetèrent ces guenilles répugnantes bonnes pour le feu dans les commodités pour Dames. Entièrement nue, Jeanne dut être intégralement rhabillée. Son corps maigrichon et crasseux reçut les premiers dessous de sa vie, dessous suivis d’une robe convenable couleur prune avec ses indispensables rubans. Daphné et Phoebé s’acquittèrent de cette tâche ingrate comme l’on vêt une poupée. Elles n’omirent point de compléter cette toilette d’enfant modèle d’une coiffe de tulle et de velours, tuyautée et gaufrée, achetée à quelque marchande de bébés de porcelaine avec leur trousseau, coiffe qui allait aussi bien à la pauvresse qu’un mouchoir de Cholet à un sans-culotte. Un coqueluchon de cul-terreuse eût mieux convenu. De plus, c’était une petite pouilleuse. &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent &lt;/i&gt;eût pu prouver son utilité tant les simiens sont réputés experts en épouillage et en toilettage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Une fois ses apprêts mis, la jeune fleur fluette se fit déhiscente. Ce fut comme l’éclosion d’une rose, une révélation, une transfiguration de la prime beauté perçant sous la misère. Pourtant, aussi coquette qu’elle parût dedans, cette toilette bourgeoise allait un peu grand à notre famélique Jeanne. Pour parfaire sa mise, il fallut remplacer ses méchantes galoches par les incontournables bottines. Daphné et Phoebé s’attardèrent ambigument au laçage des graciles bottillons de l’enfant. Elles firent durer le plaisir du boutonnage des guêtres. Leurs doigts tremblants éprouvaient et lissaient la subtilité du cuir et du chevreau, les moindres veinures et aspérités de ces petites chaussures, par miracle à la bonne pointure, tandis que leurs narines aspiraient à les en pâmer les fragrances de neuf. Elles faisaient songer à quelque amant chinois ôtant rituellement les bandelettes des pieds de son amour avant d’en humer à en jouir les puantes exhalaisons. Eût-il été si blâmable qu’elles éprouvassent des transports de volupté et d’hyménée propres à des adultes ? Les sensuelles empuses prévinrent de justesse l’indécente humectation de leurs dessous intimes cotonnés.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.footwearhistory.com/images/latevicwomenad.jpg" src="http://www.footwearhistory.com/images/latevicwomenad.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Lorsque Jeanne se retrouva parée comme un fétiche ou un bibelot de maison close, Dagobert-Pierre de Tourreil de Valpinçon constata par l’olfaction qu’il avait oublié un détail. Jeanne était bien sale ; il fallait que Dagobert &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;camouflât son odeur qui effluait malgré tout sous le linge propre, bien que la petite victime fût enfin adonisée comme un sou neuf. Peut-être eût-il fallu la baigner au préalable ? Le docte savant trouva un stratagème : il l’arrosa d’eau de Cologne. Les jumelles durent inventer et seriner une fable selon laquelle leur petite sœur, désobéissante, avait ingurgité presque toute une bouteille de cet alcool afin d’en essayer le goût et ivre, s’était renversé ce qui restait du liquide odoriférant. Ainsi s’expliquerait son abrutissement notable. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Restait à régler le problème du singe. Dagobert, sans s’émouvoir, ordonna à Daphné et Phoebé d’en disposer comme elles l’entendaient, ce qui signifiait : « Tuez-le ! ». C’était à croire que &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent, &lt;/i&gt;qui s’était contenté jusque là de vociférer et de cracher de peur, avait compris le sort qui l’attendait. Dès que Phoebé avança ses mains pour lui tordre le cou, il la mordit au pouce gauche. Le sang jaillit. S’ensuivit une scène digne des romans anglais dits &lt;i style=""&gt;gothiques. &lt;/i&gt;Phoebé étancha sa plaie en la suçant, dégustant son propre sang et y éprouvant un plaisir tel que ses joues en devinrent vermeilles et que sa langue en émit des clappements incontrôlés de plaisir. Dagobert passa un stylet à Daphné qui égorgea la bête comme on le fait d’un mouton lors d’un sacrifice islamique. D’un seul coup d’ongle, une sorcière n’eût guère fait mieux. &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent &lt;/i&gt;eut à peine le temps de pousser un ultime &lt;i style=""&gt;iiik &lt;/i&gt;pleureur qui s’acheva en un gargouillis indicible. Les petites affamées se déchaînèrent lors et burent à même la gorge tranchée et gluante d’hémoglobine du sapajou qui palpitait encore sous les affres de l’agonie. Elles appliquèrent à tour de rôle leur bouche sur la plaie béante, l’y accolant et adhérant, aspirant par succion cette hémorragie comme l’eût fait une ventouse de kraken. Les deux coquines poursuivirent leur repas de goules blondines jusqu’à ce que le simien fût exsangue et tout desséché. Repues, elles sourirent de leurs lèvres écarlates. Toutes deux eussent mérité qu’on entonnât en leur honneur un air de la folie ramiste&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftn1" name="_ftnref1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. Par d’heureuses circonstances, Jeanne baignait tant dans les nuées du laudanum qu’elle ne réalisa point le sort horrible de son petit compagnon de misère. Ainsi périt &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent&lt;/i&gt;, sans épitaphe aucune, dépouille de quadrumane saignée à blanc, vidée de ses fluides, que les fillettes jetèrent sans autre forme de procès dans les latrines pour Dames au risque de les boucher. La chasse du lieu d’aisance fut tirée et le petit cadavre englouti et aspiré dans un tourbillon. Elles croisèrent une matrone imposante s’en revenant de faire de l’eau, bonne femme à qui elles firent accroire qu’elles venaient de se débarrasser d’une vieille étole de fourrure mitée. Elles émirent pour s’exprimer force zézaiements d’&lt;i style=""&gt;Incoyable &lt;/i&gt;ultraroyaliste en traînaillant la jambe, au risque que leurs pieds bottinés se prissent dans les ourlets de leurs longs pantalons de broderie qui dépassaient leurs jupes d’un bon cinquième d’aune. Le duo s’alla rejoindre son cotuteur (Cléore jouant le rôle de principale tutrice et de main nourricière de Daphné et Phoebé). Dagobert-Pierre eut grand’peur qu’une fois qu’elles auraient goûté au sang humain, elles ne pussent plus s’en passer. Il leur tendit leurs billets de quai et leur titre de transport, gardant ceux de la petite Jeanne, toujours dans la confusion, tandis qu’il confiait les bagages aux portefaix de la gare à charge pour eux de les porter dans le fourgon du rapide prévu à cet effet. Il expliqua à ses nièces que le convoi comportait une voiture-restaurant d’un confort conséquent de &lt;i style=""&gt;pullman-car &lt;/i&gt;anglais où elles se restaureraient du steak le plus saignant possible tandis qu’il faudrait bien ranimer un peu Jeanne pour qu’elle mangeât aussi. Daphné et Phoébé le remercièrent en embrassant sa barbe grise de gentil vieillard de leur bouche sanglante qu’elles n’avaient même pas essuyée. Elles préféraient que leur langue en léchât le relief liquide.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Vint alors l’heure d’embarquer dans le train Lyon-Paris après que le préposé au contrôle eut vérifié les billets. Il fallut y pousser Jeanne qui ne cessait de geindre dans une semi-conscience : « &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent, &lt;/i&gt;où es-tu ?&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;Mon pauvre &lt;i style=""&gt;Graine-au-vent &lt;/i&gt;! Si tu ne te montres pas, tu seras privé de cacahuètes ! ». Il lui arrivait aussi de s’enquérir de son orgue : &lt;i style=""&gt;« &lt;/i&gt;Qu’en ai-je donc fait ? Je veux mon orgue ! » marmottait-elle tout en s’installant à bord du compartiment cossu de première classe capitonné de vert  sans même réaliser le luxe des lieux ni le pourquoi de sa présence, tant la drogue l’avait rendue passive et sommeilleuse. Elle eût été enfermée dans une casemate qu’elle n’y aurait vu aucune différence. Les jumelles, qui essayaient d’éprouver le confort et le moelleux des banquettes ainsi que la solidité de leurs ressorts en ne cessant de se lever et de s’y jeter fesses les premières, pouffaient de la stupidité de leur captive. Un coup de sifflet du chef de quai informa de l’imminence du départ après qu’il eut prononcé d’une voix de stentor l’attendu « Les passagers du rapide Lyon-Paris en voiture ! Attention au départ ! » Suivirent le bruit de la vapeur s’échappant en un &lt;i style=""&gt;tchou ! tchou ! &lt;/i&gt;d’avertissement final et l’ébranlement progressif de la locomotive dont les pistons et les bielles commencèrent leur travail. Et l’on quitta Lyon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;**************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Loin de moi l’intention de vous exposer plus de trente récits d’enlèvements différents. Il est certes de notoriété publique que, dans un lupanar, chaque prostituée pourrait vous raconter une histoire de sa vie différente de celle de sa collègue de vice, tant les destinées de chacune peuvent diverger. Cependant, je puis me targuer de ne point connaître grand’chose au sujet de ces lieux de perdition &lt;i style=""&gt;classiques &lt;/i&gt;au contraire de certains&lt;i style=""&gt; messieurs, &lt;/i&gt;rivaux de plume, qui se vautrent dans l’abjection sous prétexte de réalisme ou de naturalisme. Mon but est l’hétérodoxie, bien que je sache la vraisemblance recélée par la personnalité et les penchants d’une Cléore de Cresseville, penchants réprouvés aussi bien par la civilisation que par la morale. Ceci est le roman d’une déviance, de ses prolégomènes à son dénouement, mais je n’ai pas la prétention de vous conter les quarante-deux romans de quarante-deux apprenties anandrynes. Je risquerais de lasser. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;J’ai donc décidé de passer outre en résumant un dernier épisode d’enlèvement remarquable et significatif : l’histoire de Ruth Blum, notre future Abigaïl, petite marchande ambulante de lait sise à Reims, avec sa carriole attelée d’un ânon gris, carriole à la peinture écaillée dont le bois était tout vermiculé. Les écaillures multiples révélaient les couches successives de peintures diverses de ce misérable véhicule qui finissait par apparaître tout versicolore à force qu’on n’en pût plus déterminer le coloris exact.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 390px; height: 244px;" alt="http://i75.servimg.com/u/f75/15/95/44/71/1_a0_102.jpg" src="http://i75.servimg.com/u/f75/15/95/44/71/1_a0_102.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ruth Blum officiait près de la cathédrale et du Palais du Tau. Sa mise modeste s’accordait avec ses gains modiques. Elle était la vertu mosaïque incarnée, la frugalité même. Un tas d’or ne lui eût servi de rien. Elle contrevenait ainsi à l’atavisme de sa race, pour qui le lucre et l’usure constituent l’exclusive&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftn2" name="_ftnref2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. En juive errante, frappée par la malédiction de son peuple, elle traînait son ânon avec sa voiturette chargée de ses bidons de lait, indifférente aux festons cathédraux rayonnants, insensible au sourire de l’ange de Reims, se moquant bien de la Nouvelle Alliance.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Comme l’usage de l’imparfait du subjonctif constitue un automatisme de langage chez une certaine paysannerie, et l’âpreté au gain et la cautèle caractérisent la nature inhérente aux coreligionnaires de Mademoiselle Ruth Blum, sa monomanie du commerce laitier était sa quintessence même. Elle ne jurait que par son âne, sa carriole et ses bidons qu’une fermière des environs lui livrait quotidiennement, à peine le lait sorti du pis de ses vaches. Bien qu’ils fussent lourds pour sa petite taille, Ruth Blum parvenait à les charger à bord de sa voiturette. Elle menait lors sa bête à la badine jusqu’à ce qu’elle parvînt à destination : le parvis de la cathédrale rémoise où elle se postait, sans façon, et commençait à goualer afin que les clients se ruassent à l’achat du &lt;i style=""&gt;bon lait frais pour les petits enfants. &lt;/i&gt;La mévente s’apparentait pour elle à de l’oisiveté. Elle ne pouvait décemment se permettre de vendre du lait tourné. Ce n’est point être caustique que d’affirmer que la ladrerie était aussi étrangère à l’éthique de Ruth qu’un ophicléide à un sauvage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ce jour là, les affaires furent médiocres. Quels qu’eussent été les efforts, la conviction, l’entregent et la persuasion de la petite juive, les clients ne se pressèrent pas à l’achat de son lait, du fait que la pluie, cette commensale des fâcheux et aigris commentateurs des dictons météorologiques, s’était invitée dès l’aurore. Serrée dans son fichu noir, ruisselante, Ruth Blum en attrapa une extinction de voix à force de s’époumoner en vain, de héler les rares passants maussades dont la seule hâte était de s’enquérir d’un abri. Elle pouvait crier &lt;i style=""&gt;Mon bon lait ! Mon bon lait ! &lt;/i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;tout son soûl ; nul n’éprouvait la peine de s’avancer vers la petite voiture. L’âne, placide et résigné, les oreilles tombantes, recevait stoïquement sur son pelage gris les gouttes incommodantes. Et les heures s’égrenaient, vides et mornes, sans que s’améliorassent les conditions climatiques de cet automne champenois.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Cependant, ô providence, un couple daigna s’approcher de la petite marchande qui toussait comme une phtisique car trempée jusqu’aux os. La façade de la cathédrale noire à la pierre usée par les siècles se détachait sinistrement sous un ciel plombé. Si Ruth avait été perspicace, elle eût reconnu en la femme une sœur de race, mais c’était oublier parmi la diaspora la différence qui opposait &lt;i style=""&gt;ceux &lt;/i&gt;de l’Afrique du Nord – les séfarades – aux ashkénazes du continent dont Ruth Blum était. Je ne suis point une spécialiste des sémites et ne m’attarderai donc pas sur ce distinguo. Agée et tavelée, coiffée d’un madras des plus douteux, elle tenait le bras de l’époux au manteau sombre et élimé qui semblait bougonner dans sa barbe. Ce couple mal assorti, comme figé par la pluie, aigri par l’usure inhérente à toute union, avait perdu depuis longtemps la superbe et l’amour des mariés juifs de Rembrandt van Rijn. A moins qu’il feignît…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Malgré l’eau qui la détrempait, Ruth restait imperturbable, quoiqu’elle eût souhaité s’abriter sous quelque porte cochère, à moins que le Palais du Tau – mais ceci entre-t-il vraiment dans nos considérations romanesques et fictives ? – acceptât de lui offrir un havre – certes temporaire – afin qu’elle pût quand même se mettre au sec. En conséquence, son babil inutile de papegaut&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;continuait (non point ces perroquets de bois qui servaient à l’exercice chevaleresque du tir à l’arc, ainsi qu’Honoré de Balzac usant de ce mot archaïque au sujet de la tour du Papegaut de Fougères dans son roman &lt;i style=""&gt;Les Chouans&lt;/i&gt; qui tout à fait nous agrée, mais plutôt un de ces volatiles volubiles, de ces psittacidés que nous apprécions fort, du fait qu’une allergie aux poils de chiens et de chats nous prive de la possession de ces animaux de compagnie). Pour en finir avec nos considérations autour des papegais, &lt;i style=""&gt;papagalli &lt;/i&gt;italiens et papegauts qui eussent fait les délices sur toile d’un Burne-Jones ou d’un Hughes (à moins qu’ils préférassent la fauconnerie), ajoutons-y quelque allusion à un roman d’un continuateur de Perceval, &lt;i style=""&gt;Le chevalier au papegaut. &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;A moins que tous s’illusionnassent sur ses capacités langagières, notre fille-papegaut était incapable de répéter autre chose que son slogan de perroquet : &lt;i style=""&gt;« le bon lait tout frais pour les petits enfants ! » &lt;/i&gt;bien que désormais il tournât dans les bidons. Elle était conditionnée, mécanisée tel un insecte afin qu’elle livrât ce message de réclame unique et exclusif, bien qu’il devînt de plus en plus mensonger. On ne pouvait sciemment imaginer s’abreuver sous l’averse d’un lait qui se fût coupé d’eau telle une affreuse vinasse d’assommoir. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Adonc, notre Ruth quêtait, mendiait le chaland, pour ses bidons de lait que la rouille menaçait. Peu regardante, elle se gaussa de la filouterie du couple qui, promptement, s’empara de sa personne qui jamais ne broncha. Les officiants étaient Michel et Sarah. Notre enleveur stipendié ne saisissait pas la raison pour laquelle Cléore avait exigé qu’on ajoutât à l’offre de &lt;i style=""&gt;la&lt;/i&gt; &lt;i style=""&gt;Maison &lt;/i&gt;une pièce de biscuit exotique au lieu d’une &lt;i style=""&gt;pure petite fille de France et de Navarre. &lt;/i&gt;C’était comme s’il eût capturé une chabraque&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftn3" name="_ftnref3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; sur le retour à Wapping, Limehouse ou Whitechapel. Il ne sut quoi dire à la fillette tandis que Sarah appliquait sur sa bouche le tampon rituel de chloroforme. Il marmotta une vague promesse autour des chiffons, promesse selon laquelle sa vieille robe ravaudée serait remplacée par des toilettes somptueuses – là, il n’y avait aucune menterie. Quant au reste…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;***************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;div style=""&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;  &lt;hr style="height: 4px;font-size:78%;" align="left" width="33%" &gt;    &lt;div style="" id="ftn1"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftnref1" name="_ftn1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Néologisme prémonitoire forgé par Aurore-Marie de Saint-Aubain en référence aux opéras de Jean-Philippe Rameau (1683-1764), qui devait faire florès parmi les baroqueux de la fin du siècle suivant, forgé par amitié pour le comte Vincent d’Indy, redécouvreur de la musique ancienne, qu’elle avait rencontré en 1877. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn2"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftnref2" name="_ftn2" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Aurore-Marie de Saint-Aubain ne cesse d’accumuler les clichés antisémites propres à son époque, clichés qui menèrent aux tragédies que l’on sait, qui choquent davantage nos contemporains que l’érotisme pédérastique saphique poisseux imprégnant bien des pages de cette œuvre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div style="" id="ftn3"&gt;  &lt;p class="MsoFootnoteText"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=2286164852979981655#_ftnref3" name="_ftn3" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:&amp;quot;;font-size:12pt;"  &gt;[3]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Dans le sens péjoratif du terme – à l’origine, une couverture de cheval – chabraque désigne ici une fille de mauvaise vie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6944257424788190506-2286164852979981655?l=bazarnaum.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://bazarnaum.blogspot.com/feeds/2286164852979981655/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6944257424788190506&amp;postID=2286164852979981655' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/2286164852979981655'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6944257424788190506/posts/default/2286164852979981655'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://bazarnaum.blogspot.com/2011/11/le-trottin-par-aurore-marie-de-saint_25.html' title='Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 2e partie.'/><author><name>Christian Jannone</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12170898876059627872</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://2.bp.blogspot.com/_y1NP2ysnQqI/STVjn0oLCsI/AAAAAAAAAAM/VpSoknDjA4Q/S220/fontaine.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6944257424788190506.post-3405300643281149732</id><published>2011-11-19T09:46:00.000-08:00</published><updated>2012-01-27T03:59:48.714-08:00</updated><title type='text'>Le Trottin, par Aurore-Marie de Saint-Aubain : chapitre 15 1ere partie.</title><content type='html'>&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Avertissement : ce roman, paru en 1890, s'adresse à un public averti de plus de seize ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt;  &lt;w:worddocument&gt;   &lt;w:view&gt;Normal&lt;/w:View&gt;   &lt;w:zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt;   &lt;w:hyphenationzone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt;   &lt;w:compatibility&gt;    &lt;w:breakwrappedtables/&gt;    &lt;w:snaptogridincell/&gt;    &lt;w:wraptextwithpunct/&gt;    &lt;w:useasianbreakrules/&gt;   &lt;/w:Compatibility&gt;   &lt;w:browserlevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt;  &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;style&gt;  /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable  {mso-style-name:"Tableau Normal";  mso-tstyle-rowband-size:0;  mso-tstyle-colband-size:0;  mso-style-noshow:yes;  mso-style-parent:"";  mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;  mso-para-margin:0cm;  mso-para-margin-bottom:.0001pt;  mso-pagination:widow-orphan;  font-size:10.0pt;  font-family:"Times New Roman";} &lt;/style&gt; &lt;![endif]--&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;b style=""&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:16pt;"  &gt;Chapitre XV&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;Vous êtes jà accoutumés, Mesdames mes lectrices et Messieurs mes lecteurs, à la structure de mon roman. Vous êtes parvenus à mi-chemin d’un édifiant parcours. Après le récit d’août 18. , revenons une fois encore en arrière à l’automne précédent, en ce début d’octobre 18. (l’an précédent, donc), alors que les enlèvements débutent bien que je doive souligner et rappeler l’exception de la petite Hortense, vendue par ses parents prolétaires pour trente francs. Quel pactole dérisoire pour ces pauvreteux qui ont dû le manger au cabaret en verres empoisonnés d’absinthe ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;**********&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in;" alt="http://0c.img.v4.skyrock.net/0c7/hestia23/pics/2993052205_1_3_LYAkp5en.jpg" src="http://0c.img.v4.skyrock.net/0c7/hestia23/pics/2993052205_1_3_LYAkp5en.jpg" width="313" height="525" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Les us et coutumes de nos &lt;i style=""&gt;maisons &lt;/i&gt;imposaient que nos petites créatures se missent en scène dans un grand salon d’honneur, sis dans le pavillon principal, où ces Dames clientes s’installaient avant de choisir la pièce de biscuit qui leur conviendrait. Les fillettes étaient en représentation, exposant leur grâce et les résultats de leur bonne éducation. Elles s’alignaient d’abord, se mettaient en rang, bien rectilignes, de Délia la plus gradée jusqu’à la toute dernière à peine dégrossie, parées de leurs atours amidonnés surchargés de rubans et de dentelles. Il fallait qu’elles apparussent telles des poupées vivantes et qu’elles en eussent la semblance et surtout la prestance bourgeoise, voire aristocratique. Il était surprenant que Cléore fût présente ces après-midi là : elle bénéficiait chaque fois d’un arrangement avec Madame Grémond dont les livraisons prirent quelque retard tandis qu’elle et ses filles durent quelquefois se contenter de maigres casse-croûtes. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les Dames pécheresses prenaient leurs aises dans cette vaste pièce toute orfévrée, chargée de l’indispensable ornementation des arts décoratifs. Le nonchaloir émollient dominait en ces aîtres. Des sofas anglais d’une mollesse insigne, d’un avachissement conséquent, tout capitonnés de bleu azur ou de cramoisi, accueillaient les corps assoupis des tribades dont l’excitabilité des sens était facilitée par la consumation d’encens, de myrrhe et d’aloès dans des cassolettes et des vasques d’onyx qui parsemaient l’ensemble des lieux et épandaient leurs aphrodisiaques émulsions de manière à ce que les clientes s’enfiévrassent de désir. Elles s’aveulissaient dans ces murs orfrazés, au milieu d’une profusion de paravents soyeux et damassés, de théories de Saxes en formes de dindons ou de bergeries paillardes et de hures factices sensées représenter des sangliers qu’on eût étêtés alors qu’ils étaient en rut. Les meubles d’acajou se surchargeaient de bibelots rocaille ou rococo d’une ornementation extrême digne des &lt;i style=""&gt;grotesques &lt;/i&gt;néroniens en usage à la Domus Aurea, de masques d’applique de bronze représentant des dieux fluviaux cornus, Akhelóös&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a0/Pendentive_Akheloos_Louvre_Bj498.jpg/240px-Pendentive_Akheloos_Louvre_Bj498.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a0/Pendentive_Akheloos_Louvre_Bj498.jpg/240px-Pendentive_Akheloos_Louvre_Bj498.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; et autres, d’amulettes néphrétiques de Bès égyptiens priapiques, alors que des coffrets de santal s’entrouvraient, telles de mystérieuses boîtes à musique, en émettant des sons artificiels et en dévoilant d’improbables objets d’amour enduits de cannelle et de poudre de cantharide. Les glaces et psychés s’alignaient en une parade narcissique autour de vases aux formes végétales flexibles d’une glaçure spermatique de jardin chinois débordant de tous les types d’orchidées imaginables alternant avec des bouquets savants d’iris, de lilas et de camélias. Le tout s’agrémentait d’instruments de musique, piano à queue et harpe, au bois harmonisé avec les lambris et les parquets brillants. Les &lt;i style=""&gt;arts and crafts &lt;/i&gt;d’Albion et la toute jeune école de Nancy avaient régné en maîtres dans l’élaboration du décorum.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 368px; height: 368px;" alt="http://p2.la-img.com/1015/18806/6372211_1_l.jpg" src="http://p2.la-img.com/1015/18806/6372211_1_l.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Des domestiques en livrée s’amenaient avec des cassettes marquetées qui renfermaient de singulières boules pétries de diverses couleurs. Cléore invitait les clientes à faire leur choix. Certaines, croyant qu’il s’agissait de boules d’opium, quémandaient vainement une pipe ou, à la rigueur, un narguilé empli d’eau de rose. La comtesse de Cresseville expliquait qu’il s’agissait de savons en boule fabriqués main, dits en anglais &lt;i style=""&gt;hand rolled soaps,&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 339px; height: 451px;" alt="http://static.artfire.com/admin/product_images/thumbs/--30000--13710_product_1444432844_thumb_large.jpg" src="http://static.artfire.com/admin/product_images/thumbs/--30000--13710_product_1444432844_thumb_large.jpg" /&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; importés d’Amérique, les bleus parfumés à la menthe poivrée, les ocres à la cannelle, les rouges au safran,&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;les orange à la mandarine ou à l’orangeat confit, les verts au chèvrefeuille et ainsi de suite. Dans leur composition entrait du gingembre et &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;du ginseng. Les mains, au toucher, s’imprégnaient du parfum et d’une part de la substance saponifiée dans laquelle entrait, selon certains, de la chair de momie précolombienne malaxée. Ces boules, aussi savonneuses qu’elles fussent, en revêtaient d’ailleurs vaguement l’aspect peu ragoûtant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 332px; height: 306px;" alt="http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2010/06/29/article-1290608-0A400307000005DC-566_634x588.jpg" src="http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2010/06/29/article-1290608-0A400307000005DC-566_634x588.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ceci achevé, Mademoiselle de Cresseville ordonnait qu’on fît silence ; les filles, au nombre d’environ treize ou quatorze à ce moment, effectuaient leur entrée officielle à pas menus. La valetaille avait fermé tous les volets et tiré tous les rideaux et tentures après avoir allumé chandeliers et lustres anciens à pampilles et girandoles, éclairage archaïque étudié de manière à ce que régnât un clair-obscur de &lt;i style=""&gt;soupers du Régent &lt;/i&gt;qui plongeait ces patronnesses de petite vertu dans une ambiance orgiaque nonpareille. L’atmosphère devenait lors plus turbide et ambiguë que jamais. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;A la vue des &lt;i style=""&gt;pièces de biscuit&lt;/i&gt;, les clientes emplumées s’impatientaient et caquetaient. Elles approchaient avec leurs faces-à-mains et leurs lunettes de théâtre afin d’examiner les pensionnaires par le menu détail. Cléore les retenait non sans mal. Il s’agissait du commencement, des prémices, de la mise en bouche afin &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;qu’elles arrêtassent leur choix et jetassent leur dévolu sur celle qu’elles désiraient ce jour. Les domestiques les rappelaient régulièrement à l’ordre tant ils craignaient que les mains de ces femmes gaillardes, dont l’épiderme était avivé par les savons pétris et brûlait d’une soif inextinguible de volupté tactile, s’égarassent dans les bas-fonds. Elles en miaulaient et minaudaient d’excitation. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Mademoiselle de Cresseville devait lors se soumettre à quelques petits gestes démonstratifs, a minima, propres à contenter temporairement le chaland et à calmer les hardiesses inconsidérées de ces huppes de grand luxe et de grande luxure inversée. Ces femmes titrées – titres usurpés ou pas ? – et parmi elles Ego-Isola en personne, se contraignaient à rester de simples spectatrices. Devant mesdames, Cléore exigeait lors que les fillettes retroussassent haut leurs jupes organsinées et exhibassent leurs pantaloons de broderie et leurs mollets de coquelets mutins.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 378px; height: 467px;" alt="http://28.media.tumblr.com/tumblr_lmih7t6j2k1qke3bko1_500.jpg" src="http://28.media.tumblr.com/tumblr_lmih7t6j2k1qke3bko1_500.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Puis, elle en désignait une, deux, à l’envi, au hasard, comme à la décimation, les déchaussait d’un seul pied, ôtait bas de soie ou chaussettes satinées afin que les doctes patronnesses tâtassent et cajolassent les chairs de porcelaine de ces petons, les bécotassent comme fétiches et se pâmassent de leur mignardise.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 334px; height: 267px;" alt="http://28.media.tumblr.com/tumblr_livilvB6vO1qfg73vo1_500.jpg" src="http://28.media.tumblr.com/tumblr_livilvB6vO1qfg73vo1_500.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Les gamines devaient aussi entrouvrir leur bouche rose, monter leurs petites dents de Bébés Jumeau que certaines, las, avaient peu soignées comme Quitterie, parfois tordues ou gâtées, parsemées de points noirs de caries. Bien que leur haleine fût masquée par force gargarismes réitérés d’eau mentholée ou aromatisée à la chlorophylle, il arrivait que leurs effluences incommodassent quelques anandrynes aristos aux narines délicates. Que le linge tentant de ces petiotes était joli… mais n’étaient-elles point en fait comme les persilleuses de la Restauration, dissimulant comme elles leur crasse sous leurs atours et leur lingerie irréprochable et parfumée ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La représentation se poursuivait : les pensionnaires devaient briller en société et prouver qu’elles avaient reçu l’éducation indispensable à la mondanité et les leçons de maintien propres à la caste de celles qu’elles devaient servir. Elles chantaient, dansaient, jouaient du piano ou de la harpe, ou bien à la poupée, au thé ou à la dînette, devaient sauter à la corde ou user du cerceau…sans rien briser. Délia excellait dans le chant et dans le pianotage tandis que les jumelles se disputaient les faveurs de la harpe. Jeanne-Ysoline récitait des comptines et des fables. Le &lt;i style=""&gt;Ah, vous dirais-je maman, &lt;/i&gt;sorti de la bouche fruitée de miss O’Flanaghan qui trouvait à ce chant des sous-entendus grivois, émouvait les cœurs et les esprits. Les autres petites filles s’emparaient de fusains et essayaient avec maladresse de croquer ces Dames après avoir bénéficié des leçons d’Adelia. A ces jeux puérils, enivrées par les zozotements des petites péronnelles, ces anandrynes s’enhardissaient et s’échauffaient de nouveau. Elles approchaient leur face-à-main de fillettes en train de sauter à la corde, boucles anglaises au vent, en essayant de regarder sous leurs jupes. Certaines souhaitaient que la fois prochaine, les petites se présentassent entièrement nues sous leur robe d’organza et de dentelles enrubannées à l’exception des bas, se rappelant ces nus féminins du siècle de Restif qui, pour tout accessoire, ne gardaient que leurs jambes gainées de soie et leur éventail qu’elles mettaient sur leur sexe. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Cléore opposa un veto catégorique à cette proposition de nudité. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle consultait ses carnets où s’égrenaient les différents tarifs dignes de la loi gombette : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- un baiser : dix francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- deux baisers : quinze francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- trois baisers et plus : vingt-cinq francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- un suçon : vingt francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- deux suçons : trente francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- trois&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;i style=""&gt;suçons et plus : quarante francs&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- un retroussage de robe : dix francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- pour un déshabillage en lingerie : vingt-cinq francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- caresses et attouchements du linge : cinquante francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- caresses et attouchements des pieds : quarante francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- déchaussement des bottines ou des chaussures à brides suivi de caresses des pieds avec bas : quarante-cinq francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- sans bas : cinquante francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- caresses des cheveux : dix francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;i style=""&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- caresses des cheveux plus bécots de la nuque et du cou : trente francs&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;Etc. Cela allait du plus anodin au plus indicible et intime. Les bourses se déliaient et se vidaient rapidement et il n’était point rare que certaines clientes perdissent plusieurs centaines de francs à multiplier les exigences perverses comme si elles eussent joué en quelque casino. Adelia, vantarde, fut la championne toutes catégories pour avoir délesté une « princesse » hongroise de sept mille francs en un après-midi. Elle était parvenue à gruger la drôlesse, lui faisant accroire n’importe quoi, la bernant sur ses performances d’anandryne. Entièrement nue, cette aventurière termina emprisonnée et ligotée dans un filet de pêche après que miss O’Flanaghan eut réussi à la métamorphoser en gâteau humain enduit d’un nappage de lait, de chocolat, de sucre glace, de chantilly et de crème anglaise. Délia menaça la Hongre d’en faire une crêpe flambée si elle ne la laissait pas la déguster. La langue preste de notre Irlandaise dépravée, deux heures durant, lécha jusqu’à l’indigestion l’entièreté de la peau de la dupe nappée de son enrobage exquis, chose que cette fausse princesse avait voulu pratiquer sur la fillette. Lorsqu’elle parvint aux points les plus excitables et sensibles de cette femme-crème, Adelia savoura en sus les liqueurs naturelles qu’on devine, émises inévitablement par cette bambocheuse.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Cléore dut mettre le holà à certaines pratiques et exiger qu’on n’allât point jusqu’à la perte de l’opercule sacré. Ce fut pourquoi elle put préserver aussi longtemps des fillettes comme Quitterie, Jeanne-Ysoline ou encore Abigaïl. En juillet 18., fait incroyable, &lt;i style=""&gt;Moesta et Errabunda &lt;/i&gt;pouvait se vanter d’avoir conservé soixante-dix pour cent de filles intègres, pas forcément parmi les plus récentes recrues, des vierges un peu souillées, un peu perverties, certes, mais des vierges quand même. Elle interdit que l’on mît aux enchères le pétale de vestale, la membrane vénérée, &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;comme cela se faisait couramment dans tous les lupanars…pour hommes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Les Dames poursuivaient leur après-midi en buvant du champagne et du thé puis, comme pour les &lt;i style=""&gt;soupers du Régent, &lt;/i&gt;on bandait les yeux des fillettes pour une partie de colin-maillard bien spéciale tandis que les domestiques mouchaient toutes les chandelles. Un chaos s’ensuivait et chaque enfant tombée sur une tribade était aussitôt conduite avec elle dans une chambre où la cliente devait entreprendre &lt;i style=""&gt;uniquement la prestation qu’elle avait payée, &lt;/i&gt;et pas au-delà. Avec l’augmentation du nombre des pensionnaires au fil des mois, il fallut à Cléore, dont les absences en tant que trottin embarrassaient la boutique où elle servait, s’obliger à en venir aux seules prestations individualisées, sans démonstration salonarde. Chaque tribade eut lors son amie-enfant attitrée, comme on disait par pudibonderie. Et Cléore put reprendre son rôle d’Anne Médéric.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;***********&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Les jolis cierges ! De jolis cierges pour Massabielle ! Deux sous, deux sous le joli cierge pour Notre Sainte Vierge ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Belle comme un Bouguereau, toute blondine, mademoiselle Ursule Falconet, dix ans, exerçait la profession de petite marchande de cierges en la bonne ville de Lourdes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f8/Bernadette_soubirous_1_publicdomain.jpg/220px-Bernadette_soubirous_1_publicdomain.jpg" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/f8/Bernadette_soubirous_1_publicdomain.jpg/220px-Bernadette_soubirous_1_publicdomain.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ursule portait une robe simple, de couleur bise et ceinturée de bleu, assez dépouillée d’aspect car à peine festonnée au corsage, aux manchettes et à l’ourlet. Elle s’évertuait à écouler sa marchandise qu’elle eût préféré troquer contre des objets de piété plus lucratifs. A deux sous le cierge, son aumônière ne pesait guère à la fin de la journée – en montant, non en poids des piécettes s’entendait. Elle trouvait le pain cher et se contraignait à refuser tout superflu qui aurait vidé sa bourse, l’acculant à la misère et à l’infortune.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.oldmastersonline.com/e/P/TH/0276.jpg" src="http://www.oldmastersonline.com/e/P/TH/0276.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ursule Falconet se considérait comme à peine mieux lotie qu’une mendiante, bien qu’elle demeurât correctement vêtue et chaussée. Mais c’était Monsieur le curé, le père Taxil, qui pourvoyait à ses effets personnels et veillait à ce qu’elle ne manquât de rien, car Ursule Falconet était orpheline et pensionnaire des Sœurs. Elle en avait jà le voile, et ce voile était bleu comme celui d’une Vierge peinte en plâtre de Paris. Elle affrontait des concurrentes plus âgées, qui lui damaient le pion, cherchaient parfois querelle, noise, et agissaient avec taquinerie : elles critiquaient ses cierges parce qu’ils étaient moins chers, bien qu’ils ne fussent pas les plus petits. Elles en avaient assez de devoir commercer pour des lots à cinq, six, voire sept sous la pièce. Point espiègle, Ursule leur rétorquait que Monsieur le curé en avait décidé ainsi ; qu’elle vendrait ces cierges-là&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;à ce prix et point d’autres, parce que ceux d’une taille plus grande eussent été trop lourds à transporter par une aussi fragile petite fille. Et les rivales de répondre qu’à ce compte-là, mieux eût valu qu’elle monnayât et vendît des flacons d’eau bénite en forme de Mère de Notre Seigneur, ce qui eût été un sacrilège de marchand du temple. « Les mercantis ! » soliloquait Ursule. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;A la différence des cierges de luxe à sept sous pièce qu’écoulaient ses consœurs de quinze ans, ceux de notre modeste fillette, bien qu’ils eussent en commun la même couleur jaune de la cire d’abeille, n’arboraient pas cet aspect gaufré et alvéolé obtenu grâce à des moules spéciaux dans lesquels on coulait la substance fondue. Il s’agissait d’imiter les rayons des ruches de paille rustiques en usage chez les anciens Grecs qui récoltaient le miel du Mont Hymette. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ursule avait vu de ses yeux vu des bonnes Sœurs se saisir subrepticement, en la grotte sacrée, de cierges à peine allumés, au nez et à la barbe des pèlerins dès qu’ils avaient le dos tourné, les éteindre et les remettre aussitôt en vente. De Massabielle,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://www.catholicpilgrims.com/lourdes/images/grottoold1.jpg" src="http://www.catholicpilgrims.com/lourdes/images/grottoold1.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; scandalisée, elle s’était allée au presbytère voir Monsieur le curé et avait rapporté le fait au père Taxil.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="width: 290px; height: 422px;" alt="http://www.peintre-icones.fr/IMAGES/ICONESCALENDRIER/Aout/JHNewman.jpg" src="http://www.peintre-icones.fr/IMAGES/ICONESCALENDRIER/Aout/JHNewman.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; Ce dernier, auparavant officiait en la paroisse de Gerde avant d’obtenir une cure plus importante à Lourdes même, quittant ce village vallonné avec vue imprenable sur les hauts sommets pyrénéens avec leurs contreforts. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Désormais, il demeurait près la basilique Notre-Dame-du-Rosaire, qui lors était en voie d’achèvement. &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Ursule Falconet trouva le père Taxil plongé en pleine méditation et fut surprise par la flaccidité de sa réaction au récit qu’elle lui rapporta. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Christ-Roi ! criailla-t-elle sur un ton exalté. Agissez donc, mon père ! Ecrivez à Monseigneur l’évêque ce que les Sœurs font des cierges ! Ce réemploi me messied fort ! Cette attitude des Sœurs est turpide, que dis-je, immorale ! Cela s’apparente à …à de la simonie ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Qu’y puis-je, mon enfant ? Les voies de Dieu sont impénétrables.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Mais, mon père, je ne puis poursuivre ainsi mon commerce ! Donnez-moi plutôt à vendre scapulaires, médailles pieuses, rosaires, Sacrés-Cœurs de Jésus de calicot, fioles d’eau bénite…que sais-je, encore ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Vous-vous échauffez trop, mon enfant…prenez garde à votre fragilité. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Le prêtre qui s’adressait ainsi à l’humble fillette blonde, qui, par fanatisme catholique, semblait oublier quelque peu les règles de l’urbanité, sa rectitude morale passant lors avant toutes choses et toutes autres considérations pragmatiques, était un onctueux vieillard à la crinière de neige, qui s’exprimait d’une voix doucereuse. On l’eût pris pour un de ces anciens &lt;i style=""&gt;Doms &lt;/i&gt;du temps de la monarchie. Les paroles d’Ursule l’impressionnèrent grandement : jamais il n’avait eu sous sa houlette fillette aussi intègre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Tu es une petite sainte, lui dit-il. Mais je doute que Monseigneur l’évêque réponde favorablement à une missive éventuelle. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ursule dut en convenir : elle se passerait de l’assentiment de Monsieur le curé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Que n’eussè-je à ma disposition des armes séraphiques afin que ces Sœurs simoniaques reçussent leur juste punition… » songea-t-elle.&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Elle s’alla de nouveau vers la grotte chargée de sa dérisoire boîte de cierges à deux sous. Mademoiselle Falconet trottait sur ses galoches, pourpre, comme fulminante d’une sainte colère. De son ridicule voile écru bleu dépassaient de blondes mèches rebelles et ses joues rosées prenaient l’incarnat du coquelicot. Tous s’étonnaient en général,&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;lorsqu’ils la voyaient, de son type physique qui nullement ne correspondait à celui des filles des Pyrénées telle la brune Bernadette. Elle parvint à Massabielle, le souffle court, alors qu’affluait un groupe de pèlerins plus ou moins paralytiques. Malgré le bon bas de coutil, d’une rusticité à toute épreuve, sa galoche gauche l’avait blessée et produit une ampoule malvenue. Elle se contraignit à reprendre sa litanie habituelle sur un ton pleurnichard, comme à l’aumône. Elle s’adossa à quelques pas de la grotte en arborant un regard de supplique. Il ne lui manquait que le nimbe pour parfaire sa personnalité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Mes jolis cierges ! Mes jolis cierges pour la Sainte Vierge ! Deux sous seulement ! » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il fallait qu’elle empêchât une des Sœurs de reprendre l’offrande à peine ignée. Ce fut lors qu’un des pèlerins l’accosta. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Lorsqu’elle vit l’homme, le visage blondin d’Ursule prit l’expression d’une statue de l’effroi. C’était un chemineau sordide, puant comme charogne. Il s’appuyait sur des béquilles de bois si vermoulues qu’on eût pu croire qu’elles se briseraient au moindre coup de foehn. Ses pieds étaient enveloppés de chiffons d’une putridité telle qu’ils en exsudaient et suaient comme un jus de poisson mort. Bien que l’être immonde lui répugnât, Ursule n’avait pas l’esprit retors ; aussi se fit-elle violence pour condescendre à son désir. Des mots à la semblance d’un crachement surgirent de sa barbe pouilleuse : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Je veux recevoir la bénédiction de la Sainte Vierge ma fille ; je veux qu’elle guérisse mes ulcères qui m’empêchent de marcher ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Ursule pria le paralytique de s’avancer doucement vers la grotte et d’adresser sa requête à la statue de Notre Dame. Il réclama qu’un prêtre l’ondoyât d’eau bénite. Il glosa sur le voile blanc et la ceinture bleue de la statue, demandant si elle était bien conforme aux visions de mademoiselle Soubirous, ajoutant qu’il lui tardait qu’elle fût déclarée sainte. Ursule lui répondit sans hésiter, malgré les nausées provoquées par les miasmes du pèlerin, que, quoique morte en odeur de sainteté, il fallait que Bernadette en passât d’abord par la béatification avant toute canonisation. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« De toute manière, notre Sainte Eglise romaine catholique et apostolique n’est pas pressée. » crut-elle bon de préciser.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Peu importe, répliqua le vagabond. Si la Mère de Dieu exauce ma prière, j’te demanderai une faveur, ma mignonne. Tu me montreras tes gambettes ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Devant cette proposition scabreuse et outrageante, Ursule blêmit. De purpurin, son incarnat devint lactescent et diaphane, de cette blancheur d’une rose-lys fraîche qu’on eût jetée pêle-mêle dans une brassée de passiflores. Ses joues évanescentes luisirent, comme humectées par la rosée d’aurore déversée goutte à goutte d’un aryballe opalin par une dryade des bosquets. L’homme avait usé de l’expression &lt;i style=""&gt;Mère de Dieu, &lt;/i&gt;telle cette fanatique Catherine Théo au temps où cet antéchrist de Maximilien Robespierre exerçait sa terreur aveugle à l’encontre des bons chrétiens et partisans du Roi. A dix ans seulement, la conviction d’Ursule Falconet était &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;faite : elle se sentait monarchiste dans l’âme, et d’un catholicisme aussi intransigeant qu’il pût l’être. Elle aimait la Patrie, le Roi, le Sacré-Cœur. Elle pleurait au souvenir de la duchesse de Berry, qu’elle célébrait d’un culte, d’une commémoration turbide, exaltée. Elle se frappait la poitrine comme au confiteor devant une estampe médiocre reproduisant le tableau du baron Gérard qui la représentait, image pieuse singulière pour qui connaissait la manière&lt;i style=""&gt; &lt;/i&gt;dont Marie-Caroline, cette naine chassieuse, était sortie de l’Histoire en 1833. Elle eût voulu reprendre le flambeau de Petit Pierre. Elle s’extasiait à la remembrance de Madame Royale, duchesse d’Angoulême,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img style="cursor: -moz-zoom-in; width: 383px; height: 440px;" alt="http://26.media.tumblr.com/tumblr_l0w92eTSJS1qz6m5ko1_500.jpg" src="http://26.media.tumblr.com/tumblr_l0w92eTSJS1qz6m5ko1_500.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;i style=""&gt;l’homme de la famille &lt;/i&gt;selon l’ogre corse. Elle portait sur elle, sous sa chemise, à même la peau, des gravures à l’effigie de la survivante du Temple, collées sur de la toile émeri qui la grattait comme cilice, images d’idolâtrie qu’elle baisait avec frénésie le soir avant de s’endormir. Elle sombrait lors dans une hébétude temporaire, dans une ivresse laudatrice, allant jusqu’à perdre momentanément l’usage de la parole. Chaque Jour des Morts, elle tressait des couronnes en souvenir des deux trépassées. Ursule souffrait d’un amour posthume de ces héroïnes, amour jà anandryn. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;Elle se sentait légitimiste, la seule peut-être de sa génération. Elle avait dévoré &lt;i style=""&gt;Les Mémoires d’outre-tombe, Les Chouans, Le Chevalier des Touches, &lt;/i&gt;jusqu’à ce que ces livres tombassent en lambeaux. Elle en avait lors mangé les pages, dans le sens littéral, afin de conserver en son corps l’essence même de la lutte pour la Cause, autrement dit, &lt;i style=""&gt;pour Dieu et pour le Roi&lt;/i&gt;. Elle eût pu être la fille ou la petite sœur de la comtesse de Cresseville. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Elle ne le savait point, mais elle était épiée depuis une quinzaine. A d’étranges inconnus, enquêteurs étrangers au pays, on avait fait d’elle les plus précieux éloges…Elle représentait la proie parfaite pour &lt;i style=""&gt;ce que nous savons. &lt;/i&gt;Le culte marial, l’afflux de gens de tous les horizons depuis l’an 1858 et l’intervention décisive de &lt;i style=""&gt;l’Impératrice espagnole&lt;/i&gt;, avaient affaibli singulièrement les méfiances naturelles de clocher, la peur innée de l’autre, de l’étranger au village. Amie de Jeanne-Ysoline Albine de Carhaix de Kerascoët, elle l’eût été, du fait d’une piété commune (hors du commun dirais-je) et d’un royalisme &lt;i style=""&gt;ultra&lt;/i&gt; inné. Mais une autre destinée attendait Ursule Falconet, la Pyrénéenne atypique.&lt;span style=""&gt;   &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: center;" align="center"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;***************&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les palombes roucoulaient, indifférentes aux marmottements pieux du chemineau passepoilé de crasse. A lui seul, il empuantissait les alentours des relents de sa fétidité. Les autres pèlerins prirent leur distance. L’homme se tenait devant la grotte brillant des mille scintillements tremblotants des menues flammes des cierges, face à la statue de Marie, arcbouté à ses béquilles. Sa prière s’apparentait à un vague borborygme, un &lt;i style=""&gt;Ave Maria plena gratia &lt;/i&gt;entrecoupé de &lt;i style=""&gt;gné gné &lt;/i&gt;inintelligibles. Il expectorait, postillonnait, et ses postillons, pullulants de germes microbiens, dégageaient une odeur de mauvaise piquette à laquelle se mêlait ce fumet que les Anglais nomment &lt;i style=""&gt;rotten fish. &lt;/i&gt;Ses lèvres baveuses dégouttaient une salive qui humectait sa barbe sale. Cette salive était à la semblance du suc ou fiel que dégagent les poissons en décomposition qu’on a coutume, au Tonkin ou en Cochinchine, de faire sécher sur des sortes de claies afin qu’ils exsudent ce condiment très prisé en Asie, condiment qu’autrefois les Romains qualifiaient de &lt;i style=""&gt;garum. &lt;/i&gt;L’être disgracié par la misère gardait en main un feutre difforme délavé par la pluie dont on eût dû gommer la couche conséquente de saleté pour en révéler la teinte d’origine.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;img alt="http://filmsdefrance.com/img/la_chienne_1.jpg" src="http://filmsdefrance.com/img/la_chienne_1.jpg" /&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Un cierge, monsieur ? se hasarda Ursule. C’est deux sous pour la Vierge Marie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- J’veux bien, ma petite, mais que ces p. de Sœurs viennent pas me le reprendre à peine allumé avec leur éteignoir ou une mouchette ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;A ce mot blasphématoire, à cet horrible p., le visage mobile d’Ursule passa de l’expression de la honte à celle du dégoût. Si le grand sculpteur de la physiognomonie Messerschmitt eût encore été de notre monde, il aurait pris comme modèle de l’expressivité humaine notre exemplaire fillette à la place des sujets exclusivement masculins dont son art faisait son ordinaire. La pieuse enfant devint pâle comme le perce-neige, pétale virginal de la nivéole des bois cueillie par les hamadryades. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;La main noire du pauvreteux, gainée dans une de ces mitaines de laine sans âge et effiloquée &lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;qu’affectionnent les déshérités de son espèce, extirpa de la poche insane de son paletot, &lt;i style=""&gt;idéal &lt;/i&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;comme celui du poëte Rimbaud, une poignée de piécettes cuivrées. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Compte bien, mon enfant ! »  fit doucereusement notre homme tandis que la petite sainte blonde s’emparait de cette manne de billon orfrazée d’un vert-de-gris putride avec une circonspection mâtinée d’aversion. Le compte y était bien. Ursule donna donc le cierge qui fleurait bon la cire vierge. Le miséreux l’alluma avec un briquet d’amadou et le plaça parmi les autres, dans la grotte constellée d’où s’élevait une fragrance de consumation, en disant : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Charon, prends donc mon obole, ô nocher en ta vermoulue barque ! Conduis-moi à Pluton par devers l’Achéron ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les joues d’Ursule rosirent de surprise. Le chemineau s’exprimait comme un païen ou comme un sataniste. Elle ne pouvait en même temps surveiller les bonnes Sœurs qui approchaient, avides, et prévenir toute action inconsidérée du drôle de pèlerin. Leur gestuelle empressée eût revêtu une signification encore plus explicite si elles avaient été dotées de serres de rapiates. Les flammes vacillantes des cierges parurent irradier le misérable hère d’une lueur méphistophélique ou faustienne. Etait-ce la beauté du diable ? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Alors, sans crier gare, avant même que la moindre cornette eût repris son offrande, il se redressa en ricanant, faisant choir ses accessoires de soutien devenus brusquement inutiles. Optant&lt;span style=""&gt;  &lt;/span&gt;pour la posture d’un orant de catacombe de Priscille, il éructa : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Hosanna ! Hosanna ! Action de grâce ! Action de grâce ! Je marche, Dom Calvero&lt;a style="" href="http://www.blogger.com/post-edit.g?blogID=6944257424788190506&amp;amp;postID=3405300643281149732#_ftn1" name="_ftnref1" title=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=""&gt;&lt;span class="MsoFootnoteReference"&gt;&lt;span style=";font-family:Garamond;font-size:12pt;"  &gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ! C’est un miracle ! Marie m’a guéri ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Saisissant le poignet d’Ursule à presque le tordre, il ajouta : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Maintenant, tu vas me suivre et me montrer tes jambes de poupée ! Mon vœu de guérison a été exaucé, donc, tu dois t’exécuter ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Non ! Lâchez-moi ! Au secours ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Les autres pèlerins, que la hideur du vagabond répugnait, n’esquissèrent aucun geste. La plupart d’entre eux étaient si bancroches et estropiés qu’ils pouvaient à peine se mouvoir ! Et la majorité était des femmes couchées sur des litières ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Mieux qu’un élixir de charlatan à l’ouest des Appalaches ! » poursuivit l’homme crasseux.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Il entraîna Ursule par la force, sans que nul ne s’interposât, s’éloignant de Massabielle vers un vallon isolé où l’attendait un acolyte. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Comparse, à moi ! Empêche cette marie-salope de mordre et de griffer ! C’est une dangereuse mijaurée ! Une royaliste fanatique. » &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;L’autre approcha ; il tenait une espèce de tampon d’ouate. Ursule se débattait, essayait de se libérer de la poigne du faux chemineau. Son voile bleu se défit, libérant en cascades ses cheveux blonds dorés.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Sus, Jules ! Sus ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Tiens-la bien, Michel ! Ne la lâche pas ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Ah la catin ! Elle joue à la panthère ! Elle griffe rudement bien ! J’vais t’violer, salope ! Tu vas sentir mon foutre entre tes cuisses ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- N’en fais rien, Mademoiselle les veut vierges ! »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;&lt;span style=""&gt; &lt;/span&gt;Jules parvint à plaquer le tampon de chloroforme sur la bouche d’Ursule qui mollit aussitôt, au grand soulagement de Michel qui avait commencé à ouvrir sa braguette.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;« Quand elle, dort, c’est une beauté, un ange ! La bougresse ! Elle plaira à mesdames, je sens !&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Allons, Michel, à la voiture ! Albert nous attend ! Ses canassons piaffent ! &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;  &lt;/span&gt;&lt;p class="MsoNormal" style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-size:130%;"&gt;&lt;span style="font-family:Garamond;"&gt;- Y a une sacrée trotte jusqu’à Condé ! Quelle mouche a donc piqué Mademoiselle Cléore de nous expédier aussi loin de notre base ? On va devoir cacher la petiote dans une malle d’osier, la nourrir et la faire boire de temps en temps ! Et y faudra changer les chevaux plusieur
